Secret Crush
Chapitre 15
Emma
Je ne sais pas ce qui m’a pris ni les répercussions qu’aura mon geste, mais le voir aussi proche, ses lèvres à quelques millimètres des miennes, je n’ai pas su résister. Je crois que je ne voulais simplement pas passer à côté de ça et pouvoir agir normalement pour une fois, comme n’importe quelle étudiante aurait le droit de le faire. Soudain, j’entends une voix qui s’adresse à nous.
— Tu permets ?
Mon cœur tambourine à une allure folle dans ma poitrine lorsque je me libère de mon cavalier qui semble beaucoup plus serein que moi. Je passe ma langue sur mes lèvres pour savourer une dernière fois son goût. L’orchestre s’est remis à jouer depuis quelques secondes, remplissant ainsi de nouveau la piste de danse.
— Tyron, dis-je en regardant celui qui nous a interrompus alors que ses yeux sont plongés dans ceux de Owen avec cet air mauvais sur le visage que je lui connais bien. Qu’est-ce que tu fais là ?
Owen lui fait face sans montrer une quelconque forme de peur. Il ne sait pas qui il a en face de lui mais il lui tient tête, ce qui me fait plaisir, je crois. Habituellement, personne n’est assez intrépide pour oser interférer entre moi et un membre de ma famille.
— Je passais dans le coin et je voulais venir te souhaiter un joyeux anniversaire en personne… Mais, visiblement, tu es déjà en bonne compagnie…
Il tourne enfin sa tête vers moi, et je sens la peur m’envahir. Peur de ce qu’il pourrait faire ou dire. Je me souviens parfaitement que si j’ai terminé chez les sœurs il y a deux ans c’est à cause de lui et de ce qu’il a dit à notre père. Je n’ai plus aucune confiance en lui.
— T’étais pas obligé, ce n’est pas comme si tu te souciais vraiment de moi…
— T’es ma sœur Emma… Et, lui, c’est qui ? demande-t-il directement en faisant un signe de tête dans la direction d’Owen.
— « Lui », c’est Owen.
Mon cavalier prend les devants en lui tendant la main en signe de politesse.
En apparence du moins.
Mon frère le scrute avec un petit sourire en coin tout en acceptant la poigne. Sans la lâcher, il continue son interrogatoire.
— Dis-moi Owen, tu te contentes d’embrasser ma sœur, ou bien tu la baises également ?
Choquée par ce que je viens d’entendre, je m’exclame :
— Tyron !
Mais je suis encore plus étonnée par le calme infaillible de Owen qui ne bouge pas, se contentant d’un simple rictus à peine visible.
— Pour commencer, c’est elle qui m’a embrassé, et non l’inverse. Je n’ai fait que répondre, même si je te mentirais si je te disais que je n’en mourais pas d’envie. Ensuite, il me semble qu’elle est suffisamment grande pour ne pas avoir à être chaperonnée par son frère, tu ne penses pas ?
Cette fois, je n’en crois pas mes oreilles. Visiblement, mon frère est tout aussi surpris, puisqu’il ne répond rien et le dévisage pendant quelques instants. Je m’attends à ce que ça pète et à me retrouver dans la première voiture en direction de la maison en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.
— Je ne sais pas où tu l’as trouvé, commence-t-il en se concentrant de nouveau sur moi. Mais il me plaît bien. Malgré ce que tu peux penser de moi, je suis content de te voir t’amuser, et pas uniquement plongée dans tes révisions.
Là, on atteint un point où je ne comprends plus rien. Mon frère, qui n’a pas hésité à me dénoncer à notre père il y a deux ans pour une erreur commise avec un mec en sachant parfaitement ce qui m’attendait, est aujourd’hui en train de m’encourager ? Je ne peux réprimer une grimace tout en fronçant les sourcils à son attention. Je lui réponds sèchement :
— Ça n’est pas vraiment ce que tu disais il y a deux ans.
— Je suis désolé pour ce qu’il s’est passé, et crois-moi j’ai tout tenté auprès de papa pour éviter d’en arriver là… Je m’en veux vraiment pour ce que j’ai fait et les conséquences que ça a eues… Mais sur le coup je ne t’ai pas reconnue, ça ne te ressemblait tellement pas… Toi qui passais tes journées et tes soirées plongée dans tes romans, te voir dans cette… position, ça m’a choqué. J’ai juste compris après coup que ma petite sœur avait elle aussi le droit de vivre sa vie…
Je ne réponds rien. Je lui en veux encore et je n’ai toujours pas confiance en lui. Maintenant, mes actes, et cela quoi que je fasse, seront à jamais écrits sans possibilité de les effacer. Tout le monde fait des erreurs et la mienne n’en serait même pas vraiment une si elle avait été commise par quelqu’un d’autre. Mais, moi, je n’ai pas le droit de faire un faux pas. Je dois être parfaite en toutes circonstances.
Owen n’intervient pas, mais reste auprès de moi, ce que j’apprécie. Il ne fuit pas, alors qu’il ne me doit rien. Il y a plein d’autres filles ici avec qui tout serait plus simple, plutôt que de s’entêter avec moi.
— Tu m’accordes la prochaine danse ? me demande mon frère mine de rien.
Je tourne mon regard vers Owen qui continue de fixer Tyron, les sourcils légèrement froncés, avant de se focaliser de nouveau sur moi. Il me sourit tout en acquiesçant d’un signe de tête.
— Je t’attends un peu plus loin. J’ai eu la première et j’aurai la dernière, c’est tout ce qui compte, me dit-il dans le creux de l’oreille, ce qui me fait sourire.
Je prends la main que mon frère me tend sans décrocher mes yeux d’Owen qui rejoint ses potes tranquillement. Mes pas se calent sur ceux de Tyron, me rappelant nos cours de danse communs sous la direction de notre mère. Gamin, il rendait toujours ce moment plus agréable et plus décontracté. Il partait souvent dans ses délires et nous entraînait dans une valse qui était loin d’en être une en écrasant mes pieds au passage. Quand je n’arrivais pas à suivre sur certains pas, il me soulevait pour que je pose mes pieds sur les siens et ainsi que je me laisse guider. J’aimais me retrouver avec lui, et on s’entendait vraiment bien. On se serrait les coudes en affrontant tout à deux.
Soudain, alors que je suis perdue dans mes pensées, ce qu’il a sûrement dû remarquer, il m’entraîne encore plus vite dans la danse, comme à l’époque. D’abord surprise, je me laisse faire sans réussir à retenir mon rire alors qu’il me jette sur le côté pour ensuite me rattraper. Les gens s’écartent sur notre passage, et Tyron se moque bien de ce qu’ils pourront dire de nous.
— « Tyron, Emma ! Un peu de sérieux ! » s’écrie-t-il en imitant parfaitement le ton de notre mère ce qui me fait encore plus rire.
— « Cesse de faire le pitre, Tyron. Et, toi, Emma ne rit pas à chacune de ses bêtises ! » je poursuis, ce qui le fait s’esclaffer à son tour.
J’aime voir ce sourire sur son visage et faire comme si rien n’avait changé entre nous, même si ce n’est que le temps d’une danse. Je sens que les regards sont tournés dans notre direction, mais j’essaie de ne pas en tenir compte et de simplement apprécier le moment présent.
Il me ramène à lui pour continuer un peu plus calmement sur une valse normale.
— Plus sérieusement. Je me fiche de ce que tu fais avec lui et, si ça te rend heureuse, alors j’approuve totalement. Je ne dirai rien à papa, tu peux me faire confiance. Je te le promets… Comment tu l’as rencontré ? Et il a beau porter un masque, il est beaucoup plus vieux que toi, je me trompe ?
— Je ne sais pas quel âge il a, tout comme il ne connaissait pas le mien jusqu’à aujourd’hui. Pour la première fois, je suis juste moi, juste Emma sans rien autour. J’apprécie sa compagnie, il me fait rire et surtout il connaît la littérature autant que moi, si ce n’est plus. Alors il est peut-être plus vieux, mais je me sens bien avec lui…
La musique se termine sur ces mots, nous stoppant ainsi dans notre élan. On s’écarte légèrement de la piste en se rapprochant un peu plus d’Owen, de ses amis, ainsi que de Zoey qui est également avec lui.
— Emma, je voulais t’offrir ça, dit-il en me tendant un paquet qui pourrait très bien renfermer un livre.
Alors que je m’apprête à l’ouvrir sous le regard impatient de mon frère, le directeur vient à notre rencontre une nouvelle fois, me privant de la découverte de son cadeau.
— Emma, me salue-t-il avant de se tourner pour en faire de même avec mon frère. Tyron, ravi de vous revoir.
— Monsieur Jonhson, répond-il poliment avant d’esquisser un sourire moqueur.
Je serre les dents de peur qu’il ne dise quelque chose qui me mettrait encore une fois en mauvaise posture. Depuis qu’il a tenu tête à notre père et décidé de mener sa vie comme il l’entend, il se fiche pas mal des répercussions de ses paroles et de ses actes, ce qui m’amène à angoisser à chaque fois qu’il ouvre la bouche.
— Dommage que ce ne soit pas pour étudier, le provoque le directeur, ce qui me procure une vague de panique interne, car si Tyron peut être une personne tout en retenue s’il le souhaite, il ne faut en revanche pas trop le chercher.
— Ne me dites pas que je vous manque ? Et, entre nous, je n’ai jamais été à ma place dans ce monde de blindés et de faux-cul qui ne cherchent qu’à devenir de futurs dirigeants véreux…
— Tyron !
Je me suis exclamée sur un ton plus dur que d’habitude.
— Je ne parlais pas de toi, Emma.
Je secoue la tête d’exaspération en priant intérieurement pour qu’il n’en dise pas plus.
— Je doute que votre père approuve ce genre de comportement, assène notre directeur avant de se tourner vers moi. Quant à vous Emma, vous me décevez ce soir. Je trouve que vous vous laissez un peu trop aller, surtout quand on sait ce qu’il s’est passé il y a deux ans. Votre père me paie une fortune pour que vous restiez dans le droit chemin, alors ne me donnez pas une raison de le prévenir de vos agissements.
Ma mâchoire se crispe une nouvelle fois, et je suis obligée de me mordre la langue pour m’empêcher de répliquer et de dire des paroles que je regretterais par la suite.
— Et permettez-moi de vous conseiller de mieux choisir vos fréquentations, finit-il en regardant Owen.
— Vous êtes en train de menacer ma sœur, monsieur ? intervient mon frère en se rapprochant de lui.
— Tyron, s’il te plaît…
Je tente sans succès de le convaincre d’arrêter.
Mais avant qu’il ne puisse en dire ou en faire davantage, Zoey intervient pour le calmer.
— Il me semble que tu me dois une danse Tyron, dit-elle en l’attrapant par le bras pour l’emmener au milieu de la piste, me laissant seule avec le directeur et Owen un peu en retrait.
Je remercie intérieurement Zoey d’être venue à mon secours. Elle a toujours eu ce pouvoir sur mon frère, et il n’a jamais su lui tenir tête. Leur relation m’a toujours dépassée et si au départ j’en voulais à mon frère de coucher occasionnellement avec ma meilleure amie et à celle-ci d’entretenir une relation avec mon propre frère, j’ai fini par l’accepter. Après tout, ils sont suffisamment grands pour faire leurs propres choix, et lorsque Tyron m’a dénoncée à notre père, Zoey n’a pas hésité à me défendre et à se ranger de mon côté.
— Je m’excuse pour les agissements de mon frère. Quant à mes fréquentations, vous ne pouvez pas les juger d’un simple regard et qui plus est sous un masque. J’estime de mon côté être à la hauteur au sein de l’école en participant à tous les cours et en obtenant les meilleurs résultats à chaque examen. Je pense que je mérite qu’on me laisse un peu tranquille sur mes heures de repos et je vous prierais par conséquent de ne pas rapporter à mon père comment je choisis de passer mon temps libre. N’oubliez pas que ce n’est pas dans votre intérêt qu’il me retire de votre établissement… Votre réputation serait mise à mal, et beaucoup de parents viendraient à se questionner quant à vos compétences en tant que directeur de cet établissement.
Il me fixe tout en m’écoutant attentivement. Ce n’est pas dans mes habitudes de répondre de cette façon, en menaçant mon interlocuteur, mais j’en ai plus qu’assez de devoir faire attention sans arrêt au moindre de mes faits et gestes. Je viens d’avoir dix-huit ans et j’aimerais juste être une fille normale. Est-ce que c’est trop demander ?
— Vous ferez une excellente avocate Emma. Je vous souhaite une bonne soirée, conclut-il avant de jeter un dernier coup d’œil à Owen derrière moi puis de disparaître au milieu de la foule.
Je balaie les alentours du regard en espérant que personne n’ait relevé toute notre conversation et je suis soulagée de constater que ce n’est pas le cas. Tout le monde est bien trop occupé à danser, discuter ou bien, pour la plupart, simplement regarder les danseurs. Je finis par me retourner, légèrement mal à l’aise après ce qu’il vient de se passer.
— Avocate ? dit-il en brisant le silence ce qui me fait sourire.
De toute cette conversation, la seule chose qu’Owen retient, c’est ce détail qui en dit tout de même un peu plus sur moi. Je lui réponds, joueuse, sans pour autant valider cette information.
— Étonnant, pas vrai ?
— Plus rien ne m’étonne à ton sujet. Et plus j’en apprends sur toi, plus tu m’intrigues et me plais.
Je ne sais pas ce qu’il me trouve, ni pourquoi je l’intrigue autant. Surtout quand on sait que je suis une fille plutôt banale qui passe son temps à étudier sans avoir de vie sociale extraordinaire. C’est d’ailleurs la première fois que je m’accorde ce bonheur de faire autre chose qu’être le nez dans mes bouquins, et je dois bien avouer que ça fait du bien. Je découvre une nouvelle facette de ma personnalité que j’apprécie et qui me donne envie de m’évader encore plus. Malgré tout, je garde le silence et me contente d’un petit sourire discret avant que Zoey et mon frère ne nous rejoignent. Je soupire en m’adressant à ce dernier.
— Il a encore fallu que tu te fasses remarquer.
— Et je parie que tu t’es excusée pour moi…
Je secoue la tête en signe d’exaspération et avant que j’aie le temps de dire quoi que ce soit, il prend de nouveau la parole.
— Très franchement, on fait mieux comme soirée d’anniversaire qu’un bal non ? Avec les gars de l’équipe, on va à une fête dans une ville voisine sur une plage. Apparemment c’est un gros truc vraiment bien. Vous n’avez qu’à vous joindre à nous pour la soirée ! propose-t-il en s’adressant autant à Zoey et moi qu’à Owen et ses amis. Et puis l’avantage, c’est que là-bas personne ne sera là pour « juger tes fréquentations »…
Sa voix est pleine de sous-entendus et, si l’idée est tentante, j’ai quand même cette petite voix dans ma tête qui me souffle que ce n’est pas raisonnable.
Me voyant hésiter, Zoey prend les choses en main en s’agrippant à mon bras.
— Je suis entièrement d’accord ! On va fêter tes dix-huit dignement Emma ! Let’s go !
Elle ne me laisse pas le choix. Je jette un coup d’œil à Owen, l’implorant de venir avec nous pour ne pas me laisser seule dans ce genre de soirée. Et un peu aussi parce que je ne souhaite pas le quitter maintenant alors que la soirée commence à peine.
— Pas de mauvais coups, menace méchamment Zoey à l’intention de mon frère alors qu’on lui passe devant pour retourner à l’école se changer.
Ce n’est pas que je n’aime pas ma robe, mais elle n’est pas très appropriée pour une soirée plage.
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