Secret Crush

Charlie Malone · Chapitre 9 sur 32

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Secret Crush

Chapitre 7

 

 

Emma

Je n’ai pas envie de lui en dire plus, simplement parce que sa vision de moi changerait, et il ne me regarderait pas de la même manière. Je le sais, car c’est pareil à chaque fois que je donne mon nom et que j’explique que je suis en préparation pour devenir « une grande avocate de renom », pour faire la fierté de mon père. Ils prennent peur et fuient, ce que je comprends, je n’aimerais pas moi-même me frotter à ma propre famille. Alors pour une fois, je voudrais simplement être moi. Emma, sans Layne. La fille qui aime la littérature bien plus que le droit pénal et qui n’aspire qu’à vivre une petite vie tranquille comme tous les jeunes de son âge.

Son sourire m’envoûte, et j’ai l’impression que son regard me paralyserait si je le laissais me fixer plus longtemps.

— Ça me va. Juste Emma et juste Owen, sans rien autour.

— Maintenant, tu penses que ça en valait vraiment la peine ?

— De quoi ?

— De refuser un moment des plus agréables en la charmante compagnie d’une brune super sexy pour rester avec « juste Emma » ?

Il sourit de plus belle, et je ne peux que lui rendre son sourire tellement il est communicatif.

— Oh ! Et qui te dis que je suis resté pour toi ?

— Peut-être bien parce que tu es assis à côté de moi en ce moment même et que tu n’as pas arrêté de me regarder alors qu’elle te parlait plus tôt dans l’aprèm’ ?

— Touché. J’avoue que tu m’intrigues et que je mourais d’envie de savoir quel livre se cachait dans ton sac.

— J’espère que la réponse ne t’a pas trop déçu dans ce cas, il est encore temps de changer d’avis.

J’insiste, ne comprenant pas vraiment pourquoi il s’intéresse à une fille aussi banale que moi alors qu’il pourrait être en train de prendre du bon temps avec une fille bien plus sexy et attirante.

— En effet, j’aimerais bien prendre une glace. Tu m’accompagnes ?

Surprise, je ris en le voyant se lever et me tendre la main. Je finis par l’accepter. On rassemble nos affaires et on remonte tranquillement la plage pour retrouver le chemin. Je continue de marcher pieds nus pour profiter du sol encore chaud et parce que j’aime aussi la sensation que ça apporte. On se dirige vers le centre-ville tout en discutant. C’est vraiment rare que j’apprécie autant la compagnie d’un homme mais, avec lui, je me sens bien. Je n’ai pas besoin de me forcer à plaire ou à être quelqu’un d’autre. Je suis juste moi, et ça fait un bien fou !

— Tu es en bien charmante compagnie, Emma, me dit le glacier en me faisant un petit clin d’œil.

Je lui réponds en fronçant les sourcils et en adressant un large sourire à Owen.

— Vraiment ? Vous trouvez ?

— Je trouve que c’est agréable de te voir profiter un peu, autrement qu’avec le nez plongé dans tes bouquins, me dit-il avec un air sincère qui me touche.

Il a raison, la plupart du temps, je reste scotchée à mes cours et les moments où je suis à la plage, je laisse les autres s’amuser pendant que je lis.

— Je te mets une pistache et une framboise comme d’habitude ? me demande-t-il.

— Vous me connaissez bien !

— Évidemment, tu prends toujours les mêmes parfums depuis quatre ans ! Et pour vous jeune homme ?

— Je vais prendre une boule chocolat et une boule spéculoos s’il vous plaît.

— On reste dans les classiques pour nos jeunes ! C’est parti, s’exclame-t-il en préparant nos cornets qu’il agrémente de petits copeaux de chocolat.

Je sors ma carte pour payer, mais Owen me devance et m’invite. Surprise, je le laisse faire et remercie le glacier. Nous nous dirigeons alors vers un banc face à la mer. Le soleil commence à se cacher, signe qu’il va bientôt falloir que je rentre si je ne veux pas me faire engueuler en arrivant.

— Merci, mais tu n’étais pas obligé, dis-je en tournant la tête pour le regarder.

Ses yeux bleus rencontrent les miens et m’hypnotisent quelques instants.

— Ça me fait plaisir.

Son sourire me charme, et sa main se rapproche dangereusement de mon visage. Incapable de faire quoi que ce soit, je reste immobile, jusqu’à ce que son index effleure le coin de ma bouche.

— Tu avais un peu de glace, ajoute-t-il simplement, ce qui me fait rougir.

— Merci…

On ne se quitte pas du regard, et je sens mon cœur s’emballer à force de le contempler. Je crois qu’au-delà de nos bons moments passés ensemble, il m’attire sérieusement. Comment ne pas l’être en même temps ? Il est physiquement très bien foutu pour l’avoir vu torse nu, avec des abdos bien dessinés, un sourire à faire craquer n’importe qui et des yeux envoûtants. Le simple fait d’imaginer ses lèvres rejoindre les miennes fait monter une sensation de chaleur en moi. Je me sens rougir et finis par me détourner de lui pour continuer de manger silencieusement ma glace avant qu’elle ne fonde.

Mon téléphone se met à sonner. En voyant l’heure et le nom de Zoey s’afficher, je soupire et lève les yeux au ciel.

— Merde, Emma ! T’es où, bon sang ?! Il est presque 19 h 30 et je commence à être à court d’excuses, là ! Je t’attends pour aller dîner mais, si ça continue, le service va se terminer, alors ramène ton cul et vite !

— Oui, désolée, je n’ai pas vu l’heure. Je rentre ! Tu n’as qu’à dire à Mme Anderson que j’approfondissais mon français avec le libraire et qu’on n’a pas vu le temps passer, je ne sais pas, moi…

— Et je peux savoir ce que tu fais en réalité ?

— Je… je commence en tournant le regard vers Owen. Je me suis perdue dans mon roman et le temps a filé.

Elle ne dit rien, et je sens bien qu’elle ne me croit pas, mais elle n’insiste pas pour le moment. On raccroche, et je me retourne vers Owen qui continue de me fixer, un petit sourire en coin.

— Tu t’es perdue dans ton roman, vraiment ?

— Parfaitement, Madame Bovary peut être très attachante et… envoûtante, si bien que je n’ai pas résisté à l’envie d’en découvrir davantage sur elle.

— Et est-ce que Madame Bovary peut te raccompagner ?

Je souris en voyant qu’il a compris mon sous-entendu et acquiesce d’un mouvement de tête. On termine le chemin en discutant de tout et de rien, des paroles légères, mais intéressantes. J’en apprends un peu plus sur lui, comme le fait qu’il adore Stephen King et qu’il possède un poisson rouge nommé Ça. Rien de bien passionnant en réalité, mais ça me convient. Je continue à le questionner alors qu’on aperçoit déjà la bâtisse de mon école.

— Au fait, comment ça se fait que tu sois aussi calé en littérature ?

— Parce que je l’ai étudiée pendant huit ans à l’université, et que j’ai toujours aimé lire.

— Vraiment ? À quel métier autant de littérature peut bien amener ? Écrivain ? Interprète ? Traducteur ? Professeur ? Journaliste ? C’est marrant, je n’arrive pas à te voir dans l’un de ces métiers…

— Et pourtant l’un de ceux que tu as cités est le mien…

Je fronce les sourcils, surprise d’avoir trouvé son métier même si je ne l’imagine dans aucun d’entre eux. Il n’a pas une tête d’écrivain ou de journaliste et encore moins de professeur… En fait, je ne l’aurais pas vu dans un métier littéraire tout court, ce qui accentue encore plus ma curiosité.

— Et si tu ne me vois pas ici, dans quelle branche me vois-tu dans ce cas ? me demande-t-il, joueur.

— Je ne sais pas… Tu n’as rien d’un intellectuel, de premier abord, sans vouloir t’offenser bien sûr ! s’exclame-t-elle immédiatement. Tu es beau, séduisant et plutôt sexy, donc je t’aurais bien vu dans un métier de la nuit comme barman, serveur ou mannequin, même !

Je le vois sourire à pleines dents et je comprends seulement maintenant que je viens de prononcer à haute voix ce que je pensais tout bas. J’en ai visiblement bien trop dit et j’aurais dû m’abstenir, même si je le pensais vraiment.

— Je vais le prendre comme un compliment, me dit-il sans me lâcher du regard, ce qui me déstabilise encore plus.

Ma bouche s’entrouvre sans que je ne sache réellement quoi dire pour me sortir de cette situation gênante. Je lui réponds en souriant.

— Ouais… je pense que tu peux, en effet.

De toute façon, c’est dit, donc autant assumer les choses. Je ne dois certainement pas être la première à le décrire ainsi et je suis sûre qu’il le sait très bien, voire qu’il en joue !

Alors qu’on arrive devant la porte d’entrée de l’école, je me retourne vers lui pour le remercier de m’avoir raccompagnée et pour la glace en sa compagnie.

— Emma, me dit-il alors que je m’éloigne. J’aimerais vraiment te revoir, est-ce que tu as le droit de dîner à l’extérieur le soir ? Ou bien vous êtes surveillés sans arrêt ?

Mon cœur manque un battement. Je suis contente de voir que je lui plais à ce point. Je fais mine de réfléchir en sachant très bien que je ne peux pas sortir en semaine, mais pour une fois j’ai envie de profiter un peu. Je lui réponds avec un sourire qu’il me rend immédiatement :

— Je trouverai une excuse.

— Demain soir ? On se retrouve à 19 h 30 devant le glacier ?

J’acquiesce et grimpe les marches de l’escalier en courant, prête à subir les foudres de la surveillante et de mes amis.

Mais je m’en fiche pas mal car, pour la première fois, je sens que mon cœur s’est éveillé pour quelqu’un.

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