Secret Crush

Charlie Malone · Chapitre 12 sur 32

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Secret Crush

Chapitre 10

 

Owen

Je ne sais pas encore ce qui m’a pris de l’embrasser, mais ses lèvres n’appelaient que les miennes depuis un moment. Le besoin de les sentir, de les goûter était devenu une obsession bien trop grande pour rester en moi. Leur douceur était bien au-delà de ce que j’avais espéré et de ce dont j’ai l’habitude. Et même si mon corps tout entier en réclamait davantage et brûlait d’envie de sentir chaque centimètre de son corps sous mes doigts, mon esprit quant à lui fait preuve d’un peu plus de retenue. Je veux y aller par étapes sans risquer de tout foutre en l’air. Je suis bien trop bouleversé par cette alchimie entre nous pour ça.

Mes mains sur ses hanches, je la sens frémir sous la chaleur de mes paumes. Les miennes semblent s’électriser à son contact. Cette fille me fait découvrir une facette de moi que je ne soupçonnais même pas. Je dois bien avouer que cela m’intrigue autant que ça m’effraie. J’aime habituellement garder le contrôle de mes émotions pour ne pas me laisser submerger mais, cette fois, ce sont elles qui tiennent les commandes. Son regard émeraude plonge dans le mien avec une intensité incroyable si bien que je pourrais presque en perdre mes moyens.

Sa langue passe délicatement sur ses lèvres dans un mouvement plus que sensuel, ce qui fait soudainement gonfler mon caleçon et me coupe le souffle. Elle ne se rend même pas compte à quel point elle dévaste tout à l’intérieur de moi. Mon corps réagit instantanément à son contact.

Je n’ai aucune idée du temps qui s’écoule alors qu’on reste silencieux, les yeux dans les yeux. Tout ce que je sais, c’est que plus les secondes passent et plus j’ai envie d’elle. Je pourrais la garder près de moi toute la soirée, toute la nuit s’il le faut.

— « Peut-être », n’est pas encore suffisant… finit-elle par murmurer, un petit sourire en coin.

Elle s’éloigne délicatement, et je la regarde faire en souriant.

— Alors, dis-moi quand je pourrai te revoir ? Voler quelques instants à ta vie bien remplie… Je pourrais passer te prendre demain après le déjeuner pour passer l’après-midi ensemble ?

Elle semble réfléchir un instant en plissant légèrement ses lèvres.

— Je vais finir par être à court d’excuses, et Zoey ne va pas me laisser m’en tirer aussi facilement… mais ça en vaut la peine… sûrement… dit-elle, ses yeux pleins de promesses.

Je fais un pas en avant pour me rapprocher d’elle, la surplombant de toute ma hauteur, si bien qu’elle doit relever la tête pour me faire face. La voix remplie de mystère, je lui réplique :

— Elle s’en remettra, j’en suis sûr. On se retrouve ici, sous l’olivier, vers 13 heures ? Prévois un jean et une veste. Et pour la soirée, tu es dispo également ? C’est samedi soir… et il me semble que la dernière fois tu étais dehors tard…

Sa poitrine se soulève à mesure que sa respiration s’intensifie. J’aime voir l’effet que je produis sur elle. Finalement, il n’y a pas que mon corps qui réagit au sien, et ça me plaît.

— Demain soir, la ville organise son bal masqué annuel…

Je ne peux m’empêcher de sourire à l’idée qu’un bal masqué soit vraiment organisé.

— Qui organise encore ce genre d’événement ?

— C’est une très vieille tradition d’ici, et les habitants y sont attachés. L’école Richemond fait partie des organisateurs depuis des années. De ce fait, en tant qu’étudiants, nous avons l’obligation d’y participer… Je dois être rentrée suffisamment tôt pour me préparer. Mais tu n’auras qu’à me retrouver sur place…

Je souffle quasiment dans un murmure, ce qui augmente une nouvelle fois la tension entre nous :

— Et comment je te reconnaîtrai ?

— Je pourrais porter une petite branche d’olivier dans les cheveux… répond-elle la voix sensuelle.

J’acquiesce d’un signe de tête. Mes lèvres se rapprochent des siennes dans un effleurement sans les goûter de nouveau pour autant. J’aime cette retenue qui devient de plus en plus difficile, mais qui est tellement jouissive que j’en savoure chaque miette.

— Dans ce cas, je porterai la même au poignet…

On garde la position quelque temps avant que son téléphone ne lui rappelle qu’elle doit rentrer rapidement. J’aimerais rester plus longtemps, la garder contre moi ne serait-ce que quelques minutes supplémentaires, mais je dois la laisser partir.

Je la regarde gravir l’escalier, puis je reprends le chemin en sens inverse pour rentrer à l’appartement. Il n’est pas encore 22 h 30 lorsque j’approche du centre-ville et décide de m’attarder sur le bord de la plage.

Enzo et Nolan devaient retrouver des amis dans un bar, et si la perspective de les retrouver aurait pu me plaire, je préfère profiter de la solitude pour repenser à cette soirée. À aucun moment je n’avais prémédité ce qu’il s’est passé, tout a dérapé sans que je ne m’en rende compte. L’embrasser ne faisait pas partie du programme, mais c’est comme si je n’avais pas pu faire autrement.

Je me surprends à aimer ce début d’histoire à la fois simple et romantique que je fuirais en temps normal. Emma est douce, que ce soit dans ses propos ou dans ses gestes, et j’ai un peu du mal à la cerner par moments, car elle reste tout de même entreprenante. Je ne pense pas qu’elle soit aussi novice et pudique qu’elle le laisse paraître. Elle joue autant que moi avec son regard de braise et sa langue qui passe sur ses lèvres dans certains moments bien choisis.

Les boutiques sont encore ouvertes, et je me hasarde à rentrer de nouveau dans la petite librairie du vieux monsieur aux allures de Père Noël. J’aime flâner entre les rangées de livres en passant mon regard sur leurs couvertures. Comme je l’avais déjà remarqué la dernière fois, ce n’est pas une librairie classique, mais plus une vieille boutique offrant un choix diversifié de romans de seconde main. J’aime l’idée que le livre a déjà eu un premier, voire plusieurs propriétaires avant moi, car au-delà de raconter une histoire, il a aussi la sienne.

Certains sont complètement cornés, ce qui peut vouloir dire que leurs anciens propriétaires étaient passionnés par les intrigues au point de les embarquer partout avec eux, tandis que d’autres sont dans un état irréprochable. Mon regard s’attarde sur un vieil exemplaire de Roméo et Juliette de Shakespeare dont la couverture bordeaux et noire reliée est magnifiquement bien décorée. Les coins sont abîmés et quelques pages cornées, mais je me décide à le prendre quand même. Je ne suis pas un mordu de romance, mais les amants maudits et leur amour interdit me parle plutôt bien en ce moment.

— Je ne pensais pas vous revoir aussi vite, m’interpelle le vieil homme tout droit sorti d’une rangée de livres. Comment avez-vous trouvé ce meurtre dans la bibliothèque ?

— Très bonne lecture, et je dois dire que ça fait du bien de redécouvrir un bon vieux polar comme on les aime ! dis-je en lui rendant l’ouvrage. Merci beaucoup pour cette recommandation.

— Venir se faire assassiner chez les gens, quelle drôle d’idée… Pauvre colonel Bantry ! dit-il en replaçant soigneusement le roman au milieu de toute une sélection d’Agatha Christie qui prend bien une étagère à elle toute seule. Cette femme était vraiment un génie du meurtre !

Le vieil homme repère alors mon achat futur.

— Je vois que vos goûts en lecture sont totalement différents… Je ne vous aurais pas imaginé avec ce genre de livre, de premier abord… commente-t-il en faisant un geste vers l’exemplaire de Roméo et Juliette que je tiens toujours dans les mains. Mais, après tout, les amants damnés ont tellement de choses à raconter…

— En effet, j’avais envie de sortir de ma zone de confort, comme on dit.

Je lui dépose un billet sur le comptoir, insistant cette fois pour payer, puis je le questionne sur cette histoire de bal traditionnel, l’air de rien.

— J’ai entendu parler d’un bal que la ville organise tous les ans, ici…

— Oui, en effet. C’est une tradition vieille de plus de cent ans. Chaque année, un bal masqué est organisé, où tous les habitants se réunissent. La légende raconte qu’à l’image des amants maudits de votre livre, poursuit-il en pointant du doigt le bouquin que je viens d’acheter, une jeune fille du peuple et un jeune homme de la haute société seraient tombés amoureux cette nuit-là. Elle aurait bravé les interdits en l’invitant à danser, sa véritable identité dissimulée derrière un masque. Ils se seraient aimés sans que personne ne sache véritablement ce qu’il leur est ensuite arrivé. C’est pour cela que lors de la première danse, ce sont les femmes qui font preuve d’audace en invitant l’homme qui fait battre leur cœur en secret.

Sa voix rocailleuse raconte le mythe en laissant planer un certain voile romanesque dans l’air, et je me prends à aimer cette ambiance. Je le remercie pour son explication puis quitte la boutique ma trouvaille en poche et une envie de me poser sur un banc pour en profiter.

Enzo m’envoie plusieurs messages pour m’indiquer le bar dans lequel ils sont actuellement et me demande de les rejoindre. Je réponds que je passerai d’ici trente minutes. Ils savent que j’étais en compagnie de « mon étudiante », et je ne suis pas prêt à subir leur interrogatoire ainsi que leur mine complètement abasourdie de me voir avec un tel comportement envers une fille.

La lumière du réverbère au-dessus de moi et l’olivier pour dossier, je me plonge rapidement dans les premières pages de l’histoire de Roméo et Juliette.

Deux familles, égales en noblesse,

Dans la belle Vérone, où nous plaçons notre scène,

Sont entraînées par d’anciennes rancunes à des rixes nouvelles

Où le sang des citoyens souille les mains des citoyens.

Des entrailles prédestinées de ces deux ennemies

A pris naissance, sous des étoiles contraires, un couple

d’amoureux

Dont la ruine néfaste et lamentable

Doit ensevelir dans leur tombe l’animosité de leurs parents.

Je connais le texte de Shakespeare pour l’avoir étudié à l’université, mais je ne me suis jamais réellement attaché aux personnages et à leur histoire tragique, pour la simple et bonne raison que je ne la comprenais pas. Pourquoi s’entêter pour un amour impossible alors que plein d’autres filles sont à vos pieds ? Personnellement, ça n’a jamais été mon délire, et j’ai toujours préféré la facilité. L’amour n’a jamais eu sa place dans ma vie.

Je ne vois pas le temps passer et lorsque Nolan m’appelle je suis surpris de voir qu’il est déjà plus de minuit et qu’ils m’attendent depuis au moins une heure avec une dizaine de messages non lus. Cette fille est véritablement en train de me retourner le cerveau. Elle m’obnubile tellement que j’en oublie quasiment mes propres potes ! Je pars les rejoindre.

— Non, mais sérieux Owen ! Tu fais chier à disparaître comme ça !

Je réponds sur la défensive :

— C’est bon, détends-toi Enzo, j’étais juste en train de profiter de la plage.

— Et ton étudiante ? Tu l’as chopée ? me demande Nolan en se penchant sur le bar pour dépasser son frère et me voir.

En portant mon verre à mes lèvres, je me défends :

— On a discuté, rien de plus. Et puis je ne vois pas en quoi ça vous regarde !

Les filles rencontrées plus tôt dans la semaine sont encore présentes, dont cette Lexie qui n’arrête pas de me faire les yeux doux. Je pourrais facilement me la faire ce soir, ce qui ne me ferait pas de mal, mais j’aurais l’impression de trahir Emma. C’est vraiment con, parce qu’il n’y a rien entre elle et moi, mais aussi faible que soit notre connexion, elle me lie bien plus à Emma qu’à n’importe qui d’autre. Ce baiser échangé est plus puissant qu’une partie de jambes en l’air avec une inconnue de fin de soirée, et je ne veux pas prendre le risque de tout faire foirer. Plus surprenant encore, je n’ai même pas envie de baiser.

En tout cas, pas cette pétasse.

— Au fait, demain soir, il y a le bal annuel, commence Lexie, toujours les yeux fixés sur moi avec ce regard mielleux. Quasiment toute la ville sera présente, ça vous dit de venir ?

— Un bal ?! répète Nolan, interloqué. Qu’est-ce qu’on va foutre à un bal ?

— C’est une tradition ici, c’est un bal masqué très connu dans la région. C’est vraiment quelque chose à voir, continue sa copine. En tout cas, nous, on y va chaque année, et la tradition veut qu’après l’ouverture du bal, les filles invitent les garçons pour une danse.

— Vraiment ? Intéressant, commente Enzo.

— T’en dis quoi, Owen ? me demande Nolan. Ton étudiante sera sûrement présente… renchérit-il sur le ton de la plaisanterie.

— Elle devrait y être, en effet.

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