Secret Crush
Chapitre 4
Owen
Nolan nous a déniché une boîte de nuit vraiment sympa. La plus prisée de la ville, d’après le gérant du bar, ce qui n’est pas pour nous déplaire, même si je dois bien avouer que ma tête reste bloquée sur cette fille. Elle contraste tellement avec celles que j’ai l’habitude de voir défiler, que ce soit dans ma vie personnelle, en soirées ou dans ma vie pro. Soit elles sont tellement sûres d’elles que c’en est presque lassant, soit elles sont trop studieuses et laissent facilement leur apparence de côté. Alors que cette fille, mon inconnue aux cheveux blonds, semble être un cocktail parfaitement équilibré entre une nana calme, cultivée et sublime. J’aime sa façon de me scruter et je crois que le fait qu’elle ait refusé de m’accompagner tout à l’heure me plaît encore plus. La voir avec un livre entre les mains, et pas n’importe lequel en plus, me pousse à vouloir en savoir davantage sur elle. Le mystère plane autour d’elle, ce qui la rend encore plus attirante. La seule chose que je sais pour le moment et dont je suis certain, c’est qu’elle est incroyablement belle au naturel.
Une fois à l’intérieur, on commande nos boissons et les gars commencent à repérer quelques filles tandis que je prends un peu la température de l’ambiance de la soirée. Il y a beaucoup de monde et je ne m’attendais pas à ça en arrivant. La musique techno bat son plein et la piste de danse se retrouve très rapidement pleine à craquer. Certains se dirigent directement vers elle et d’autres, comme moi, préfèrent attendre un peu avant de se lancer. Comme je le disais, je prends le temps d’analyser autour de moi et je n’attaque pas tout de suite comme un bourrin.
Après une bonne demi-heure et deux verres vidés, mon attention se pose enfin sur elle. C’est drôle, cette boîte, c’est le dernier endroit où j’aurais pensé la revoir, et finalement ça me plaît. Elle me surprend, ce qui est un bon point. Sa robe est parfaite, pas trop sexy, contrairement à la plupart des filles présentes, mais suffisamment échancrée pour donner envie. Elle refoule un mec venu l’inviter à danser ce qui ne m’étonne pas. Elle n’a pas l’air d’être facilement abordable avec un petit côté désintéressé vis-à-vis des hommes.
Ses yeux captent rapidement les miens, à croire que nous sommes aimantés l’un par l’autre. Je sens mon cœur palpiter et ma respiration accélérer en plongeant dans son regard intense. Cette fille est vraiment différente et exerce un pouvoir sur moi. Qu’est-ce qui m’arrive, merde !
Il ne faut qu’un appel d’Enzo pour que je détourne les yeux et la perde de vue. Elle a disparu, ce qui me fait sourire. Cet instant ne dure pas longtemps, puisque je la retrouve accoudée au bar pour commander un nouveau verre. Je me décide à la rejoindre et me place doucement juste derrière elle. Son parfum sucré embaume mes narines, et son corps si proche du mien arriverait presque à me faire frissonner.
— Décidément, on ne fait que se croiser…
Je la sens se raidir légèrement, et sa respiration semble se bloquer, mais elle ne me regarde pas pour autant. Elle récupère son verre puis se tourne doucement pour me faire face. Comme je n’ai pas reculé, on se retrouve proches, vraiment proches. Elle est obligée de relever la tête pour plonger de nouveau ses yeux dans les miens. Je peux les voir de plus près et je n’avais pas remarqué ce liseré jaune autour du vert profond de ses iris, qui rend son regard encore plus énigmatique.
— C’est également ce que je me disais… répond-elle en gardant toute l’assurance dont elle est capable.
Aucun de nous n’ose parler et je reste quasiment contre elle pendant un laps de temps que je ne saurais définir. Sa poitrine se soulève à chacune de ses inspirations, mais je ne prends pas le risque de perdre ce lien pour regarder autre chose.
— Ah bah enfin ! Putain, mais je te cherche partout ! s’exclame une fille dans une tenue qui contraste totalement avec celle de mon inconnue dont je ne connais toujours pas le prénom.
Elle l’attrape par le bras et l’entraîne sur la piste sans lui laisser le choix ni le loisir de protester. Elle prend quand même un moment pour tourner la tête dans ma direction, et le sourire contrit qu’elle m’adresse m’oblige à le lui rendre sans réserve.
Les heures défilent, et je cherche à rejoindre les garçons pour danser à mon tour. Nolan est déjà en bonne compagnie tandis qu’Enzo a disparu de la circulation. Plusieurs filles viennent se dandiner près de moi, mais je ne leur accorde pas le moindre intérêt. Il n’y en a qu’une qui m’intéresse, et que je regarde de temps à autre se déhancher au rythme des morceaux. Son corps bouge parfaitement bien, elle se laisse totalement emporter, sans se soucier de ce qui se passe autour d’elle comme si plus rien n’existait, excepté la musique et elle. Plusieurs mecs tentent également leur chance de son côté, mais à aucun moment elle ne les calcule.
Joueur, je décide de tenter de l’approcher. Derrière elle, je me place encore plus près que plus tôt dans la soirée, et comme si elle avait deviné ma présence, elle ne me refoule pas. Malgré moi, je suis un peu soulagé.
Son corps ondule contre le mien, et j’ose poser une main sur sa taille pour la faire se mouvoir à mon rythme. Elle répond à ma demande et, mon torse collé à son dos, on profite de l’instant en totale osmose. Cette fille dégage quelque chose, et je n’ai aucune envie de la brusquer, au contraire, je veux la découvrir encore plus. Danser avec elle et cette proximité fugace m’enivrent suffisamment pour le moment.
Elle finit par se retourner pour me faire face de nouveau. Cette fois, elle est seule, ses amis sont tous occupés à droite à gauche, tout comme les miens. Elle se hisse sur la pointe des pieds pour atteindre mon oreille.
— J’ai comme l’impression qu’on ne se quitte plus…
Elle est craquante. On est tous les deux immobiles au milieu de la foule qui continue de sauter dans tous les sens. Nous sommes bousculés par moments sans que cela nous empêche de nous regarder. Les 4 heures du matin passées n’ont pas l’air de lui faire peur, et sur le coup je m’en fiche pas mal moi aussi. Elle finit par sourire… Le genre de sourire parfaitement bien dessiné et surtout très envoûtant.
Face au bruit assourdissant, elle se remet sur la pointe des pieds.
— Ta proposition de tout à l’heure tient toujours ?
Je suis surpris, ce qui doit se lire sur mon visage puisqu’elle renchérit.
— Je commence à fatiguer et je vais rentrer…
Je continue de la dévisager un instant avant d’acquiescer d’un signe de tête. On se dirige tant bien que mal vers la sortie où elle récupère une petite veste en jean et son portable.
— Ah ! Ayden ! s’exclame-t-elle en direction d’un de ses amis que j’ai vu à la plage cet après-midi. Je vais rentrer, dis à Zoey qu’on se voit demain.
— OK, pas de soucis. Tu veux que je te raccompagne ?
— Non, c’est gentil, ça va aller. Continue de profiter de ta soirée !
Elle ne lui laisse pas le temps de répondre et me rejoint à l’extérieur. Sa veste sur son dos, elle retire ses chaussures en les portant à la main. J’esquisse un sourire en la voyant faire, et nous partons en direction de la plage.
On marche tranquillement jusqu’à nous arrêter au pied de cet olivier immense. Il a totalement sa place dans le décor et si la plupart des gens ne le voient sans doute pas, il apporte pourtant cette touche de nature qui correspond bien à mon inconnue. Elle sourit tout en le regardant puis finit par se poser à son pied, m’invitant à faire de même. Le paysage qui s’offre à nous est tout simplement magique, avec la Lune qui se reflète dans l’eau et les étoiles qui illuminent le ciel noir d’encre.
— Je ne sais toujours pas comment tu t’appelles, dis-je en brisant le silence.
— Tu ne vas sûrement pas me croire, mais je porte le prénom d’une héroïne de Jane Austen, répond-elle, visiblement joueuse.
— Ne me dis pas que tu t’appelles Elinor ? Ce serait bien trop évident…
Elle rigole, et j’aime entendre ce bruit mélodieux résonner dans la nuit.
— Non, et heureusement ! s’exclame-t-elle.
— Tu n’as pas la tête d’une Bennet…
— J’aurais préféré… Mon personnage est plutôt du genre trop belle, trop intelligente, trop riche et bien souvent trop sûre d’elle, ce qui va lui jouer des tours… continue-t-elle toujours avec ce petit ton espiègle.
Cela me plaît et commence à sérieusement me donner envie de l’embrasser furieusement.
Il ne me faut pas longtemps pour comprendre de qui il s’agit, et je trouve ce prénom ravissant.
— Emma.
Elle s’arrête pour me regarder, surprise de me voir trouver son prénom si rapidement.
— Je me suis trompé ? Parce que la description que tu m’as faite correspond en tout point à Mlle Woodhouse…
Ses sourcils se froncent, et ses lèvres s’élargissent légèrement.
— Non, c’est bien ça… Comment un homme peut-il connaître à ce point Jane Austen ? Serais-tu un fan de cette autrice ?
J’explose de rire face à son expression interloquée, comme si je pouvais ne pas aimer Jane Austen ou toute autre forme de lecture. Elle m’imite, et on rigole ensemble, accompagnés par le clapotement des vagues qui semble nous suivre dans notre folie.
— Je ne me considère pas comme un fan, mais j’aime la littérature, et Jane Austen fait partie des classiques romantiques à connaître, tout comme les sœurs Brontë avec Les Hauts de Hurlevent, par exemple.
Elle me fixe quelques instants sans rien dire avant de se focaliser de nouveau sur l’océan, laissant le silence s’installer. Il n’est pas dérangeant, loin de là. Je dirais même qu’il est reposant. Il me permet de mieux apprécier le moment en compagnie de mon inconnue au doux prénom d’Emma.
— J’aime venir ici, finit-elle par dire, pensive. J’aime entendre le bruit des vagues et sentir la chaleur de l’olivier. C’est un endroit tellement commun que personne n’y fait attention, il est devenu mon petit havre de paix. Le monde passe à côté tous les jours et personne ne le remarque jamais.
Mon visage s’éclaire face à ces mots, ce dont elle se rend compte avant que ses joues ne rougissent rapidement. Elle est mignonne avec son petit côté naïf.
— Désolée, s’empresse-t-elle de dire en faisant une petite mimique mal à l’aise. Je me suis un peu perdue dans mes pensées. Tu dois avoir mieux à faire non ? Je ne suis pas le genre de compagnie rêvée pour un after après une soirée en boîte…
— Qu’est-ce que je pourrais faire de mieux que de passer ma soirée en compagnie d’une fille charmante et rêveuse à parler de romans ? Tu serais étonné de voir combien j’aime ce genre de moments en toute simplicité…
Elle semble soulagée, visiblement convaincue par mes paroles. C’est vrai qu’en temps normal ce n’est pas le genre de soirée que j’aime passer après quelques verres entre potes mais, ce soir, c’est différent. J’ai envie d’en apprendre davantage sur elle, même si cela implique de renoncer à quelques parties de jambes en l’air sans lendemain.
On reprend finalement notre marche pour longer la plage en s’éloignant des lumières de la ville.
— Et toi ? Comment tu t’appelles ? dit-elle pour changer de sujet.
— J’ai beau réfléchir, mon prénom ne fait référence à aucun grand personnage de la littérature. Du moins, rien ne me vient à l’esprit pour le moment…
Elle s’arrête, et je constate que nous sommes définitivement sortis du centre-ville que j’aperçois derrière nous. Les lampadaires se sont faits de moins en moins nombreux et la mer qui s’étend à l’horizon est totalement noire avec seulement quelques rayons de la Lune pour l’éclairer.
— Je suis arrivée, conclut-elle alors que je regarde les alentours pour découvrir une grande bâtisse qui ne ressemble en rien à un immeuble.
Je la questionne en haussant mes sourcils, ce qui la fait rire :
— Tu vis ici ?
— Non, je n’habite pas dans le coin.
— Alors tu es en vacances ?
— Pas vraiment non plus… Peu importe, j’ai été ravie de faire ce trajet avec toi.
— J’espère que ce ne sera pas le dernier, dans ce cas !
— Si tu restes un peu dans les environs, c’est possible que nos chemins se croisent de nouveau par inadvertance. Rentre bien, et passe une bonne nuit, me dit-elle en se dirigeant vers la grande porte digne d’un château.
Je la regarde partir et monter l’escalier qui mène à l’entrée.
— Owen, je dis suffisamment fort pour qu’elle m’entende. Je m’appelle Owen.
Elle se retourne une dernière fois, me regarde et m’adresse un sourire qui va rester dans ma mémoire une bonne partie de la nuit, à n’en pas douter.
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