Secret Crush

Charlie Malone · Chapitre 15 sur 32

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Secret Crush

Chapitre 13

 

Emma

L’amour qu’on nous décrit dans les livres est bien loin de la réalité. Tous ces écrivains du e XIX siècle que j’admire et qui sont les fondements de mon éducation sont bien loin du compte. Jamais Charlotte Heywood n’aurait accepté ce genre de chose dans un coin reculé de Sanditon, et je ne peux m’empêcher d’être triste pour elle. Parce que c’était tout simplement incroyable et tellement bon que j’en redemanderais encore et encore. Je n’avais jamais ressenti pareille émotion avant aujourd’hui.

Owen s’allonge à mon côté et son regard brûle encore un peu plus ma peau alors que je garde les yeux fermés pour continuer d’apprécier ce moment. Aucun de nous ne parle, et le calme envahit rapidement l’espace autour de nous. Le bruit des vagues me repose, me permettant de reprendre une respiration plus normale et de me remettre de mes émotions toujours en ébullition.

Je finis par ouvrir les yeux en tournant ma tête vers lui. Il continue de me contempler et un regard suffit pour que mon cœur s’emballe de nouveau. Sauf que cette fois, ça n’a rien à voir avec de l’excitation, du désir ou un quelconque attrait physique et sexuel. Cet homme, sorti de nulle part et dont je ne connais quasiment rien, rencontré aux abords d’une ruelle pour la première fois, est en train de tout retourner sur son passage. Il n’a rien à voir avec tous ceux que je peux côtoyer à longueur de temps et que je trouve la plupart du temps inintéressants. Soit ils s’intéressent à moi uniquement parce que je suis devenue un objet de convoitise inaccessible par mes nombreux refus, soit ils ne veulent de moi que mon nom et la notoriété qui va avec. Et pour ceux qui ont un minimum de conversation, ils ne sont clairement pas à mon goût physiquement et deviennent dans tous les cas très vite chiants à étaler leur savoir dans le but d’impressionner autrui.

Owen est différent. D’une, il est incroyablement beau avec un regard et un sourire à tomber. De deux, il est intelligent avec une culture vraiment développée en littérature, ce qui n’est pas forcément commun chez un homme. Merci les stéréotypes. Il a de la conversation et on peut aisément passer un après-midi à discuter roman ou tout autre sujet sans problème, ce qui me plaît énormément. Il a de l’humour et pour couronner le tout, il fait des merveilles rien qu’avec ses doigts…

— À quoi tu penses ? me demande-t-il, brisant ainsi le silence et mes pensées qui divaguaient un peu trop loin.

Je finis par lui répondre en me focalisant de nouveau sur le ciel bleu qui s’offre à nous.

— Je me demandais… si tu étais bien réel, ou si tu sortais tout droit de mon imagination.

— C’est marrant, je me demandais la même chose…

Je fronce les sourcils avant d’esquisser un petit sourire. Encore une fois, il me prouve que ce n’est pas possible, que ces genres d’homme et de situation n’existent pas en temps normal. Il est bien trop parfait et tout est bien trop beau pour ne pas voir arriver les problèmes. J’aimerais que ce moment ne s’arrête jamais. Que la page de ce roman que nous sommes en train d’écrire ne se tourne pas et que le livre reste à jamais ouvert sur cet après-midi hors du temps. Je lui demande alors ironiquement en tournant la tête vers lui qui me sourit en retour :

— C’est bien trop beau pour être vrai. Dis-moi, Owen, quel est donc ton secret ? Que caches-tu et surtout qui es-tu ?

— Je te retourne la question, Emma… Je ne suis pas du genre à croire à la femme parfaite…

J’éclate de rire. En effet, je suis loin d’être parfaite, je ne montre que ce que je veux bien lui dévoiler à mon sujet et je suis persuadée qu’il fait de même de son côté. Je ne sais rien de lui si ce n’est son prénom et qu’il est plus âgé que moi. Ceci dit, j’aime ce mystère qui plane autour de nous, nous laissant croire que tout est finalement possible.

L’après-midi touche rapidement à sa fin. Il est temps de regagner la réalité et de s’apprêter pour le bal de ce soir. Je n’ai pas une grande motivation à y aller, comme à chaque fois d’ailleurs, mais je n’ai pas vraiment le choix. Zoey doit être super excitée à l’idée de se pomponner et déjà m’attendre pour les préparatifs. Mais de mon côté je préférerais rester ici encore un peu…

— Une branche d’olivier, me dit Owen alors que je lui rends le casque de moto qu’il m’a prêté. J’ai hâte d’y être.

Finalement, cette soirée peut s’avérer beaucoup plus agréable que je ne le pensais. L’envie de le revoir et de danser avec lui m’envahit soudainement. Je lui souris avant de me retourner pour gravir les marches de l’école en courant et rejoindre Zoey dans la chambre. J’ai une bonne demi-heure de retard et je sens qu’elle va me le faire savoir.

— Tu es en retard ! s’exclame-t-elle alors que je rentre en trombe dans la pièce.

Qu’est-ce que je disais ? Je la connais par cœur et ce genre d’événement, qu’elle adore, lui met une grosse pression. Elle veut toujours que tout soit parfait, et par « tout » j’entends surtout « nous », en fait. Je m’excuse et file prendre une douche. Lorsque l’eau coule sur ma peau, je sens de nouveau les doigts d’Owen parcourir mon corps et descendre jusqu’à mon bas-ventre. Ces flashs font instantanément revivre ce moment et ces émotions en moi.

Je me reprends rapidement avant de me faire de nouveau engueuler par Zoey puis la rejoins dans la chambre en serviette avec mes sous-vêtements.

— Voilà ta tenue, dit-elle fièrement en me présentant une magnifique robe bustier noire.

Zoey a toujours aimé confectionner des vêtements elle-même, et notamment les robes de soirée. Depuis qu’on participe à ce bal, c’est elle qui crée chacune de nos tenues sans exception, et à chaque fois son travail est sublime. Je lui fais confiance les yeux fermés et, cette année encore, je ne suis pas déçue.

— Je voulais quelque chose d’un peu différent des robes victoriennes habituelles. Alors j’ai apporté une touche un peu plus sexy et contemporaine, tout en gardant la longueur pour rappeler le côté bal d’époque. Tu en penses quoi ?

Je prends la robe pour mieux la regarder. Elle est à la fois simple tout en restant unique. J’ai l’habitude de porter ce genre de tenue, mais là elle est tout simplement sublime. Sa taille serrée et le fait qu’elle n’ait ni bretelles ni manches apportent un côté sexy et mettent en évidence la poitrine. Sa longueur et sa largeur en bas en font une robe parfaite pour un bal traditionnel. Sans me laisser le temps de lui répondre, elle s’empresse de me dire avec excitation :

— Essaie-la !

J’enfile la tenue avec son aide. Elle remonte la fermeture à l’arrière et je constate que la robe me va parfaitement bien et est très bien ajustée. Aucune retouche n’est nécessaire, ce qui nous fera gagner du temps, contrairement aux autres années. Une fois la robe mise en place, le miroir reflète une image de moi que j’apprécie et qui me stresse en même temps. J’ai à la fois hâte qu’Owen me découvre dans cette tenue, et en même temps peur de sa réaction. Dans tous les cas, Zoey a accompli un travail dingue, et j’adore cette robe. Ma poitrine est bien relevée, et la robe épouse parfaitement ma taille, déjà fine de base.

— Elle est magnifique, dis-je avec émotion en l’embrassant pour la remercier.

— Je suis contente qu’elle te plaise ! Et je te trouve encore plus belle que les années précédentes. Tu vas avoir du succès ce soir… D’ailleurs en parlant de ça, ton inconnu sera présent ? Tu vas lui accorder ta première danse ? Dis-moi que tu vas enfin arrêter de danser avec le directeur pour ouvrir le bal, par pitié !

Je ris aux éclats en l’entendant dire ça. C’est vrai que, ne voulant donner d’espoir à aucun garçon, j’avais pour habitude d’inviter le directeur pour cette première danse où ce sont les femmes qui choisissent leur cavalier. Mais cette fois-ci c’est différent, et je suis bien déterminée à changer cette tradition. Après tout, je suis en droit de décider avec qui danser, même si je sens que ça va faire parler autour de moi…

— C’est possible… d’ailleurs à ce propos, j’ai besoin d’une petite branche d’olivier.

— De l’olivier ? Pourquoi ?

— Pour qu’il me reconnaisse… Tu peux la mettre où tu veux, le tout c’est qu’elle soit suffisamment visible.

Elle sourit en secouant la tête.

— Plus romantique, tu meurs ! s’esclaffe-t-elle. OK, on va te trouver ça, mais avant aide moi à enfiler ma robe.

En la découvrant, j’ai vraiment l’impression qu’elle a inversé les rôles cette année. La sienne est bien plus traditionnelle, ce qui la change énormément. De style empire, la tenue qu’elle porte se compose d’un corsage ajusté et d’une longue jupe ample dans les tons bleu nuit. Elle est également d’une beauté saisissante et fera des ravages à coup sûr !

On termine de se préparer mutuellement. Je laisse mes cheveux détachés pour simplement attacher quelques mèches à l’arrière, dégageant ainsi mon visage. Zoey me les boucle grossièrement afin de faire de belles anglaises qui retombent sur mes épaules. Pour le maquillage, j’opte pour quelque chose de léger, ce qui me correspond, sans artifice. Mon cou reste dénudé, sans accessoires qui viendraient apporter trop de lourdeur à la tenue. La robe est déjà tellement belle que rien d’autre n’est nécessaire pour la mettre en valeur. Elle m’apporte le masque qu’elle m’a également confectionné, tout noir, en accord avec la tenue et avec de la dentelle qui rappelle le thème du bal. Elle glisse les feuilles d’olivier dans mes cheveux, ce que je trouve parfait. C’est à la fois discret, mais en même temps suffisant pour que lui me reconnaisse.

Me voilà prête à affronter cette soirée.

Une fois ces préparatifs terminés, il est déjà quasiment 20 heures, et nous sommes en retard. Le rendez-vous est donné pour 20 heures sur la place de l’église et l’ouverture du bal a lieu une demi-heure plus tard. Comme chaque année, on prend une photo pour immortaliser cet énième été ensemble, que l’on affichera dans notre album commun. Il retrace tous ces étés à venir ici parfaire notre savoir, à profiter des plages et du soleil.

Le stress monte à mesure que nous nous dirigeons vers le centre-ville. Beaucoup de monde afflue dans les rues, et la ville s’éveille comme jamais. Plein de petites guirlandes et flambeaux ont été installés pour l’occasion, créant ainsi une ambiance romantique et festive. La musique de l’orchestre spécialement venu pour l’occasion arrive à mes oreilles, signe que nous sommes arrivés.

Mes yeux cherchent mon inconnu parmi la foule sans véritable succès. Premièrement, il y a tellement de monde que je n’arrive pas à voir correctement et, deuxièmement, il est impossible de reconnaître les personnes sous les masques. Plus on avance et plus j’ai peur de ne pas le voir à temps avant l’annonce de la première danse.

Une fois arrivées, on rejoint Ayden et les autres élèves de l’école à côté de l’estrade, ce qui me permet d’avoir une meilleure vue d’ensemble. Je scrute chaque visage pour enfin me poser sur le sien.

Il me cherche aussi. Owen porte un costume noir et une chemise blanche qui lui vont à ravir. Son masque noir est simple et sombre, mais ne cache pas ses yeux bleus que je reconnaîtrais entre mille. Ses amis sont présents avec lui et semblent visiblement emballés par la soirée.

— Bonsoir à tous et bienvenue pour cette cent trente-troisième édition du bal de Waterway ! commence le directeur d’une voix tonitruante. Je suis heureux et fier de pouvoir de nouveau présenter l’ouverture de cette fête traditionnelle qui nous tient à cœur et qui retrace le patrimoine de notre ville. Les femmes sont mises à l’honneur durant cette soirée car il faut rappeler leur importance dans notre société. Ce soir, exceptionnellement, j’aimerais mettre en avant l’une de mes étudiantes les plus anciennes, et probablement la plus douée, qui fête aujourd’hui ses dix-huit ans et entre enfin dans le monde des adultes. On ne la présente plus, beaucoup la connaissent ici, j’ai nommé Emma !

Mon cœur s’emballe, et la panique me gagne. Je n’avais absolument pas prévu ça et je n’ai aucune envie d’être mise en avant de cette façon ! Zoey me fait les gros yeux en me montrant qu’il faut que j’aille rejoindre le directeur, mais la seule chose dont j’ai envie, c’est de m’enfuir en courant. J’inspire profondément, puis j’affiche un sourire faussement élargi en montant sur scène remercier notre cher directeur.

Au moins, si Owen doutait de ma majorité, maintenant il peut être rassuré.

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