Secret Crush

Charlie Malone · Chapitre 30 sur 32

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Secret Crush

Chapitre 28

 

Owen

L’été touche à sa fin.

Cette phrase résonne comme une sentence.

Du moins notre été à nous, celui passé ensemble et qui, contre toute attente, s’est révélé bien plus plaisant que tout ce que j’aurais pu imaginer. Je rassemble mes affaires sur le lit avant de les mettre dans ma valise. Je souris en rangeant la chemise blanche qu’elle portait à chaque fois qu’elle sortait de la douche, ou encore mon sweat gris qu’elle mettait lorsque les soirées sur le balcon ou sur la plage se faisaient un peu plus fraîches que les autres.

J’ai aimé la voir porter mes vêtements comme si c’était normal. Comme si elle et moi ne formions qu’un. C’est un peu ce qu’il s’est passé en fait. Durant un mois, elle était à moi, et pouvait faire ce qu’elle voulait de ma personne en retour. J’ai beau lui dire le contraire, la boule dans mon estomac grossit à mesure que ces souvenirs défilent devant mes yeux. Ils appartiennent déjà au passé, et il va maintenant falloir avancer l’un sans l’autre.

C’est hyper cliché, et je m’étonne de le penser, moi Owen le grand séducteur sans attaches, mais je ne crois pas pouvoir un jour retrouver une fille comme elle. Elle est juste trop exceptionnelle. Incroyablement belle et sexy tout en restant humble et discrète. Intelligente et passionnée par des sujets de société, des sujets engagés. À la fois douce et véritable tigresse, je l’ai vue évoluer au fil des jours passés avec elle. Aucune autre ne lui arrivera jamais à la cheville. Je le sais, et c’est aussi ce qui fait mal. Laisser partir la seule personne capable de vous faire sentir véritablement vivant, celle qui fait battre votre cœur comme personne ne l’a jamais fait auparavant c’est tout simplement horrible.

— On va faire un dernier tour à la plage avec Nolan, tu viens avec nous ? me demande Enzo en rentrant dans ma chambre.

— Partez devant, je finis de ranger mes affaires et je vous rejoins.

— Les adieux sont douloureux ? se moque mon ami.

— Ferme-la, Enzo !

— Non, mais je ne plaisante pas au contraire, je compatis. Je ne t’ai jamais vu aussi amoureux que cet été… Cette fille t’a littéralement transformé et, sincèrement, je suis content pour toi… Parce que, même si à la fin ça fait mal, tu as réussi à me rendre jaloux. Te voir aussi heureux avec elle, m’a fait comprendre que l’amour n’est finalement pas qu’un truc de gonzesse. Ça existe vraiment, et j’ai pu le constater de mes propres yeux…

Je fronce les sourcils face à sa déclaration qui me surprend. Ce n’est clairement pas dans sa personnalité habituelle de se confier ainsi mais, après tout, je ne me pensais pas non plus capable d’éprouver de tels sentiments.

— Ouais, mais au final ça fait un mal de chien, dis-je en soupirant. Je ne pensais pas m’être autant attaché à elle…

— Tu déconnes ? Tu l’as dans la peau cette fille ! Et même si ce n’est qu’une étudiante de dix ans de moins que toi, vous êtes en totale alchimie. Il faut voir le côté positif, elle t’aura prouvé que tu peux tomber amoureux et tu finiras par retrouver une autre fille !

Le problème, il est là. Je ne veux pas une autre fille. C’est Emma que je veux. Seulement Emma.

Il quitte la chambre, et je termine de rassembler mes affaires. Je tombe sur l’exemplaire de Roméo et Juliette que je n’ai pas terminé pour ne pas avoir affaire à ce dénouement dévastateur qui dans un sens ressemble un peu au nôtre. J’inspire profondément en le rangeant parmi mes vêtements avant de refermer mon sac définitivement. J’attrape mon portable et mon portefeuille que je glisse dans la poche arrière de mon short, puis ma serviette que je pose sur mon épaule. Enfin, je quitte l’appartement pour rejoindre les garçons et profiter une dernière fois de la plage.

Je passe devant tous ces endroits qui ont fait mon quotidien avec elle ces dernières semaines, pour finalement m’arrêter devant cette petite librairie aux couleurs anciennes et à la devanture en bois. Je ne peux m’empêcher de passer une dernière fois sa porte dans un petit bruit de clochette indiquant mon arrivée. L’odeur des bouquins envahit mes narines et j’aperçois M. Wilson, ses lunettes sur son nez et sa barbe grise emmêlée. Il est bien trop pris dans sa lecture, les coudes posés sur son comptoir, pour me remarquer. J’en profite pour flâner dans les rayons jusqu’à attraper un roman neuf, situé tout en haut d’une des bibliothèques. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee. Je ne peux m’empêcher de penser à Emma et à son engagement pour le combat de l’héroïne de La couleur des sentiments. Je ne sais pas si elle connaît cette œuvre que j’apprécie particulièrement. Je ne résiste pas à l’idée de le prendre, puis continue mon inspection.

Mes yeux se posent sur une série d’anciens romans aux couvertures rigides à ornements. Je souris en découvrant l’exemplaire de Voyage au centre de la Terre de Jules Verne, un écrivain français de grand talent que j’ai aimé découvrir dans ces aventures. Parfois on ne voit pas la beauté de ce qui nous entoure et je trouve que Jules Verne nous invite à redécouvrir notre monde.

Quelques rayons plus loin, je tombe sur l’un de mes romans préférés, voire celui qui m’a fait aimer la lecture tout court. Ça peut paraître cliché, mais Stephen King est un maître dans son domaine et tout particulièrement avec Shinning qui reste un incontournable pour moi.

Enfin, alors que je me dirige vers la caisse, j’aperçois, au fond d’une vieille malle, un exemplaire du Journal d’Anne Frank. La force de cette jeune fille et son histoire sont bouleversantes pour quiconque s’y intéresse.

Je dépose mes trouvailles sur le comptoir, sortant ainsi M. Wilson de son monde.

— Oh ! excusez-moi jeune homme, je ne vous ai pas entendu entrer, dit-il de sa voix vieillissante et rocailleuse.

Je lui réponds avec un sourire :

— Il n’y a pas de mal.

Il n’existe plus beaucoup de personnes ou de lieux comme ça dans notre monde. Du moins pas suffisamment pour donner envie aux jeunes de lire et de plonger dans des univers différents plutôt que de s’abrutir devant des jeux vidéo ou des émissions de téléréalité.

— Choix plutôt intéressant, commente-t-il en analysant mes différents romans. Jules Verne, très, très bon livre, vous ne serez pas déçu.

— Je sais, je les ai tous lus. J’aime beaucoup la littérature française, je trouve qu’elle est très riche.

— Je ne peux qu’être d’accord avec vous ! Mais nous avons également de très grands auteurs ici aussi, comme Stephen King, un maître dans son style.

Je lui réponds avec enthousiasme :

— Probablement l’un de mes préférés !

— Vous avez une bonne connaissance en la matière… c’est agréable de voir des jeunes aimer autant la lecture et la littérature ancienne comme moderne.

Je ne peux pas le contredire. Il ne doit pas en voir beaucoup défiler ici malheureusement, en dehors d’Emma qui pourrait passer ses journées ici.

— J’enseigne la littérature à l’université, à vrai dire, et j’aimerais que les étudiants soient tous comme Emma…

Il me sourit en retour lorsque je prononce son prénom.

— Je me disais bien que je vous avais déjà vu… Vous êtes le jeune homme qui a passé tout son temps en sa compagnie cet été, celui qui m’a d’ailleurs acheté un exemplaire de Roméo et Juliette n’est-ce pas ?

J’acquiesce d’un signe de tête. Il a beau être âgé, il a une bonne mémoire et remarque les détails que d’autres ne voient pas. On a fait attention de ne pas se montrer trop proches justement, mais lui a vu.

— D’ailleurs, je crois savoir qu’elle passera vous dire au revoir avant de partir. Pourriez-vous lui donner ses romans pour moi ?

Il accepte volontiers et me tend un papier et un stylo sur lequel je griffonne quelques mots à son attention. Une fois cela fait, je remercie M. Wilson pour sa bienveillance et sa gentillesse avant de sortir de sa boutique. L’air marin sur mon visage me fait du bien, et le soleil accompagne ma dernière journée ici.

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