Secret Crush

Charlie Malone · Chapitre 3 sur 32

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Secret Crush

Chapitre 1

 

Emma

— Je compte sur toi pour rester concentrée. Je ne paie pas ce centre une fortune pour te voir échouer l’année prochaine. Alors tâche de ne pas me décevoir.

Je souris, acquiesce d’un signe de tête puis récupère ma valise dans le coffre de la Mercedes. Une fois mes affaires entre les mains, je lisse ma jupe avant de faire un signe d’au revoir à mon père qui reprend déjà la route. Depuis la mort de ma mère, il s’est enfermé dans le travail, et son exigence envers moi et mon avenir est devenue une obsession, si bien que je n’ai pas d’autre choix que d’être la meilleure, à moins de le décevoir. Je le regarde s’éloigner, pas mécontente enfin de me retrouver seule, et surtout sans personne pour me dicter ma conduite, du moins pas autant que chez moi.

J’ai l’habitude de venir à l’école Richemond pour les vacances d’été afin de me perfectionner toujours plus. Ainsi, je satisfais mon père qui voit en moi l’avenir de la famille et une future grande avocate renommée. Je crois que je donnerais n’importe quoi pour que ma mère soit de nouveau parmi nous pour redonner à notre famille l’éclat qu’elle avait et qui a disparu en même temps qu’elle. Elle, au moins, se souciait plus de nos rêves que de la réussite sociale.

Je pousse un soupir de soulagement avant d’inspirer pleinement cet air frais et pur, légèrement salé par la mer. Me retrouver là, dans la petite ville de Waterway, loin de l’agitation perpétuelle de Stanford, me fait un bien fou. Waterway se situe sur la côte Ouest des États-Unis, à seulement trois heures de chez moi, et accueille de nombreux étudiants qui sont envoyés comme moi pour garder une longueur d’avance sur l’année suivante. Puis, je sors mon téléphone de ma poche pour découvrir un message de Zoey.

On est à la plage ! Dépêche-toi de ramener ton joli petit cul !

Je souris en secouant la tête. Zoey est ma meilleure amie, la seule à ne jamais m’avoir jugée ou à ne pas avoir adapté son comportement quand elle a su que ma famille était l’une des plus influentes de l’état de la Californie. Et rien que pour ça, je lui suis reconnaissante. J’aime venir ici et passer chaque été avec elle à étudier et profiter de la plage, loin de la pression que mon père exerce sur moi. La plupart voient en ces cours d’été un véritable calvaire et une sorte de prison tandis que pour moi, ils sont synonymes de liberté.

Je dois étudier et faire mes preuves sinon les professeurs, et surtout M. Johnson, le directeur de cet établissement, feront un rapport détaillé à mon père, mais c’est toujours moins intense que le reste de l’année. Le moindre écart qui lui serait rapporté me concernant pourrait m’être fatal, j’en ai déjà fait les frais et j’ai retenu la leçon…

Tout ce que je demande aujourd’hui, c’est un peu de temps pour lire ce qui me plaît. Je ne demande rien à personne, juste un bout de muret, mon olivier qui m’attend pour m’adosser à lui et un bon bouquin de Jane Austen.

Rien de plus, rien de moins.

Je monte mes affaires dans la chambre que je partage évidemment avec Zoey qui a, comme à son habitude, envahi la pièce avec ses habits et autres trousses à maquillage en tout genre. J’enfile mon maillot de bain blanc une pièce simple avec quelques détails en broderie puis une robe de la même couleur par-dessus avant d’attraper mon sac en bandoulière avec ma serviette dedans. Je glisse mon exemplaire de Raison et Sentiments qui m’accompagne toujours durant mes étés. J’aime lire et relire cette histoire et je dois avouer que le combat des sœurs Dashwood entre le cœur et la raison me rappelle un peu trop ma propre existence. J’espère à chaque relecture qu’Elinor arrivera à choisir l’amour, mais malheureusement la fin reste toujours la même.

Justement, l’école ressemble à toutes ces demeures que l’on retrouve dans les histoires de Jane Austen ou des sœurs Brontë. J’adore déambuler dans les couloirs à la recherche de l’endroit parfait où me réfugier pour lire à l’abri des regards. Chaque année, je trouve une nouvelle cachette et je peux passer des heures en compagnie d’un bon livre. Parfois, je me plais à imaginer ce qu’aurait été ma vie si j’étais née à cette époque. Est-ce que je serais plus une Elizabeth Bennet ou bien une Elinor Dashwood ? Aurais-je le caractère vaniteux d’Emma Woodhouse ? Un mélange des trois, je suppose.

Une fois la porte de notre chambre fermée, je traverse le couloir en souriant et en disant bonjour aux quelques filles que je croise leur valise à la main. C’est le jour des arrivées, et une bonne ambiance règne dans l’établissement tandis que les professeurs, tous plus renommés les uns que les autres, prennent eux aussi leurs marques. Je salue Mme Anderson, l’intendante et femme de ménage de nos dortoirs avant de descendre le grand escalier central qui mène à l’extérieur. J’ai toujours aimé ces marches tellement larges qu’on peut se croiser sans forcément se voir. Une fois dehors, j’inspire profondément, les yeux fermés, tandis que je laisse les rayons du soleil réchauffer mon visage. C’est incroyable le bien que ça me fait. Après quelques secondes, je finis par prendre la route de la plage qui se trouve à seulement quelques kilomètres de l’école, soit une bonne demi-heure de marche. Ça ne me dérange pas, j’aime bien errer dans les rues de cette ville tout en redécouvrant les mêmes boutiques année après année. Je souris à ceux que je reconnais et je ne manque pas d’échanger quelques mots avec notre glacier préféré, qui nous connaît bien. Mais l’endroit que je préfère, et de loin, c’est la petite librairie de M. Wilson. Je pourrais m’y perdre pendant des heures à tenter de trouver le roman parfait.

Alors que je m’apprête à rentrer dans la boutique pour le saluer, mon regard se porte sur un groupe de jeunes qui avance dans ma direction. Leurs rires joviaux m’interpellent, et je ne peux m’empêcher de les détailler rapidement. Au vu de leurs tenues et de leur admiration pour les lieux, ils ne doivent pas être du coin, mais plutôt en vacances pour profiter de la plage et de ce que cette petite ville peut offrir de meilleur pour qui sait apprécier. Habituellement peu intéressée par la gent masculine, mon attention se focalise tout de même particulièrement sur l’un d’entre eux.

Il est grand, avec des cheveux blonds légèrement ondulés. Ses yeux bleus sont à l’image de l’océan qui s’étend à côté de nous.

Je ne peux m’empêcher de les observer discrètement en faisant mine de regarder les livres sur les étalages extérieurs remplis d’occasions en tout genre. J’en prends un au hasard tout en analysant cet homme qui passe à quelques centimètres de moi. Je ne suis visiblement pas aussi discrète que je l’espérais, puisqu’il soutient mon regard quelques instants avant de baisser les yeux sur le livre entre mes mains. Il esquisse un sourire en me fixant à nouveau avant de reprendre la route en compagnie de ses amis. Je lève les yeux au ciel, exaspéré par mon propre comportement.

— Je ne te voyais pas t’intéresser à ce genre de lectures, Emma…

La voix rocailleuse et vieillie par le temps de M. Wilson me fait reprendre mes esprits en sursautant. Je baisse les yeux sur le livre et constate que je tiens fermement un exemplaire de La Fille qui criait au monstre de la série pour enfant Chair de poule. Mes joues rougissent légèrement à l’idée que cet homme ait pu penser que ce genre de lecture me plaisait, bien qu’il n’y ait en soi pas de honte à avoir. Chaque genre littéraire doit trouver son public même si, pour le coup, je pense être en effet un peu vieille pour ce genre d’histoire…

— Bonjour monsieur Wilson, dis-je un sourire aux lèvres tout en reposant le livre à sa place entre les bandes dessinées et les vieux livres jeunesse. Comment allez-vous ?

— Très bien, et je suis content de te revoir parmi nous cette année. J’ai d’ailleurs une petite sélection de romans que j’ai mis de côté pour toi et qui je pense devrait te plaire.

J’aime discuter littérature avec M. Wilson et je pourrais m’adonner à ce bonheur pendant des heures. Mais, pour le moment, je suis attendue par Zoey qui risque de faire un scandale si je n’arrive pas dans les prochaines minutes. Ses messages incessants en sont la preuve.

— Je passerai vous voir dans le week-end pour récupérer tout ça avec joie ! Bonne journée, monsieur Wilson ! dis-je en m’éloignant, ravie, pour continuer mon chemin.

J’aperçois au loin mon amie sur la plage en compagnie de Ayden et d’autres étudiants qui reviennent également chaque année. Mes chaussures retirées, je plonge mes pieds dans le sable chaud pour les rejoindre. Quand je viens ici, j’ai cette impression d’être en vacances, même si je sais que, dès lundi, les cours vont commencer et le rythme s’intensifier.

— Ah bah enfin ! s’exclame Zoey alors que j’arrive vers eux.

— Désolée, tu connais mon père et ses recommandations de dernière minute !

Elle me serre dans ses bras comme si on ne s’était pas vues depuis plus d’un an alors qu’on fréquente la même université.

— Ça fait plaisir de te revoir Emma ! Et content que tu aies pu négocier pour revenir ici cette année… me dit Ayden en me souriant.

— Laisse tomber Ayden, après tout ce temps, tu n’as toujours pas compris que tu ne l’intéressais pas ? Comme personne d’ailleurs… souligne Zoey, ce qui me fait lever les yeux au ciel.

Alors que je secoue la tête de gauche à droite en signe d’exaspération, mon regard se porte de nouveau sur le même groupe de mecs que j’ai croisé tout à l’heure. Ils viennent de s’installer à quelques mètres de nous. Évidemment, mes yeux se focalisent sur cet inconnu qui ne manque pas d’en faire autant, ce qui me fait froncer les sourcils.

— Beaux gosses en vue… commente Zoey. Mais un peu trop vieux pour nous, finit-elle par déclarer avant de retirer sa robe pour dévoiler un sublime maillot de bain noir deux pièces qui dévoile parfaitement ses formes.

Elle a toujours su y faire, bien plus que moi, même si elle dira le contraire. Je suis plutôt discrète, réservée, et j’évite autant que possible les tenues trop extravagantes. Je préfère de loin passer inaperçue, contrairement à Zoey qui n’hésite pas à mettre en valeur son corps.

— Allez, Emma ! Je t’attends depuis plus de deux heures pour enfin pouvoir faire trempette, alors bouge ton cul un peu !

Je reporte mon attention sur mon amie. Elle croise les bras sous sa poitrine en m’attendant. C’est un petit rituel que l’on a entre nous, la première baignade se fait obligatoirement ensemble, et je dois avouer que c’est plus souvent elle qui m’attend que l’inverse. Je retire ma robe sous le regard brûlant de Ayden et des autres mecs présents, sans leur accorder la moindre importance. Personne ne m’a jamais vue en couple ou avec un mec en général parce que, d’une, ceux de mon âge ne m’intéressent absolument pas et, de deux, parce que mon père me tuerait s’il l’apprenait. Tout ça fait que je suis une fille totalement inaccessible, ce qui renforce leur intérêt pour moi, chose que je n’ai jamais vraiment comprise. « L’interdit rend désirable », d’après Zoey.

Je me force à ne pas tourner le regard en direction de cet homme qui m’intrigue et cours vers la mer avec Zoey. Les autres nous suivent, et on rigole en criant tandis qu’on s’éclabousse avec nos pieds. L’eau n’est pas froide, mais elle n’est pas chaude non plus pour un début de mois de juillet.

On s’éclate, on nage, on saute dans les vagues puis, épuisée, je me retire sur ma serviette pour profiter des derniers rayons de soleil. C’est agréable de pouvoir enfin lâcher un peu prise sans avoir à jouer la fille parfaite pour plaire aux autres. Redressée sur mes coudes, je les regarde continuer à s’agiter dans l’eau tous ensemble, et un sourire vient étirer mes lèvres. Je sors mon bouquin et commence pour la énième fois ce roman que j’aime tant.

Je ne peux m’empêcher de tourner rapidement le regard vers la droite pour voir si le groupe est encore là. Comme s’il avait deviné ma pensée, son regard croise le mien à cet instant.

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