Une nuit avec le duc
Chapitre 19
Quand nous arrivons à la maison des Winters, Wisteria monte à l’étage avec Sampson, qui porte ses bagages, tandis que Taya s’installe dans le boudoir.
— Vous pouvez attendre ma sœur ici, propose Johnny à Frank en lui désignant un fauteuil.
Étonnamment, Frank ne proteste pas, ce qui a de quoi me rendre méfiante. Je le vois prendre place face à Taya, qui l’examine avec attention.
Alors que je vais lui faire part de mon inquiétude, Johnny me conduit dans son étude et ferme la porte avant de me guider jusqu’à un fauteuil et de m’y faire asseoir. Puis il dépose un baiser sur mon visage, nous sert deux verres de vin et prend place face à moi.
— Par où voulez-vous commencer ? demande-t-il d’un ton très professionnel en croisant les jambes.
— Par le commencement, je suppose.
Je bois une gorgée de vin. Quelque chose me dit que j’ai intérêt à me préparer à la suite. Quelle pensée ridicule. En présence du duc, je dois toujours être prête à tout. Je réfléchis un instant avant de poursuivre :
— Mais d’abord, j’ai une question.
— Tout ce que vous voulez. Je vous promets la vérité.
— J’espère bien, dis-je en fronçant les sourcils, et il sourit. Il vous faudra une vie entière pour vous racheter de la détresse dans laquelle vous m’avez plongée.
— Quelle chance que nous ayons toute la vie devant nous, n’est-ce pas ?
Je peine à dissimuler ma surprise et mon ravissement.
— À supposer que je vous offre l’opportunité de regagner mon affection.
— Oh, Eliza, dit-il en se renversant dans son fauteuil et en me fixant avec intensité. Comme vous aimez le frisson de la poursuite.
Je fais la moue en buvant une gorgée.
— Ce qui me conduit à ma question : vous avez planifié ma séduction.
Il esquisse un sourire.
— Cela a été beaucoup plus difficile que prévu. Je pensais en avoir fini dès notre première rencontre. Hélas, j’ai fini par m’éprendre d’une langue bien pendue.
Cette franchise me déconcerte.
— Ma foi, pardon de vous avoir déçu.
— Vous ne pouvez pas me décevoir, Eliza. Sauf si vous me rejetiez encore.
— J’en suis capable.
Il hoche doucement la tête sans me quitter des yeux, puis se lève de toute sa taille majestueuse et avance tranquillement vers moi. Il fait le tour de mon fauteuil, et sa proximité suffit à tendre tout mon corps. Puis je sens sa bouche derrière mon oreille, je ferme les yeux.
— En êtes-vous certaine ? murmure-t-il avant de me lécher l’oreille d’un coup de langue vicieux.
Je gémis, déjà prête à abandonner l’article, mon désir de lui sauter dessus surpassant mon besoin de connaître tous les détails.
Mais il s’écarte abruptement, me laissant pantelante. Par sa faute, quelques gouttes de vin sont tombées sur le bras du fauteuil.
— Bien, commençons par le commencement, reprend-il avec satisfaction en se rasseyant. Êtes-vous prête, Eliza ?
— Je le suis, dis-je en m’efforçant de reprendre contenance.
Le suis-je vraiment ?
Il garde le silence une seconde, comme pour prendre son élan, puis il se lance.
— Il était une fois… deux ducs. L’un de Cornouailles, l’autre de Chester. (Son père. Lymington.) La fourberie du premier était aussi connue que le grand cœur du second. Leurs familles étaient rivales depuis des temps immémoriaux, et cette rivalité s’aggrava encore lorsque les deux ducs tombèrent amoureux de la même femme. (Le sourire qui naît sur ses lèvres ne vient pas de la tendresse pour des souvenirs chéris.) Le problème, c’est que la femme était promise au fourbe.
— Lymington.
Il confirme d’un hochement de tête.
— Mais elle aimait votre père, dis-je comme si le fait tombait sous le coup de l’évidence.
Il confirme encore, puis se lève et commence à arpenter la pièce. Je suis sûre qu’il essaye de contenir sa colère.
— Lymington a provoqué mon père en duel, et mon père a accepté. Lymington ne se doutait pas que mon père était un tireur doué, et il a gagné à la loyale, sans le tuer. Lymington s’en est tiré avec une balle dans le genou. Depuis ce jour, il a besoin d’une canne pour marcher.
— Mon Dieu…
— Oui.
Sa mâchoire se serre.
— Leur rivalité est devenue obsessionnelle chez Lymington. Passons sur bien des années et d’innombrables affaires, et venons au moment où Lymington s’est retrouvé au bord de la faillite. Mon père, en amateur de sciences… (son sourire est tendre maintenant, avec une pointe de tristesse) avait déjà inventé bien des choses, mais voilà qu’il a mis au point une pièce qui allait à coup sûr révolutionner l’imprimerie. Nous étions invités à un dîner chez le duc de Tillsbury. Tous. (Il fronce les sourcils.) Sauf Papa. Il n’aimait pas les relations sociales.
— Annabella Tillsbury, dis-je dans un murmure.
— Son mari. Lymington a vu une opportunité et il l’a saisie. — Non.
Il avale sa salive.
— Mère ne se sentait pas très bien, elle a décidé de rester à la maison elle aussi, et Taya et Sampson ont insisté pour veiller sur elle. Moi, en revanche… (La douleur que je lis sur son visage est palpable. Le noceur. Le rebelle. Je vois de la culpabilité.) Je suis rentré juste à temps pour sauver ma mère, mon frère et ma sœur, mais mon père… (Il secoue la tête, et jamais il n’a eu l’air si impossible à consoler.) J’ai emmené ma famille dans notre domaine à Cambridge afin qu’ils se remettent. Je soupçonnais Lymington d’y être pour quelque chose, mais sans en avoir la preuve. J’ai décidé de rester à l’écart de Londres pour assurer la sécurité de ma mère, mon frère et ma sœur. Quelques mois plus tard, j’ai appris que Lymington avait investi dans un journal. Le voile a commencé à se lever devant mes yeux. L’invention de Père. La presse à vapeur. Puis un article est sorti, qui affirmait que nous étions tous morts et que j’étais le responsable de l’incendie. (Un éclair de haine traverse ses yeux.) J’ai eu la certitude qu’il était le responsable. Mais je ne voyais pas comment le prouver. Depuis lors, je prépare ma vengeance.
Je me frotte le front, commençant à avoir mal à la tête.
— Et je faisais partie de votre plan.
— Oui, Eliza. Mais plus maintenant.
— Vous avez traversé tant de choses.
— Toutes ces horreurs m’ont conduit jusqu’à vous, ma chère lady.
Il vient vers moi, pose ses mains sur mes épaules et se penche pour placer son visage devant le mien.
— Je ne regretterai jamais que le destin m’ait fait ce bonheur.
Je souris, m’avance et l’embrasse doucement.
— Je vous aime.
— Je sais que vous m’aimez, dit-il en me laissant lui mordiller les lèvres. Mais me pardonnez-vous ?
— Je vous pardonne.
— Bien. Je suis content que nous soyons de nouveaux amis.
Il se relève, va jusqu’à son antique bureau d’acajou, tire la chaise et appuie ses deux mains sur le dossier.
— Je crois que vous avez désormais tous les détails dont vous avez besoin pour raconter la vérité.
Je me lève et vais m’asseoir sur la chaise. Il prend la plume, la plonge dans l’encre et la place entre mes doigts en mettant une feuille devant moi.
— Écrivez, m’ordonne-t-il gentiment en m’embrassant dans le cou et en enfonçant doucement ses dents dans ma chair. Quand vous aurez fini, je vous montrerai comment se termine l’histoire.
Je frémis et, d’une main tremblante, je commence par noter la date tandis qu’il me baise la nuque, la gorge, les joues.
— Je crains de devoir connaître la fin avant de pouvoir commencer à écrire cette histoire.
Sa bouche s’arrête sur ma joue, ses mains descendent, et soudain il me soulève et me jette sur son bureau. La plume quitte ma main, l’encre vole, et une pile de papiers va s’écraser par terre.
— Je ne sais pas bien encore ce que je vais faire de vous, me dit-il en passant la main sous mes reins pour m’attirer contre lui.
— Vous le savez parfaitement, réponds-je en passant la main dans ses cheveux.
Il sourit et plonge sur moi, m’embrassant le moindre bout de peau du visage, puis les lèvres, avant de descendre.
— Il me faudra peut-être plus qu’une nuit.
Ses mains disparaissent sous ma robe et je me mets à trembler, envahie par les frissons.
— Êtes-vous prête pour la fin ? demande-t-il en relevant ma robe et en baissant son pantalon.
— Oui, je suis prête.
Il me pénètre en grognant et je pousse un cri aigu en le serrant fort contre moi. Mes ongles s’enfoncent dans son dos, j’enfouis mon visage dans le creux de son cou.
Et je souris en pensant à toutes les nuits qu’il me reste à passer avec le duc.
Mon duc.
OceanofPDF.com
Vous avez terminé Une nuit avec le duc
Jodi Ellen Malpas
Des livres comme celui-ci
-
Captifs de l’amour: Beauté captive, tome 3
-
Obsède-Moi
-
Ses Trois Patrons (French Edition)
-
1. Le roi des vampires.
-
Dans le lit du comte
-
Nyx's Sinners 5 tomes
Après le livre
Pages fournies avec cette édition, gardées ici pour référence.