Augustin ou Le Maître est là

Joseph Malègue · Chapitre 11 sur 23

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Augustin ou Le Maître est là

II la Visite et le Bambin

II

 

LA VISITE ET LE BAMBIN

Poursuivi par la prière, et mille choses d’autrefois, Augus-tin ne se mit pas au lit immédiatement.

Il n’habitait plus la petite chambre où toute son adoles-cence avait couché. Il occupait celle de son père sur la même fa-çade de la maison, et utilisait la table à écrire où celui-ci s’installait jadis. Banale mais large, les épreuves de sa deuxième édition d’Aristote s’y étalaient à leur aise. Il travaillait assez tard, à l’une de ces vieilles lampes dites à modérateur, très lentes à prendre flamme, mais fixes et douces, dont l’huile brû-lait avec une couleur jaunie et une petite odeur qu’il aimait.

Lorsque Augustin se souvenait de son père, il lui était, quoique d’une manière différente, presque aussi présent qu’aux jours d’après la mort. Dans les premiers mois du deuil, certains détails du disparu faisaient irruption en lui avec la netteté de la présence, porteurs des vrais contours de la vie, un peu plus jaunes seulement. Des yeux clignés, ridés, besiclés, horrible-ment inexistants, fixaient les siens. Sa barbe grise, blondie de tabac, remuait. D’avance, l’oreille s’ajustait à sa voix. Les sens d’Augustin refusaient d’ajouter foi à la pensée raisonnable, pré-férant en croire de vieilles habitudes qu’il n’avait aucun moyen de convaincre de cette mort. Il se donnait l’ordre impérieux de penser sur-le-champ aux références bibliographiques de ses au-teurs d’agrégation et il lui semblait prendre à pleines mains pour la redresser de force, une partie tordue et sanglante de son cœur.

À cette époque, la vie était bien dure pour une femme de

– 417 – professeur mort avant sa retraite, et chargée d’enfants. On avait mordu sur le capital. Des titres de rente trois pour cent perpé-tuel, des obligations à lots du Crédit Foncier, toutes valeurs mo-bilières de petites gens, étaient parties l’une après l’autre. Les tentacules de Jules avaient enserré un nouveau lot de terre. Au-gustin collabora selon son habitude par des travaux de va-cances, jusqu’à sa magnifique agrégation. Puis Christine sortit de Sèvres et l’étreinte se desserra quelque peu. Toutes ces choses déposaient sur les arêtes aiguës du souvenir d’impalpables et bienfaisantes petites vases.

Il arrivait que, par les repères marqués sur l’échelle des an-niversaires, sa pensée, redescendue à l’horreur des premiers jours, vît une forme raide et fraîche s’étendre horizontalement sur un fonds de ténèbres. Mais il suffisait d’écarter doucement ces coups de lance trop vifs pour que la présence de son père lui fût rendue mieux que dans la matérialité du premier chagrin. Il l’apercevait, comme ce chagrin, prisonnier d’images trop pré-cises, ne pouvait pas le lui montrer. Il le reconstituait sur un long espace de temps, à la fois dans son âge mûr et dans sa jeu-nesse. Il le devinait même à des moments qu’il n’avait pas con-nus, et jusqu’en sa propre nature à lui, Augustin, malgré toutes leurs différences, grâce à certains gestes hérités, à telle nuance de pensée, à telle manière de prendre les questions, qu’il lui de-vait.

Retrouverait-il plus tard, « dans l’autre monde », suivant la terminologie chrétienne, la personnalité de son père, ce que le vieux catéchisme appelait son « âme » ? Il constatait en lui-même, confondues, inconnexes, sans qu’il eût le pouvoir de choisir, côte à côte avec les tendances mécanistes, d’autres pres-sentiments, conservés, à défaut de pensée nette, par l’attrait des plus hauts désirs. Chassés de tout territoire historique positif et arpenté, fuyant toujours plus loin, vol d’oiseaux pourchassés, vers les régions réservées et inexplorables, ils gardaient cepen-dant une actualité obstinée, leur envergure géante, un grand plumage blanc étalé sur le ciel.

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Dans la débâcle de ses croyances, par une sorte de conta-gion de positivisme, il avait bien cru dire adieu à ces questions-là pour jamais. Elles persistaient cependant, solidement croche-tées à sa pensée. Il l’avait écrit : rien n’était fait dans la science de la vie, tant qu’il restait à y intégrer la mort.

Pour lui personnellement, il eût accepté l’extinction des feux après la comédie, la destruction de l’épiphénomène, le coup de balai aux sanctions manquées et aux désirs faillis. Cet attrait des solutions matérialistes, même mal fondées, était à base de renoncement, d’impassibilité, de froide résignation stoïque, comme après un impossible amour. Qu’ici « impassibi-lité » voulût dire : « qui a beaucoup pâti », qui pâtit encore et qui cache son jeu, peu importait. C’était son affaire. Hors du domaine public. La genèse des idées et leur valeur sont deux. En ce qui le concernait, il acceptait le néant.

Mais non pas pour ceux qu’il aimait. Non pour cette exten-sion de son âme qu’étaient les siens. Contre la mort déjà venue, contre une autre peut-être proche, qu’il repoussait de toute sa force, le dos contre la porte qu’elle ouvrirait bien un jour, au-cune impassibilité n’était possible. Croyances et désirs ruisse-laient ensemble de son cœur.

 

Un matin Christine entra brusquement, les bras nus, por-tant, devant sa robe, le tablier caoutchouté des lavages.

– M. et Mme Desgrès des Sablons font visite à maman. Elle est écrasée sous cet honneur. Viens lui aider.

Augustin se rappela que des bruits de sonnettes et de portes avaient, quelque temps auparavant, traversé les épreuves d’Aristote et les références de Rodier. En d’autres régions de lui-même, d’autres morceaux de banquise dégelèrent et partirent sur les eaux.

La mort de son père, une sorte d’illogique rancune qu’il

– 419 – leur gardait de la coïncidence, le hasard des voyages et des ab-sences, avaient singulièrement ralenti le rythme des rencontres entre les Desgrès et Augustin. Il n’avait fait qu’entrevoir, à de rares reprises, Mme Desgrès des Sablons.

– Oui, continuait Christine. J’ai pu fuir presque tout de suite. Bébé m’a été très utile en cette circonstance. Je crois bien que c’est la première fois de ma vie…

Elle rit, et remonta un bourrelet d’étoffe sur d’assez jolis avant-bras.

 

Dans le froid salon inutilisé dont sa mère venait d’interrompre le sommeil en ouvrant les persiennes, il l’aperçut, « elle », dans son fauteuil, immobile en sa longue élégance ? identique, et toute nouvelle, à cause de bien des changements de détails, et aussi de ce lieu où elle ne s’était encore jamais montrée.

Il la vit sereinement souriante à quelque chose qui n’était exactement ni ce que lui disait Mme Méridier, ni ce que bour-donnait l’importante présence masculine qui l’accompagnait, ni ce qu’elle regardait d’une fixité distraite, à travers les fenêtres et au-dessus des rideaux.

Cet ensemble de conversations et d’occupations, elle le trouvait peut-être juste et adapté, peut-être l’inverse ; il était d’ailleurs indifférent qu’il fût ceci ou cela. Sa vertu se bornait à extraire de Mme Desgrès des Sablons un sourire de bienveillance universelle, qu’elle servait sans variété à toutes les circonstances diverses dont pouvait se composer au gré des jours et de son mari, l’ennui le plus paisiblement accepté.

Tout, indifféremment, pouvait être favorisé de ce sourire si général : des meubles, des glaces de cheminée, la vieille figure de Mme Méridier ou ses paroles. Elle devait le mettre comme elle eût, en d’autres circonstances, mis des chaussures de prome-

– 420 – nade, un costume de cheval ou une robe du soir. Elle ne redes-cendit de ces cimes lointaines, ne redevint individuellement ter-restre qu’en voyant entrer Augustin. Elle lui demanda de ses nouvelles avec cette formule anglaise qui n’attend pas de ré-ponse :

– Comment allez-vous ? et comme il y a longtemps !

Augustin revit, avec quelque chaleur dans l’admiration, ce visage resté merveilleux, que tant de hauteur mêlée à son charme limitait à l’ironique détachement, sans lui laisser jamais atteindre rien qui approchât de la mélancolie.

Un début de maturité s’y discernait déjà, à quelque chose de moins ferme dans la chair, un plissé commençant autour des tempes, et dans ses ondulations blondes des reflets argentés naissants, minces, linéaires, qu’elle ne dissimulait nullement et qui étaient une autre beauté. Elle lui marquait un intérêt qu’il ne voyait pas sans émotion. Il regretta de n’avoir pas à ses yeux les habitudes mondaines françaises qui lui eussent permis de lui baiser la main.

Mais il fut sensible, à ce moment même, à une sorte d’influence et de volonté d’absorption émanant du fauteuil qui bornait à gauche Mme Méridier : M. Desgrès des Sablons venait de se lever.

Augustin vit se tendre vers lui les coutures visibles d’un gros gant de voiture couleur tan, pendant que voletait à ses na-rines un souvenir-effluve de tabac en cigare, pointillé d’eau de Cologne et de cosmétique très délicat. Il subit le choc mou d’une voix pesamment dominatrice, qui lui sembla l’imitation d’une autre voix parente, rendant, celle-ci, le son du maître, mais ca-ché, sec et juste. La voix actuelle se bornait à une approximation superficielle, faite d’un matériau inférieur et moins fin. Des touches savoureusement provinciales s’y maintenaient, préser-vées exprès, collant sur cet ensemble de vie parisienne comme sur le miroir d’un vernis gras.

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M. Desgrès des Sablons parlait seul dans un désert dont sa voix variée et considérable occupait provisoirement tout l’espace. Il donnait l’impression de ne pas consentir volontiers à en céder une parcelle pendant qu’il parlait. Mme Méridier avait senti pleinement et d’emblée tout le poids de cette visite. Elle introduisait dans la pièce comme des coups de vent venus de pays étrangers, apportés par M. Desgrès des Sablons, véhiculés par lui, devant lesquels l’atmosphère de son groupe à elle, sou-dain personnifiée et prenant chair, en profitait pour se retirer à reculons, toute pénétrée de respect.

Au cours de cette retraite, Mme Méridier prononçait des : « Oui, Monsieur » ; « merci, Monsieur », par lesquels elle con-tinuait de manifester qu’elle existait, quoiqu’il n’y eût rien de quoi elle dut spécialement remercier, les intentions bienveil-lantes marquées par cette visite, – (et que M. Desgrès des Sa-blons laissait descendre sur elle par grâce pure, comme la bonté de Dieu dans le catéchisme) – étant vides de contenu et valant par leur forme seule. Mais Mme Méridier, en sa simplicité, sem-blait les serrer contre son cœur, de peur d’en rien laisser perdre.

M. Desgrès des Sablons, par une certaine lenteur et hésita-tion de sa voix, témoignait de quelque étonnement devant tant d’humilité. Il paraissait désirer plus de relief. Peut-être pour que ses favorables dispositions en reçussent un prix accru, pareilles à la pluie de Jupiter qui ne tombe que sur les hauts lieux ; ou parce que les précautions que des principes collectifs de con-duite lui avait prescrites pour mettre en toute circonstance sa caste hors d’atteinte, en devenaient inutiles et presque ridicules, ressemblaient à des efforts musculaires démentis par le vide inattendu d’un récipient qu’on croyait plein.

Aussi, dès son arrivée, Augustin eut à se faire jour à travers une insistance filante, appuyée et pâteuse, dont M. Desgrès des Sablons sollicitait Mme Méridier, un peu comme un chat tapote, pour la faire mouvoir, une souris terrifiée.

Tel un maître, entre deux mains plates, fixant sur son de-

– 422 – voir la tête d’un élève inattentif, le sentiment des convenances tourna brusquement Augustin vers le sens clair des sons qu’émettait l’homme. Il y discerna des « très heureux de », des « Mme Desgrès sera enchantée de », des « Oui, oui, trop bons souvenirs », des « me rappelle avec trop de plaisir » et autres pareilles formules portées à la surface de la voix grasse, bénéfi-ciant chemin faisant de toutes ses intentions et de toutes ses moires.

Ces « très » émis à bouche large, sur des « è » à l’extrême limite de l’ouverture, ces « oui, oui » prononcés ouè, ouè, ces nasales, en notes de gong sous points d’orgue, Augustin com-prenait qu’ils étaient simples phénomènes de vie collective, et caractéristiques de groupes ; que M. Desgrès des Sablons n’était pas libre de ne pas les produire ; qu’ils lui étaient aussi imposés que le parfum léger, la parenthèse parfaite des moustaches roux-gris, et les gants de voiture. Augustin se demandait s’il y avait vraiment autre chose, lorsqu’il découvrit la valeur de deux solennels yeux bleu froid, ouverts au centre des directions di-verses d’où se dispersaient de petites rides. Derrière leur rideau de paupières, de l’air dont on se redresse pour déguster une li-queur, ils se retournaient soudain vers quelque point central d’une tête renversée contre le dossier du fauteuil. Ils semblaient chargés d’aller y contrôler les paroles prononcées par les lèvres, de constater leur conformité avec certains critères généraux d’éducation et de tenue qui eussent résidé dans l’encéphale. Après quoi, ramenés derechef sur Augustin au retour de ce voyage intérieur, sûrs d’eux-mêmes cette fois et pleins d’une ob-jectivité officielle, ils lui garantissaient définitivement cette con-formité.

À ce moment, les deux mains du maître imaginaire ayant de nouveau immobilisé l’attention d’Augustin, il s’aperçut qu’on lui suggérait de séjourner un certain temps sur des pelouses parcourues d’allées sablées, piquées de massifs fleuris, où des gens en tout semblables à M. Desgrès des Sablons passaient des minutes fortunées.

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Il arrivait à Augustin de ne pouvoir se défaire de cette ma-nière de couper son esprit en deux parts : l’une produisant les réponses à peu près exigées par les lieux et les circonstances, tandis que l’autre prenait, à regarder son interlocuteur, ce plai-sir de prévision et d’accompagnement, né de l’exécution sûre et infaillible d’un système de gestes attendus, marqué même çà et là, pour plus de perfection, par l’imprévisibilité de la vie.

Le caractère qui frappa ensuite Augustin dans sa reconsti-tution de M. Desgrès des Sablons, fut un net relevé d’étoffes grises sur la chaussette couleur bruyère. Après avoir épousé le relief de sa grosse cheville, elle plongeait en une chaussure jaune conservant à travers des traces de services et de crème à chaussure, l’entière précision de sa coupe première. Le tout constituait un pied qui, parce que la jambe était croisée très haut et que le propriétaire de ce pied, étalé dans le fauteuil, oc-cupait beaucoup de place en longueur, se tendait vers Augustin comme une main.

Sortie du gant de voiture à une époque qu’Augustin ne pouvait préciser, faisant parfois avec son ancienne enveloppe, des gestes où l’on retrouvait, spaciales et muettes, les inflexions mêmes de la voix, la véritable main, tachetée, couverte de poils blonds, tombait mollement d’un immobile bras gauche calquant le bras du fauteuil, et avait l’air de s’écouler.

L’échange de paroles continuait entre la moitié d’Augustin qui s’en tirait très honorablement et M. Desgrès des Sablons tout entier. Le sujet, après avoir passé sur des visions de châ-teau, semblait revenu au thème primitif, de plaisirs actuels as-sociés à un remémoré de plaisirs anciens perçus en la compa-gnie du père d’Augustin : « Monsieur votre Père… vraiment grands services… bien aimable de nous rendre… esprit dans des idées excellentes… perte très ressentie, vraiment… avons tous… »

À ce moment de la conversation M. Desgrès des Sablons, enfin recomposé au cours d’explorations de durées diverses,

– 424 – minutieuses, quoique conduites sans méthode, émergea enfin de tout le relief dont il était susceptible, et Augustin mit à lui parler une attention entière et rajeunie.

C’était le moment où l’édifice impeccable et faiblement par-fumé des cheveux se penchait en arrière d’un angle très petit mais toutefois perceptible, tandis qu’un sourire non plus seule-ment bienveillant, mais empreint d’un sentiment d’égalité avec Augustin et en exprimant une surprise ravie, soulevait sur les dents la lèvre supérieure et par elle, la parenthèse des poils.

– Mais vous, cher Monsieur, disait M. Desgrès des Sablons, vous occupez une chaire à nos Facultés. Ce serait un couronne-ment de carrière pour bien d’autres. C’est un début pour vous. Et il ajoutait :

– Parfait !… parfait !…

Il prononçait : « pâ… fait, pâ… fait », donnant ainsi à la dernière syllabe ce ton de l’attente, cette surélévation des phrases interminées, qui signifiait : « Mais quoi donc ! vous avez fait une dictée absolument sans faute ! Que n’allez-vous ac-complir maintenant ! » – Ou encore : « Mais allez donc ! Rien ne saurait me surprendre de vous ! » – Ou aussi qui semblait donner la voie libre à quelque jeune athlète de la classe des es-poirs, dont la performance eût été précisément suspendue par la crainte respectueuse de surprendre M. Desgrès des Sablons.

Et sur ce, tombèrent les mots pour lesquels ils étaient là. Ils tombèrent sans nulle transition, qu’un court et banal adverbe, toute transition étant, pour M. Desgrès des Sablons, un pro-blème non de rédaction mais de convenances, et celles-ci con-sistant en ce que M. Desgrès des Sablons avait déjà « payé » – et d’avance – une visite d’un quart d’heure.

– Précisément, dit-il, ma nièce Préfailles, la fille de mon beau-frère, (d’un ton éteint) : l’officier de marine tué devant Dixmude… passe un examen fin juin ou dans les tout premiers

– 425 – jours de juillet. J’aurai même l’indiscrétion de la recommander à votre bienveillance.

Et il termina par un large rire sans gaieté.

– Mlle de Préfailles passe quel examen, Monsieur ?

En dépit d’un « hon ! » initial, le renseignement menaçait de ne pas sortir aisément de la bouche grande ouverte, lorsque du fauteuil qui bornait Mme Méridier sur la droite, une réponse vint sur les ailes d’une voix curieusement maîtresse d’elle-même, assurée et charmante, qu’Augustin ne s’était jamais lassé d’entendre et d’admirer.

– C’est une licence ès lettres, partie philosophie, tout à fait votre spécialité, Monsieur. Et le latin l’inquiète fort.

Comme si l’obstruction du gosier de M. Desgrès des Sa-blons venait de céder sous un coup de bistouri, il reprit avec vé-locité, juste à la fin de l’explication technique :

– Oui ! cette petite s’est passionnée pour ça. Oh ! elle a tout de même eu la bonne idée de ne pas nous en occuper trop. La saison mondaine ne l’intéressait pas. Enfin !… ce sont les nou-veaux goûts, ajouta-t-il, tourné vers Mme Méridier, comme en un regret confidentiel qu’elle se trouvait sans doute plus particuliè-rement adaptée à comprendre.

L’air du salon avait changé. Essentiellement composé jusqu’alors des effluves issus de M. Desgrès des Sablons, fait d’un rare mélange individuel, avec valeur de groupe, de ses tournures de phrases, de sa voix, de son cosmétique et du soleil de ses pelouses, il admit des souvenirs d’un temps plus ancien, où celle qui « s’était passionnée pour ça », n’était encore qu’une enfant aux profonds yeux purs.

Ceux de M. Desgrès des Sablons, paternes, attendris, con-descendants, allaient et venaient d’Augustin à sa mère. Le geste qui accompagnait « passionnée pour ça » signifiait : « il faut sa-

– 426 – voir céder aux enfants ». Dans le morceau sur la saison mon-daine et les goûts nouveaux, qu’il paraissait se plaindre et s’excuser à la fois de ne pas avoir, il semblait qu’une similitude d’âge et de cœur réunît dans le groupe des goûts anciens M. Desgrès des Sablons et Mme Méridier, regardant avec de bé-névolents hochements de tête le groupe des goûts nouveaux personnifié par Augustin et Mlle de Préfailles.

– Madame, dit Augustin, laissant décidément tomber son époux, voulez-vous me permettre une question ? Où et sur quel programme Mlle de Préfailles s’est-elle préparée et où passe-t-elle ?

– Mais à Lyon. Elle s’est préparée très simplement. De no-vembre à janvier où nous sommes à Lyon, elle allait aux Facul-tés Catholiques qui sont à dix minutes d’automobile.

– Vous l’avez, dit M. Desgrès, très souvent accompagnée. Jamais vous n’avez convenu que c’était vingt minutes au moins.

Augustin comprit qu’il devait aimer les rectifications dures et faciles et faire montre de précision à peu de frais. Le même ressentiment de la remarque leur vint à tous deux, son interlo-cutrice et lui.

– Le temps, dit Augustin, a ses raisons morales de s’étirer de se contracter. Les chronomètres n’en rendent pas compte.

– En hiver, dit Mme Desgrès des Sablons, d’une lente voix ininsistante, le froid le contracte certainement.

– En revanche, Madame, de mars à juin, vous avez dû no-ter des dimensions inverses à vos voyages aux Facultés.

– Je vous dirai que je n’en saurai jamais rien, parce que nous sommes alors à Paris, où notre installation est près de celle de mon beau-frère. C’est à partir d’elle que, pendant l’été, j’aurais dû compter le temps.

Deux brèves petites notes de son léger rire de cristal, tintè-

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rent dans l’air du salon.

Puis elle continua :

– À Paris, ma nièce a travaillé avec Mgr Hertzog, le profes-seur de l’Institut Catholique. Est-ce que vous le connaissez ?

– Il doit avoir plus de soixante-dix ans. Il était l’abbé Hert-zog, et aumônier de notre lycée lorsque je l’ai connu. Il a été gravement malade. Je l’ai beaucoup aimé…

Comme ce souvenir trop personnel amenait un temps de silence, il ajouta :

– Il a dû être un excellent professeur pour Mlle de Préfailles.

Puis revenant au vieil aumônier :

– Doux, ascétique, presque immatériel…

– C’est bien lui, dit Mme Desgrès des Sablons.

Sensible aux valeurs morales comme à une forme supé-rieure du décor de la vie, elle continua :

– Il est tout à fait exquis.

Puis, se souvenant soudain :

– Qui donc nous a dit qu’il se présentait à une Académie ?

– Il joue fort bien aux échecs, dit M. Desgrès des Sablons en parfaite innocence, sans se rendre compte que sa phrase se liait malgré lui à la précédente. Mais cette juxtaposition fit rire Mme Desgrès des Sablons.

– Non, non, non, non, non ! protesta tout à coup la clair-voyance tardive de son époux, tandis que son sourire bourbo-nien s’attribuait ainsi la paternité d’un mot qu’il n’avait pas vou-lu. Ce sens est fort loin de ma pensée.

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Mais il avait conscience qu’il venait de s’exprimer, comme toujours, avec un bonheur spontané et il montrait qu’il ne con-sidérait pas comme impossible une familiarité avec les ques-tions d’élection à l’Institut, lorsque quelque circonstance de re-ligion ou de société les haussait à un degré de visibilité suffisant.

– Monsieur, fit Mme Desgrès des Sablons, voulez-vous me laisser espérer que vous serez assez aimable pour nous amener aux Sablons Madame votre mère et votre sœur, pour une après-midi ou pour un déjeuner, cet été, où nous y serons souvent ?

L’acuité d’Augustin, cependant fort grande, fut insuffisante à lui permettre de lire en Mme Desgrès des Sablons.

L’évident intérêt qu’elle lui portait ne s’étendait qu’avec difficulté à sa mère et à sa sœur, quoiqu’elle fût préparée au sa-crifice de les recevoir. Mais elle vit qu’elle ne courait aucun risque. Mme Méridier et même Christine qui eussent malaisé-ment éludé le déjeuner, s’il s’était présenté daté, précis, net de tout contexte, absorbable et glissant comme une pilule, suscep-tible seulement d’un oui ou d’un non, que leur timidité rendait, pour des raisons différentes, presque également impossibles, reculeraient devant une invitation dont elles devaient elles-mêmes fixer la date, et qu’un artifice de rédaction mondaine as-sociait à une après-midi entière, interminable et déclassée.

Et en effet, Augustin répondit pour elles :

– Je suis très touché, Madame. Mais ma mère ne sort guère depuis longtemps. Ma sœur est très prise par son petit garçon. J’ai moi-même bien peu de temps…

La dernière affirmation était d’une inexactitude morale qui lui serrait le cœur, à cause de sa crainte d’être pris au mot.

Au reste, toute cette bruissante broussaille d’excuses fut balayée par un geste aimable et souverain, présentant à la con-sommation d’Augustin un gâteau fait de sincérités et de simula-tions pétries ensemble et indiscernables.

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– Il m’eût été agréable d’avoir ces deux dames une après-midi, et bien facile de les faire prendre, je vous assure. (Mme Desgrès des Sablons comptait qu’Augustin ne scruterait pas de trop près ces conditionnels passés). Mais vous, Mon-sieur, dont tout le temps ne se passe pas dans les livres, nous en avons aux Sablons toute une bibliothèque. Vous viendrez les lire sous des ombrages que nous trouvons le moyen de conserver à peu près verts. Grâce à l’heure d’été, nous dînons en des soirs ravissants. Vous vous laisserez tenter et je vous serai d’autant plus reconnaissante que vous tarderez moins.

Elle se leva d’un grand mouvement harmonieux, dont Au-gustin subit la complexe grâce, ainsi que jadis, mais sans l’ancien trouble. La souple et comme inconsistante étoffe de sa jaquette gris fer, ayant épousé austèrement les formes de son buste, se permettait sur l’évasement des hanches, deux plis d’une lassitude savante, ajustée et longue. Enfin, toutes avances faites, tous sourires achevés et toutes choses réglées, revenant désormais pour tout le monde au sentiment tranquille de sa si-tuation sociale et de sa très vaste fortune, la grande dame rendit à son visage son expression et sa position naturelle, qui était : redressé, avec une certaine nuance permanente d’ironie dans la certitude de soi, la hauteur et la beauté.

Cependant M. Desgrès des Sablons ayant supplié Mme Méridier de ne pas prendre la peine de l’accompagner, s’était, avec une lenteur pompeuse, incliné au niveau de ses mains. Ils descendirent tous les trois le large et doux escalier de province.

Comme Mme Desgrès des Sablons paraissait s’attarder au-près d’Augustin, son époux prit le parti de marcher le premier en profil perdu. Il les devança à la porte. Là, il partagea ses re-gards entre les deux causeurs qui s’éternisaient et un grand che-val bai brun dont un cocher à livrée grise contenait le piaffant ennui.

Pour certains courts trajets autour des Sablons, il avait le

– 430 – caprice de conserver l’usage de la voiture à cheval, car il condui-sait bien.

Il captait des bribes de conversation :

– Les projets de M. Desgrès le retiendront sans doute ici de juin à novembre…

Et aussi :

– Juin est le plus beau moment des prairies… Et nous avons bien de la chance de vous y rencontrer.

Augustin donnait des éclaircissements :

– Mes derniers cours finissent au début de juin ; les pre-miers examens commencent dès la fin de ce mois. Tout l’intervalle, je le passe ici…

La conversation qui paraissait finie, rebondit :

– Il faut bien du talent, disait-elle, pour écrire sur Oxford un livre qui ne le défigure pas…

– Ce peuple est le seul qui sache encore bâtir en gothique. Peut-être vous rappelez-vous, Madame, le dessin du beffroi que Bodley destinait à Christ Church…

M. Desgrès des Sablons semblait piaffer comme le cheval.

Remontant le perron, Augustin entendit :

– Ma chère Élisabeth, ce n’est pas seulement en automo-bile que vous ignorez comment passe le temps.

*

* *

– Veux-tu aller déjeuner aux Sablons ? demanda Augustin à Christine ?

Celle-ci se mit à rire :

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– J’espère que tu nous as vigoureusement excusés, Bébé et moi ?

Bébé venait d’être lavé. Magnifique, tout rose, d’un ingénu éclat de chair neuve, qu’il ignorait avec la plus grande modestie, il battait des bras et dès jambes, couché sur le dos, haletant, coupant de « heu !… heu !… » ses souffles rapides.

– Comme vous avez eu raison, Oncle, d’attendre, pour ve-nir nous voir, la fin de votre belle visite !… Dites, Monsieur, nous aurions eu des choses bien sales, à montrer à notre oncle.

Et cessant de parler au nom du petit garçon, reprenant le ton normal d’un récit joyeux :

– Seigneur ! me suis-je dit en défaisant les langes, qu’est-ce que nous allons trouver là-dessous !

Puis, consolatrice :

– Mais non ! mais non ! ce n’était pas si sale. C’était de bien belles selles. Des selles que nous avons faites de notre mieux… Gardez-nous un instant, Oncle, pendant que maman ira cher-cher notre biberon.

Penché sur le bébé, Augustin sentit de faibles griffes fouil-ler ses cheveux.

Le biberon arriva. Bébé lâcha les cheveux, devint fréné-tique, projeta de petits bras vers le repas, l’amenant à lui à tra-vers l’air et toutes les difficultés de la pesanteur, par la seule in-tensité de ses forces morales. Mais dès qu’il eut bu, son expres-sion changea. Il regarda la chambre et les visages familiers qui l’épiaient, comme autant d’objets n’ayant plus rien à lui offrir. Il eut l’air repu, désabusé, revenu de tout, désenchanté de la vie. Ses traits exprimèrent la plénitude d’un contentement blasé, la satisfaction normale mais trop connue de ce qu’un flux tiède, épais, à touche de velours et goût de lait, fît descendre quelque part, dans les cantons de la petite conscience particulièrement

– 432 – sensibles à la tiédeur et à la plénitude, l’assurance de la perfec-tion, du correct ajustement de toutes choses, et la monotonie née du bonheur. Un peu de bon lait ruisselait et bavait au coin des petites lèvres. Cet état d’âme dura jusqu’à l’arrivée d’un bruit digestif inconvenant et ingénu :

– Ha ! dit Christine. C’est le second moment.

L’innocente vie présentait ainsi les temps de la nutrition et les forces morales, emmêlés l’un à l’autre, sur le même plat en-fantin.

Tout redevint bien, désormais, tout fut dans l’ordre. Le dé-senchantement et la replétion, doublures l’un de l’autre, se dis-persèrent et fondirent dans un Univers optimiste, tout entier nourricier. Le bébé essaya de prendre un air fin et même ma-tois, comme si téter jusqu’à plus soif était une bonne farce qu’il avait faite, mais qu’il ne pût la soutenir, faute de forces, parce qu’il était trop petit.

Augustin ne cessait d’admirer l’inimaginable simplicité de cette petite âme active et sa fraîcheur prodigieuse. Son corps, la fenêtre, ses pieds, un linge étendu, blanc et irrégulier, tout était indifféremment neuf, sans usage antérieur, né sans doute en même temps que lui, dans l’été de l’année précédente ; tout pouvait parler, se taire, répondre. Les petites jambes, dressées vers le plafond, s’incurvaient vers la tête. Les petons retrou-vaient les menottes pour une exploration passionnante qu’interrompit net la vue d’un crayon rouge sortant de la poche de l’oncle.

L’étonnant crayon rouge ! Le riche, le complexe, le vivant, le silencieux crayon ! Bébé prend des expressions diverses de-vant le crayon : stupeur désarmée, air ambigu, sourcils froncés, ou du moins effort pour le faire, vain et mal marqué, sur cette petite figure lisse.

Un doigt minuscule et boudiné touche l’air quelque part

– 433 – autour du crayon. Ce n’est qu’un essai. On recommencera. Un coup long, un coup court, et le troisième droit sur le crayon. Ça y est… C’est dur, c’est rond, froid,… étonnant crayon !…

– Oncle ! dit sa maman, donnez-nous nos effets, notre petit lainage qui pend dans le soleil, voyez-vous, là contre la fenêtre ! (Les hommes ne trouvent jamais rien !)

Pendant qu’elle agrippe le lainage du bras qui tient déjà l’enfant, l’autre dessine les gestes classiques de la chanson des bébés ! « Ainsi font, font, font, les petites marionnettes. »

Mais c’est de l’ingénuité pour adulte, de la naïveté pour adulte, de celles que les adultes croient qui conviennent aux pe-tits enfants. – Parlez-moi plutôt du crayon !

Sa vertu dépasse de beaucoup ce que vous croyez qu’elle est. Il vient d’un merveilleux pays ; il en a rapporté quelque chose qui coule le long de lui. Il est en vie, bien entendu. Peut-être qu’en le touchant longtemps et comme il faut, il finira par révéler ce qu’il tait. Cette communion avec la splendeur du crayon rouge dépasse ce qu’un bébé peut supporter de recueil-lement. Elle finit par éclater en un tremblement extatique des mains, des pieds, de tout.

Tout à coup, prenant son temps, donnant en termes déci-sifs ses ordres à l’Univers, il émet un énorme « heu ! » explosif. Satisfaction totale. Ce « heu » exprime un système d’idées lim-pide, clos. Tout s’y trouve. Tout est dit. Tous les problèmes du crayon sont fixés. Bébé est libéré. Aristote a parfaitement com-pris cela.

Se sentant désormais en un monde sans secret, dans des bras sûrs et doux, Bébé fait à celle qui le portait un de ces sou-rires de dépendance innocente et d’abandon total qui sont, pour les adultes, le plus fort appel de la première enfance et sa plus prenante douceur : « Je suis tout petit. Je n’ai qu’à étendre en résolution mes membres non utilisés encore. C’est mon appât. »

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Augustin retrouvait le mot éternel : « Si vous n’êtes comme l’un de ces petits… »

Il repose maintenant dans sa laine écumeuse, ni assis, ni allongé. À sa place un adulte aurait de lourds os à étendre, un système nerveux à apaiser. Mais non pas lui. Tout prêt pour des jeux surprenants, il pousse l’air entre ses gencives roses et nues, comme une petite locomotive, il revient aux heu ! heu !… les va-rie de gr… gr… et lâche pour finir ce riche : Heu ! interminable, beau vocable, plein de sens et de suc, expression de grand ar-tiste dont les moyens ont égalé le rêve.

Christine le soulevait très haut, le balançait, le tripotait, posait ses deux petits pieds nus sur ses joues à elle et sur ses lèvres, improvisant et chantonnant :

Dans cette maison, Mesdames, Messieurs,

Nous avons un petit garçon…

Il sait dire : gr… il sait dire : heu !

Et tous les mots de sa leçon !

Dans cette maison.

Elle s’inclinait à droite pour « Mesdames », à gauche pour « Messieurs », balançant Bébé dans ses bras. Après quoi, elle le serra contre sa poitrine en une molle douceur ardente, crai-gnant de trop appuyer.

Elle jeta par-dessus son épaule, et sans regarder Augustin :

– Oncle, vous ne savez pas ? Voici ce que vous dit Bébé : N’allez pas faire vos cours de philosophie dans votre Faculté, Oncle. C’est Bébé qui va s’en charger. Bébé saura dire ce qu’il faut. Vous entendez, Oncle : heu ! heu ! heu !

Et aussi, la malicieuse :

– Oncle, n’allez pas aux Sablons, pour y déjeuner avec les belles dames. C’est Bébé qu’on a invité. On n’a pas besoin de vous, Oncle ; Bébé fera les compliments qu’il faut.

 

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Elle s’assit enfin dans le grand fauteuil qu’elles avaient, sa mère et elle, introduit dans la salle à manger ; il lui servait quand elle voulait étaler Bébé sur ses genoux.

Elle touchait, du bout d’un doigt chatouilleur, la petite poi-trine, faisant : non ! non ! non ! avec la tête, agitant des versicu-lets-grelots :

Il bambino

Piccolino

Dorme et sogna nel lettino.

À chaque rime claquaient les baisers. Elle embrassait le nez, le front, la poitrine, le ventre…

Ma un bacino

Sul musino,

Scocca, e ride il birichino.

Bébé riait en effet sa joie de vivre, de toute sa petite bouche où perçaient les dents, et le timbre de son rire rendait les sons de la plus grêle enfance.

Christine se pencha une fois de plus sur la transparente chair en une ivresse contenue et la même douceur dont elle l’avait serré sur sa poitrine :

– On trouve sous les lèvres une petite rose et c’est une joue, on trouve sous les lèvres une petite joue et c’est une rose…

Augustin la quitta sur ce bruit de baisers.

 

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