Boss hors contrat

Camilla Simon · Chapitre 15 sur 35

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Boss hors contrat

Chapitre 15

 

 

Eneko

 

Seul dans l’obscurité de la nuit, j’observe l’océan se fracasser sur le sable sous la lumière de la pleine lune. J’avale une gorgée d’eau, ne pouvant détacher mon regard du spectacle qu’offre la nature. J’adore ma maison. Elle était abandonnée depuis des décennies, et après presque deux ans de chantier, j’ai pu enfin m’y installer. C’est mon havre de paix, je la protège de ma vie dissolue. Je n’ai jamais amené la moindre de mes conquêtes ici et, pourtant, Léonie est en ce moment même en train de dormir dans mon lit. Je ne sais pas ce qu’il m’a pris plus tôt lorsque j’ai pris la direction d’Hendaye avec elle. Je devais la ramener chez elle, pas chez moi. Je me suis garé devant le garage et j’ai attendu plusieurs minutes avant de me décider à la réveiller. Dans ma tête se livrait une bataille entre ma conscience et ce que je désirais vraiment. Je n’ai jamais voulu de relation suivie avec une femme – trop de contraintes –, mais je me surprends à aimer l’initier, à coucher encore et encore avec la même femme parce que c’est elle… Juste elle. J’appuie sur mon plexus, car je ressens soudain une douleur. Je pose mon verre et attrape mon téléphone.

– Quoi ? répond la voix sèche et ensommeillée de ma sœur.

– Reprends les recherches pour une assistante.

– T’es encore sur cette histoire ?! Il est deux heures du matin, Eneko ! Tu fais chier !

– Alors, pourquoi tu réponds ?

– Parce que sinon tu vas encore débarquer chez moi et réveiller tout le monde !

Il y a environ six mois de ça, c’est ce qu’il s’est passé… J’ai dû offrir à ma sœur et à son mari une semaine de vacances dans un club au Maroc pour me faire pardonner. C’était ça ou elle me faisait la gueule à vie.

– Tu reproches quoi à Léonie ?

– Trouve-lui un autre poste dans le groupe, ordonné-je en ne répondant pas à sa question, puis je raccroche sans autre forme de politesse.

Je lui reproche de prendre de plus en plus de place dans ma vie…

 

***

 

Léonie

 

Je m’étire et trouve le lit vide. Je pose la main sur sa place, les draps sont froids. Je me surprends à enfouir le visage dans son oreiller et à respirer son parfum. Je me redresse, me morigène, puis passe un de ses tee-shirts posés négligemment sur un fauteuil. J’actionne le bouton du volet et je suis subjuguée par la vue sur l’océan. Mon cœur se remplit de béatitude. Ce que j’aime ma région !

Je descends les escaliers et le découvre, reins appuyés contre le plan de travail en marbre blanc de la cuisine. Il est en train de boire un café, l’air perdu dans ses pensées. Je ne dis rien afin de ne pas le déranger et jette un regard sur la pièce de vie immense et si lumineuse. De grands vitrages donnent sur l’océan et attirent mon regard vers l’extérieur. Je ne saurais dire pourquoi, mais j’ai l’impression que l’ambiance est plus pesante que la veille… J’ai une drôle d’intuition…

– Bien dormi ? demande-t-il.

Le ton de sa voix, étonnamment rude, me fait sursauter.

Je place ma paume contre mon cœur qui pulse au triple galop.

– Comme un bébé. Et toi ?

– Pareil.

Son regard descend avec lenteur le long de ma silhouette et se fait de plus en plus sombre. L’air se charge d’électricité et me cloue sur place.

Je suis toujours en bas de l’escalier, mes jambes refusent d’avancer. Je l’observe prendre une longue gorgée avant de reposer sa tasse sèchement sur le plan de travail en marbre.

– Alexa, mets la musique.

– « Jailbreak » d’Awolnation, indique la voix féminine désincarnée.

Eneko, le regard brûlant, sort sa chemise de son pantalon et commence à défaire les boutons au niveau de ses poignets avant de s’attaquer à ceux sur le devant. Ma bouche est soudain sèche, mais il m’est impossible de bouger. Je ne sais pas ce qui me retient sur place. Je sais juste qu’un crépitement naît en moi et que je n’arrive pas à comprendre cette situation, mais une chose est sûre : je le veux en moi. Il s’avance et se rapproche d’une démarche féline, sa chemise ouverte sur son divin torse. Ses lèvres au goût d’arabica s’abattent sur les miennes, mes mains encadrent son visage et je réponds à son baiser urgent et impérieux.

Je me liquéfie, m’offre à lui, alors que je devine qu’une guerre se joue en lui. Il livre bataille et j’en suis l’enjeu… Seulement, ai-je envie d’y prendre part ?

 

***

Eneko

 

J’entoure son visage de mes mains et approfondis notre baiser. Nos langues se répondent et se retrouvent dans une danse connue d’elles seules. Je ne parviens pas à contenir cette fureur que je ressens au fond de moi et je sais pertinemment qu’elle est dirigée contre moi. Je perds pied. Je n’ai plus le contrôle et cela me fout une trouille incroyable. Léonie est devenue bien plus qu’une nana que j’initie. Bien plus… Mais je ne veux plus penser à tout ça. Je veux juste m’enfouir en elle. Oublier mes tourments.

J’attrape Léonie et la soulève. Elle vient enlacer mes hanches de ses jambes et je nous dirige vers l’étage.

Notre baiser gagne en puissance. Ses mains s’agitent sur mon pantalon, arrivent à le déboutonner, puis l’une d’elles glisse dans mon boxer et s’empare de mon membre bandé.

Bordel !

Je la lâche sur une marche, lui retire mon putain de tee-shirt et viens laper, aspirer et mordiller ses pointes érigées à tour de rôle.

Elle attrape la capote que je glisse toujours à l’arrière de mon fute avant de descendre ce dernier sur mes chevilles. Elle déchire l’étui argenté de ses dents et déroule le bout de latex sur ma queue. Elle ouvre grand les jambes, autant qu’elle le peut, je me mords la lèvre, la découvrant si impatiente en cet instant.

Je plonge ma bouche sur son sexe offert et commence à le lécher sur toute sa longueur. Léo se cambre et pose sa main sur ma tête afin de me tenir tout contre elle. Je ne compte pas partir bien loin, pour le moment. Je mordille son bourgeon, le suce et le lèche en des coups de langue appuyés. J’enfonce un doigt, puis deux, en elle en de longs va-et-vient, jouant sur le rythme. Léonie ne tarde pas à crier de plaisir. Je ne lui laisse pas le temps de reprendre son souffle et ses esprits que je la retourne, elle prend appui sur une marche et je viens placer mon sexe à l’entrée du sien. Je plonge en elle d’une seule poussée. Je la pilonne de plus en plus vite, lui arrachant des gémissements. Je viens poser mon index sur son clitoris, je veux qu’elle jouisse avant moi. Je ne vais pas tenir bien longtemps. Son cri déchire le silence de la pièce, je lui administre encore deux coups de boutoir et ne tarde pas à me répandre en elle.

Je me retire avec précaution et nous nous écroulons chacun sur une marche de l’escalier, respirant de façon erratique.

Je la sens bouger à mes côtés, puis se relever. Elle me tourne le dos et remet mon tee-shirt. L’ambiance a changé et je ne saurais me l’expliquer. Un froid s’est abattu dans la pièce et sur mon corps.

– Je vais vite m’habiller, je ne serai pas longue, me prévient-elle d’une voix enrouée.

Je la suis du regard jusqu’à ce qu’elle disparaisse à l’étage, mon cœur se serre étrangement…

Fait chier !

Je sens que la situation m’échappe et c’est impossible. Je contrôle toujours tout.

Sauf elle et ton cœur… me souffle une petite voix dans ma tête.

 

***

 

Léonie

Je monte dans sa voiture où un malaise est palpable. Je crispe mes mains sur mon sac et dirige mon regard sur le paysage. La tension monte en même temps qu’un mal de crâne me prend en otage. Je suis migraineuse. C’est de famille. Je vais passer des mois sans aucune douleur, juste quelques maux de tête, et puis à d’autres périodes je vais les cumuler. Et ça me met à plat à chaque fois… La douleur est si intense que c’en est insupportable.

Je suis Eneko sans le moindre mot dans l’immeuble du groupe, puis dans l’ascenseur. Dès que ses portes s’ouvrent, je me précipite aux toilettes afin de prendre mon traitement. Je ne peux pas me permettre d’avoir une crise aujourd’hui. Il y a une grosse réunion dans vingt minutes et je dois préparer la salle.

Je me passe de l’eau froide sur le visage, prends une profonde inspiration tout en fixant mon reflet livide à travers le miroir. Je dépose mon sac dans mon bureau, vais chercher les viennoiseries que j’ai commandées hier matin, puis pars préparer le café.

– Léonie ?

La voix de mon boss me fait sursauter. Il se tient dans l’encadrement de la porte de la salle de réunion et m’observe dans un froncement de sourcils.

– Tu vas bien ?

– Pourquoi me demandes-tu ça ? répliqué-je par une question afin d’éviter de lui répondre.

– Tu es toute blanche et je t’ai appelée trois fois avant que tu ne me répondes.

– Désolée.

Il jette un œil par-dessus son épaule, puis ferme la porte. Il s’avance vers moi et son regard doux et bienveillant me trouble.

– Léo, es-tu souffrante ?

– Juste une migraine. J’ai pris des cachets et…

– Rentre chez toi. Va te reposer.

– Mais…

– Ne discute pas. Tu n’es pas en état de bosser.

– Je…

Il pose ses paumes sur mes bras et m’oblige à plonger mes yeux dans les siens. Je cille lorsque mon regard rencontre la lumière blanche des néons au plafond.

– Je vais dire à Victoire de te ramener chez toi.

– Non, c’est…

– Bien trop dangereux que tu conduises. Prends ta journée.

Je ne discute plus, la douleur se répercute dans tout mon crâne et, dès que je bouge, c’est insupportable.

Je prends mon sac et monte dans l’ascenseur. Arrivée au bas de l’immeuble, j’ai la surprise d’y trouver Victoire, qui m’attend déjà.

– Eneko m’a expliqué. Je te ramène, lance-t-elle en baissant le niveau de sa voix.

Et je l’en remercie intérieurement.

Victoire me dépose devant chez moi. Alors que je m’apprête à sortir de la voiture, elle me retient d’une main.

– Tout va bien entre mon frère et toi ?

Une boule d’angoisse m’étreint soudain. A-t-elle deviné que je couche avec Eneko ?

Non, pitié, pas ça…

– Oui, tout va bien.

Elle me fixe un instant de son regard perçant.

– Très bien.

Une fois arrivée dans mon appart, je m’affale dans mon lit, dans le noir total, et tente de trouver le sommeil afin que la douleur cesse.

Putain de migraines…

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