Boss hors contrat
Chapitre 3
Eneko
C’est quoi, ce bordel ?
Ma nouvelle assistante n’est autre que la fille qui m’a empêché de dormir une bonne partie de la nuit… J’ai même dû me branler à un moment donné, car j’avais les reins en feu à cause d’elle !
Je jette ma veste de costume sur le canapé, remonte les manches de ma chemise, défais un peu mon nœud de cravate et m’installe à mon bureau où Victoire a pris soin de me déposer son dossier. Je fais entièrement confiance à mon service des ressources humaines. Je leur délègue les embauches et c’est comme ça que je me retrouve dans cette situation. Je m’empare de la première feuille et y lis son nom :
– Léonie Duprat, énoncé-je dans le silence de mon bureau.
Léonie…
Hier soir, j’ai complètement oublié de me présenter et de lui demander comment elle s’appelait… Léonie. Je dois dire que j’aime beaucoup son prénom, ça lui va bien. C’est doux et sexy.
L’interphone retentit de sa sonnerie aussi stridente qu’agaçante, me dérangeant par la même occasion. Et je déteste ça !
– Monsieur Barria ?
Sa voix chaude, légèrement intimidée, résonne dans mon bureau et me procure instantanément des frissons le long de la nuque. Je n’avais encore jamais ressenti ça et tourne tout de même le visage vers les fenêtres, au cas où l’une d’entre elles serait ouverte et laisserait passer une brise qui expliquerait donc, rationnellement, ces sensations, mais non. Elles sont bien fermées. Bizarre…
– Quoi ? demandé-je sèchement à travers l’appareil qui me permet de communiquer avec mon assistante.
– Un certain M. Urrutia vous demande, m’apprend-elle, plus assurée qu’au départ.
– Qu’il entre ! tonné-je.
Bien, elle fait comme si de rien n’était, c’est ce qu’il y a de mieux à faire !
La porte s’ouvre sur Xan qui affiche clairement un sourire carnassier et cela me hérisse, alors que ça ne devrait pas être le cas.
– Eh ben ! Mignonne, ta nouvelle assistante.
Je me crispe un peu plus tout en le foudroyant de mon regard le plus mauvais, mais Xan n’en a que faire.
– Pas touche, répliqué-je.
– Oh ! Chasse gardée ? lance-t-il d’un air goguenard.
– Non, mais le recrutement a été laborieux, donc ne la fais pas fuir. Je l’attends depuis trois mois, grogné-je.
– Faut dire que ta réputation te précède…
Je le fusille une nouvelle fois du regard. Il n’a pas tort… Mes assistantes ne font pas long feu… Souvent, elles arrivent ici en conquérantes, mais mon sale caractère les fait fuir. Je suis juste exigeant, bon sang ! J’ai une entreprise à faire tourner, moi !
– Tu viens pour quoi ? demandé-je un peu plus rudement que je l’aurais voulu.
Xan pose sur mon bureau des échantillons de peintures, le problème, c’est qu’ils ont tous la même couleur. Il est mon chargé de travaux au sein du groupe. Il suit les chantiers de construction et de rénovation des hôtels.
– Esther est toujours malade et on doit commander la peinture pour finaliser Amsterdam. Tu veux laquelle ?
Esther est notre décoratrice en chef. C’est elle qui prend habituellement toutes ces décisions.
– Terracota ! sorté-je.
– Eneko…
– Tu ne me proposes que cette couleur !
– Regarde les textures !
– Les textures ?
– Touche ! Là, c’est effet cuir. Ici, c’est un effet velours classique… Ou alors, on prend mat ? À moins que tu préfères rester sur du satiné, mais c’est dépassé.
– Mais j’en sais rien, moi ! Ça reste la même couleur ! m’agacé-je.
J’appuie sur l’interphone :
– Venez ici, je vous prie, demandé-je à ma nouvelle assistante.
Cinq secondes après, elle frappe et entre avec un carnet et un stylo dans les mains.
– Oui, monsieur Barria ?
– Vous préférez quoi ?
Mon ton est sec, elle n’en montre rien et s’avance jusqu’au bureau. Sa tenue est sage, néanmoins elle souligne agréablement sa silhouette pulpeuse. Deux de ses boutons sont tendus au niveau de sa poitrine et je ne peux retenir une vision de celle-ci s’échappant de son carcan si ces derniers lâchaient. Je me racle la gorge et me redresse dans mon fauteuil.
– Il y a différentes textures, tu préfères laquelle ? l’interroge mon collaborateur sans s’embarrasser du vouvoiement.
Léonie se penche sur le nuancier, me dévoilant par la même occasion la naissance de sa poitrine.
Je crispe mes doigts sur les accoudoirs et déglutis difficilement.
– C’est pour quelle pièce ?
– L’accueil du spa de l’un de nos hôtels, l’informe Xan.
– L’effet velours, sans hésitation, répond-elle en ne mesurant pas le trouble qu’elle provoque en moi.
Sa voix est douce, elle me caresse l’épiderme en même temps que son parfum de pomme me parvient.
– Merci, Léonie, la congédié-je.
À peine a-t-elle refermé la porte derrière elle que Xan ouvre sa grande gueule :
– T’as vu sa paire de ni…
– La ferme ! C’est mon assistante, Xan. Aucun commentaire déplacé. On est au boulot, là.
– Compris ! rétorque-t-il en levant les mains.
Je n’ai rien contre les compétences de Léonie. Elle vient juste d’arriver, alors, pour le moment, je n’ai strictement rien à lui reprocher sur le plan pro, mais je ne suis pas en mesure de la garder pour autant. Je ne peux pas passer mon temps à fantasmer sur mon assistante, à me hérisser dès qu’un mec la regarde d’un peu trop près. C’est impossible. Je suis son boss, merde ! Alors, dès que Xan a quitté mon bureau, j’appelle Victoire.
– Oui ?
– Trouve-moi une autre candidate, Vic.
– Léonie ne te convient pas ?
Si, elle est parfaite. Trop, même…
– Relance le recrutement.
– Eneko, je n’ai pas que ça à faire. Léonie m’a l’air très compétente et j’espère qu’elle saura te tenir tête ! Sur ce, il y en a qui travaillent, ici !
Je crispe ma main sur mon téléphone, furieux. Victoire est ma demi-sœur, elle se permet donc certaines libertés qui m’insupportent !
– Apportez-moi un café ! aboyé-je dans l’interphone.
– Bien, monsieur, me répond-elle.
– Vous ne me demandez pas comment je l’aime ? enchaîné-je, cinglant.
– …
Je pousse un profond soupir d’agacement face à son silence et me pince en même temps l’arête du nez.
– Je veux un expresso sans lait ni sucre. Utilisez le robusta. Je n’aime pas l’arabica pour ce type de café, lui indiqué-je assez sèchement. Vous avez compris ou il faut que je vous réexplique ? demandé-je sur un ton implacable.
Je me fais l’effet d’être un véritable enfoiré, mais je ne sais pas comment réagir face à elle.
– Tout est limpide, monsieur Barria, répond-elle d’une voix claire.
Cinq minutes après, Léonie frappe à la porte et dépose un café fumant sur mon bureau.
– Tenez.
– Merci, réponds-je tout en ne prêtant plus attention à mon assistante.
Je m’empare du mug et y trempe mes lèvres. De un, il est brûlant, mais ce n’est pas étonnant. De deux, c’est de l’arabica et, de trois, elle a mis du sucre !
Un putain de sucre dans mon café !
Je relève la tête et plante mon regard dans le sien. Ses lèvres s’étirent dans un sourire et je comprends que ce n’est pas une erreur. Elle l’a fait exprès !
– Vous désirez autre chose, monsieur Barria ?
Sa voix est désormais assurée, limite suave, mais, ça, je le mets sur le compte de mon esprit tordu. Je ne lui fais plus confiance à ce traître !
– Non, grogné-je.
J’ai vraiment été con sur ce coup-là et elle a su me remettre à ma place avec tact.
Léonie 1 – Eneko 0.
En colère après moi-même, je balance mon stylo sur le bureau dès que la porte s’est refermée sur mon assistante, stylo qui atterrit sur la télécommande tactile du vitrage et l’actionne. Cette paroi sépare nos deux bureaux. Elle est translucide ou bien opaque selon mes désirs. C’est une idée de Xan et je dois dire qu’au début je n’en voyais pas l’intérêt – ou du moins pas le même que mon ami, qui était de se rincer l’œil – mais aujourd’hui, il me permet, sans le vouloir, d’être témoin d’une sorte de danse qu’est en train de réaliser mon assistante. Serait-ce une danse de la joie ?
Prise sur le vif…
– Êtes-vous contente de votre petit coup ? demandé-je à travers l’interphone, la faisant sursauter au passage.
Je la vois se figer instantanément, puis regagner rapidement sa place, tête baissée, et moi, je commence à trouver notre collaboration des plus intéressantes. Elle ne remarque que le vitrage a changé d’aspect qu’en rejoignant son fauteuil. Son visage pâlit immédiatement, ses yeux s’écarquillent de stupeur, et moi, j’éprouve tout de même une pointe de culpabilité que je balaye rapidement : elle a mis du sucre dans mon café !
– Vous ne trouvez pas cette technologie captivante ? demandé-je avec ironie.
La vitre qui crée la séparation de nos deux bureaux est désormais translucide. Nos regards sont plongés l’un dans l’autre alors que nous sommes à nos postes. J’ai le plaisir de la voir froncer son petit nez, sa bouche s’entrouvre, mais aucun son ne traverse ses lèvres pulpeuses.
– Oui, Léonie ?
Elle se racle la gorge, pose son index sur le bouton de l’interphone tout en se rapprochant de l’appareil.
– Le café n’était pas à votre goût ? m’interroge-t-elle dans une moue contrite savamment étudiée.
Je suis estomaqué qu’elle ose m’affronter ! Se rebeller ? Je ne saurais dire quel est le bon terme, mais je dois avouer que j’aime plutôt ça, alors je me prête au jeu et, ça, ce n’est vraiment pas dans mes habitudes avec mes assistantes. Je veille toujours à garder une distance professionnelle avec elles.
– Il n’était pas tout à fait comme je l’aime. C’était, en tout cas, intéressant comme découverte. J’espère juste que vous n’avez pas craché dedans.
– Quelle question ! réplique-t-elle en affichant une grimace qui ne me dit rien qui vaille.
Euh… Nooon !
Elle n’a pas véritablement craché dedans ?! Si ?
Bon, je l’ai bien cherché…
– Dites-moi, pas de maladie contagieuse dont je devrais être au courant ?
Je l’observe lever les yeux au plafond, poser son index contre son menton et réfléchir quelques secondes avant qu’elle ne me réponde à travers l’interphone.
– Je n’ai pas confirmé votre supposition, qu’on soit bien d’accord, mais si c’était le cas, rien à signaler.
J’adore notre échange et cela me déstabilise, car j’y prends beaucoup de plaisir.
Oh ! Putain ! Si on m’avait dit qu’ un jour je prendrais mon pied avec une de mes assistantes, je ne l’aurais pas cru ! Je ne mets jamais mes collaboratrices dans mon lit. Perte de temps et source de problèmes.
– Je l’ai bien cherché, n’est-ce pas ?
Pour toute réponse, elle rapproche son pouce et son index jusqu’à ne laisser qu’un infime espace entre eux. Je m’esclaffe.
– Veuillez m’excuser, Léonie.
– Pour quoi ? Pour vos instructions données comme si j’étais une enfant ou, pire, une idiote, ou pour finalement reconnaître que ce café n’était pas si mal ?
– Vous pouvez toujours rêver ! L’expresso noir, c’est le meilleur des cafés !
Je mets fin à notre échange dans un sourire, mais n’opacifie pas pour autant le vitrage. Nos bureaux sont disposés face à face et je peux donc l’étudier à loisir. Elle tente de se cacher derrière son écran d’ordinateur, mais abandonne rapidement. La position ne doit pas être confortable.
La journée continue sur sa lancée, improductive au possible. Mon attention accaparée par la déesse aux courbes sculpturales à quelques pas de moi. Je quitte le bureau un peu plus tôt que d’habitude, officiellement pour me rendre à un dîner d’affaires, officieusement parce que je ne tiens plus. Ma queue est dure depuis ce matin et me fait un mal de chien. Ce soir, je sors afin de ramener une femme dans mon lit. Ça fera enfin disparaître mon assistante de ma tête. Je suis juste en manque…
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