Boss hors contrat

Camilla Simon · Chapitre 27 sur 35

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Boss hors contrat

Chapitre 27

 

 

Léonie

 

Déjà samedi matin, le temps passe vite lorsque je suis avec mon amant de boss ! Nous sommes rentrés hier du Portugal. Dans l’avion et sur le trajet du retour entre l’aéroport et l’appart, je n’ai cessé de me questionner sur lui. Sur moi. Sur nous. Eneko a, par moments, une attitude d’enfoiré suffisant. Ça devrait me rebuter, alors que non… Dès qu’il me touche, m’effleure, mon corps est entièrement à lui.

Et ton cœur ?

Je ne réponds même pas à la question que ma petite voix intérieure me pose et me concentre sur mes préparatifs. Ce soir, Garance m’invite pour fêter mon anniversaire ! Entre ma crève et la tempête, nous n’avons pas encore pu le fêter dignement.

– Tu te fous de moi ?! demandé-je à ma meilleure amie.

– Quoi ? Ça ne te plaît pas ?

– J’ai largué Max dans ce bar !

– Oh, merde ! Ben, autant conjurer le sort ! Un peu comme le phénix.

– Je n’ai pas péri dans les flammes, moi.

– Non, tu ne t’es même jamais consumée avec ton ex !

Garance…

Nous pouffons de rire, puis entrons dans le bar où la foule est présente en masse ce soir. La musique ne couvre même pas le brouhaha ambiant. Les gens parlent fort, ça sent la transpiration par moments. Garance m’entraîne au fond du bar où nous retrouvons Louna, une de mes anciennes collègues, son petit ami, Julien et… Gaspard. Je prends place à côté de ma meilleure amie. Louna a déjà commandé un pichet de sangria et des bières. Nous buvons tranquillement tout en discutant de choses et d’autres. Gaspard, quant à lui, reste silencieux. Cependant, je sens avec précision son regard traîner sur moi.

– Et ton nouveau boulot ? demande Louna.

– Génial ! Je m’y plais énormément.

– Surtout grâce au patron… marmonne Gaspard.

Je fais style de n’avoir rien entendu. Les autres aussi et je les remercie intérieurement.

– C’est très intéressant et je voyage pas mal.

– C’est dans quoi ? m’interroge Julien.

– L’hôtellerie. Je suis l’assistante du directeur. Il possède des chaînes d’hôtels.

– Super !

La discussion continue jusqu’à ce que Garance nous entraîne sur la piste de danse.

– Léo, attends.

Gaspard pose sa main à l’intérieur de mon coude, m’obligeant à lui faire face. Sa mine est sérieuse. Et j’ai peur d’aborder cette conversation que je redoute depuis cette fameuse soirée au bord du lac.

– Léonie ?

– Oui ?

– Je… Je ne sais pas si tu t’en es toujours doutée ou pas, mais…

J’observe sa bouche articuler des mots que je n’entends pas. Mon cerveau s’est comme refermé, cependant, je me force à affronter ce qu’il me dit. Je le lui dois.

– Je… Ce que j’essaye de te dire, et qui n’est pas simple, c’est que je suis amoureux de toi, Léonie.

Oh. Mon. Dieu.

– Lorsque j’en ai pris conscience et que j’ai trouvé le courage de te l’avouer, tu nous as présenté Max, alors j’ai patienté en espérant que tu gicles ce connard de ta vie un jour ou l’autre. Et puis je m’apprêtais à te le dire, mais Eneko a très vite pris la place…

– Gaspard…

Mes oreilles bourdonnent, mon cœur pulse à un rythme effréné. Tout ceci est si… soudain et étrange. Gaspard est comme mon frère…

– Je sais, Léonie. J’ai compris. Il fallait juste que je t’avoue mes sentiments, même si je sais qu’ils ne sont pas partagés.

– Je suis désolée. Tellement désolée, soufflé-je, en plaçant ma paume contre sa joue.

– Moi aussi, répond-il d’une voix morne tout en penchant sa tête afin de lover un peu plus sa joue dans ma main.

– Tu es un homme formidable, Gaspard. Vraiment. Et je souhaite qu’un jour tu rencontres une femme pour qui tu seras le centre du monde. Tu le mérites, mais comme tu l’as compris, cette femme n’est pas moi. Tu es mon ami, mon grand frère…

Il tord sa bouche en une grimace à mon dernier aveu.

– On reste amis ? me demande-t-il.

– Mais bien sûr que oui ! Tu es important dans ma vie.

– J’espère qu’Eneko va prendre conscience de la chance qu’il a de t’avoir dans la sienne.

À mon tour de grimacer.

– Gaspard, est-ce que tu crois que tu pourrais parler avec lui ? Vous avez des choses à vous dire.

– Tout a été dit il y a dix ans.

– Je ne crois pas, réponds-je, mais sans insister pour autant.

Le temps fera son œuvre. En tout cas, je l’espère vraiment.

Gaspard repart à la table, je reste quelques secondes à le regarder avant de reporter mon regard sur mes amies.

– Viens ! lance Garance en passant une main par-dessus mes épaules.

Je me laisse entraîner par mes amies. Je ris. Je danse. Je m’éclate sur la chanson de Lil Nas X, « That’s What I Want ». Puis c’est Benson Boone avec « Ghost Town » qui débute, le rythme est plus lent, plus sombre. Je ferme les yeux et sens d’abord des mains glisser contre mes flancs, me faisant sursauter au passage. J’ouvre alors vivement mes paupières et tombe sur les iris bruns d’Eneko.

Mais que fait-il ici ? Je suis si surprise de le retrouver dans ce bar, alors que je ne lui ai rien dit de mes plans pour ce soir. L’étonnement passé, je savoure sa proximité et ne me pose plus d’autres questions.

Il me décoche un petit sourire à en faire frétiller instantanément ma culotte. Je le lui renvoie tout en passant mes mains autour de sa nuque. Il vient m’enserrer un peu plus. Son odeur boisée et marine m’envahit. Je me plaque contre son corps et oublie où nous sommes. J’oublie qui il est. J’oublie qui je suis. J’oublie que nous pouvons être reconnus. J’oublie les commérages pour profiter de cet homme. Pour profiter de ce qu’il me fait ressentir. Je ne tiens pas compte non plus du monde sur la piste de danse, du peu de place dont nous disposons, du fait que mes amies sont certainement témoins de notre échange. Jamais, ô grand jamais, un homme ne m’avait fait frémir et crépiter comme il le fait. Et je suis certaine que lui seul en est capable. Alors, je m’abandonne, sans jamais lâcher son regard voilé. Nos hanches l’une contre l’autre suivent le rythme lent de la musique. Ses mains posées sur moi me réchauffent un peu plus et m’envoient des décharges électriques dans la colonne vertébrale. Et quand ses lèvres touchent les miennes, je l’accueille. La musique cesse.

– Je te laisse t’amuser avec tes amis. Préviens-moi par SMS quand tu comptes rentrer.

Je me contente de hocher la tête, mais lorsque je veux lui demander ce qu’il fait ici, il s’est déjà volatilisé, et si Garance ne m’avait pas sauté dessus en faisant une remarque, j’aurais pensé avoir rêvé cette scène.

– Putain de merde ! C’était chaud ! Et… Pff, j’ai pas les mots. T’es sûre qu’il n’y a pas plus entre vous ?

Je pose la pulpe de mes doigts contre ma bouche sensible et tente de l’apercevoir, mais en vain. Alors, je profite du reste de la soirée avec mes amis, m’amuse et espère, à chaque slow, qu’il se matérialisera devant moi, mais ça n’est pas le cas. Et deux heures plus tard, je lui envoie un message pour le prévenir que j’y vais. La réponse me parvient instantanément :

 

[Je suis dehors.]

 

Mon cœur fait une embardée, je salue une dernière fois mes amis et je me précipite à l’extérieur.

– Tu vas le rejoindre ? demande Gaspard.

Sa question me fait grincer des dents, mais je comprends que cette situation est dure à vivre pour lui. Je lui fais face et lui réponds le plus gentiment possible :

– Je suis une grande fille, Gaspard. Arrête de t’inquiéter pour moi.

– C’est plus fort que moi. Désolé. Mais quand je te vois avec lui… Je veux juste ton bonheur.

– Je sais, Gaspard.

– Fais attention à toi.

Je reste silencieuse, lui tourne le dos, plaque ma main contre la porte battante et sors. Eneko m’attend, adossé contre sa portière. Après un baiser digne de ce nom, je monte avec lui sans même chercher à savoir où nous allons. C’est inutile, car je sais que je suivrais cet homme jusqu’au bout du monde s’il me le demandait…

 

***

 

– Comment savais-tu que j’étais dans ce bar ? le questionné-je alors que nous avalons les kilomètres.

– J’ai reçu un message de Xan, il était plus loin avec des potes.

Je fronce les sourcils et détaille son profil que j’aime tant.

– J’étais en repas d’affaires. J’ai écourté.

Pardon ?!

– Pourquoi ?

– Parce que tu es bien plus intéressante qu’eux.

– Eneko.

Mon ton perturbé et interrogateur lui fait tourner rapidement la tête vers moi avant de reposer son attention sur la route.

– Parce que… j’aime être avec toi, Léonie. Je crois bien que tu agis comme une drogue sur moi… m’avoue-t-il en baissant la voix comme s’il n’en revenait pas lui-même d’éprouver ça.

Mes lèvres s’étirent en un immense sourire et, pour toute réponse, je dépose un baiser contre sa joue.

Toi aussi, tu es ma drogue, Eneko… Tu es bien plus…

Mais je me refuse à dire clairement ce que je ressens, car je suis intimement persuadée qu’il finira par me faire souffrir…

– Pourquoi tu n’es pas resté ?

– Pour te laisser tranquille avec tes amis.

Je pose mon regard sur lui tout en affichant un large sourire. Eneko est concentré sur la route et je le laisse m’emmener chez lui.

À peine franchissons-nous la porte de sa maison que nous sautons l’un sur l’autre. Notre étreinte est passionnée et montre l’urgence que nous éprouvons. Nos pas, nos baisers, nos caresses nous mènent dans sa chambre. Nous laissons notre passion, notre désir s’exprimer jusqu’à ce que le plaisir parvienne à son paroxysme et que nous éclations à l’unisson dans une jouissance surréaliste.

Je pose ma joue droite contre son torse, là où son cœur bat comme un diable, et je me prends à imaginer qu’il ne bat que pour moi… Mais je me ressaisis rapidement et laisse la pulpe de mes doigts effleurer langoureusement ses tablettes de chocolat lisses.

– Tu m’as déjà parlé de tes grands-parents, mais il en est quoi de tes parents ? Ils habitent dans la région ?

– Ma mère est décédée il y a cinq ans dans un accident de voiture. Un camion a perdu le contrôle de son véhicule. Il n’a pas pu éviter sa voiture qui arrivait en sens inverse.

– Je suis désolée, dis-je en déposant un baiser à l’endroit où bat son cœur.

– C’est la vie. Ça a été dur, mais encore plus pour Victoire.

– Vous avez l’air très proches.

– Oh, oui ! Elle est chiante, mais je ne voudrais pas d’une autre sœur pour autant. Son père, mon beau-père, a fait du beau travail avec elle.

– Et ton père ?

– Il était gendarme et a été tué lors d’une intervention. Ma mère était enceinte de cinq mois.

Mon Dieu ! Quel chagrin et quel courage pour sa mère.

– Et puis elle a rencontré Vincent lorsque j’avais 1 an et demi. Je l’ai toujours considéré comme mon père. C’est un homme formidable.

Je suis contente qu’Eneko ait pu avoir cet homme dans sa vie.

– Et toi ? me retourne-t-il.

– Je suis fille unique, malheureusement. J’ai perdu ma mère d’un cancer, j’avais à peine 8 ans.

– Mince… Navré.

Je relève les épaules pour toute réponse.

– Il ne restait plus que mon père et ma grand-mère maternelle, Manou. Et puis papa a eu un accident de chantier, il était maçon. Il n’a pas survécu. J’avais tout juste 18 ans.

Eneko ne dit rien, mais resserre sa prise autour de moi tout en déposant de douces caresses contre ma hanche nue.

– Il ne me restait plus que Manou, mais elle aussi s’en est allée il y a un peu plus d’un an. On peut donc dire que je suis orpheline… dis-je d’une petite voix.

La tristesse m’assaille à chaque fois que j’évoque la perte de ma famille. Le temps a fait son œuvre, le chagrin n’est plus aussi présent qu’avant. Il n’agit pas de la même manière que les semaines, les mois juste après le deuil. Dorénavant, je m’efforce de me concentrer sur le positif, sur ce que j’ai pu vivre avec chacun d’eux en me rappelant de beaux souvenirs. Même si la douleur est là et restera à jamais en moi.

– Et pourtant tu es là, douce et forte… remarque Eneko d’une voix enrouée, un ton plus bas qu’à son habitude.

– J’ai Garance et Gaspard. Je me suis recréé une famille, même si elle n’est pas de sang. Ils sont là pour moi.

– Je suis là, moi aussi… murmure-t-il.

Mon cœur fait une embardée. J’ai bien compris ce qu’il vient d’insinuer ? Je ne suis donc pas sur un siège éjectable ?!

– Léonie, je… Tu… Enfin…

Il se racle la gorge, gigote, me faisant comprendre qu’il faut que je me pousse. Il se redresse, s’assoit, les pieds en dehors du lit, au sol. Il pose ses coudes sur ses genoux et prend sa tête entre ses paumes tout en expirant fortement et à plusieurs reprises.

Je ne comprends pas son changement d’attitude. Il s’est comme soudainement emmuré, me laissant à l’extérieur.

– Je vais t’appeler un taxi, c’est mieux que tu rentres chez toi.

Je m’empare du drap blanc et me couvre vivement avec afin de cacher ma nudité. Des larmes perlent au coin de mes yeux, mais je m’efforce de ne pas les laisser couler. Eneko se lève sans un regard sur moi et file dans la salle de bains, me laissant seule. Seule et perdue. Je jette un œil à la pièce, me lève, m’entoure du tissu comme un saucisson et pars à la recherche de mes vêtements laissés ici et là dans la maison. Une fois vêtue, je sors attendre mon chauffeur au bord de la route. J’ai besoin de m’échapper de ce lieu. Je ne comprends rien à ce qu’il vient de se passer… Je repasse en boucle notre conversation, nos confidences afin de voir si je n’ai pas fait une boulette, mais je ne vois pas.

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