Boss hors contrat

Camilla Simon · Chapitre 29 sur 35

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Boss hors contrat

Chapitre 29

 

 

Léonie

 

Heureusement, Victoire trouve rapidement une place et nous nous précipitons dans l’hôpital, le cœur au bord des lèvres.

– Nous cherchons Eneko Barria ! indique Vic précipitamment à la femme de l’accueil.

– Vous êtes ?

– Sa sœur et sa fiancée, ment-elle.

– Service traumato au premier étage, par là.

Le soulagement est le sentiment qui me vient immédiatement. Il est blessé, mais vivant.

Elle nous indique un escalier que nous nous empressons de grimper. Arrivées sur le palier, nous lisons tous les panneaux jusqu’à trouver le bon. Nous courons malgré la colère visible dans certains regards, mais nous n’en avons que faire, jusqu’à ce que nous apercevions Xan, Gaspard et d’autres personnes que je ne connais pas.

Je ne cherche pas à comprendre et m’élance dans les bras de mon ami. Victoire, elle, se jette dans les bras d’un homme plus âgé, que je pense être son père vu l’air de ressemblance entre les deux.

– Vous avez des nouvelles ? demande Victoire.

– Il est en salle d’opération. Ils nous ont dit qu’il avait de multiples fractures et une commotion cérébrale. Nous n’en savons pas plus.

– Pourquoi as-tu mis autant de temps à nous prévenir ? s’emporte Victoire, la voix cassée.

– C’était un bordel sans nom, Vic ! J’ai immédiatement appelé les secours et je me suis tout de suite mis à chercher les survivants.

À ce mot, mon cœur s’arrête un instant de battre. Il y a donc des… morts ? Mon Dieu, leurs familles… Je ne sais que trop bien la douleur que l’on ressent dans de telles circonstances.

Un téléphone n’arrête pas de sonner.

– Je dois répondre, nous dit Xan. Je gère les familles et le reste.

Mes larmes redoublent. Nous ne nous sommes même pas dit au revoir hier soir… Et maintenant… Maintenant, il est blessé et je ne sais pas à quel point… Je prends mon visage dans mes mains et pleure.

Je pleure sur ma stupidité.

Je pleure sur le temps que j’ai perdu.

Je pleure pour l’homme que j’aime.

Nous passons les deux heures suivantes en salle d’attente sur des sièges inconfortables à nous morfondre et nous inquiéter pour Eneko. Victoire et moi sommes blotties l’une contre l’autre. J’ai aussi fait la connaissance de son père à elle. Et je me rends compte que je ne sais pas grand-chose de lui, et lui, rien de moi. On a tout à apprendre l’un de l’autre et j’espère que le destin nous en laissera l’occasion, car j’ai compris que j’aimais Eneko. Je ne sais depuis quand, mais aujourd’hui je m’autorise à l’admettre. Je suis folle de cet homme et j’espère pouvoir avoir la chance de le lui dire, même si je dois me casser les dents…

– Un café ? demande Xan qui vient juste de raccrocher.

Je lui fais non de la tête dans un petit sourire lorsqu’il me tend un gobelet fumant.

– C’est vrai, tu préfères le thé. Bouge pas. Tu le veux ? demande-t-il à Gaspard qui se contente de le prendre en lui disant « merci ».

Trois minutes plus tard, il revient avec un gobelet brûlant.

– Merci, Xan. C’est gentil.

Il prend place en face de nous et avale son café. Sa jambe droite bouge frénétiquement. Ses traits sont tirés, des cernes lui mangent le visage et ses vêtements sont maculés de taches en tout genre.

– Je n’aurais jamais dû lui proposer de venir avec moi sur le chantier… sort Xan.

– Ce n’est pas ta faute, avance Victoire.

– Si.

– Non, répliqué-je à mon tour. Tu ne pouvais pas prévoir et, si ça se trouve, c’est toi qui serais à sa place et peut-être dans un état plus grave. Mais, en aucun cas, ce n’est ta faute, Xan. Arrête de te torturer.

Il se contente de hocher la tête.

Une heure de plus s’est écoulée dans un silence de plomb seulement perturbé par les allées et venues du personnel soignant et quelques patients.

– La famille de M. Barria ?

Nous nous précipitons tous au-devant d’un médecin en blouse bleue, sauf Gaspard qui reste en retrait.

– Il va comment ? l’interroge Victoire.

– Bien, vu l’accident. Il a eu beaucoup de chance. Il a de multiples fractures à la jambe et au bras gauche, ainsi qu’une légère commotion. Nous allons le garder quelques jours ici. Il est en salle de réveil pour le moment.

Nous nous réinstallons et patientons encore plus d’une heure.

– La famille de M. Barria ? demande à nouveau une infirmière d’une voix cristalline.

– Oui ! s’écrie Victoire en sautant sur ses pieds.

Nous nous levons précipitamment et allons à sa rencontre, le cœur battant la chamade.

– M. Barria est réveillé. Je vous amène à sa chambre.

– Vas-y, dit doucement Gaspard en déposant un baiser sur mon front.

J’acquiesce et Victoire s’empare de ma main. Nous suivons l’infirmière à travers les couloirs et les escaliers avec Xan et le beau-père d’Eneko.

Nous sommes à peine arrivés devant la porte que Victoire l’ouvre. Moi, je reste un peu en retrait. Je ne sais pas comment va réagir Eneko. J’ai toujours notre dernier échange en tête, mais malgré tout, je fonds en larme en découvrant son visage tuméfié, sa jambe relevée plâtrée, tout comme son bras.

– Hé…

Sa voix est enrouée.

Il se met à tousser après cet effort considérable pour lui. Il me tend sa main que je m’empresse de saisir. Mes larmes se sont transformées en torrent contre sa poitrine.

– Je suis là, me rassure-t-il.

Mes larmes redoublent alors qu’il me caresse la tête. Et ce geste doit lui demander un effort important au vu de ses blessures.

– T’as voulu jouer les cascadeurs, mec ? lance Xan en tentant de détendre l’atmosphère.

Je relève la tête et ancre mon regard dans celui fatigué d’Eneko tout en continuant de pleurer.

– J’ai eu si peur, Eneko.

– Chut… Tout va bien…

À travers mes larmes, je souris et souffle. Eneko est en vie.

– Nous devrions le laisser se reposer, suggère Vincent, son beau-père.

Nous acquiesçons tous, mais quand je tente de me libérer de l’étreinte de ses bras, Eneko murmure :

– Reste avec moi.

Je suis touchée. Après ça, nous n’avons pas plus parlé, car l’anesthésie, en plus de l’accident, l’a énormément fatigué. Alors, je m’installe dans un fauteuil et le veille.

 

***

 

Eneko

 

Je la regarde dormir. Je n’ai ni montre ni portable pour savoir depuis combien de temps. Son coude est posé sur l’accoudoir en bois du fauteuil. Le côté gauche de son visage repose dans sa paume de main. Sa position ne doit pas être confortable et j’espère que ça ne fait pas longtemps qu’elle est là.

– Bonjour !

Je mets un doigt contre mes lèvres afin de signifier à l’infirmière qui vient de rentrer de faire doucement.

– Dites-lui de rentrer se reposer. Elle est restée auprès de vous depuis qu’on vous a ramené en chambre, murmure-t-elle.

Je jette un œil vers la fenêtre.

– Oui, on est le lendemain, ajoute-t-elle comme si elle avait compris la question que je me suis posée intérieurement.

Elle prend ma tension, me demande si je n’ai pas trop de douleurs, vérifie ma perf et augmente la dose de calmants. J’ai mal au crâne, mais c’est normal après ce qu’il s’est passé. Puis elle s’en va.

– Je peux entrer ? demande Gaspard, à la porte de la chambre.

Je lui fais signe que oui, mais pointe Léonie de l’index pour qu’il comprenne qu’il doit chuchoter. Je ne sais pas ce qu’il fait là, mais je suis heureux de le voir. J’ai frôlé la mort et ma perception des choses a pris une autre dimension. Il est temps de me comporter en homme mature.

– Je suis désolé, Gaspard. Désolé d’avoir été con.

– Ouais. Ça, on peut le dire… souffle-t-il en tordant un coin de sa bouche.

– Quand Anaïs m’a dit que tu l’avais larguée…

– Quoi ?! s’emporte-t-il en me coupant et en oubliant de chuchoter.

Léonie gémit, bouge légèrement, mais semble toujours endormie profondément.

– Je l’ai trouvée inconsolable sur le pas de ma porte et elle m’a expliqué que tu l’avais quittée. Et puis, au bout d’un certain temps, ça a dérapé…

– Je ne l’ai jamais larguée. On s’est fait rouler par une nana. Ça calme, sort Gaspard en se frottant le menton. C’est le karma, en même temps.

– Pas faux… dis-je, d’accord avec lui.

– Putain ! Dix ans ! On a perdu dix ans ! Mais qu’est-ce qu’on est cons !

– C’est clair…

Son regard bienveillant et protecteur se pose sur Léonie.

– Et Léo ? Tu l’aimes ?

– Ouais. Je n’aurais jamais cru ça possible. J’espère juste qu’elle me pardonnera mes erreurs…

– Ne la fais pas souffrir. Elle a déjà eu son compte dans la vie.

– Je sais…

– On est quittes, alors ? me demande-t-il.

– Oui. J’espère qu’on pourra redevenir amis.

– Je l’espère aussi.

Gaspard pose son regard sur Léonie avant de quitter la chambre. Je suis soulagé de cette discussion. Mais je m’en veux d’avoir gâché toutes ces années. J’ai perdu mon meilleur ami à cause d’une nana…

Fait chier !

Je porte mon regard sur la femme que j’aime, qui est dans une position vraiment inconfortable.

– Léo.

– Mmm…

– Léonie.

Elle s’étire, papillonne des paupières, puis pose un regard encore endormi sur moi.

– Rentre chez toi. Je ne risque pas de m’échapper.

Elle se redresse vivement et jette un coup d’œil sur son portable.

– Tu as passé toute la nuit sur ce fauteuil inconfortable. Va prendre une douche et te reposer.

– Tu vas bien ?

– Je ne me plains pas au vu de ce que j’ai vécu.

– Eneko, il faut qu’on parle.

Je n’ai pas le temps de lui répondre que ma sœur fait son entrée.

– Comment vas-tu, aujourd’hui ? s’exclame-t-elle en m’enlaçant.

Je grimace légèrement, alors que j’ai envie de crier tant la douleur est forte, mais je me contiens pour n’inquiéter personne.

– Heureusement que tu es doué dans ton boulot, car tu peux oublier une reconversion dans le milieu du ciné pour les cascades.

Je lui adresse un doigt d’honneur, mais j’accueille son accolade.

– Je vais vous laisser… annonce d’une petite voix Léonie.

– Oh, mais on ne te chasse pas !

– Je sais, Victoire, mais je vais aller me doucher, faire une sieste et…

– Tu reviens ensuite, terminé-je pour elle.

Il est hors de question qu’elle pense que je veux me débarrasser d’elle. Je sais que je dois parler à cœur ouvert avec Léonie. Durant ma chute, j’ai pris conscience de certaines choses.

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