Boss hors contrat
Chapitre 19
Eneko
Depuis deux jours, je trouve que la collaboration entre mon assistante et moi se passe plutôt bien au vu de ce qu’il s’est passé entre nous et je m’en félicite. Bon, nos échanges restent succincts. En clair, on s’évite et on se fait la gueule, mais on arrive tout de même à bosser ensemble.
À neuf heures trente, en manque de caféine, j’appuie sur l’interphone.
– Apporte-moi un café, demandé-je.
– Primo, on dit « s’il te plaît » quand on est poli, et deuzio, je suis ton assistante, pas ta boniche. Tu as des jambes, tu peux y aller ! rétorque-t-elle.
Je reste coi de son toupet. Je ne sais pas si je dois en rire ou, au contraire, jouer l’enfoiré de patron. Je me lève rapidement, ouvre la porte du bureau et lance un regard noir sur Léonie qui reste les yeux rivés à son écran d’ordinateur.
Elle joue à quoi ?!
– Je te demande pardon ?! tonné-je.
Elle redresse la tête, lève un seul de ses sourcils tout en portant un stylo à sa bouche. Et, bon sang, ce que j’aimerais être à la place de son stylo… entre ses lèvres cerise. Ses yeux brillant d’indiscipline me toisent et j’ai une furieuse envie de lui montrer qui est le boss…
Eh merde ! Ce n’est plus possible…
– Ce n’est pas dans mes attributions.
– Quoi ?
Je ne sais déjà plus pourquoi je suis ici face à elle.
– Le café, ce n’est indiqué nulle part dans mon contrat que je dois te le faire et te servir. Je l’ai épluché hier soir et rien à ce sujet.
Je m’approche d’elle avec un sourire mutin tout en fixant quelques secondes ses lèvres avant de remonter lentement et de plonger mon regard dans le sien.
– Ah oui, vraiment ? Noir, le café, s’il te plaît, demandé-je sans attendre de réponse de sa part avant de regagner mon bureau.
Je claque la porte derrière moi et vais m’affaler dans mon fauteuil en frottant ma nuque. Putain ! Mais j’ai été con de me tenir si près d’elle comme ça ! C’était pas l’idée du siècle ! Son parfum fruité a empli mes narines et ne me lâche plus, en même temps que des images nues d’elle m’apparaissent.
Eh merde !
Quelques minutes plus tard, elle frappe un coup contre le bois dur et attend mon accord pour pénétrer dans mon bureau. Aucun café entre les mains, mais une feuille. C’est quoi, ce bordel ?! Est-ce sa démission ? Et étrangement, cette idée me fout les boules.
– Tu peux signer.
– C’est quoi ?
– Un avenant à mon contrat, m’apprend-elle calmement.
Je m’empare de la feuille et retiens l’envie de rire. Cette nana est totalement déconcertante ! Ce n’est plus la Léonie des débuts, discrète et peu sûre d’elle. Et je dois dire que j’apprécie.
« Nouvelle attribution dans la fonction d’assistante de direction :
– Apporter le café au grand patron.
Une augmentation compensatoire mensuelle de 100 euros brut sera versée à Mlle Léonie Duprat pour cette nouvelle fonction. »
Et comme un con, je signe. Je crois que cette guéguerre, qui ne fait que débuter entre nous, va beaucoup me plaire…
***
Léonie
Je porte ma fourchette à la bouche tout en observant les mouettes raser l’eau. Je me suis apporté une salade de pâtes pour ma pause-déjeuner.
– Le boss est vraiment d’une humeur massacrante aujourd’hui, pire que l’autre jour, sort Agathe en croquant dans son sandwich.
– Mmmh…
Que puis-je dire de plus ? Je sais très bien qu’il est exécrable et j’en suis principalement la cause. J’espère ne pas avoir trop de temps à tenir auprès de lui. J’ai relancé mes recherches d’emploi, mais, pour le moment, ça ne donne rien… Soit je ne suis pas assez qualifiée, soit ce n’est pas dans mon secteur, ou alors ce sont des postes bilingues français-basque et je ne parle pas le basque. Arf…
– Il n’est pas désagréable avec toi, j’espère ?
– Il n’est pas méchant, Agathe, juste perfectionniste. Ce groupe repose sur ses épaules. Il subit une grande pression.
– J’imagine pas, mais ça n’excuse pas son comportement limite tyrannique parfois. Enfin, tant que ça ne te pose pas de problèmes.
– Je fais avec.
– Et en déplacement, il est pareil ?
– Je ne le voyais pas beaucoup, tu sais, mens-je. On avait chacun notre chambre.
– Tu l’as vu à poil ?
Je manque de m’étrangler avec ma bouchée. Terrain glissant !
Je me contente de secouer la tête pour dire non.
Agathe reprend.
– Nan, mais je me doute que tu l’as pas vu à poil pour de vrai. Mais je veux dire, tu l’as peut-être vu en maillot de bain. Attends, ce serait pas impossible, il y a des piscines dans les hôtels !
L’embarras de ma collègue m’amuse et je me détends complètement. J’éclate même de rire en même temps qu’elle rougit. Pour une fois que c’est elle et pas moi.
– Et alors ? insiste-t-elle. Ça veut dire que tu l’as vu ?
– C’est possible, lâché-je avec un sourire en coin.
– OK. Ça veut dire oui. Il est bien foutu, non ? Je parie qu’il est bien foutu, ce con. Je me suis toujours demandé ce que cachaient ses costumes sur mesure.
– Ils cachent un corps…
Je jette un œil à la ronde afin d’être sûre de n’être entendue de personne.
– … hyper bien foutu, achevé-je dans un souffle.
– J’en étais sûre ! Il est poilu ?
– Agathe ! Ça t’intéresse vraiment ?
– Eh ! Simple curiosité !
– Juste une fine ligne de poils de son nombril à son…
Je ne finis pas ma phrase, mais au vu des joues désormais cramoisies d’Agathe, je sais qu’elle a compris où je voulais en venir.
– Putain de merde !
– Agathe ! ris-je.
– Je comprenais déjà pourquoi il avait autant de succès avec sa belle gueule et son charisme, mais si, en plus, c’est un dieu grec, elles n’ont aucune chance ! Tu n’as jamais… tu sais… fantasmé sur notre boss ? Tu es célibataire et en plus tu le connais très bien.
– Et donc ?
– Ben, seule dans ta chambre d’hôtel, lui à deux pas, tu n’as jamais imaginé qu’il pouvait y avoir plus ?
– Non, répliqué-je d’un ton plus froid que je ne le voulais.
– Il s’est passé quelque chose ?
– Bien sûr que non !
– Tu es certaine ? S’il a eu un geste déplacé envers toi, il faut le dire…
– Agathe, Eneko n’est pas ce genre d’homme.
– Eneko ?
À mon tour de rougir comme une tomate…
– Trop pompeux de l’appeler « monsieur Barria » entre nous. Avec Garance, on le surnomme même Bad Boss !
– Oh ! Ça lui va divinement bien !
– N’est-ce pas ?!
Nous pouffons, et cela a l’utilité de faire dévier la conversation. Il est hors de question que qui que ce soit apprenne pour Eneko et moi. J’ai confiance en ma collègue, je sais qu’elle garderait le secret, mais je suis mal à l’aise. Et puis, si ça lui échappait ou que par inadvertance quelqu’un entendait une de nos conversations, ça me tuerait. Je n’ai jamais été très en phase avec cette partie-là de notre deal. Il était mon patron et moi, son assistante. Les ragots, ça va vite…
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