Boss hors contrat

Camilla Simon · Chapitre 21 sur 35

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Boss hors contrat

Chapitre 21

 

Léonie

 

Comment j’en suis arrivée à me retrouver dans cette fête un samedi soir, alors que j’avais prévu de passer toute ma soirée avec Simon ?

Lorsque Garance a débarqué en trombe dans ma chambre, montée sur ressort, j’aurais dû sentir le coup foireux… Un client à elle l’a invitée à une de ses fêtes dans sa superbe villa au bord du lac d’Hossegor et bien sûr elle m’a embarquée avec elle. La villa est splendide, toute blanche sur deux étages avec plusieurs terrasses qui donnent sur le lac. Quelques groupes sont dispersés, vêtus entièrement de blanc, donnant à cette soirée un côté décalé. C’est la première fois que je participe à une soirée blanche. Heureusement, j’ai trouvé au fond de mon placard une robe légère de la couleur requise. La nuit est chaude et c’est agréable.

– Merci, t’es adorable.

Gaspard vient de m’apporter un verre. Heureusement qu’il est là, car j’ai depuis longtemps perdu Garance qui s’est échappée avec un des invités de la soirée.

Je sirote mon punch qui est très bon et faiblement dosé en alcool quand mon regard est attiré par une forme blanche sur un des balcons. Eneko.

Il fiche quoi ici ?!

Après, c’est pas étonnant, il en connaît, du beau monde, avec ses affaires. Mon cœur s’accélère et, lorsque des bras s’enroulent autour de la taille de mon boss, il cesse de battre. La femme passe entre lui et la rambarde et commence à lui rouler une pelle. Il y répond en gardant ses paupières grandes ouvertes. Il pose ses yeux sur moi tout en poursuivant son exploration buccale. Il n’a pas l’air surpris de me voir ici. Je détourne le regard et m’échappe. Le voir embrasser une autre me lamine et je ne comprends pas pourquoi. Tout a toujours été clair pour moi, alors pourquoi je me sens blessée ? Et pourquoi je ressens cette jalousie ? Il n’est plus que mon patron et n’a été qu’un enseignant pour moi.

– Encore lui ? s’exclame Gaspard en se plaçant à côté de moi. Il est sorti de ma vie il y a dix ans et, aujourd’hui, j’ai l’impression de le croiser partout.

– Oui, mais c’est une grosse fête, assez chic, je ne le pensais pas quand Garance m’en a parlé. Donc, c’est pas étonnant qu’il soit là, il a des relations avec plein de monde.

– Oublie-le, Léonie, tu vois qu’il t’a déjà remplacée.

Je pivote légèrement pour lui faire face et esquisse une moue contrite.

– Et toi, tu savais qu’il serait ici ? demandé-je.

– Non, du tout. Je ne serais pas venu, sinon. Tu as bien fait, Léo. Allez, viens. Oublie ce connard, on va danser.

Je me laisse aller sur la musique qui passe juste au bord de la piscine où certains se baignent. J’ai l’impression d’être dans une de ces fêtes à l’américaine et non dans le sud-ouest de la France. Je danse, je bois le délicieux punch et m’amuse avec mon ami. Je ne sais pas combien de temps ça dure, et je m’en fiche, je me sens bien et je ne pense plus à mon patron et à la pouffe qui lui bouffait la bouche un peu plus tôt. Gaspard et moi dansons comme si nous étions seuls sur la piste. Je me suis toujours sentie bien avec lui. Nous avons les mêmes délires et ça agace très souvent Garance. « Shivers » d’Ed Sheeran débute, je lève les bras en l’air, ferme les yeux et me laisse aller au rythme de la musique jusqu’à ce que des mains passent dans mon dos d’une façon… langoureuse ?

Il se passe quoi, là ?

Je réprime un frisson et ouvre précipitamment les yeux pour tomber dans ceux voilés de mon ami.

C’est quoi, ce bordel ?!

– Léo… murmure Gaspard.

Je fais non de la tête, incapable d’émettre le moindre bruit, et, surtout, je refuse de comprendre ce qui se joue en cet instant.

Il me fait quoi, là ? Je suis surprise par son geste, son attitude, mais surtout dépassée et confuse par la situation.

Je passe mes mains dans mon dos afin de me libérer de sa prise.

– Désolée… murmuré-je dans un souffle de voix avant de prendre la poudre d’escampette.

Je quitte la villa sans faire attention à quel chemin j’emprunte. Je me retrouve rapidement sur la plage qui fait le tour du lac, avec pour seul éclairage la pleine lune. J’enlève mes chaussures, enfonce mes pieds dans le sable fin, tortille mes orteils, puis commence à marcher. Plus je m’éloigne et plus le bruit de la fête s’estompe jusqu’à ne plus percer le silence de la nuit. Ce dernier m’enveloppe alors. Je ferme les yeux et m’offre à la fine brise qui se lève. J’avance de quelques pas, toujours les paupières closes, jusqu’à ce que mes pieds rencontrent l’eau. Le lac est haut ce soir. C’est un lac ouvert qui communique avec l’océan via un canal. Il est donc salé et assujetti aux marées. Je jette un œil aux alentours afin de m’assurer que je suis bien seule. Alors, j’enlève ma robe, la jette plus loin sur le sable et m’enfonce dans l’eau. Sa fraîcheur me saisit un instant, mais je finis par m’y habituer et m’y enfonce de plus en plus.

– Pas trop froide ? demande soudain la voix râpeuse d’Eneko.

– Mais c’est pas vrai ! Vous pouvez pas aller voir ailleurs si j’y suis ?! m’agacé-je.

Et inconsciemment, j’inclus Gaspard dans le lot…

– C’est qui, « vous » ? m’interroge-t-il, perplexe.

– Laisse tomber, réponds-je en m’éloignant de lui.

– Léo, insiste-t-il en me retenant de sa voix chaude.

– Tu veux quoi à la fin ? dis-je, peu aimable.

Seule ma tête est hors de l’eau, je pivote vers lui. Je ne distingue que sa silhouette dans la nuit et je suis trop loin pour voir les expressions de son visage.

– C’est ta nouvelle conquête ? Tu n’as pas perdu de temps… remarqué-je, un peu amère.

– Pas exactement. Je pensais pouvoir la sauter et me sortir de la tête mon assistante, mais je ne bandais pas jusqu’à ce que mon regard se plante dans le tien.

Je fronce le nez.

Charmant…

– Pauvre petit…

Mon boss ne répond pas, il se contente de retirer sa chemise, me faisant déglutir avec difficulté. Puis c’est au tour de son pantalon.

– Tu fais quoi ?

– Je regarde si l’eau est bonne.

– Tu ne peux pas me foutre la paix ?! m’agacé-je.

– Non, c’est plus fort que moi… avoue-t-il d’une voix rauque.

Il a conservé son boxer et s’enfonce dans l’eau. Alors, je nage à l’opposé de lui. Je ne veux pas qu’il m’approche. J’ai bien trop peur de mes réactions et je suis parfaitement consciente de son pouvoir sur moi.

– Arrête de me fuir.

– Arrête de me poursuivre. Je pensais qu’on avait été clairs l’autre jour.

– Je ne suis pas un connard comme tu le penses.

Je ricane. Difficile à croire…

– Tu travailles toujours pour moi, Léonie. C’en est la preuve, que je sache.

– Parce qu’on ne couche plus ensemble.

– Je ne sais pas comment m’y prendre…

Sa voix se fait plus douce, moins sûre d’elle, et cela me déroute totalement.

– À quel sujet ?

– Avec toi. Je ne crois pas aux relations. Je ne crois pas en l’amitié homme-femme. Je ne crois pas à l’exclusivité.

– As-tu été exclusif avec moi, Eneko ?

Une angoisse me saisit soudainement alors que nous n’avons jamais abordé le sujet auparavant.

– Oui.

– Comme quoi, tout le monde peut changer… ironisé-je.

J’arrête de nager et le laisse se rapprocher de moi. Je peux enfin distinguer ses prunelles indécises et perdues. Je reste sur place lorsque sa main se pose sur mon cou et que sa proximité m’envahit. Son souffle chaud sur mon visage contraste avec le froid qui me saisit. Nos regards ancrés l’un dans l’autre, nous affrontons en silence nos réticences et nos tourments. Ses yeux sombres se posent sur mes lèvres et, en une seconde, sa bouche capture la mienne en un baiser délicat au goût de sel. À aucun moment ses mains ne viennent me contenir ou me retenir. Je suis libre de partir. Je suis libre de le fuir, mais je n’en ai pas envie. Tout son être m’a manqué. Et ça me brûle de l’admettre. Vous savez, quand une chose vous est défendue, vous mourez d’envie de braver cet interdit. Et plus on vous en empêche, plus vous en avez envie… C’est euphorisant, jubilatoire et si agréable. Vous ressentez le frisson, la peur aussi. L’adrénaline est présente en vous et vous en redemandez. Eneko est mon shoot d’adré. Tellement bon, mais tellement mauvais également…

– Léonie !

Je me détache d’Eneko en entendant la voix de Gaspard m’appeler.

– S’il te plaît… murmure mon boss en attrapant le bout de mes doigts.

– On n’aurait pas dû. Il ne faut plus que ça se reproduise, murmuré-je faiblement.

Je m’élance vers la plage, passe ma robe encore trempée et rejoins Gaspard qui s’approche dangereusement d’Eneko. Je plaque une main contre son torse au moment où il aperçoit son ancien ami sortir de l’eau.

– Pas d’esclandre, s’il te plaît, lui intimé-je.

Il s’empare de ma main et m’entraîne avec lui hors de la plage. Je jette un œil par-dessus mon épaule et pose mon regard sur le corps mouillé d’Eneko, qui a les poings serrés, le souffle court, et nous observe partir.

Une fois dans la rue bordée de pins devant la villa, Gaspard s’arrête devant sa voiture et la déverrouille.

– Garance arrive ? le questionné-je.

– Non, elle reste encore un peu.

– Alors, je vais l’attendre.

– Léo…

– Gaspard, tu n’as pas à me dire ce que je dois faire.

– Tu étais avec lui en petite tenue, Léonie ! beugle-t-il.

– Et alors ?! lui réponds-je sur le même ton.

– Il te fera du mal ! clame-t-il.

– Je suis une grande fille, Gaspard.

– Il a gagné, n’est-ce pas ? lâche-t-il en se renfrognant.

– Comment ça ? demandé-je en croisant les bras contre ma poitrine lorsque son regard dévie plus bas.

Je viens de me rendre compte que mes sous-vêtements trempés ont rendu ma robe transparente et qu’ils le sont aussi par la même occasion…

Super…

– Putain, Léonie ! Fais pas comme si tu ne comprenais pas ! gronde-t-il.

– Comprendre quoi ?

Gaspard, au lieu de répondre, replace une mèche égarée derrière mon oreille tout en laissant sa paume chaude au creux de mon cou. Je déglutis péniblement, mon cœur se met à battre frénétiquement et ma bouche s’assèche.

Il joue à quoi ?

J’ai l’impression que la scène se passe au ralenti, mes jambes cotonneuses ne bougent pas d’un iota. J’attends, figée, alors que mon cerveau, lui, m’envoie des signaux d’alerte.

– Je veux juste te protéger d’Eneko, Léonie. C’est un connard qui te fera forcément souffrir.

Alors que je sens son souffle aviné contre mon visage, je me crispe et pose mes mains à plat contre son torse pour le repousser, mais ses lèvres parviennent à effleurer les miennes. Sous le choc, je ferme les yeux.

– Ne la touche pas ! rugit soudain une voix.

J’ouvre les paupières et découvre Eneko juste devant moi, ses vêtements trempés lui collent à la peau.

Je me décale légèrement afin de jeter un œil sur Gaspard qui est raide. Il inspire et expire bruyamment comme un taureau prêt à ruer sur le matador, mais ses yeux se posent sur les miens et son attitude change du tout au tout.

– Toi, crache-t-il, je te promets que lorsqu’elle se rendra compte que tu n’es qu’un connard, je te démolirai une bonne fois pour toutes !

– Gaspard…

– Stop ! m’exhorte-t-il.

Il se détourne et commence à déverrouiller sa voiture.

– Tu as bu, Gaspard. Tu ne peux pas conduire dans cet état.

Il se contente de me tendre ses clés, je l’observe partir à pied et je me mets à trembler. Je ne sais plus où j’en suis.

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