Captifs de l’amour: Beauté captive, tome 3

Charmaine Pauls · Chapitre 1 sur 27

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Captifs de l’amour: Beauté captive, tome 3

Chapitre 1

1

 

CAS

 

F ut un temps où j’étais gentille, naïve. Je respectais la loi, m’occupais de mes affaires et vivais selon les règles. Puis je suis tombée amoureuse d’un voleur et je lui ai donné mon cœur. Il n’a même pas eu à le dérober. Je le lui ai remis, enveloppé avec un joli nœud, sur un plateau en argent. Les conséquences : un lourd fardeau à porter. Ce qui m’est arrivé n’est la faute de personne si ce n’est la mienne. J’ai ouvert mon cœur et écarté les cuisses tout en fermant les yeux.

J’ai été bien bête de tomber amoureuse de Ian Hart… Il ne méritait pas mon cœur. Il a ordonné à Ruben, un membre de son gang, de viser ce même organe que je lui ai offert après m’avoir emmenée, à la rame, au milieu du fleuve Zambèze, me laissant à découvert comme une cible facile dans son bateau. Quand j’ai plongé pour tenter vainement d’esquiver la balle, Ruben m’a touchée au flanc. Je suis tombée dans l’eau infestée de crocodiles et d’hippopotames… un tombeau providentiel – quoi de plus efficace pour se débarrasser d’un corps ? L’eau tumultueuse m’a emportée jusqu’aux rapides sur plus d’un kilomètre avant de me projeter violemment du haut d’une cascade.

J’aurais dû me noyer. Mon cœur déjà malade aurait dû s’arrêter. Les crocodiles auraient dû me traîner jusqu’au fond ou un hippopotame aurait dû me broyer en deux, mais le dieu de l’eau, Nyami Nyami, a eu pitié de moi. Au lieu de prendre deux vies, il n’a pris que celle qui grandissait en moi. Il m’a rejetée sur les berges, sous les chutes d’eau. J’aurais préféré l’inverse, mais Nyami Nyami est le dieu des amours tragiques. Séparé de sa femme par un barrage créé de la main de l’homme, il se repaît de la souffrance des sentiments non réciproques. À moins qu’il ne punisse l’ensemble de l’humanité…

Ce sont des enfants venus chercher de l’eau qui m’ont trouvée. Les hommes m’ont portée jusqu’aux huttes, les femmes se sont occupées de moi. Personne n’en a parlé à Ian, l’homme qui possède l’hôtel sur les berges du fleuve, parce qu’à une époque heureuse, j’étais l’une des leurs. J’ai travaillé, vécu et ri avec eux. Peut-être aussi ont-ils gardé le secret parce que j’ai sauvé Banga, les libérant du mauvais esprit qui avait pris la forme d’un babouin.

Heureusement que j’ai l’habitude de combattre pour ma survie. Je me bats depuis le jour de ma naissance. Ironiquement, mon cœur faible me rend forte. Il m’a fallu trois mois pour me rétablir complètement. Le chemin de la guérison a été douloureux de bien des manières… La convalescence physique a été de loin la plus facile. Le plus dur, c’était d’affronter la vérité : Ian avait ordonné ma mort. La pire a été le deuil de mon bébé, de notre bébé, et de découvrir par la suite que je n’aurais jamais d’autres enfants.

Un mois plus tard, le jour de Noël, Ian a dispersé des fleurs sur l’eau et m’a officiellement déclarée morte. C’est ce que les villageois m’ont raconté.

— Quel genre de fleurs ? leur ai-je demandé.

— Pourquoi ? m’a répondu une femme.

— Eh bien, c’est important.

Des fleurs d’oranger.

Il y a même eu une cérémonie. Shona, Banga, Waitada et Garai ont pleuré quand le cercueil a été mis en terre.

— Qu’a-t-il enterré ?

Qu’aurait-il bien pu mettre dans le cercueil ? L’a-t-il laissé sombrer, vide et solitaire, dans la tombe ?

— L’arme qu’Ian t’avait donnée, a répondu Vimbo. Avec le manche en ivoire.

Ian avait un visage de marbre, m’a-t-on raconté. Il n’a pas versé de larmes. La croix se dresse sur la colline face au fleuve, l’endroit où Ian m’emmenait voir les couchers de soleil quand il me disait que je pouvais être heureuse ici. J’ai toujours pensé qu’il y avait quelque chose de romantique chez lui… Sinon, pourquoi aurait-il tatoué amour, survie et humilité sur sa peau ? En ce qui me concerne, j’incarne sans doute la survie. Il a planifié mon meurtre parce qu’il croyait que je l’avais trahi. Il ne m’aimait pas assez pour me laisser m’expliquer. Un jour, il m’a dit que l’humilité, c’était de porter toutes les responsabilités de ses erreurs, mais pas tous les mérites de ses accomplissements. Eh bien, moi, je porte l’entier fardeau de l’aimer.

Maintenant, il y a une croix à l’endroit même où nous avons conçu notre bébé, un enfant dont il n’a jamais su l’existence. C’est ironique, et en même temps tellement symbolique.

Les villageois m’ont installée dans un van avec assez de nourriture pour une semaine, et le chauffeur m’a fait franchir clandestinement la frontière de l’Afrique du Sud. Après la nuit que m’a volée Ian, il m’a laissé cinq millions de rands sur un compte offshore. Je n’avais jamais prévu de me servir de cet argent, mais j’ai retiré du liquide. La première chose que j’ai achetée, c’était une arme. La seconde, une fausse identité. Officiellement, je suis morte. Je ne suis plus Cassandra Joubert. Je peux être qui bon me semble.

Je ne cesse de me déplacer entre le Botswana et l’Afrique du Sud, m’entraînant au quotidien. Chaque jour qui passe, je deviens plus forte et plus rapide. Si j’avais autrefois juré de ne pas toucher à l’argent que Ian m’avait donné, j’utilise aujourd’hui ces fonds dans un seul but : trouver l’homme qui m’a tuée. Et quand ce sera fait, je le tuerai en retour.

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