Captifs de l’amour: Beauté captive, tome 3
Chapitre 2
2
CAS
C e n’est que par pur instinct que je me suis dirigée vers le motel en face du bar des chutes Victoria. La seule garantie que j’aie de la présence de Ian Hart, c’est que nous sommes le jour de Noël, soit l’anniversaire officiel de mon décès.
Et l’anniversaire de la mort de mon bébé, mais j’essaie de ne pas trop penser à elle ces jours-ci… Oui, je pense que notre bébé aurait été une fille. La douleur est bien trop brutale. Elle me détourne de mon objectif – traquer Ian – qui n’est pas une tâche aisée.
Le gang s’est séparé. Selon les informations que j’ai pu recueillir, Ian s’est retiré. Il ne braque plus les coffres des casinos et des bijouteries. Comme moi, il est en déplacement constant. On l’a repéré dans la province nord-ouest de l’Afrique du Sud, au Mozambique, en Angola, mais jamais au Zimbabwe. Je ne sais pas ce que sont devenus Léon et Ruben, les deux autres membres du gang, et je m’en fiche. Ruben a appuyé sur la détente, mais il obéissait à Ian. Bref, ce n’est pas Ruben que j’aimais. Mes affaires concernent Ian. Ruben sera une cible pour plus tard.
Ce soir, Ian pourrait être ici comme il pourrait être absent. C’est un pari. Il est venu dans ce bar après les funérailles, sans doute pour fêter sa victoire. Après tout, il s’est débarrassé de moi avec succès. J’étais une case à cocher sur sa liste de choses à faire. Je n’ose pas demander à l’hôtel ni interroger les villageois. Nous avons fait un pacte quand je suis partie, celui de ne plus jamais nous adresser la parole. Ils m’ont sauvée, mais ils sont loyaux envers Ian. Ils ont voulu m’aider à cause de ce qu’il a fait, mais maintenant, nous sommes quittes. Si je retourne là-bas, ils pourraient très bien me balancer. Les portails de sa propriété sont encore sous surveillance et les clôtures hautement contrôlées. J’ai bien un plan de secours pour me faufiler à l’intérieur, mais j’aurai moins de personnes à combattre si je peux le trouver seul.
Des chants tapageurs à l’extérieur attirent mon attention vers la fenêtre sale de ma chambre de motel. Quelques hommes éméchés titubent en traversant le parking du bar, de l’autre côté de la route. Les bras sur les épaules les uns des autres, ils trébuchent dans le coin des taxis. Tous ceux qui ont des familles sont chez eux ce soir, à boire de la limonade autour des sapins de Noël aux guirlandes étincelantes, avec des cadeaux enveloppés de papiers rouges et de jolis rubans. Les célibataires solitaires, quant à eux, sont ivres, ils vont au bar pour oublier qu’ils sont seuls et espérer s’envoyer en l’air.
Aucun nouveau véhicule n’est garé sur le parking – je surveille le bar depuis le crépuscule. S’il ne se pointe pas d’ici vingt-trois heures, je passerai la nuit au motel et ferai appel au pilote d’ULM pour qu’il me fasse atterrir sur la propriété de Ian demain. Je me rendrai discrètement au bungalow pour le surprendre, s’il y est. Le pilote, qui propose des virées aux touristes au-dessus des chutes, attendra pour me ramener en ville. C’est un bon plan, mais que je ne mettrai à exécution que si tout le reste foire. La perspective de retourner à l’hôtel me comprime la poitrine. Rien que le fait d’être de retour ici, en ville, me perturbe. Ce n’est pas facile.
Je repousse les souvenirs et me tourne vers le miroir cassé, sur le mur. La femme qui me renvoie mon regard a les cheveux noirs, coupés en carré court, et les yeux verts grâce à ses lentilles de contact. Mon corps est plus sec, ces temps-ci, moins harmonieux, moins pulpeux. Les os de mes hanches et de mes épaules forment des angles saillants, à l’image des arêtes pointues qui se trouvent à l’intérieur. Je porte un haut rose moulant et une jupe noire qui épouse mes cuisses. L’ourlet de mon haut s’arrête au-dessus de mon nombril, et la jupe me recouvre à peine les fesses. C’est une tenue dévergondée, conçue pour donner un air vulgaire, facile. C’est le genre de tenue qui attire les hommes comme un pot de miel les abeilles. Je mets du parfum trouvé au supermarché, qui sent la barbe à papa. Mon maquillage est sombre, mes lèvres brillantes et rouges, mes cils factices. Rien à voir avec ce que j’étais avant. Ce soir, je suis Cindy.
— Salut, mon chou ! lancé-je pour pratiquer mon nouvel accent. Tu veux danser ?
Oui, ça va le faire.
Avec une grande inspiration, je m’emplis les poumons d’un air qui sent le renfermé. Mes mains sont stables quand je fourre l’arme, l’argent, mes faux papiers et mes pilules dans un sac à main de soirée pailleté en forme de paire de lèvres roses, avec une langue rouge qui dépasse. Des talons vertigineux argentés parachèvent mon look. J’effleure le pendentif en os sur le lacet de cuir autour de mon cou, passant le doigt sur le bout pointu du corps entortillé du dieu du fleuve, avant de le cacher entre mes seins, sous le vêtement. Ça me pique, et cette douleur me ramène à la réalité.
Après quoi, j’attends.
Avec un peu de chance, ce soir, l’avenir de Ian Hart changera.
OceanofPDF.com