Captifs de l’amour: Beauté captive, tome 3
Chapitre 11
11
IAN
A lors que je cajole Cas, j’éprouve de la haine envers moi-même. C’est ma faute si on ne peut plus avoir d’enfants… Si elle ne m’avait jamais rencontré, rien de tout cela ne serait arrivé. Elle travaillerait dans une banque à Rustenburg, et son souci principal serait de payer son loyer, pas de vivre une cavale pour des crimes qu’elle n’a pas commis ni être pourchassée par un policier qui cherche à la tuer. Peut-être aurait-elle rencontré quelqu’un de bien, se serait-elle mariée et aurait-elle eu ces enfants qu’elle ne peut plus avoir, désormais.
Putain… cette pensée me fait mal avec une force qui me tord de tous les côtés. Je ne lui montre pas ce qui mijote en moi. Je ne veux pas charger davantage ses épaules fragiles. Il ne s’agit pas de moi… Je vais réparer ce qui peut l’être. Il est trop tard pour lui faire un enfant, mais je peux toujours lui apporter la paix de l’esprit. Hors de question que je la laisse regarder en arrière pour le restant de ses jours. Je vais éliminer l’homme qui la menace, et nous allons vivre heureux à jamais tous les deux. Fin de l’histoire.
Elle se libère de l’étau de mes bras, me repoussant légèrement.
— Quel est ton plan ?
J’expire, réfléchissant aux détails que je peux lui communiquer. Je compte m’en prendre à Wolfe tout seul, et ma belle bagarreuse ne va pas apprécier.
— Je prépare un piège pour Wolfe.
Elle me dévisage.
— Comment ?
— Par un autre braquage.
Elle se raidit.
— Quel genre de braquage ?
— Des diamants.
— Quoi ?
Elle se déplace jusqu’au bord opposé du lit, échappant à ma portée.
— Où ?
— À Rustenburg.
Ses lèvres s’entrouvrent.
— À Rustenburg ? Tu as perdu la tête ?
— Ce serait comme avoir l’avantage de jouer un match à domicile. Wolfe a perdu le match là-bas à deux reprises, une fois contre moi quand je lui ai échappé au braquage de Sun City et une fois contre toi quand tu lui as filé entre les doigts. C’est là qu’il a tué Nick. Ces lieux ont une mauvaise connotation pour lui. Des connexions négatives engendrent des sentiments négatifs et ce sont eux qui engendrent des erreurs.
— Où prévois-tu de trouver ces diamants ?
— Ton ex petit-ami possède la plus grande chaîne de bijouteries de province et le siège social se trouve à Rustenburg.
— Mint ?! s’exclame-t-elle. Ce n’est pas mon ex.
— Tant mieux. Au moins, je n’aurai pas à le tuer.
— Ne plaisante pas, répond-elle en faisant la moue. Ce n’est pas drôle.
— Ce n’est pas une blague.
Elle ferait mieux de le croire. J’ai encore envie d’éliminer cet abruti pour la façon dont il l’a traitée.
— Je dirais qu’il mérite de perdre plus que sa Porsche.
— Tu n’es pas sérieux…
Je la regarde avec gravité.
— Ian !
— Quoi ? demandé-je en haussant les épaules.
— Tu parles de voler des diamants dans un magasin de Rustenburg et de mettre toutes les forces de police à tes trousses.
— Pas toutes les forces, juste Wolfe. Il saura que c’est moi. Il viendra. Et quand il sera là, je serai prêt.
— Attends.
Elle rassemble ses cheveux en queue de cheval basse.
— Tu dis beaucoup je dans ce plan… Et moi, alors ?
Je m’exprime en termes clairs :
— Tu resteras avec Damian et Lina. Je ne vais pas te mettre en danger.
Elle bondit hors du lit et s’approche de moi comme un félin prédateur.
— Non. Je suis peut-être une affaire personnelle pour Wolfe, mais il l’est tout autant pour moi. Il a tué Nick.
Elle se désigne du doigt en ajoutant :
— Il m’a tiré dessus !
— Cas, dis-je avec un soupçon d’avertissement dans la voix. Laisse-moi m’en occuper.
— Je suis une bonne pisteuse. Je suis une excellente tireuse. Je m’entraîne depuis un an.
— Tu t’entraînes à me tuer, tu veux dire, rétorqué-je en souriant à moitié.
Elle s’humecte les lèvres et détourne les yeux.
— Oui, eh bien, je n’étais pas au courant de tous les détails.
Jetant un nouveau coup d’œil vers moi, elle ajoute avec ferveur :
— Je suis prête.
— Non.
Je me lève du lit et me campe devant elle, surplombant instantanément sa carrure plus menue.
— Je ne vais pas faire de toi une criminelle. Mes mains sont déjà sales.
Elle pose les mains sur ses hanches.
— J’ai une info pour toi ! Je suis déjà une criminelle en cavale, tu as oublié ?
— Tu n’as pas encore franchi cette limite, poupée. Je n’ai pas l’intention de te laisser faire.
Ses jolis traits se déforment de colère.
— Ne t’avise pas de me protéger. Mon père ne l’a jamais fait. Il savait ce que je valais.
— Tu as été blessée.
— Je serai plus forte dans quelques jours.
— Cas.
— Je viens avec toi, Ian. Fin de la discussion.
Putain, quelle tête de mule ! Je voulais me servir de ce projet de retrouver Wolfe pour la garder près de moi, et je veux dire par là à mes côtés au sens figuré, pas la traîner en plein cœur du danger…
— Je peux me débrouiller toute seule. Tu ne sauras même pas que je suis là.
C’est ça, comme si je pouvais ignorer sa présence !
— Je m’en charge, décrète-t-elle, croisant mon regard avec un air de défi.
— Wolfe m’a piégé, dis-je en baissant la tête, mettant nos yeux au même niveau. Oui, il a essayé de se servir de toi, mais tu lui as craché au visage. Pourquoi est-ce si important pour toi ?
— Parce que…
Sa poitrine se soulève lorsqu’elle inspire.
— Parce que j’ai besoin d’un objectif.
Je m’immobilise. Elle m’a clairement fait comprendre qu’elle était à la dérive, et cela joue sur ma corde sensible.
— Il y a de meilleurs objectifs que celui-là, plus honorables.
— Une fois, tu m’as donné une arme et tu m’as laissé pénétrer dans un nid de frelons à tes côtés. Tu ne m’as pas cachée. Alors, qu’est-ce qui a changé ?
La douleur transparaît un instant dans ses yeux bleus.
— C’est parce que je suis cassée ? Que je ne suis pas complète ? Tu crois que c’est ce qui me rend plus faible ?
— Putain, quoi ?
Je pose les mains sur sa mâchoire.
— Bien sûr que non !
Un muscle tressaille sous mon œil.
— Il n’y a rien de cassé ni d’incomplet chez toi. Tu es parfaite, comme toujours, dis-je d’une voix qui s’enroue malgré moi. Toujours aussi jolie qu’une poupée.
— Bien, dit-elle en plissant les yeux. Je suis ravie qu’on soit d’accord. En plus, j’ai déjà une arme.
Cette femme… je ne pourrai jamais lui dire non. Comme toujours, elle me mène par le bout du nez. En dépit du bon sens.
— Voilà comment ça va fonctionner, reprend-elle, se trémoussant pour échapper à ma prise avant de faire les cent pas. On ne va rien voler. Wolfe nous recherche, n’est-ce pas ? Il a dû prévenir tous ceux qui me connaissent de l’appeler s’ils ont de mes nouvelles.
Elle s’arrête à la fenêtre.
— Je vais aller voir Mint, prétextant un besoin d’argent. Il appellera Wolfe. C’est comme ça qu’on piégera l’inspecteur.
Est-elle en train de me donner des ordres ? J’ai une érection immédiate… Je ne vais pas anéantir mon plan, pas plus que son attitude rebelle. J’ai toujours eu un faible pour son insolence.
Elle tape du pied et lève un sourcil.
— Alors ?
Intérieurement, j’ai un grand sourire.
— C’est ça, ton plan de génie ?
Elle se tient un peu plus droite et relève le menton.
— Oui.
— Et comment on saura quand… si Mint l’appelle ?
— On devra pirater son téléphone.
Ma petite hackeuse… Elle est adorable.
— Et s’il utilise une ligne fixe ? Combien de personnes travaillent pour lui ? Et si c’est l’une d’elles qui passe l’appel ?
— On mettra un mouchard dans le magasin.
Ce sourire que j’essaie avec peine de cacher fait son chemin sur mon visage.
— Tu as pensé à tout, n’est-ce pas ?
— Tu as accès aux mouchards et aux hackers. En plus, tu dois l’admettre, c’est moins risqué que de voler des diamants.
Je marche vers elle, incapable de maintenir cette petite distance qu’elle a creusée entre nous.
— Mais moins excitant.
— C’est plus sûr, soutient-elle.
Elle a raison, évidemment. Mais je ne peux m’empêcher de la titiller.
— Je pense quand même qu’on devrait donner une leçon à ce petit radin. Mint s’est comporté comme un connard avec toi.
— Il a déjà payé avec sa Porsche.
Je m’approche à nouveau d’un pas, mettant nos corps au même niveau.
— Son assurance a déboursé.
Sans que je le veuille, le désir assombrit le ton de ma voix.
— Ça ne compte pas vraiment comme une leçon.
Elle recule d’un pas.
— Si Mint n’appelle pas Wolfe après que je lui ai rendu visite, on fera à ta manière.
Je tends les mains et les referme autour de son visage encadré par des mèches d’argent.
— On ?
Putain, oui !
— Ça me plaît ça. On… Nous.
Elle penche la tête, échappant à mon contact.
— Ian, arrête.
Que j’arrête quoi ? De lui montrer que je la désire ? De lui montrer qu’elle compte à mes yeux ? De la toucher ? Elle ferait tout aussi bien de me demander de mentir devant Dieu pendant que je suis à genoux, à prier.
Les mains sur le rebord de fenêtre derrière elle, je la prends au piège de mes bras. Ma voix est basse, trahissant mes émotions :
— Ça fait longtemps, Cas. Un an pour être précis.
Ses yeux bleus étincellent. Mon abstinence la surprend, tout comme moi à l’époque. Si j’avais su qu’elle était en vie, je n’aurais pas couché à droite à gauche, pourtant même sans le savoir, ma queue n’était tout simplement pas intéressée, par personne d’autre.
Je m’assure qu’elle perçoive l’intention dans mes yeux tandis que je baisse la tête. Elle est à moi. Je le lui prouverai encore et encore, aussi longtemps qu’il le faudra.
Mes lèvres sont à un cheveu des siennes… quand elle détourne le visage. Son rejet a une pointe aiguisée, mais sa méfiance un goût plus amer encore.
Je ne recule pas, ne lui accorde aucun espace. Je me penche plus près, soufflant ma question à son oreille.
— Combien ?
Elle se mord la lèvre, refusant de me regarder.
— Combien de quoi ?
Le mot sonne comme un grognement :
— D’hommes. Combien en un an ? Combien m’ont remplacé ?
Enfin, elle croise mon regard.
— Est-ce que c’est important ?
Est-ce que ça l’est ?
— Non, dis-je, les dents serrées.
Autrefois, elle m’avait dit qu’aucun ne comptait. Un, dix, une centaine, la pensée pourrait me consumer, mais ça ne fait aucune différence, car je suis bien le seul qui compte.
Elle me repousse, les paumes sur mon torse.
— Il n’y a eu personne, mais ça n’avait rien à voir avec toi. Ça venait de moi.
J’obtempère en reculant, acceptant cette distance entre nous tandis que j’assimile l’information. Mais je ne lâche pas son regard. Le feu de la jalousie qui a jailli en une seconde retombe aussi vite. Sa réponse m’apaise, mais je ne la laisse pas détourner le regard.
— Ça n’aura jamais d’importance, combien d’hommes il y a eu ou il y aura. Ça ne changera jamais le fait que tu es à moi.
— Arrête.
Elle se prend la tête entre les mains.
— Arrête de dire des choses comme ça !
— Pourquoi ?
Le mot me râpe la gorge.
— Parce que c’est la vérité et que tu ne peux pas la supporter ?
— Parce que je ne peux pas te donner ce que tu veux !
— Toi, dis-je sans hésiter. C’est tout ce que j’ai désiré depuis le moment où j’ai posé les yeux sur toi. Rien que toi. Sans idée préétablie, sans critère de qualification.
Un sourire en coin apparaît sur ses lèvres en même temps qu’elle secoue la tête. Je ne sais pas ce qui se passe sous son petit crâne, mais cela complique ma stratégie pour la convaincre.
Je recule vers la porte, lui accordant de l’espace. Pour l’instant. Je sors mon téléphone de ma poche et compose le numéro de Léon. Elle me regarde sous ses cils tandis que je marche de long en large dans la pièce.
Il décroche rapidement :
— Alors, tu as changé d’avis à propos de cette partie de pêche ?
Ma voix résonne entre les murs de la pièce spacieuse.
— J’ai besoin que tu pirates un téléphone pour moi.
— Ah… et dire que je pensais que tu appelais parce que je te manquais.
— Il me faut un tracker pour chaque appel reçu sur l’extrémité réceptrice d’une ligne.
— Oh là… ralentis une minute. C’est un gros truc, là.
— Je sais que tu peux le faire.
— Je ne peux pas, pas encore, mais mon patron possède la technologie qu’il faut. Si je le persuade de me laisser l’utiliser, je lui devrai un sacré service !
— Tu t’en remettras, dis-je avec un sourire dans la voix.
Il ricane.
— Espérons.
Je fais les cent pas, m’arrêtant devant une impressionnante peinture d’éléphant.
— Alors, c’est oui ?
Il soupire.
— Envoie-moi le numéro, je mettrai une appli sur ton téléphone. Et c’est pour qui ? À moins que je ne sois pas autorisé à le demander ?
— Wolfe.
— Quoi ?! s’exclame-t-il. Le gars qui se charge de ton casier ?
Tout en me frottant le front, je choisis soigneusement mes mots.
— Je suis à Johannesburg. Dans l’atroce immeuble de bureaux de Damian, ajouté-je aussitôt.
— Attends… quoi ? Bordel, mais qu’est-ce qui se passe, Ian ?
— Cas n’est pas morte.
Un silence.
— Léon ?
— Ian…
Il expire et j’ai l’impression qu’il souffle à mon oreille.
— Je crois que tu as besoin d’aide, vieux.
— Elle n’est pas morte. Les villageois l’ont retrouvée. Ils ont pensé que j’avais essayé de la tuer, alors ils l’ont cachée pendant sa guérison et l’ont fait passer en douce en Afrique du Sud.
— Je n’en reviens pas ! Comment l’as-tu trouvée ?
— Ce n’est pas moi, c’est elle qui m’a trouvé. C’est une longue histoire, mais Wolfe aussi m’a retrouvé. Il a tiré sur Cas et l’a blessée. C’est pour ça que nous sommes ici, Damian a fait venir un chirurgien.
— Il t’aide à te cacher… Putain, Ian.
— On s’en va bientôt, dis-je avant d’hésiter. Je vais tuer ce putain de Wolfe, mais tu ferais mieux de faire profil bas ces prochains jours, juste au cas où.
— Si tu as besoin de moi, je…
— J’ai besoin que tu restes très loin de moi pendant ce merdier. Damian a déjà les flics au cul, à lui poser des questions. Il est en train d’inventer une histoire bidon te concernant, comme quoi tu voyagerais avec un sac à dos dans toute l’Afrique en ce moment.
— C’est de la folie…
— Il n’y a pas d’autre moyen. Si je ne m’occupe pas de Wolfe, Cas et moi nous ne serons jamais en sécurité.
— Pourquoi ai-je l’impression que tu ne me dis pas tout dans cette histoire ?
— Tu n’en connais pas la moitié…
Je serre les dents.
— Tu te souviens des imposteurs qui se sont fait passer pour nous et qui ont tué le directeur de banque ?
— Wolfe, rétorque-t-il en comprenant.
— Oui.
— Putain de merde. J’ai le droit de le pourchasser après ce qu’il a fait.
— Laisse-moi m’en occuper. Garde juste la tête basse et les mains propres, et continue de faire ce que tu faisais ces derniers temps.
— Ça s’appelle la programmation.
— Je sais comment ça s’appelle.
— Ian, je…
— Je m’en occupe, Léon.
Cette fois, je ne l’embarque pas avec moi. C’est suffisamment grave d’avoir laissé Cas me convaincre de la prendre.
— Tu es une putain de tête de mule, dit-il.
— Merci, tu n’es pas mal non plus.
L’inquiétude s’intensifie dans sa voix :
— Je ne vais pas te dire d’être prudent…
— Oui, je ne voudrais pas que tu me portes malheur.
Je me masse la nuque, apaisant un nœud douloureux.
— Je t’en dois une, ajouté-je.
— Passe-lui le bonjour. J’ai encore du mal à le croire… ça a l’air irréel.
— Irréel, c’est peu de le dire.
Après avoir raccroché, je reviens dans la chambre. Cas regarde par la fenêtre, faisant mine de ne pas me voir.
Ce n’est pas grave…
En temps voulu, elle finira par accepter les choses comme elles sont, tout comme la première fois.
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