Captifs de l’amour: Beauté captive, tome 3
Chapitre 13
13
IAN
— Q u’as-tu fait ? demandé-je à Cas en garant le pick-up. Je n’osais pas parler avant, de peur de perdre mon calme et de nous écarter de la route. Si elle a mis sa vie en danger… Merde. Je ne veux même pas y penser. Me passant les mains dans les cheveux, je me tourne sur mon siège et lui fais face.
— Je dirais qu’Olga est revenue au magasin maintenant, répond-elle. Peut-être qu’elle a une seconde clé pour la porte du bureau de Mint, peut-être pas. Dans les deux cas, ça ne devrait pas lui prendre plus d’une minute pour appeler à l’aide.
Elle désigne mon téléphone posé sur la console centrale.
— Vérifie ton tracker GPS.
— Tu n’as pas répondu à ma question.
Elle me regarde avec calme, se mordillant la lèvre.
— Qu’est-ce que tu as fait, Cas ?
Avec un soupir, elle décolle les fesses, prend un sac en velours dans sa poche arrière et me le lance. Je l’attrape à mi-chemin. Non, mais je rêve ! Je défais les liens et jette un œil à l’intérieur. Des diamants. Beaucoup. Assez pour faire de Cas un magnat richissime.
Une multitude d’émotions me traverse la poitrine : l’admiration, la fierté, l’incrédulité, et cette foutue peur… C’est la peur qui plonge ses griffes en moi.
— Tu as pris un risque, dis-je en secouant le sac devant son visage, faisant tinter les pierres. Il aurait pu sortir un flingue ou alerter le service de sécurité.
— Je connais Mint. Je connais son magasin. Il ne possède pas d’arme et je me suis assurée qu’il ne se trouve pas trop près du bouton d’alerte.
— Il y a des caméras.
Je frappe le volant d’une main.
— Putain, Cas ! Tu aurais dû me le dire à la minute où tu as quitté le magasin !
J’empoigne mon téléphone.
— Il faut que j’appelle Léon. Il faut qu’on pirate la diffusion et qu’on l’efface.
Elle pose une main sur la mienne, m’immobilisant.
— J’ai cassé le dispositif de surveillance et je lui ai fait jeter son ordi par la fenêtre. Un passant s’est barré avec. C’est vraiment improbable qu’il récupère le disque dur. À cette heure-ci, il a été démonté et vendu depuis longtemps.
— Ce n’était pas le plan.
Je grince des dents tellement fort que ma mâchoire est douloureuse.
— Tu étais censée rester dans l’angle mort de la caméra et ne pas montrer ton visage. C’était ça le plan !
— J’ai improvisé.
— C’était un risque irréfléchi, dis-je, les dents serrées. Tu as dévié du plan, un plan pour lequel on a travaillé le moindre putain de détail. Voler des diamants, c’était en dernier recours. C’est toi qui l’as dit. Voler, c’était censé être mon boulot.
J’enfonce mon pouce dans ma poitrine en ajoutant :
— Mon risque.
Lui jetant les diamants sur les genoux, je peste tout bas. Je tremble à l’idée de ce qui aurait pu arriver, mais je souffre aussi de cette érection persistante provoquée par son acte de bravoure. Je voudrais lui donner la fessée pour avoir été aussi irresponsable, et en même temps, l’embrasser d’avoir été si courageuse.
J’expulse un long soupir, essayant de maîtriser mes émotions. Avant de la rencontrer, je n’avais jamais eu de problème pour garder le contrôle. Les émotions, voilà exactement pourquoi impliquer Cas est un risque. J’ai toujours pris des risques de façon imprévue quand j’étais avec elle, parce qu’elle ne bouleverse pas seulement mon corps, mais aussi ma tête. Le fait que nous soyons assis dans le pick-up à avoir cette discussion alors que je devrais être en train de vérifier l’appli sur mon téléphone en est la preuve.
— Putain, Cas.
Je n’en reviens toujours pas qu’elle ait fait ça. Elle regarde vers la montagne.
— Il a dit que je n’étais pas le genre de fille qui ferait une bonne mère, d’accord ?
Quoi ? Ma poitrine se serre. Ce sale fils de… De tout ce qu’il aurait pu dire, c’est la seule qui pouvait autant la blesser, parce que de toutes les choses au monde, c’est la seule qu’elle ne pourra jamais être, du moins pas sur le plan biologique. Ça me donne envie de faire demi-tour avec le pick-up, de le saisir par son cou rachitique, de lui distribuer quelques coups et de lui tirer dans les rotules.
Empoignant Cas par le menton, je la force à me regarder dans les yeux.
— Je suis fier de toi. Tu t’en es bien tirée.
Un sourire vient éclairer sa mine sombre.
— Tu le penses vraiment ?
Je lâche un autre souffle tremblant.
— Oui…
Son sourire est contagieux. Il lui va bien. Je vais la faire sourire plus souvent.
— Tu fais un bon bandit, ajouté-je.
Elle penche la tête, échappant à ma main pour me frapper le bras.
— Sois sérieux.
— Je suis très sérieux, m’exclamé-je en riant.
Putain, c’est bon de rire. Ça relâche un peu la pression. Je désigne le sac sur ses genoux.
— Qu’est-ce que tu vas faire avec tous ces diamants ?
Elle passe le doigt sur les pierres à travers le velours, regardant le sac.
— Trouver un acheteur, j’imagine. Peut-être que je donnerai tout à des femmes indignes d’être des épouses.
— Eh…
J’entortille autour de mon doigt une mèche de ses cheveux échappée de sa tresse.
— Tu es parfaite. Oublie ce connard et ce qu’il a dit. Il ne mérite pas ta colère.
— Tu as raison.
Sa bouche forme une ligne déterminée.
— Lui accorder la moindre émotion, c’est lui accorder du pouvoir qu’il ne mérite pas.
Je baisse la tête pour rencontrer à nouveau son regard.
— Tu veux que je fasse de lui un homme mort ?
— Ian ! s’exclame-t-elle sur le ton de la réprimande.
— Parce que je le ferai.
Et je ne plaisante pas.
— Ça suffit, dit-elle en me frappant à nouveau le bras. Vérifie ton téléphone. Mint doit être libéré maintenant. Il a dû appeler Wolfe.
Avec réticence, je laisse la boucle blond platine me glisser du doigt. Elle a raison, évidemment. Je dois vérifier, mais nous avons le temps. Je prends mon téléphone et déverrouille l’écran. L’instinct me dicte déjà ce que l’appli me confirme : Mint a passé le coup de fil. L’appli a tracé un appel à Johannesburg. Ce n’est pas étonnant que Wolfe rôde dans la ville à notre recherche. Il doit avoir un œil sur Damian, espérant à juste titre que je me pointe chez lui. L’appli a planté un tracker sur le téléphone de Wolfe et vérifié qu’il n’avait pas alerté la moindre autorité locale. Il va venir à nous, tout seul. Comme je m’y attendais, il ne prévoit pas d’arrestation. S’il vient seul, c’est parce qu’il prévoit de commettre un meurtre. Mais pas si j’arrive à lui en premier.
La gravité de la situation que je soumets à Cas me pèse sur l’estomac.
— Wolfe est à Johannesburg. Je lui donne environ deux heures pour rappliquer s’il vient en voiture, et je parie là-dessus. Il ne vendra pas la mèche, alors les ressources du gouvernement comme les hélicoptères ne lui seront pas accessibles.
Elle hoche la tête, tentant de cacher sa tension, mais je perçois les petits signes ‒ comme la façon dont elle joue avec les nœuds du sac ou se mordille la lèvre.
— Il est temps de bouger.
Je sors et rejoins sa portière. Quand elle l’ouvre, je lui prends la main pour l’aider à descendre.
— Viens là. Écoute, dis-je en lui montrant la clé du pick-up dans ma paume.
Je m’accroupis et la laisse sous la carrosserie, sur le pneu avant.
— Si les choses tournent mal, tu prends le pick-up et tu t’en vas.
Elle secouait déjà la tête avant que j’aie fini de parler.
— Tu dois me le promettre, Cas.
Elle secoue plus vivement la tête.
— Rien ne tournera mal.
— Non, dis-je en me redressant.
Je pose la main sur sa joue et lui donne la parole rassurante dont elle a besoin.
— Tout ira bien. Mais, la clé est là, juste au cas où.
Elle me fixe de ses grands yeux, les émotions inondant les nuances bleues qui s’y reflètent comme un ciel d’été sur un lac de cristal. Elle est le bleu de l’océan, le turquoise clair d’une piscine. Moi, je suis le marron boueux d’une rivière, les péchés maintenus au fond de l’eau par un obscur barrage.
Nous sommes perdus dans le temps, suspendus dans un moment de vérité. C’est exactement le sens du danger ; affronter les conséquences d’actes peu fiables nous fait regarder les choses différemment, affronter la mort nous fait remettre les choses en perspective. Pour moi, il n’y a toujours qu’une seule perspective : c’est la femme en face de moi. Pour elle, c’est plus compliqué. Une lutte se déroule dans ses jolis yeux tandis que la vérité transparaît sur son visage. Elle me veut, mais elle lutte contre cette envie. Elle luttait déjà même quand elle a essayé de me séduire le soir de Noël.
Je ne prends rien. Je me suis promis de ne pas le faire, sauf si elle est prête, si elle fait le premier pas. Je lui offre ma main, patientant le bras tendu. Une seconde passe. Puis une autre. Ses doigts se resserrent autour du sac de velours dans sa main gauche. Enfin, très lentement, elle lève sa main droite et glisse sa paume dans la mienne. Je referme mes doigts sur les siens, fermement mais sans les serrer. Voilà. En sécurité, saine et sauve.
Sans avoir besoin de parler, nous escaladons la clôture et retournons au chalet. Tant que nos doigts seront liés, ce moment restera indéfectible et notre connexion intacte.
Un courant électrique passe entre nous, dans les airs et sous ma peau. Je ressens Cas comme je sens mes propres battements de cœur dans ma poitrine. Je la respire comme j’inhale l’air chaud. À l’intérieur du chalet, je verrouille la porte sans lâcher sa main. J’ai trop peur d’interrompre ce lien, d’en perdre la conscience, en équilibre sur un étroit rebord.
Elle s’adosse contre le mur à côté de la porte, une jambe pliée et un pied sur les briques. Tout en se mordillant la lèvre, elle me regarde sous la visière de sa casquette. Ce qu’elle veut est inscrit dans ses yeux. Nos doigts entrelacés restent suspendus à nos flancs. Avec ma main libre, je lui retire sa casquette et la laisse tomber sur la table basse avant d’écarter doucement les cheveux de son visage. Elle tend la main à son tour, retire ma casquette et l’abandonne à côté de la sienne. Mes cheveux retombent sur un côté de mon visage, voilant ses jolis traits derrière un rideau. Elle ressemble en tout point à la poupée sur laquelle j’ai posé les yeux la première fois, magnifique et parfaite sous tous les angles. Je la désire tant que mes bourses sont douloureuses, mais le désir de mon cœur est encore plus vif. Et ça, ça fait infiniment plus mal.
Tout comme nos doigts, nos regards demeurent mêlés. Le souffle court, je patiente. Je ne vais rien lui demander qu’elle ne serait pas prête à donner. Je me contenterai de ce moment, aussi proche de la perfection que n’importe quel autre moment de ma vie. En fin de compte, il n’y a plus de masques ni de faux-semblants. Je lui donne ma vérité, et elle la sienne. J’épouse ce moment, l’embrassant de toutes mes forces, mais je suis prêt à reculer si elle a besoin de plus de temps et d’espace.
Alors que je suis sur le point de la lâcher, elle referme les doigts autour de ma nuque. Un fardeau écrasant se retire de ma poitrine. Le brouillard sombre et malsain coincé entre mes côtes se dissipe et la lumière s’infiltre enfin. Me penchant plus près, je presse nos fronts l’un contre l’autre. Je ferme brièvement les yeux, prenant un instant pour humer l’odeur de propre de sa peau.
Elle incline très légèrement les hanches, juste assez pour m’effleurer. Une main sur sa taille, je déchiffre son expression tout en passant un pouce sous son t-shirt, sur sa peau nue. Ses pupilles se dilatent. Sa bouche s’entrouvre. Nous sommes suspendus dans une étreinte d’amoureux, et pour la première fois de l’année, je suis là où je suis censé être.
Nous ne nous embrassons pas, cependant, nous ne nous sautons pas dessus. Le moment est trop précieux, trop électrique. Je ne suis jamais allé à l’église, mais j’ai l’impression de m’y trouver ‒ ce moment est sacré, il se suffit à lui-même. Mon nez remonte le long de la naissance de ses cheveux jusqu’à sa tempe et j’inspire son existence. Elle est vivante. Elle est mon miracle.
J’enfouis mon nez dans la douceur de sa peau derrière son oreille et lui offre d’autres paroles sincères, du bout des lèvres :
— Tu es à moi, Cas. Tu le seras toujours.
Je m’écarte pour voir sa réaction et m’assurer qu’elle comprenne. C’est important, et même vital qu’elle comprenne. Je n’aurai peut-être pas d’autre chance de le lui dire. Un homme comme moi, un fugitif en cavale, sait tirer le meilleur parti de chaque occasion. Les occasions sont plus précieuses que les diamants et les billets. Parfois même, elles sont plus rares.
— Tu n’es pas à moi parce que je te possède, mais parce que tu me possèdes.
Levant nos mains entremêlées sur ma poitrine, je pose la sienne sur mon cœur.
— Tu vis ici, en moi, et ce sera toujours le cas, peu importe qui viendra après moi ou qui prendra ma place. Tu seras toujours une part de moi. Je t’appartiendrai toujours. Voilà pourquoi tu m’appartiens aussi.
Ses yeux bleus pétillent sous les larmes. Elles étincellent comme les diamants dans sa poche.
— Arrête de parler, dit-elle, retirant sa main de sous la mienne, posée sur ma poitrine, pour me prendre le visage afin de me rapprocher d’elle.
Je capitule en gémissant, encadrant son visage de mes paumes et la retrouvant à mi-chemin pour nous abandonner dans un baiser.
Aussitôt, la tension vole en éclats.
Une année de temps perdu s’envole en un clin d’œil. Elle disparaît avec mes inhibitions tandis que je dévore sa bouche et goûte ses lèvres comme si c’était notre tout premier baiser. Avec elle, chaque fois est une première fois. Chaque moment est le dernier.
Elle se dresse sur la pointe des pieds, cambrant le dos et pressant son corps contre le mien pendant que nos langues s’unissent et que nos souffles se mélangent. Elle a le goût du dentifrice à la menthe et du baume à lèvres à la fraise. Sa bouche est charnue et juteuse. Elle fait un petit pop ! quand je la libère pour l’embrasser dans le cou. Il y a beaucoup de peau à recouvrir ‒ beaucoup que j’ai ratée. Ma volonté est à la peine, mais mes baisers sont habiles. Je sais l’entraîner avec moi, je sais ce qu’elle aime.
Elle pousse un gémissement lorsque mes dents frôlent sa peau douce, là où sa nuque rejoint son épaule. Je prête attention à sa blessure, m’assurant de ne pas toucher ses points de suture. Je fais courir mes mains sur son corps, d’abord le long de son visage, enserrant sa taille fine comme si je pouvais la tenir ainsi pour toujours. Elle dégage mon t-shirt de mon jean et s’attèle à retirer ma boucle de ceinture. Quand elle fait descendre la fermeture et plonge sa main à l’intérieur, je perds presque toute ma raison. Elle me caresse à travers mon boxer, resserrant les doigts au bout de mon membre. Inclinant mes hanches vers elle, je vais et viens dans la paume de sa main.
Trop rapidement à mon goût, elle abandonne mon membre et remonte les mains jusqu’à mon torse, sous mon t-shirt. J’en fais autant, soulevant son haut pour toucher son ventre plat et la courbe de sa poitrine recouverte de dentelle. Elle tire sur l’ourlet de mon t-shirt, me montrant ce dont elle a envie. Je la lâche, juste le temps de faire passer mon t-shirt par-dessus ma tête. Je suis affamé, impatient de retourner à mon exploration. Mes mains sont partout sur elle, sous et sur ses vêtements, à sentir, toucher, palper comme un homme avide de contact.
Je ne sais comment, entre nos bras entrelacés et nos mains baladeuses, nous parvenons à nous débarrasser de son t-shirt. Je ralentis, prenant le temps de me frayer un chemin de baisers jusqu’à son décolleté tandis qu’elle baisse mon jean sur mes hanches. Je le retire complètement avant de m’atteler aux boutons de son pantalon. Elle revient à l’assaut de mes lèvres, m’embrasse pendant que je la déshabille, me faisant oublier où nous sommes et pourquoi.
C’est notre première fois depuis un an. Je ne vais pas la prendre contre le mur. Il me faut de la volonté pour lui prendre les poignets et ôter ses mains de mon corps. Elle me laisse faire, m’accordant sa confiance même quand je mets de l’espace entre nous. Je prends un autre moment, cette fois pour me refamiliariser visuellement avec son corps. Elle porte des sous-vêtements pourpres assortis. La couleur correspond à celle de ses lèvres. Le prune lui est toujours allé à ravir. Je l’absorbe de la tête aux pieds, sans rien rater, surtout pas la cicatrice ronde sur son flanc. La vue de cette cicatrice me brûle le cerveau comme une marque au fer rouge. Cela me fait autant de mal qu’une balle ne le pourra jamais.
— Eh, dit-elle en s’approchant de moi. Je suis là.
Mes yeux quittent sa cicatrice pour remonter sur son visage, les tripes nouées par les émotions. Elle ne m’a dit qu’une fois qu’elle m’aimait, et c’était juste avant qu’elle se fasse tirer dessus.
— Cas.
Consciente de ce dont j’ai besoin, elle passe les bras autour de ma taille et pose sa tête sous mon menton. Je l’étreins à mon tour, me raccrochant à la vie, à l’éternité. Je ne peux pas la perdre encore une fois.
M’embrassant doucement, elle me conduit dans la chambre. Quand je heurte le lit, je la soulève dans mes bras. Elle enroule ses jambes autour de moi sans interrompre notre baiser, gardant ce point de contact dont j’ai tant besoin, m’apportant la garantie qu’elle n’ira nulle part. Plus jamais.
Je m’assieds, l’attirant sur mes genoux. Nous portons beaucoup trop de vêtements… Je voudrais presser chaque centimètre carré de sa peau nue contre la mienne. Elle lève légèrement le pied, détachant sa bouche de moi pour reprendre son souffle. Je la laisse respirer quelques secondes avant de repartir à la poursuite de ses lèvres comme un cerf-volant dans la brise. Quand je finis par retrouver sa bouche, je dégrafe son soutien-gorge et retire les bretelles en effleurant ses épaules, sans oublier sa côte blessée. Les bonnets tombent, dévoilant ses seins parfaits. Je retire les bretelles de ses bras et m’empresse de récupérer mon trophée, embrassant chaque mamelon et y passant ma langue. Putain, comme ils m’ont manqué ! Ils étaient faits pour ma bouche et mes mains.
Nos entrejambes entrent en collision, initiant une danse nuptiale vieille comme le monde. Elle est naturelle pour nous, cette danse tout en concessions. Elle n’est pas basée sur la procréation ou le simple désir. Il ne s’agit pas de baiser ni de nous offrir une partie de jambes en l’air. Même faire l’amour ne suffit pas à le décrire… cela va bien au-delà, atteignant les profondeurs de nos âmes. Elle est la femme auprès de qui je veux me réveiller pour le restant de mes jours, la partenaire que je veux à mes côtés, mais elle est tellement plus que ça ! Elle est le lien manquant qui me complète.
Un jour, il y a longtemps, dans ce même lit, les rôles étaient inversés et c’était moi qui avais des points de suture. Nous avons tous les deux des cicatrices, mais elles guérissent quand nous sommes ensemble. Quand nous sommes dans les bras l’un de l’autre, ce n’est plus que ça, de la chair témoignant d’une souffrance, rien de plus. Les sentiments dans nos cœurs, eux, n’ont pas changé. Nous nous appartenons l’un à l’autre, comme Adam et Eve.
Et pourtant, je ne lui ai jamais dit tout cela. Je ne lui ai jamais dit qu’elle comptait plus que chaque mot tatoué dans ma peau.
Prenant son visage dans mes mains, je nous fais pivoter. Je la regarde dans les yeux tandis que je plaque son corps sous le mien.
— Je t’aime, Cas. Rien que toi. Pour toujours.
Un sourire danse sur ses lèvres.
— Tu en as mis du temps.
Pour le coup, elle se trompe.
— Je t’ai toujours aimée, dès le premier instant.
Glissant les doigts dans mes cheveux, elle m’attire à elle pour un autre baiser… que je lui offre avec joie. Pour la première fois de ma vie, j’éprouve de la fierté. Une véritable fierté, pas ce sentiment superficiel de satisfaction qui provient d’un pari gagné ou d’une réparation réussie, mais celle que ressent un homme quand la plus belle et la plus forte des femmes jamais créées lui donne son amour.
Mes baisers descendent le long de son corps, mes lèvres effleurant la gaze de son épaule, puis la plaie en train de guérir sur son flanc. Elle a eu beaucoup de chance. Dieu a peut-être eu pitié après l’avoir créée avec un cœur faible, en décidant de la sauver non pas une fois, mais deux. Quoi qu’il en soit, je prendrais volontiers une balle dans le cœur plutôt que de laisser quiconque lui tirer à nouveau dessus.
— Ian, dit-elle en s’agitant sous mon corps, m’extirpant de mes sombres pensées pour me ramener au moment présent.
Je passe une dernière fois le pouce sur la cicatrice qu’a laissée la balle de Ruben, mémorisant le relief sous mon doigt et sa forme dans mon cœur avant de lui embrasser le ventre et de passer les doigts sous l’élastique de son string. Je fais lentement descendre le petit bout de dentelle sur ses hanches, la déballant comme si elle était mon cadeau de Noël un peu tardif. Elle s’épile toujours, ne laissant qu’un joli ticket de métro. Je glisse le string le long de ses cuisses blanches et libère ses jambes. Ça fait trop longtemps que je ne l’ai pas goûtée.
Au premier coup de langue, je suis perdu. Elle mouille pour moi, rien que pour moi. Elle décolle les hanches et j’écarte ses replis avec ma langue, la passant sur le bout de son clitoris. Elle s’agrippe à mes cheveux et maintient ma bouche où elle la désire, mais nous avançons à mon rythme. Lui saisissant les poignets, je les place sur ses flancs et retourne lécher ma friandise préférée. Je prends tout mon temps jusqu’à ce qu’elle se trémousse et gémisse.
Quand elle me dit « je t’en prie », je la baise avidement avec ma langue. Il ne faut que quelques coups appuyés et une succion franche de son clitoris pour qu’elle jouisse. Serrant mon visage entre ses jambes, elle jouit contre ma bouche, m’offrant ces bruits si érotiques qui m’ont tant manqué. Je la lèche pendant ses vagues d’orgasme jusqu’à ce que ses cuisses tremblent et qu’elle essaie de m’échapper.
Je me déleste rapidement de mon dernier vêtement, la dernière barrière entre nous. Enfin nu, je plonge à nouveau sur elle et incline mes hanches entre ses cuisses. Je ne m’embarrasse pas d’un préservatif… Nous n’en avons pas besoin. Ma main sur le matelas près de son visage, je lève un coude afin de ne pas l’écraser sous mon poids et empoigne mon membre de l’autre main. Je frissonne à l’avance quand je caresse ses replis avec mon extrémité moite, me lubrifiant à la source de son excitation. Elle pose une main sur ma nuque tandis que j’aligne nos corps et entre en elle, là où je me sens chez moi.
Pas le temps pour la douceur, je me retiens depuis trop longtemps. J’aimerais y aller lentement, mais elle est humide et étroite, m’aspirant profondément. Je ne l’embrasse pas, je veux voir ses yeux. Je veux voir ce qu’elle ressent quand je me retire et replonge profondément. J’aspire tous les petits bruits qu’elle émet lorsque je commence à aller et venir. Elle se balance avec moi, suivant mon rythme. Ses soupirs sont doux, délicieux. Il y a quelque chose de pur et de délicat dans ces sons. Je la regarde et l’écoute, plongeant plus profondément et me noyant un peu plus dans les sensations et les sentiments.
Elle me lacère le dos avec ses ongles. Cette petite douleur me fait presque jouir. Je serre les dents, me retenant aussi longtemps que possible. Lorsqu’elle passe une main sur le tatouage que je me suis fait ajouter pour immortaliser mon amour pour elle, effleurant les pétales sur mon épaule, je ne veux pas que ça s’arrête, mais je me tords déjà sous le plaisir, prêt à me dérober.
Encore quelques coups de reins et je jouis si violemment que je vois presque des étoiles. Perdu dans l’orgasme, propulsé plus haut qu’une montgolfière, je glisse une main entre nos corps et m’occupe de son plaisir. Elle me suit quelques secondes plus tard, comme la queue enflammée d’une comète dans un ciel de minuit. Ses étincelles ravivent des images de bonheur éternel dans les braises mourantes de mon propre feu. Derrière mes paupières closes, je vois les signes de l’infini que Léon et moi dessinions, enfants, avec des bâtons de feu dans les nuits d’hiver. Si on déplaçait le bâton suffisamment vite, cela donnait une image, une boucle ininterrompue. Le charbon rougeoyant au bout du bâton dessinait des images dans le noir, aussi longtemps que nous faisions durer le mouvement. Je ne prévois pas de faire tomber le bâton, jamais, et certainement pas face à Wolfe.
Tout à coup, mon téléphone sonne dans le salon.
Quand on parle du loup…
À regret, je me retire.
— Ne bouge pas.
Je m’éclipse dans la salle de bain, ouvre le robinet et mouille un gant de toilette quand l’eau devient chaude. Cas patiente avec obéissance. Je m’agenouille devant ses jambes et nettoie nos fluides corporels. L’euphorie de nos ébats ne dure pas longtemps, bien vite remplacée par l’instinct de survie et l’adrénaline habituelle qui surviennent avant un combat.
J’embrasse le point de jonction de ses jambes et lui referme les cuisses. Incapable de résister, je dépose un baiser supplémentaire sur son ventre, puis ses seins, et en dernier, ses lèvres. Lui prenant les mains, je la mets en position assise. Elle grimace. Aussitôt, l’inquiétude me tord le ventre.
— Tu vas bien ?
— Ce n’est rien, dit-elle avec un sourire facile. De temps en temps, les points tirent un peu. C’est une sensation normale. Ça devrait s’en aller quand ils commenceront à disparaître.
Elle enroule les bras autour de ses genoux et ajoute :
— Je vais bien.
En apparence, elle a l’air calme, mais ses mains tremblent légèrement quand elle consulte l’heure à sa montre.
Environ une heure s’est écoulée, c’est trop tôt pour que Wolfe débarque. Mais je préfère être prêt.
Je ne la presse pas. Je fais couler l’eau de la douche et lui lave les cheveux et le corps. Je prends mon temps avec elle, utilisant l’eau chaude et un massage pour l’aider à se calmer et à se détendre. J’en ai besoin, moi aussi. J’ai besoin de ce temps privilégié avec elle.
Quand l’eau devient froide, j’enroule une serviette autour d’elle, la sèche en la tapotant et essore ses cheveux. Lentement, je peigne les longues mèches et termine avec le sèche-cheveux. Elle me regarde dans le miroir, les lèvres entre ses dents quand je laisse tomber la serviette autour de ma taille et rejoins la chambre. Elle me suit en silence, serrant la serviette sur sa poitrine.
Je prends un soutien-gorge propre et un string dans la valise ouverte sur le sol et les lui tends.
— On ferait mieux de s’habiller.
Après m’être dégotté des vêtements propres, j’enfile un boxer. Puis je la laisse s’habiller, me rends dans le salon et ramasse mon jean sur le sol. Je récupère aussi mon téléphone dans ma poche et consulte la notification. Le tracker suit les mouvements de Wolfe. Il est programmé pour envoyer des alertes à certaines distances.
Cas apparaît au chambranle de la porte, en sous-vêtements. Elle ne pose pas de questions. Elle attend.
— Tiens-toi prête, lui dis-je. Il est à moins d’une heure d’ici.
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