Captifs de l’amour: Beauté captive, tome 3
Chapitre 17
17
IAN
Q uand la peine capitale était encore pratiquée, le couloir de la mort se trouvait au centre de la prison centrale de Pretoria, nichée dans la colline. La peine de mort n’est plus accordée et la prison a été renommée Services Correctionnels de Kgosi Mampuru II, mais l’ancienne partie avec le couloir de la mort, surnommée « la marmite », accueille encore les plus dangereux criminels.
Je me trouve dans une cellule de cette section C-Max, le diminutif pour sécurité maximale, où des criminels réputés attendent leur procès, assis sur le matelas nu d’un lit de camp. Être enfermé dans une pièce d’à peine quatre mètres carré est pire qu’une peine de mort… Soixante ans à vivre comme ça, en admettant que j’aie la malchance de tenir jusqu’à cet âge, ce serait l’enfer, mais je n’ai jamais été un mauvais perdant… J’ai pris les risques en étant conscient des conséquences. La raison pour laquelle je fais ça, c’est ce qui rend le marché tolérable : imaginer Cas libre et heureuse, à planter des légumes et élever des vaches quelque part. Ça suffit à me mettre un sourire sur le visage.
Étant donné la position du soleil, je suis dans cette cellule depuis deux bonnes heures quand un gardien ouvre la porte. Deux autres attendent à l’extérieur.
— Lève-toi, dit-il.
Les fers à mes pieds émettent un bruit de ferraille quand je me mets debout.
Il me prend par le bras et me conduit à la porte.
— On y va.
Ça me fait bizarre de marcher. Avec la courte longueur de la chaîne, je dois faire de petits pas. Ils m’escortent jusqu’à une salle d’eau au bout du couloir, dans laquelle je prends une douche pendant qu’ils montent la garde. J’enfile une combinaison orange, puis on me passe à nouveau les chaînes autour des chevilles et je suis emmené dans une cellule avec lit de camp, lavabo et toilettes.
Le dîner est livré par une ouverture dans la porte, une sorte de ragoût sur du riz. J’occupe les heures du début de soirée en faisant des pompes et des tractions, me servant des barreaux à la fenêtre. Je n’arriverais jamais à dormir. Une multitude de pensées tourbillonne dans ma tête. Où est Cas ? Quels sont ses plans ? A-t-elle déjà franchi la frontière ?
Au matin, un petit-déjeuner est servi à base de porridge. J’arpente la pièce et fais des squats, me vidant déjà la tête. Après le déjeuner, je suis escorté jusqu’à une pièce avec bureau où un homme en costume rayé m’attend. Il est petit et trapu, avec des boucles blondes coupées court et des sourcils broussailleux.
Il se met debout quand j’entre, mais voyant que mes mains sont menottées, il prend la sage décision de ne pas me tendre la sienne pour se présenter.
— David Peters.
L’as des avocats de Damian… Bien sûr, quand j’ai dit à Hackman que j’avais un bon avocat, je bluffais, tout simplement. Je n’ai jamais rencontré d’avocat de ma vie. Sans mon petit frère, j’aurais dû me contenter d’un commis d’office, nommé par l’État pour ma défense. Ce n’est pas comme s’il y avait grand-chose à défendre, cela dit… Peter est simplement là pour assurer que Hackman respecte le marché jusqu’au bout.
Je traîne des pieds jusqu’au bureau et prends la chaise.
— Merci à vous d’être venu.
Il me jette un coup d’œil par-dessus la monture de ses lunettes Gucci.
— Il n’y a absolument pas de quoi me remercier pour ce que je fais. Je ne suis là que pour l’argent.
Un homme qui ne raconte pas de sornettes ! Je l’apprécie déjà.
Il met en ordre une pile de papiers et aligne deux stylos l’un à côté de l’autre.
— Nous plaiderons coupable à toutes les charges et demanderons une sentence plus clémente pour le meurtre de l’inspecteur Wolfe, causée par des facteurs atténuants, dont les circonstances exceptionnelles concernant l’implication du détective. Nous nous servirons de la corruption de Wolfe pour nous attirer la compassion du public et permettre aux médias de s’en donner à cœur joie. Plus nous pourrons mettre de pression sur le juge grâce à la majorité, plus nous aurons de chance d’obtenir une peine allégée.
— Vous trouvez que la compassion est un bon moyen de procéder ? demandé-je en riant.
Il fronce le nez comme si mon odeur était abominable.
— Vous semblez avoir des supporters. Nos sondages montrent que le public est très compatissant envers vous. Être coffré pour meurtre, celui d’un membre de l’unité d’enquêtes spéciales, rien de moins, ça jouera certainement en votre faveur.
Je remue sur ma chaise en réfléchissant à cette information.
— Quelle différence ça fera, une peine réduite ? Je vais avoir une double, voire une triple condamnation à perpétuité. J’aurai une liberté conditionnelle dans vingt-cinq ans et vu mon historique, j’aurai beaucoup de chance qu’elle me soit accordée. Ne le prenez pas mal, mais vous perdez votre temps. Tout ce qui m’importe, c’est que Hackman tienne sa parole concernant mademoiselle Dreyer.
Il feuillette les pages, lisant tout en parlant d’une voix désintéressée :
— Il ne s’agit pas seulement de réduire le temps que vous allez purger, mais également dans quelle prison vous allez finir. Avec trois condamnations à perpétuité, vous allez atterrir au C-Max. Vous avez déjà eu un aperçu des conditions là-bas… Grâce à une peine réduite, vous serez envoyé à la prison de Johannesburg. Là, vous aurez une cellule privée et un accès à un ordinateur, à des livres…
Levant les yeux, il déclare :
— Votre frère a purgé une peine à Johannesburg.
Aucun doute que Damian a des relations sur place. Cela jouera clairement en ma faveur d’être dans un endroit où certaines personnes seront de mon côté. Je ne me fais pas d’illusions sur la façon dont on traite les tueurs de flics en prison…
— Je crains que ce soit le mieux que je puisse faire, conclut-il froidement.
C’est déjà plus que ce que j’aurais pu espérer. Damian n’était pas obligé de m’envoyer son avocat, il aurait pu me laisser pourrir ici.
Peters joint les mains sur la table.
— Commençons par ce que nous devons attendre de la part du procureur…
— Quand le procès ira au tribunal ?
— Très bientôt. L’audience pourrait arriver aussi rapidement que… la semaine prochaine.
Il retire ses lunettes et les nettoie avec un mouchoir qu’il sort de sa poche.
— Cette affaire est trop médiatisée pour la faire traîner. Vous gagnez en popularité de jour en jour, l’État voudra étouffer le buzz aussi vite que possible.
— Qu’avez-vous besoin que je fasse ?
— Comportez-vous convenablement. Dites que vous regrettez les meurtres. Les membres de votre gang peuvent passer pour des actes passionnels, les suites d’une colère que vous avez pu ressentir pendant des moments incontrôlables, mais le meurtre de l’inspecteur Wolfe était prémédité. Paraissez tourmenté. Le public a toujours aimé les âmes tourmentées.
— Je ne vais pas jouer de rôle pour plaire aux autres. Ils auront la vérité. Je ne suis pas désolé d’avoir égorgé Ruben et je ne suis pas moins désolé d’avoir envoyé une balle dans la cervelle de Wolfe.
Personne n’essaie de blesser Cas sans s’en sortir impunément. Hors de question que je trahisse mes sentiments et mente au monde sur ce que je ressens pour elle. Je ne vais pas faire croire que ces sentiments sont insignifiants juste pour bénéficier d’une cellule privée et d’un ordinateur. J’emmerde tout ça. Rien au monde ne réussira à me faire mentir sur ce qu’elle représente pour moi.
L’avocat pince les lèvres.
— Si vous ne jouez pas le jeu, ils ne…
— Je ne jouerai pas de putain de jeu.
— Bien.
Il prend un stylo et en retire le capuchon.
— C’est votre vie, ajoute-t-il.
Il a foutrement raison.
Et il se trouve que j’aime Cas plus que ma propre vie.
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