Captifs de l’amour: Beauté captive, tome 3

Charmaine Pauls · Chapitre 22 sur 27

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Captifs de l’amour: Beauté captive, tome 3

Chapitre 22

22

CAS

 

Q uand je sangle à ma cheville le Colt Python que Damian m’a donné, je pense à Ian. C’est plus fort que moi… Je me souviens de la nuit où il m’a emmenée à la fête d’anniversaire d’Oliver et comment la vue du pistolet attaché à ma cuisse sous ma robe l’avait allumé. Ce souvenir transperce mon cœur, mais je le repousse. Ce n’est pas le moment d’être sentimentale.

Concentre-toi, Cas.

Je mange une barre énergétique et avale mes pilules avec une bouteille d’eau, jetant un coup d’œil à ma montre à chaque instant, comme si cela pouvait faire avancer l’aiguille des secondes plus vite.

Quand il est enfin temps, je mets le masque imitant celui des Phantom sur ma tête. Malgré l’air conditionné au maximum dans ma chambre, un filet de sueur coule entre mes omoplates. C’est un bon plan, mais même les bons plans ont des défauts.

Je regarde par la fenêtre. Le fan-club Phantom a fait son travail : une file régulière de manifestants afflue vers le pont Nelson Mandela, agitant leurs banderoles pour faire appel d’une décision irréversible. Cette marche semble futile, en tout cas pour Ian, mais les partis de l’opposition ont saisi l’occasion de marcher contre la corruption. Le fan-club a fait preuve d’une formidable chaîne de communication. En quelques heures, les nouvelles de cette protestation sont devenues virales. Déjà, une énorme foule composée de costumes orange et de masques Phantom dansent le toyi-toyi devant le tribunal.

À 20 h ce soir, Ian sortira de la cellule de détention du tribunal et sera transporté à la prison Kgosi Mampuru II à Pretoria. Nous sommes au courant grâce aux contacts de Damian. Le service correctionnel veut attendre que l’heure de pointe soit passée et la nuit tombée. Leur but est de déplacer Ian rapidement, calmement et sans histoire… enfin, devrais-je dire, leur ancien but. Maintenant, une foule est réunie dans chaque rue en face du bâtiment du tribunal. Les journalistes de la télévision sont arrivés pour faire leurs reportages sur place, ce qui veut dire que la police sera extrêmement attentive. Déjà accusés de corruption, ils ne peuvent pas se permettre de tirer des balles en caoutchouc ni de blesser de paisibles manifestants.

Je mets sur mon dos le sac contenant mes affaires les plus essentielles : un faux passeport, des munitions, mes pilules, de l’argent, des vêtements de rechange, et bien évidemment, les diamants. La lanière n’attise plus les blessures à mon épaule. Les trous se sont refermés des deux côtés et les points de suture se sont résorbés. La perruque et le reste de mes vêtements se trouvent déjà dans une benne à ordures dehors. J’ai réglé la note de ma chambre une heure plus tôt. Tout ce qu’il me reste à faire, c’est me joindre aux manifestants et descendre jusqu’au tribunal.

Je descends les escaliers et entre dans le rang d’un petit groupe. Quand ils hèlent un minivan faisant office de taxi, je monte avec eux.

La vue qui m’attend au coin des rues Pritchard et Kruis m’arrache une exclamation silencieuse : il y a plus de gens que je ne m’y attendais. Ils dansent et chantent, la majorité attendant à la sortie du parking souterrain le fourgon blindé de la police qui transportera Ian.

C’est facile de se perdre dans la foule. Étonnamment, les battements de mon cœur sont stables. Je me suis rétablie après avoir été blessée. Je suis stressée, mais bien reposée. Cette fois, je ne vais pas faillir. Je ne permettrai pas à mon cœur de m’abandonner.

Les journalistes agitent leurs micros devant le visage des gens, demandant la raison de cette manifestation pacifique. Ma concentration est orientée vers les agents armés gardant la sortie et créant une barrière pour maintenir les manifestants à distance.

Le fourgon apparaît plus tôt que prévu. Cet événement est censé prendre tout le monde par surprise… sauf nous.

Je me mets en position. Quand les portes s’ouvrent, les motos partent en premier, ouvrant le convoi. Le fourgon suit après les motos. C’est là que mon cœur se met à galoper… enfin, ça devient réel.

De l’autre côté de la route, Léon lance les clous dès que les motos sont passées. Au même moment, les hommes plantés parmi la foule tirent des fléchettes sur les gens. Quand une première personne tombe au sol, les pneus avant du fourgon explosent.

La confusion éclate. La file de policiers n’est pas assez forte pour contenir la foule. Les manifestants défoncent la barrière, faisant reculer les agents de sécurité protégés de boucliers. Les gens courent dans toutes les directions sous des tirs de fléchettes surgies de nulle part. Les policiers assistent au chaos, impuissants, pointant leurs armes sans savoir quoi viser. Les policiers à moto font demi-tour, mais les gens qui hurlent courent sur la route.

Les clous font exploser les pneus du second convoi qui devait suivre le fourgon, nous faisant gagner du temps. Le véhicule fait une embardée. Du côté de la route, Léon tire le missile qui atterrit sur le toit du fourgon. Ses aimants s’y agrippent pendant que le gaz explose et se diffuse dans le vent.

À la minute où le fourgon dérape avant de s’immobiliser, son poids basculant à cause des pneus à plat, Léon est en place. Nous sommes temporairement noyés dans une mer orangée. La panique qui règne nous apporte une certaine couverture, mais nous n’avons pas beaucoup de temps. La foule fuit pour échapper aux fléchettes.

J’agis rapidement. Léon couvre mes arrières pendant que je tire pour ouvrir les portières du fourgon. Le gaz a fait son boulot. Les deux gardes armés ainsi que Ian se sont évanouis. Le gaz n’a pas atteint la cabine conducteur, mais de toute manière, le verre est pare-balles. Même si le chauffeur ou le gardien du siège passager nous tirent dessus, nous sommes protégés.

Comme moi, Léon porte un filtre à gaz sous son masque Phantom. Il saute dans le véhicule et passe les mains sous les bras de Ian, le traînant dehors pendant qu’à mon tour, je couvre ses arrières. Une ouverture apparaît dans la foule des fuyards. L’un des agents de la brigade à moto trouve refuge derrière un pot de fleurs en béton et ouvre le feu. De nouveaux cris fusent.

Quelqu’un s’écrie :

— Cessez le feu !

Nos hommes tirent des fléchettes sur les policiers. L’un après l’autre, ils tombent comme des mouches. Impossible de dire d’où proviennent ces fléchettes. L’homme que nous avons payé pour l’occasion saisit les pieds de Ian. Ils le portent rapidement jusqu’au fourgon grimé en véhicule de police qui patiente au coin de la rue. Je me mêle à la foule, courant aux côtés des gens pour me mettre à couvert au sud du tribunal.

Des sirènes retentissent au loin. Le bruit d’un hélicoptère se fait entendre. J’arrive au coin juste à temps pour voir le faux fourgon s’en aller, sirènes hurlantes.

— Cas, me dit Léon en me prenant le bras. Par ici.

Nous détalons vers la moto garée dans une petite rue. Les hommes avec fusils tranquillisants s’éparpillent parmi la foule en train de s’échapper, disparaissant dans les rues. Ceux sur qui nous avons tiré les fléchettes et les gardes que nous avons gazés se réveilleront dans quelques minutes ‒ le tranquillisant est léger. Quand Ian se réveillera, le fourgon sera dans le parking souterrain d’un bâtiment abandonné. Une moto et des vêtements de rechange l’attendent là-bas. Après avoir sectionné ses menottes et ses chaînes aux pieds, le chauffeur du fourgon donnera pour instructions à Ian de prendre la route secondaire vers l’immeuble de Damian. Le chauffeur abandonnera le fourgon et s’en ira en voiture.

Pendant ce temps, Léon et moi emprunterons le chemin des bureaux de Damian. De là, Ian et moi prendrons un hélico jusqu’au Zimbabwe. Léon se fera oublier un temps dans l’immeuble de Damian ‒ une forteresse inviolable ‒ jusqu’à ce qu’il soit moins dangereux de bouger. Au cas où la police interrogerait Léon, son alibi est en béton : il a déjà téléchargé l’enregistrement d’une caméra de sécurité de la rue, le montrant en train de traverser la place de Sandton à des kilomètres d’ici, au moment même de la fuite de Ian. Damian était chez lui, à profiter d’un barbecue avec sa famille et voisins.

C’est un bon plan.

C’est un plan génial.

Ça a marché !

Ma respiration est irrégulière alors que je retire le costume et le masque. Léon en fait de même. Nous roulons en boule nos déguisements, que nous mettons dans une benne de la rue avant d’enfiler nos casques. Léon démarre la moto tandis que je mets mon sac à dos. Quand je m’installe à l’arrière, il met les gaz.

Je m’autorise enfin un souffle tremblant.

Ça a marché…

Je n’en reviens toujours pas. Un rire nerveux m’échappe.

Léon accélère sur la route menant à Newtown. Les décorations de Noël de la rue passent à toute vitesse. Les lumières jaunes du pont menant à l’autoroute se mêlent avec les blanches. C’est un kaléidoscope d’éclats mouvants, une belle incarnation reflétant l’euphorie de mon cœur. La température est agréable. C’est une nuit d’été parfaite. L’air qui m’inonde alors que nous accélérons vers l’intersection rafraîchit ma peau brûlante.

Sur une courte distance, nous suivons le faux véhicule de police. Au virage suivant, nous tournons à gauche. Sa lumière bleue est un phare dans la nuit. Il s’arrête au feu rouge, projetant des éclats saphir sur les immeubles obscurs. Juste avant qu’il ne s’engage sous le pont, une explosion ébranle le fourgon.

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