Captifs de l’amour: Beauté captive, tome 3
Chapitre 16
16
CAS
P eu de temps après m’avoir interrogée, l’inspecteur Hackman revient avec mon sac à dos. Il ne prend pas de chaise comme plus tôt, mais laisse tomber mon sac sur le coin du bureau et reste là, les bras croisés.
— Je vous donnerai une dernière occasion de me répondre, dit-il. Où sont les diamants ?
— Ils étaient dans mon sac à dos, répété-je pour la dixième fois, pointant le sac à ses pieds. Vous me l’avez confisqué. Vous auriez dû les trouver.
L’impatience se lit sur son visage.
— Comme je vous l’ai déjà dit, ils ne sont pas dans votre sac.
— Ça n’a pas de sens ! Je les ai mis dedans, j’en suis certaine.
— Peut-être les avez-vous laissés au chalet ?
— Non, dis-je avec obstination. Je les ai pris quand nous sommes partis.
— Alors où sont-ils ? demande-t-il d’un air sombre.
Je fronce les sourcils.
— Peut-être qu’ils sont tombés quand j’ai grimpé à l’arbre… Ils auraient pu tomber quand nous étions en train de courir. Maintenant que j’y pense, Ian m’a portée pendant un temps. Le sac a été renversé. À un moment, il a glissé de mon épaule.
— C’était où ?
— À côté d’un grand acacia sur la berge, près de la cascade.
Les yeux toujours rivés sur moi, il prend son téléphone dans sa poche et compose un numéro. Il continue de me dévisager en attendant que la liaison s’établisse.
Quand la personne à l’autre bout du fil décroche, il dit :
— Ratissez le sentier le long de la rivière. Et bouclez les lieux jusqu’à nouvel ordre. Il ne faut pas que des randonneurs piétinent le chemin avant qu’on ait vérifié chaque rocher et chaque caillou.
Après avoir écouté la réponse, il reprend :
— Monsieur Visser ne doit absolument pas fouiller la zone, sortez-le de là, c’est une scène de crime, nom d’un chien ! Et vérifiez l’herbe sous les arbres !
Il raccroche et met son téléphone de côté.
— Vous allez subir une fouille corporelle. Une policière vous accompagnera.
Quand il ouvre la porte, je me mets debout.
— Où est Ian ?
— En cellule de détention provisoire.
Une femme en civil entre au même moment. Il s’agit de la femme que j’ai vue avec Mint quand il est venu déclarer notre vol de voiture.
Elle indique du bras une porte, de l’autre côté de la réception.
— Mademoiselle Joubert, par ici, s’il vous plaît.
Je la suis jusqu’aux sanitaires. Le carrelage est ébréché et le miroir cassé. Au moins, ça a l’air propre.
Elle referme la porte et déclare sur un ton professionnel :
— Veuillez ôter vos vêtements. Les sous-vêtements aussi.
Inutile de protester, je m’y attendais. Et je m’attends à bien pire. Ce qui me tue, c’est de ne pas savoir ce qui arrive à Ian.
Je me déshabille, laissant mes vêtements sur le meuble du lavabo pendant qu’elle enfile une paire de gants en latex.
Après avoir passé en revue chaque vêtement, elle remet la pile sur le meuble.
— Vous pouvez vous rhabiller.
Je remets mes vêtements tachés sans trembler. Je me suis suffisamment reposée pour que mon rythme cardiaque soit redevenu normal. On m’a laissé me laver le visage et les mains en arrivant au poste, mais j’ai encore du sang dans les cheveux. Ma peau me gratte sous mon t-shirt, là où le sang de Wolfe a séché. J’ai commis des crimes… je n’ai pas peur d’en assumer les conséquences. Ce que je n’arrive pas à assumer, c’est que Ian ait été attrapé à cause de moi. Sans moi, il serait parvenu à l’hélicoptère et se serait enfui.
Quand j’ai fini de m’habiller, la femme m’escorte de nouveau dans le bureau où patiente toujours Hackman.
— Rien, lui dit-elle. Elle est clean.
Il hoche la tête. L’autre s’en va en marmonnant :
— C’était un plaisir, connard.
Hackman désigne la porte d’un signe de tête.
— Vous êtes libre de partir.
Un instant… quoi ?! J’ai dû mal entendre…
— Pardon ?
— Vous pouvez partir. C’est terminé.
Je le regarde fixement.
— Je ne comprends pas.
Le coin de sa bouche s’affaisse.
— Monsieur Hart a déclaré qu’il était responsable du vol et du meurtre.
Un grondement se fait entendre dans mon oreille, comme lorsqu’on presse un coquillage contre son oreille.
— Il a fait quoi ?
— Nous avons une déposition. Nous n’avons plus besoin de vous.
J’ai du mal à comprendre ce qu’il est en train de me dire.
— Vous me laissez partir ?
— C’est ce que j’ai dit.
Ça n’a pas de sens !
— Et ma déposition ?
Je n’ai encore rien avoué, mais je ne vais pas laisser Ian porter seul cette charge.
— Et ma culpabilité ?
Il met les mains dans ses poches et me lance un regard acerbe.
— Vous n’êtes pas coupable, si ? Considérez ça comme une rétribution pour la position dans laquelle l’inspecteur Wolfe et moi-même vous avons mise.
Son sourire devient ironique lorsqu’il ajoute :
— De toute façon, Cassandra Joubert est décédée. Une personne décédée ne peut pas être jugée coupable, mademoiselle Dreyer…
Il fait référence à la fausse carte d’identité retrouvée dans mon sac à dos. Il ramasse ce dernier et me le tend.
Je le prends par automatisme.
— Et les diamants ?
— Franchement, je n’en ai rien à faire des diamants de monsieur Visser. Vu ce que monsieur Hart m’a raconté, j’ai des problèmes bien plus gros à gérer.
Je serre le sac contre ma poitrine.
— Il vous a tout dit sur l’inspecteur Wolfe ?
— Oui, répond-il avant de souffler. Après ce que m’a raconté monsieur Hart, j’ai vérifié avec l’unité spéciale la preuve qu’avait envoyée Wolfe après le meurtre de Nick Kruger. Il s’avère que l’inspecteur Wolfe n’a jamais remis les enregistrements de la caméra de sécurité ni les photos du braquage de banque… Apparemment, ces images se sont volatilisées… Elles ont été remplacées, dit-il en mimant des guillemets à ce mot. Cependant, comme j’ai été nommé à cette affaire, j’ai gardé une série de copies, ce qu’ignorait Wolfe. J’ai vérifié les allégations de monsieur Hart. Il se trouve que vous avez raison à propos des boutons de manchette avec le logo de l’unité. En soi, ça ne prouve rien, je ne peux pas prouver que Wolfe les portait ce jour-là, mais c’est incriminant, en effet.
Il soupire à nouveau.
— Je savais qu’il préparait quelque chose, mais je vous assure, je n’avais aucun idée de ses plans. Je n’avais pas connaissance de sa visite au Zimbabwe ni de sa raison de s’y rendre.
— Je veux voir Ian.
— Partez, mademoiselle Dreyer… ou peu importe qui vous avez décidé d’être. Mon conseil, c’est de vous trouver un autre pays de résidence. Si j’étais vous, je tiendrais à ce que peu de gens sachent que je suis en vie.
— Mint m’a vue. Comme Olga.
— Je m’occuperai de monsieur Visser et de son assistante, fait-il avant de se redresser. Bon, eh bien…
Il me regarde comme s’il allait en dire plus, mais il tourne les talons et quitte le bureau sans un autre mot.
Je reviens à moi lorsqu’il atteint la réception. M’élançant après lui, je lui dis :
— Je veux voir Ian. Il ne peut pas faire ça. Je dois lui parler.
Il s’arrête pour me jeter un coup d’œil agacé par-dessus son épaule.
— On a conclu un marché.
Un marché ? La liberté de Ian contre la mienne ! L’évidence me frappe.
— Non…
Je refuse que Ian atterrisse en prison par ma faute. Ian est comme moi, il lui faut de l’espace. Une cellule de prison le tuera !
— Vous n’avez pas le choix, dit-il avant de revenir vers moi. Prenez cette offre et essayez de vivre votre vie, d’une bonne façon. Vous ne vous seriez pas trouvée sur cette voie si Ian Hart ne vous avait pas enlevée la nuit du braquage de Sun City.
Il prend une clé dans sa poche et la laisse pendre devant mon visage.
— Je vous offre un petit tour dans un hôtel où vous pourrez vous laver.
— Qu’y gagnez-vous dans ce marché ? Le silence sur votre présence quand Wolfe m’a fait du chantage et menacée avant de me mettre un bracelet avec un tracker ?
Il me saisit par le poignet et me conduit jusqu’à la porte.
— Si j’étais vous, je garderais ma bouche fermée et serais reconnaissante de partir libre. Je suis d’accord avec monsieur Hart, vous avez été embarquée innocemment dans cette histoire. Ne me faites pas changer d’avis…
Baissant la voix, il continue :
— Vous êtes une malheureuse vacancière qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment, mademoiselle Dreyer. Nous n’allons pas garder de charges contre vous.
Il me libère le bras et conclut en insistant :
— Vous en avez terminé ici. Allons-y.
Trop abasourdie pour protester, je le suis comme un mouton jusqu’à la sortie du poste et monte dans la Toyota blanche quand il ouvre la portière. Gelée par le choc et pétrifiée par ce que le marché implique pour Ian, je reste assise comme une marionnette jusqu’à ce qu’il me dépose à l’hôtel.
— Vous avez besoin d’argent ? demande-t-il.
Je secoue la tête.
Nous ne nous disons pas au revoir. Je sors de la voiture, cache mes cheveux sous ma casquette, enfile un pull par-dessus mon t-shirt sale pour dissimuler le sang et entre précipitamment dans le hall. Prenant la clé sans mémoriser le numéro de la chambre, je suis le bagagiste jusqu’au premier étage. Il s’attarde, m’expliquant comment fonctionnent les équipements. Il en est à la moitié de sa démonstration de l’emploi de la télécommande de la télévision quand je glisse un pourboire dans sa main et lui demande de partir.
Enfin seule, je verrouille la porte. Adossée contre le vantail, je commence alors à trembler. J’inspire à plusieurs reprises pour me calmer. J’ai trop chaud, je suffoque sous ces couches de vêtements. Retirant brutalement la casquette, je la jette dans la poubelle. J’arrache les vêtements, déchirant la dentelle de mon soutien-gorge dans l’action. Je me précipite sous la douche et ouvre le robinet. Quand l’eau est suffisamment chaude, je me glisse sous le jet et me récure le corps. Je me frotte vigoureusement la peau et me lave les cheveux deux fois jusqu’à ce que l’eau soit claire et non plus rosée.
Après un dernier rinçage, je me sèche avec une serviette et enfile les vêtements de rechange tirés de mon sac à dos. Tout en me démêlant les cheveux, j’envisage mes options. Comment aider Ian ? Que puis-je faire ?
Putain…
Je mets de côté la brosse à cheveux d’une main tremblante et prends mon téléphone dans mon sac. Sans trop savoir qui appeler d’autre, je compose le numéro que j’ai appris par cœur à Johannesburg.
Ce n’est pas Lina qui répond, mais Damian.
— Cas ? Est-ce que tout va bien ?
Je bafouille.
— Je ne voulais pas ennuyer Lina…
— Elle donne son bain à Josie. Que se passe-t-il ?
Je me laisse tomber sur le lit, mon front dans ma main.
— Ian a été arrêté, dis-je avant de déglutir. Il a tué un inspecteur de l’unité d’enquêtes spéciales.
Damian semble rester serein, ce qui m’exaspère.
— Je vois…
— Il a conclu un marché. Il s’est rendu pour garantir ma liberté. On doit faire quelque chose.
Un silence.
— Damian ? demandé-je, submergée par un vent de panique.
— J’ai peur qu’il n’y ait rien à faire.
Je me lève d’un bond.
— Je refuse d’accepter ça !
— De toute évidence, il savait ce qu’il faisait en passant ce marché. Il ne l’aurait pas fait s’il ne l’avait pas voulu.
Faisant les cent pas dans la chambre, je tire sur la racine de mes cheveux.
— Je ne vais pas le laisser porter le chapeau pour moi.
— Cas…
Son intonation sèche m’intime le silence.
— Si tu fais quelque chose de stupide comme un aveu, poursuit Damian, tu iras en prison tout comme Ian. Son sacrifice ne doit pas être inutile.
Ses mots m’atteignent. Ils expulsent d’un coup de poing l’air dans mes poumons. Je cache mon sanglot derrière ma main.
— Tu connais un bon avocat ?
— Le meilleur.
— Tu peux l’appeler ? Maintenant ? dis-je en réprimant un autre accès de larmes. S’il te plaît ?
— Où est-ce qu’ils retiennent Ian ?
— Je ne sais pas… J’étais dans un poste de police, mais on a refusé de me dire où on l’a emmené.
— Cas, reprend-il avec précaution, aucun avocat du pays ne lui obtiendra moins d’une triple condamnation à perpétuité. Si ce n’était pas un criminel célèbre, peut-être que nous aurions plus de chance, mais la police et le gouvernement feront de lui un exemple. Aucun juge ne le libèrera sous caution et ils s’assureront que le juge nommé pour cette affaire ne puisse pas être soudoyé.
— Qu’es-tu en train de me dire ? demandé-je, les joues baignées de larmes.
— Je suis en train de te dire que tu ne devrais pas avoir trop d’espoirs.
— Putain…
Je donne un coup de pied sur la table, l’envoyant s’écraser contre la porte. Quelqu’un dans la chambre d’à côté frappe contre le mur.
— Où es-tu ? demande-t-il.
— Dans un hôtel à Rustenburg.
— J’enverrai un homme te chercher. Il vaut mieux faire profil bas pendant un temps. Quand ça se sera tassé, on te fera sortir du pays.
— Je ne veux pas mettre ta famille en danger.
Il ricane.
— Je sais comment gérer le danger. Et puis, il y a quelque chose que je dois te donner, quelque chose que Ian voulait que tu aies.
— On doit avertir Léon.
— Je m’occupe de Léon. J’imagine que tu n’as pas d’arme ?
— Non.
— Assure-toi que ton téléphone soit chargé au cas où mon gars aurait besoin de te contacter. Il s’appelle Russel Roux. Il est à l’étranger pour l’instant. Il ne pourra pas être là avant demain.
Je serre le poing.
— Je n’abandonnerai pas Ian.
Damian soupire.
— J’ai peur que tu n’aies plus le choix.
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