Captifs de l’amour: Beauté captive, tome 3
Extrait de Un amour si sombre par Anna Zaires & Charmaine Pauls
EXTRAIT DE UN AMOUR SI SOMBRE PAR
ANNA ZAIRES & CHARMAINE PAULS
Il était une fois un tueur russe qui, par une nuit froide et sombre, m’a enlevée dans une ruelle.
Si je suis dangereuse, cet homme est redoutable. Je me suis déjà échappée.
Il ne me laissera pas recommencer une deuxième fois.
C’est sa vengeance.
Ma trahison.
Et je dois lui mentir pour protéger les gens que j’aime.
Nous sommes faits du même bois, tous les deux. Impitoyables. Abîmés. Dans ses bras, je trouve l’enfer et le paradis. Sa caresse d’une tendresse cruelle me détruit et me ravit à la fois.
On dit qu’un chat a neuf vies, mais un assassin n’en a qu’une seule. Et Yan Ivanov possède désormais la mienne.
— J’y travaille depuis quelques mois, dis-je d’une voix faible.
C’est facile de paraître terrifiée, puisque je le suis réellement.
Je suis avec deux hommes qui veulent peut-être ma mort, et je ne suis pas en état de me défendre.
La seule chose qui me permet d’espérer, c’est qu’ils ne l’ont pas déjà fait. Ils auraient facilement pu m’assassiner dans la ruelle, pas la peine de m’amener ici pour ça. Bien sûr, il y a aussi une autre possibilité, celle que chaque femme doit envisager.
Ils ont peut-être l’intention de me violer avant de me tuer, auquel cas c’est parfaitement cohérent de m’avoir traînée jusqu’ici.
Cette idée me retourne l’estomac et de vieux souvenirs menacent de remonter à la surface. Mais sous la peur et le dégoût se trouve un sentiment plus sombre, infiniment plus troublant. L’élan ponctuel de désir qui m’a traversée au bar n’était rien en comparaison avec ce que j’ai ressenti lorsque le dangereux inconnu m’a prise au piège contre le mur, caressant mon visage avec une tendresse cruelle. Mon corps – ce corps faible et à bout de nerfs que je déteste depuis un an – s’est réveillé avec une telle force qu’on aurait dit des feux d’artifice sous ma peau, liquéfiant mon entrejambe et emportant toutes mes inhibitions.
A-t-il pu le sentir ?
Sait-il à quel point j’avais envie qu’il continue de me toucher ?
Oui, je crois. Et pire encore, je crois qu’il en avait envie, lui aussi. Ses yeux d’un vert émeraude glacial n’ont cessé de m’observer avec l’intensité redoutable d’un prédateur. Il a perçu chaque frémissement de mes cils, chaque inflexion de mon souffle. Si nous étions seuls, il m’aurait peut-être embrassée… ou tuée sur place.
Avec lui, difficile à dire.
— Et ça te plaît ? De travailler au bar ? demande l’homme tatoué, ramenant mon attention sur lui.
Lui, en revanche, est facile à comprendre. Il y a un intérêt masculin indéniable dans sa façon de me regarder, une lueur évidente dans ses yeux verts.
Un instant. Des yeux verts ?
— Vous êtes frères, tous les deux ? demandé-je spontanément avant de me le reprocher amèrement.
Je suis tellement fatiguée que mes pensées s’embrouillent. La dernière chose dont j’ai besoin, c’est qu’ils imaginent que je cherche à glaner des informations à leur sujet ou…
— Oui.
Un sourire éclaire son visage large, adoucissant ses traits taillés à la serpe.
— Jumeaux, même.
Bon sang, je n’avais pas besoin de le savoir. Bientôt, il va me dire comment il…
— Je m’appelle Ilya, au fait, dit-il en tendant une grande paluche. Et mon frère, c’est Yan.
Oh, putain. Je suis foutue. Ils vont bel et bien me tuer.
— Ravie de faire votre connaissance, dis-je mollement en lui serrant la main par automatisme.
Ma poigne est aussi éteinte que ma voix, mais ça ne fait rien. Je joue la demoiselle en détresse, et plus je serai convaincante, mieux ça vaudra.
Cela dit, ces derniers temps, ce n’est plus vraiment un rôle de composition.
Ilya me serre timidement la main, comme s’il craignait de me briser les os par inadvertance, et l’espoir renaît en moi. Il ne prendrait pas de gants s’ils avaient l’intention de me violer sauvagement et de me tuer, n’est-ce pas ?
Comme s’il lisait dans mes pensées, il m’offre un nouveau sourire, plus gentil cette fois, et me dit d’un ton bourru :
— Désolé pour mon frère. Il voit des ennemis dans tous les coins. Tu sortiras d’ici indemne, je te le promets, malyshka. On doit seulement te garder pour la nuit, simple précaution, c’est tout.
Curieusement, je le crois. Ou du moins, je crois qu’il ne me veut aucun mal. Mon opinion n’est pas encore tranchée au sujet de son frère, qui choisit ce moment précis pour entrer avec une tasse de thé dans une main et deux bières dans l’autre.
Je retiens mon souffle lorsqu’il – Yan – pose les boissons sur la table basse devant nous et s’installe sans ménagement entre Ilya et moi, à l’étroit sur le canapé. Instinctivement, je me décale sur le côté, aussi loin que me le permet l’accoudoir, mais ça ne fait que six centimètres et ma jambe se retrouve plaquée contre la sienne. La chaleur de son corps me brûle la peau, même à travers nos vêtements.
Il a retiré le manteau d’hiver en daim qu’il portait tout à l’heure, et à présent, il est habillé comme au bar, avec son pantalon élégant et sa chemise de ville. Si ce n’est que ses manches sont retroussées, révélant des avant-bras musclés parsemés de poils sombres.
Il est fort, ce ravisseur impitoyable. Fort et bien bâti. Son corps est une arme redoutable sous ces vêtements parfaitement taillés.
— Du thé, fait-il d’une voix grave et suave, si différente du timbre plus abrupt de son frère. Comme l’a commandé la princesse.
— Merci, bredouillé-je en prenant la tasse.
Le tremblement de mes mains est évident, j’ai le souffle court et je suis en nage. Cette fois, ce n’est pas surjoué. Je sens le parfum propre et viril de son eau de toilette, à la fois sensuel et évanescent, mélange de poivre et de bois de santal. Sa proximité me trouble et mon ventre se noue, entre peur et désir. Même si cet homme n’était pas le danger personnifié, je serais attirée par sa beauté magnétique, mais en sachant ce que je sais à son sujet – ce qu’il fait et ce qu’il pourrait me faire –, je ne peux contrôler ma réaction viscérale en sa présence.
Même ma fatigue perd du terrain, me laissant fébrile et la tête légère comme si j’avais avalé deux litres d’expresso.
Je suis intensément consciente de son regard sur moi lorsque je porte la tasse à mes lèvres et bois une gorgée, réprimant un sifflement à cause de l’eau bouillante. J’essaie de ne pas le regarder et de me concentrer sur mon thé, mais je ne peux m’empêcher de jeter un coup d’œil à ses mains quand il s’empare d’une bouteille de bière. Ses doigts sont longs et masculins, et même si ses ongles sont bien entretenus, les callosités sur les côtés de ses pouces démentent son raffinement apparent.
Cet homme a l’habitude de faire des choses atroces avec ces mains-là.
Des choses terribles et violentes.
Une femme normale devrait être révulsée par cette pensée, mais mon cœur bat plus fort et une douleur lancinante palpite entre mes jambes, ma culotte détrempée par une chaleur liquide. Les ténèbres qui l’habitent m’appellent et je me sens vivante comme jamais.
De même que ce qui se ressemble s’assemble, mon côté malsain désire le sien.
Ilya prend la dernière bouteille entre ses mains épaisses et tatouées. Il n’y a pas de faux-semblants chez lui, aucune tentative de cacher ce qu’il est derrière un masque élégant.
— Aux nouveaux amis, dit-il en entrechoquant sa bouteille contre celle de son frère puis, plus doucement, contre ma tasse de thé.
Je risque un coup d’œil vers lui, mais c’est le regard vert implacable de Yan que je rencontre.
Je m’empresse de détourner les yeux, mais la chaleur qui monte dans mon cou et se propage sur mes joues me trahit.
— Aux nouveaux amis, répété-je, les yeux baissés sur ma tasse comme si je pouvais lire mon destin dans les feuilles de thé.
Je ne suis pas sûre de vouloir que Yan sache quel effet il me fait, même si c’est probablement déjà le cas.
Je ne suis pas au mieux de ma forme ce soir.
— Oui, aux nouveaux amis, murmure Yan en posant sa grande main sur mon genou, qu’il serre tout doucement.
Stupéfaite, je lève les yeux vers lui et je le regarde incliner sa bouteille de bière. Sa gorge puissante tressaute lorsqu’il déglutit. C’est un spectacle étrangement sensuel et mon ventre se noue quand il baisse la main et darde sur moi un regard sombre et déterminé. En même temps, la main sur mon genou remonte de quelques centimètres sur ma cuisse, se rapprochant de mon entrejambe humide et presque douloureux.
Oh, mon Dieu.
Il a compris.
C’est évident, il a compris.
— Ilya, dit-il posément sans me quitter des yeux. Tu veux bien nous préparer des sandwiches ? Je crois que Mina a faim.
— Ah bon ?
Ilya semble perplexe, mais il se lève et je constate qu’il fronce les sourcils. Plus précisément, il regarde ma cuisse, où la main de Yan est posée dans une attitude possessive. Lentement, son corps imposant se raidit et il serre les poings le long de son corps. Ses yeux remontent alors vers le visage de son frère.
— Je ne pense pas qu’elle ait faim, lâche-t-il d’une voix basse et sèche.
Il me foudroie du regard en demandant :
— Tu as faim, Mina ?
J’avale péniblement ma salive sans trop savoir que répondre. Si je comprends bien, Yan vient de me revendiquer, en quelque sorte, ce que je risque de confirmer si j’entre dans son jeu et déclare avoir faim.
Est-ce vraiment ce que je veux ?
Renvoyer le frère qui s’est montré charmant avec moi pour pouvoir rester seule avec l’homme qui a proposé de jeter mon corps dans le fleuve ?
— Un… un sandwich, ça me plairait.
J’ai l’impression que ces paroles ne m’appartiennent pas, et pourtant c’est ma voix qui les prononce, alors même que mon cerveau s’évertue à en comprendre toutes les implications.
— Enfin, si ça ne pose pas trop de problèmes.
Ilya pince les lèvres.
— D’accord. Je vais voir ce que nous avons dans le frigo.
Puis il tourne les talons et s’éloigne d’un pas lourd, me laissant sur le canapé avec son frère.
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