Captifs de l’amour: Beauté captive, tome 3

Charmaine Pauls · Chapitre 21 sur 27

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Captifs de l’amour: Beauté captive, tome 3

Chapitre 21

21

IAN

 

P eters fulmine un peu, car sa demande pour me laisser porter le costume a été rejetée. Je suppose que la colère est d’une grande rébellion à ses yeux. Ce type ne craque jamais, il fait tout avec modération. A-t-il déjà vécu une journée de folie dans sa vie ?

Quand les gardiens me mènent à la salle d’audience, je cherche son visage parmi la foule. Elle est assise au même endroit, avec les mêmes cheveux roux et les mêmes lentilles de contact. Nous avons eu des tas de conversations durant ces trois derniers jours, rien que par le regard.

Tu tiens le coup, poupée ?

Ne t’inquiète pas pour moi, Ian. Je sais me débrouiller.

Où est-ce que tu habites ? Tu es en sécurité ? Tu prends soin de toi ? Tu ne devrais pas venir ici. Mais putain, je suis heureux de te voir !

Le sourire culotté et espiègle qu’elle n’affiche que pour moi exprime :

Je ne manquerais ça pour rien au monde.

Même des chevaux sauvages ne pourraient pas me traîner loin de toi, Cas.

Telles sont mes pensées lorsque l’avocat de la défense s’adresse au juge. C’est ce que mes yeux lui disent quand la procureure fait le compte de mes crimes. Dans ma tête, je me trouve entre les jambes de Cas, tout en obéissant à ma promesse faite à Hackman, celle de lui donner ce qu’il voulait.

Après la lecture de ma déclaration, nous faisons une pause déjeuner. Je n’apprécie pas de ne pas voir son visage pendant une heure. Égoïstement, je voudrais qu’elle reste sur ce banc inconfortable pendant ces huit heures de procès chaque jour. Cela attise mes fantasmes et assouvit mon appétit, emplissant mon esprit d’images de son visage, de souvenirs à garder pour plus tard.

Peters me passe un sandwich sur une assiette en carton après que le gardien a vérifié entre les couches et découpé le pain en petits morceaux. Un homme comme Peters ne glissera jamais de lame à mon intention, mais le protocole, c’est le protocole. Pendant que je mange et descends une bouteille d’eau les mains menottées, il me dit qu’il se réjouit de l’attention des médias. Les sondages astucieusement effectués par son cabinet montrent que ma popularité a augmenté, même si je m’en fiche royalement. Il n’a jamais été question de cela.

Peters essuie les miettes sur ses genoux et se lève.

— Il est temps.

Il se rend aux sanitaires réservés aux visiteurs libres pendant que les gardiens m’emmènent aux toilettes du sous-sol. Nous refaisons surface au rez-de-chaussée, près d’une fenêtre voûtée. Des manifestants avec des pancartes sont massés dans la rue. Ils agitent leurs panneaux faits maison en scandant : « Libérez Ian ! »

L’un des gardiens m’ordonne d’avancer. Je traîne les pieds enchaînés tout du long jusqu’à la salle d’audience. J’ai vraiment l’impression d’être arrivé à la fin, comme celle écrite en majuscules, ce mot que l’on voit apparaître à la fin d’une histoire, suivi par une page blanche…

Sans même une remise à zéro.

Juste le vide, comme tomber du bord de la Terre.

Et ils vécurent heureux pour toujours.

J’entre, cherchant immédiatement son visage dans la foule. Le grand gaillard devant elle cache ses traits, mais je peux déceler le halo de ses cheveux roux dans le soleil qui filtre par la fenêtre. Je ne me dévisse pas le cou pour la regarder quand je m’assieds, mais sa présence irradie. Si je ferme les yeux et me ferme à tout le reste, je parviendrai à saisir un parfum de fleur d’oranger dans l’air. C’est mon esprit qui me joue des tours, mais ces illusions me suffisent. Je suis certain que je n’aurai rien de plus.

Je me mets debout quand le juge me l’ordonne. Les visages parmi le public de la tribune sont empreints de compassion, ce qui n’est jamais bon signe. Le juge, un type de la vieille école, ancien étudiant de l’Université de Pretoria qui s’est assis sur plusieurs commissions des droits de la personne, me jette à peine un regard quand il me juge coupable de prison à perpétuité sans liberté conditionnelle ni amnistie pour cent ans.

Le visage de Peters s’affaisse. Il avait prévu une double peine à vie, une triple au pire.

Pour moi, le verdict n’est pas un choc. C’est malgré tout une déception, mais je ne peux pas dire que je ne m’y attendais pas. Une exclamation discrète, provenant d’une femme, s’élève au fond de la salle. Je tourne légèrement la tête. Le grand type a bougé sur la gauche et je croise le regard de Cas tandis qu’elle se balance sur son siège, s’accrochant au dossier du banc devant elle. Je souris, lui offrant le meilleur des réconforts possible. J’ai adoré ces moments secrets, même si je ne voulais pas qu’elle vienne. Je les ai mis dans ma poche pour les ressortir et les apprécier plus tard, lorsque le désir deviendra trop insupportable.

Tout ce que je peux lui offrir, c’est mon cœur. Je le dépose dans sa paume alors que je marche dans la salle d’audience en direction de ma cellule de détention. Je ne veux pas retourner à celle de la prison locale où ils m’ont gardée pendant la durée de l’audience. Je retournerai à Pretoria.

Maintenant, je découvre la vraie musique. L’audience était un spectacle pour apaiser les médias et le public, leur donnant un faux sentiment de justice. Comme me l’a dit le gardien de prison ce matin, des accidents arrivent là-bas… Le gouvernement n’a pas l’intention que j’en sorte vivant.

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