Captifs de l’amour: Beauté captive, tome 3

Charmaine Pauls · Chapitre 20 sur 27

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Captifs de l’amour: Beauté captive, tome 3

Chapitre 20

20

CAS

 

J e ne resterai pas là, à regarder Ian aller en prison, pas même en échange de ma liberté. J’aime trop cet homme. Ces mots que j’ai articulés en silence ne suffisent pas. Je veux une dernière chance de lui dire ce que je ressens en face. Le bien et le mal n’ont pas d’importance, pas dans mon cœur. Je mérite une dernière chance. Tout comme lui. Sans moi, il n’aurait pas de menottes aux poignets et aux chevilles. Si mon cœur n’était pas faible, si je courais plus vite, si j’étais parvenue jusqu’à l’hélicoptère, si Ian n’avait pas trahi son identité en se faisant tirer dessus, s’il ne m’avait jamais vue… Si, si, si ! Tout ça est ma faute.

Putain.

Je donne un coup de pied dans la chaise de ma chambre d’hôtel.

Putain de merde !

Ça fait trop mal.

Je sautille sur un pied, arrachant la perruque pour la jeter contre le mur.

Des épingles tombent au sol quand je retire brutalement le filet de mes cheveux devant la fenêtre. La rue est bondée. Des vendeurs à la sauvette écoulent leurs journaux et des produits de contrefaçon au feu rouge. Une femme tenant un garçon par la main s’arrête pour acheter une cagoule Phantom. Le garçon l’enfile pendant que la femme paie le vendeur. Le masque a des trous découpés pour les yeux et un embout triangulaire en plastique avec une grille de ventilation pour respirer sur le nez et la bouche. C’est une imitation bon marché que l’on trouve en vente partout. Certains entrepreneurs sont suffisamment malins pour se faire de l’argent sur l’engouement entourant le procès en cours. Chaque gamin en âge de jouer aux gendarmes et aux voleurs veut un masque. Même des adultes en portent, principalement des fans de Phantom qui se rassemblent devant le tribunal chaque matin et après-midi pour entrapercevoir Ian que la police escorte à l’entrée et à la sortie du bâtiment.

Quelques geeks, masques en main, remontent la rue en provenance du tribunal. Deux filles les suivent, leurs masques toujours sur le visage. Elles portent toutes les deux des costumes orange avec le bouton du haut défait, dévoilant de généreux décolletés. Ian a toujours eu beaucoup de supporters, mais jamais autant de groupies amoureuses qu’aujourd’hui.

Que dégage-t-il pour leur faire désirer un criminel ? Ce n’est pas seulement son beau visage ou sa forte carrure. Cela va au-delà de la coupe de cheveux rebelle ‒ qu’ils ont tristement rasée en prison – et des tatouages. C’est la façon dont il se comporte, son sens de l’humour et sa confiance en lui. Il ne perd jamais ses nerfs au tribunal, ni le respect avec lequel il s’adresse à la procureure, même si c’est une vraie garce envers lui. C’est un savoir inné, un sixième sens féminin que chacune possède instinctivement. C’est ce que dégage Ian. Nous le ressentons toutes : Ian est un homme qui fait de sa femme une reine. Il n’y a rien qu’il ne ferait pas pour elle. Il irait jusqu’au bout pour la protéger. C’est ce qu’il m’a dit le soir où il m’a fait conduire la Porsche de Mint, et le fait qu’il soit derrière les barreaux et enchaîné est la preuve qu’il pensait chaque mot.

Tout en me rongeant l’ongle, je suis du regard le groupe d’hommes et de femmes jusqu’à ce qu’ils disparaissent dans un magasin de vêtements. Le mannequin devant l’entrée porte un costume orange et arbore l’une de ces imitations de masque Phantom. Certains trouvent cela exaspérant que les déguisements se vendent comme des petits pains, tandis que ceux qui ont rejoint le mouvement les trouvent inspirants. On n’a plus vu de telle cohésion depuis l’année où l’Afrique du Sud a gagné le mondial de rugby.

Pourquoi une foule apporte-t-elle son soutien à un voleur ? Parce qu’il est beau, poli et plein d’humour. Parce qu’ils sont en colère, désabusés par la corruption. Parce qu’à côté de Ian, Wolfe paraît mauvais. Parce que Ian est malin et futé, injustement sympathique, et qu’il est facile de l’admirer.

J’abandonne la vue pour me diriger vers le mini-frigo. Il est presque vide. Après avoir dissimulé mes cheveux sous une casquette, je descends les escaliers et rejoins l’épicerie du coin, où j’achète des fruits et du pain. Sur le chemin du retour, je m’arrête à la boutique de vêtements. Le costume orange est si éclatant que ça fait mal aux yeux de le regarder. Est-ce pour cette raison qu’ils habillent les prisonniers de cette couleur ? Ça se démarque comme une tache noire sur du blanc. On ne peut clairement pas se fondre dans le décor avec ça.

Je frotte le tissu entre mes doigts. C’est fin, on dirait une voile pour parachute. Selon l’étiquette du prix, le masque comme le costume sont vraiment bon marché. Pas étonnant que n’importe qui puisse se permettre de les acheter.

C’est à ce moment-là que ça me frappe. Mon plan.

Il n’est pas sophistiqué, mais comme mon père le disait, les meilleures solutions ne sont pas les plus complexes. Il y a celles qui vous frappent en plein visage, celles que l’on néglige car elles sont trop évidentes.

— Est-ce que ça vous dérange si je prends une photo ? demandé-je au vendeur appuyé contre la porte en train de fumer une cigarette.

Il jette son mégot d’une pichenette en direction du mannequin.

— Allez-y.

Je prends une photo avec mon téléphone et retourne précipitamment à ma chambre. Une fois à l’intérieur, je laisse tomber mon sac en plastique sur le sol sans prendre la peine de le déballer et me pelotonne sur le fauteuil près de la fenêtre avec mon téléphone. Il ne me faut que quelques swipes pour créer un faux compte. Accédant au site de fans des Phantom, je télécharge la photo sous mon faux nom. Après quoi, j’appelle Damian.

Il me répond avec prudence :

— Dis-moi que tu m’appelles de Namibie…

— Est-ce que la ligne est sécurisée ?

— Bien sûr.

— Il faut que je te voie.

Il soupire.

— J’avais tant espéré recevoir une carte postale de Windhoek…

— Où pourrait-on se voir en toute sécurité ?

— C’est à propos de quoi, Cas ?

— Je te le dirai quand je te verrai. J’ai besoin que Léon soit là aussi.

— Attends, dit-il d’une voix grave qui ressemble beaucoup à celle de Ian. Que se passe-t-il ?

— Je n’en parlerai pas au téléphone. Donne-moi une heure et un lieu.

Il jure dans sa barbe.

— J’ai promis à Ian que je ferais attention à toi, mais…

— Alors fais-le. Quand ?

Sa voix se durcit.

— Je n’apprécie pas qu’on me donne des ordres.

— Ce n’est pas un ordre, c’est une requête. Écoute, si tu n’es pas partant, je le ferai seule.

— Ah, putain… Ne m’incite pas à t’enfermer, parce que je te promets que si je dois le faire, je le ferai !

— Je n’apprécie pas qu’on me menace non plus. Donne-moi une heure ou rien du tout. Si tu décides de ne pas le faire, tu ne me reverras plus jamais.

Il lâche un autre soupir.

— Des putains de promesses… Je savais que ça reviendrait comme un boomerang.

— Alors ? insisté-je en retenant mon souffle.

— Où es-tu ?

— Je suis toujours à Braamfontein.

— Mon bureau sera plus sûr. J’enverrai Russell te chercher vers huit heures. Il s’assurera que vous n’êtes pas suivis. Donne-moi ton adresse.

Puisque je n’ai aucune raison de me méfier de lui, je lui mentionne mon hôtel et mon numéro de chambre. Avant de raccrocher, j’insiste à nouveau :

— Il faut que Léon soit là.

Comme j’ai deux heures à tuer, je mange une banane et un sandwich, puis me prépare une tasse de café. Je sirote la boisson chaude sur le lit en regardant les actualités. Quand il est près de vingt heures, je prends une douche et me change. Je suis prête lorsque Russell frappe enfin à la porte.

Il fronce les sourcils en me voyant.

— Vous devriez être partie depuis longtemps maintenant. Vous prenez un risque.

— Merci pour ce conseil que je ne vous ai pas demandé.

Je prends mon sac contenant l’arme, claque la porte et avance devant lui.

— Où est votre voiture ?

Il fait un signe de tête vers la sortie de secours.

— Venez.

Nous descendons les escaliers et sortons par une porte latérale. Il regarde autour de nous pendant que je monte dans sa voiture.

Le trajet est rapide jusqu’à l’immeuble de Damian à Newton, à seulement quelques pâtés de maisons dans la partie rénovée de la ville. Nous nous garons dans le parking souterrain.

— Est-ce que Damian a mis la main sur Léon ? demandé-je alors que Russell vient m’ouvrir la portière.

Me conduisant jusqu’à l’ascenseur, il dit avec un sourire contrit :

— On m’a demandé de vous amener en sécurité ici, rien de plus.

— Vous travaillez pour Damian ?

Il appuie sur le bouton pour appeler l’ascenseur.

— Je travaille pour une compagnie à laquelle Damian fait appel.

Quand la porte s’ouvre, nous nous y engouffrons et patientons. Comme il n’y a aucun bouton de contrôle, quelqu’un doit opérer de l’intérieur. Damian est vraiment à cheval sur la sécurité, mais je ne peux pas le lui reprocher.

Nous atteignons le hall d’entrée familier, avec ses statues et ses peintures au dernier étage. Il n’y a pas si longtemps, Ian et moi vivions ici. À cette époque, je pensais que je ne pouvais pas le laisser revenir dans mon cœur, mais j’étais bien bête. Quoi que je fasse, je ne serai jamais capable de le rayer de ma vie. Il restera une partie permanente de mon être jusqu’au jour de ma mort.

Russell ouvre la voie. Les doubles portes du bureau de Damian sont ouvertes.

Une voix familière lance :

— Je pourrais aussi. J’aurais pu pirater ton petit ascenseur en dix secondes chrono.

Léon !

Russell avance devant moi. Je m’arrête à la porte. Damian est perché sur le bord de son bureau, l’expression à la fois fermée et énervée. Léon est face à lui, les pouces enfoncés dans les boucles de sa ceinture. Malgré notre histoire, je suis tentée de le prendre dans mes bras. Dans une grande ville pleine d’inconnus, cet homme est une figure familière qui relève d’une période heureuse de ma vie.

Le contraste entre les deux frères est frappant. S’ils se ressemblent dans les traits – ils ont les même cheveux noirs, le teint bronzé et les yeux marron – leurs styles ne pourraient être plus éloignés. Damian porte un costume noir et une chemise blanche, sa cravate argentée parfaitement nouée. Pas un cheveu ne dépasse. Léon, lui, est en jean, t-shirt délavé et veste en cuir. Ses cheveux sont ébouriffés, hirsutes. Damian porte une épingle de cravate en diamant et des diamants noirs en guise de boutons de manchette tandis que Léon arbore des bracelets en cuir et des chaînes en argent. Damian paraît sophistiqué, alors que son frère aîné fait plus naturel. Les bras de Léon sont plus épais et son torse plus large que dans mes souvenirs, il doit faire de la musculation. Ils sont de la même taille, mais Léon est plus volumineux au niveau des muscles. Ses traits trahissent son âge. Damian a les mêmes rides profondes du nez jusqu’à la bouche, une caractéristique que les trois frères partagent, mais les pattes d’oie au coin des yeux du cadet sont moins prononcées.

— J’aimerais bien te voir essayer, rétorque Damian, goguenard.

— Je n’aurais pas à essayer, frangin, répond Léon en se carrant sur ses jambes écartées. Donne-moi dix secondes et cet ascenseur n’obéira qu’à moi.

Il penche la tête et ajoute :

— Je lui donnerai aussi une voix de femme plus sexy.

Damian, qui ne prend pas son frère au sérieux, émet un rire froid.

— Tiens, notre invitée d’honneur est arrivée.

Léon ne se tourne pas tout de suite. La tension s’installe lentement dans ses épaules. Il les fait rouler avant de me faire face.

— Cas ! C’est vraiment toi ?

— Bonjour, Léon.

Je perçois une lutte derrière ses yeux noirs tandis qu’il passe la main dans les boucles de ses cheveux, les ébouriffant davantage.

— Je ne l’ai su qu’il y a quelques jours… Ian me l’a dit.

Russell ferme les portes.

J’avance de plusieurs pas, m’arrêtant au milieu de la grande pièce.

— Pour ce que ça vaut, je suis désolée.

Alors que les taches ambrées des yeux de Ian lui donnent de la chaleur, le brun de ceux de Léon est si sombre qu’ils ont presque l’air noirs. Un noir plus amer, comme du cacao pur.

— Tu es désolée ? reprend Léon. Ruben n’avait aucun droit de faire ce qu’il a fait. Il a eu ce qu’il méritait.

Il marche jusqu’à moi, ses pas résonnant sur le marbre.

— Ian, d’un autre côté, ne méritait pas ce qu’il a traversé.

À ces mots, il me foudroie du regard.

— As-tu la moindre idée de ce qu’un deuil provoque chez un homme ?

Levant le menton, je ne me défile pas.

— Ce n’est pas comme si je te devais des explications, mais je croyais que Ian me souhaitait morte.

— Oh mais si, tu m’en dois.

Il pose les mains sur ses hanches et me dévisage, les yeux plissés.

— Putain, qu’est-ce qu’on fiche ici ?

— Du calme, frangin, dit Damian avec un rictus. J’ai beau adorer les bagarres, je préfèrerais retourner auprès de ma femme et de mes enfants.

— Léon a raison, dis-je en soutenant son regard. Vous méritez de savoir pourquoi vous êtes ici.

Détournant enfin les yeux, j’alterne entre les deux frères.

— On va aider Ian à s’évader.

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