Concours pour le Paradis
15. La Saint-Isidore
15
La Saint-Isidore
Avril 1588
Le 16 avril 1588, Véronèse avait quitté son atelier pour se rendre chez sa maîtresse, la belle Tullia. Ils devaient se retrouver pour rejoindre la grande procession de la Saint-Isidore, qui chaque année célébrait la puissance de la République souveraine, victorieuse de la seule conjuration qu’elle ait connue.
L’origine de cette célébration était curieuse et datait de plus de deux siècles. En 1355, à la suite de deux événements mineurs, le doge de l’époque, Marino Faliero, perdit totalement la raison et ourdit une conspiration aux objectifs sanguinaires. Il avait pourtant été élu à l’unanimité et personne ne se plaignait de son dogat, malgré son caractère souvent imprévisible et coléreux. Il avait même, entre autres, réussi à apaiser les relations diplomatiques avec Gênes, l’éternelle rivale.
Lors d’un bal donné au Palais, un patricien se conduisit familièrement avec une des jeunes femmes invitées. Le doge ne supporta pas ce manque d’égard et fit chasser brutalement le fauteur de troubles par ses gardes. Celui-ci, ulcéré, revint à la fin du bal et laissa un billet fiché sur le dossier du fauteuil du doge :
« Ci-siège Marino, aux si jolies compagnes
Qui cèdent à nos charmes, tandis qu’elles les lui chargent. »
Au matin, Faliero et sa suite découvrirent le méfait. Un conseil des Dix fut réuni pour juger l’outrage. Il fut décidé que son auteur serait battu avec une queue de renard, condamné à deux mois de prison et à un an d’exil à Mantoue.
Le doge fut indigné par l’indulgence des juges, qu’il reçut comme un désaveu, et c’est à ce moment-là que sa folie de la persécution prit corps.
Un autre incident, tout aussi mineur, la rendit irréversible. Isarello, un amiral de galéasse, vint se plaindre à lui de l’injure qu’il venait de subir : un patricien l’avait frappé au visage pour une faveur qu’il lui avait refusée. Il montra son œil encore blessé par l’anneau et demanda justice. Le doge Faliero, prenant fait et cause pour Isarello, bascula alors dans une folie meurtrière. Ils ourdirent ensemble le projet d’une conjuration. En appliquant les consignes du doge, Isarello se fit fort de réunir des insurgés. Leur mission : envahir le palais Ducal, assassiner les membres des divers conseils ainsi que ceux de la noblesse présents, supprimer le Grand Conseil et proclamer le doge « Seigneur de Venise ».
La date de l’insurrection fut fixée au jeudi 15 avril. La veille, le projet criminel fut heureusement éventé et la conjuration échoua. Les complices, arrêtés dans la nuit – Isarello en faisait partie –, furent pendus immédiatement après l’aveu de leur crime.
Restait à procéder au jugement du doge. La journée du 15 avril fut réservée à son interrogatoire. Écrasé par des preuves irréfutables de sa culpabilité, Faliero finit par confesser sa responsabilité dans la conjuration.
Le 16 avril 1355, le conseil des Dix procéda au jugement, qui le condamna à l’unanimité à la mort.
Le 17 avril, le doge fut dépouillé des insignes de son pouvoir. Le bourreau vint et lui trancha la tête, puis présenta au peuple son épée ensanglantée en prononçant ces mots : « Justice a été faite au traître à la patrie. » Le cadavre, placé dans une gondole, fut inhumé sans cérémonie dans la nécropole des doges de l’église San Giovanni e Paolo. Dans la salle du Grand Conseil, son portrait fut voilé d’une gaze noire sur laquelle on inscrivit : « Ceci est la place de Marino Faliero, décapité pour ses crimes. »
Depuis, chaque année, Venise perpétue par une procession la mémoire de cette conjuration manquée.
C’est à celle-là même que Véronèse se rendit seul le soir du 16 avril, Tullia ayant préféré l’attendre chez elle.
Après avoir traversé la place Saint-Marc, le grand peintre atteignit l’escalier des Géants dans la cour du Palais d’où devait partir le cortège. Une violente quinte de toux l’étourdit et le força à s’asseoir sur la plus basse marche. Autour de lui, chacun s’employait à récupérer le cierge qu’il porterait à l’envers et éteint pendant toute la procession. La foule était dense. L’un de ses apprentis reconnut le revers rouge de sa veste et le vit prostré, le visage convulsé de douleur. Il réussit à s’approcher de lui.
Alors que le cortège s’éloignait en direction du pont du Rialto en passant d’abord sous la tour de l’Horloge pour emprunter ensuite l’une des plus anciennes artères de la ville, celle de la Merceria, qui menait directement au pont, un petit groupe se forma autour de Véronèse, livide, qui avait perdu connaissance. Ayant passé le campo Santo Stefano, on l’aida à rejoindre ses appartements de la salizada San Samuele, situés au-dessus de son atelier, ou plutôt on l’y transporta.
En le voyant arriver ainsi, son frère Benedetto pâlit. S’il avait perçu le vieillissement de son aîné ces derniers mois, il ne l’avait pas imaginé si malade. Il l’allongea dans sa chambre, alluma un feu dans la cheminée alors qu’on était en avril et que l’air était printanier, les mains du maître étaient glacées.
Il avait repris ses esprits et les convulsions avaient cessé mais son état de torpeur les inquiétait tous. On fit venir un médecin, qui diagnostiqua une fièvre dangereuse. Il ordonna de saigner le malade régulièrement et de lui administrer des compresses de camphre dès la prochaine crise de toux. Il promit de revenir le lendemain.
Même si Benedetto n’avait jamais apprécié ces amours qui profanaient l’honneur de l’épouse de son frère, la discrète Elena, il fit prévenir Tullia. Malgré la nuit tombée et l’insécurité de la ville pendant une célébration telle que la Saint-Isidore, elle enfila une de ses rares tenues qui ne fût pas d’apparat, se cacha le visage sous un voile de gaze d’Italie, remonta sa capeline et se fit déposer devant l’atelier du peintre. Elle n’avait jamais été admise à l’intérieur de la maison maritale et éprouvait une certaine gêne.
On la conduisit dans la chambre du malade. Elle inspira profondément et se composa un visage de fête en entrant dans cette pièce éclairée seulement par la lueur des braises dans la cheminée. Elle fit allumer toutes les chandelles, ouvrit les volets et laissa entrer l’air frais, celui qui régnait était irrespirable. Elle virevoltait, masquant son effroi à la vue du corps gisant de son amant qu’elle avait connu si raffiné. La chemise dont l’avait recouvert son frère laissait apercevoir son maigre corps. Elle remonta son drap sur ses genoux osseux et déposa un baiser sur son front. Incapable de faire un geste, Véronèse la suivait d’un regard qui se voulait reconnaissant mais que la fièvre rendait inexpressif.
Tullia, qui n’avait connu son amant qu’en séducteur effréné, ivre de gloire et de plaisirs, eut du mal à retenir ses larmes. Elle lui raconta le bal des Contarini auquel elle s’était rendue la veille. Il avait beaucoup manqué, lui assura-t-elle. Il fermait les yeux, se remémorant la douceur des étoffes des femmes le frôlant pendant les danses. Il tenta de relever le haut du corps, mais une quinte de toux le retint. Son frère s’approcha avec une compresse qu’il lui posa sur la poitrine, écartant les pans de sa chemise et dévoilant son thorax secoué de spasmes. On lui fit respirer des huiles pour tenter de calmer la crise. La quinte passa mais le laissa de nouveau dans un état alarmant. La courtisane approcha un fauteuil et implora le peintre de se reposer. Elle promit qu’elle en ferait de même et le couple finit par s’endormir.
Les premiers rayons du soleil les réveillèrent. Véronèse avait les traits tirés de l’homme souffrant, mais il avait retrouvé quelque mobilité. Il put s’asseoir sur son lit et demander à sa maîtresse de lui apporter un verre d’eau. Tullia s’empressa d’accéder à sa demande et quitta l’appartement juste après, entendant les pas de la femme de l’artiste. Elle promit de revenir.
Elena entra. Si Véronèse n’avait plus que peu de relations avec cette femme dont il partageait la vie, celle-ci se devait de respecter l’usage qui veut qu’une épouse veille sur son mari lorsque celui-ci est malade. Outre la peine que lui faisait l’état dangereux dans lequel se trouvait cet homme volage – il avait eu toute sa vie des maîtresses et elle le savait, c’est d’ailleurs à dessein qu’elle avait bruyamment descendu les marches qui menaient à la chambre de son mari –, elle s’inquiétait de sa survie et de celle de ses enfants. Carlo semblait bien avoir les épaules pour reprendre l’atelier de son père, mais il n’avait pas son talent, et tous s’en rendaient compte.
Véronèse prévint ses angoisses et à peine fut-elle entrée dans la chambre qu’il lui demanda d’ouvrir son secrétaire. Là, il lui indiqua un compartiment secret dans lequel elle trouva les titres de ses propriétés en terra ferma. Pour un peintre, Véronèse avait réussi à accumuler une fortune assez considérable. Outre la maison de vingt-cinq campi à Trévise dont il louait les terres pour un loyer de vingt-huit stères de blé et de la moitié du vin produit, il avait plusieurs hypothèques rapportant chaque année quarante-cinq ducats. S’ajoutait à cela le contrat qu’il avait établi avec le prieur du couvent de la Carita sur des terres près de Ravenne, où il avait engagé un capital de cinq cents ducats pour une rente annuelle de trente ducats. Ces revenus mettaient sa famille à l’abri en attendant que ses fils se fassent un prénom et soient à même de faire prospérer l’atelier.
Rassurée par ces paroles, l’épouse du peintre put sermonner son mari de se préoccuper de choses si lugubres alors qu’il allait se rétablir très vite, elle en était sûre. Il avait pris un coup de froid, voilà tout. Elle le quitta pour aller aux vêpres. Véronèse, las, leva la main pour lui lancer un faible signe d’adieu.
Le médecin revint en fin de journée sans changer son diagnostic ni ses remèdes, malgré l’affaiblissement évident du malade. Benedetto y vit une preuve du sort funeste qui attendait son frère.
Il attendit le lendemain matin pour faire appeler l’ami de toujours, le père Bernardo de l’église San Sebastiano. Le peintre demanda à rester seul avec lui. Une fois ses fautes confessées et l’extrême-onction administrée, Véronèse refusa les nombreux visiteurs qui se pressaient à sa porte, tous plus prestigieux les uns que les autres, rejetant ainsi dans un passé lointain ce qui avait été le bonheur et la preuve pour lui de la réussite de sa vie.
Il n’accepta que la présence de Tullia, à qui il fit promettre d’empêcher son frère ou ses fils de réaliser son portrait mortuaire. La seule trace qu’il souhaitait laisser de lui était cet autoportrait qu’il avait peint lorsqu’il était dans la fleur de l’âge, à trente ans.
Il passa sa dernière nuit accompagné de la maîtresse qu’il avait tant chérie – son épouse, toujours dans son déni si commode, lui avait souhaité une bonne nuit et elle était montée se coucher vers neuf heures, comme à son habitude. Les quintes de toux succédèrent à de courtes périodes d’accalmie qui ne permirent pas au couple d’échanger bien longtemps.
Lorsque sa femme revint au petit matin, son corps était déjà roide. Seules les larmes de Tullia imprégnées sur les draps trahissaient sa venue.
Les funérailles ne se firent pas attendre. Elles furent somptueuses et mondaines, à l’image de sa vie. Alors qu’on n’avait pu accorder l’enterrement qu’il méritait au grand Titien, mort pendant la terrible peste de l’année 1576 et conduit en catimini vers son tombeau, la ville se rattrapa pour son héritier proclamé. L’église San Sebastiano connut le parterre le plus composite de son histoire, allant des représentants du gouvernement et des patriciens jusqu’aux membres de la corporation des peintres. Les femmes rivalisèrent d’élégance pour envoyer un dernier salut à leur plus grand zélateur.
Elles s’étaient donné le mot et s’échappaient de leurs gondoles tendues de noir dans des tenues plus colorées les unes que les autres. Chacune avait choisi de porter la robe dans laquelle le peintre l’avait immortalisée dans ses tableaux, formant ainsi une mosaïque de ses œuvres : Giustiniana Barbaro, l’épouse de son mécène, pénétra dans la nef de l’église San Sebastiano avec la robe bleue couverte de perles qui avait fait l’un des premiers succès du peintre jeune encore, lorsqu’il l’avait représentée dans sa villa Maser en matrone attentive, surveillant à la fois les dieux de l’Olympe, ses visiteurs et ses enfants. L’épouse de l’héritier de la famille Zen, qui avait beaucoup aidé Véronèse en lui prêtant l’une de ses maisons, portait la robe de taffetas jaune, les cheveux retenus par une tiare de rubis étincelants, de son portrait. Elena Contarini, éclatante, était vêtue d’une robe de velours bleu marine rehaussée de dentelle blanche. Un angelot d’or, brodé sur le tissu, soulignait la pointe de son corsage. Livia da Porto et sa fille Porzia firent, elles aussi, le déplacement. L’artiste avait réalisé leur portrait dans les années 1560 et la mère, une douairière âgée maintenant de plus de soixante-dix ans, releva le défi en revêtant la robe rouge de son portrait de jeunesse, recouverte d’un manteau doublé d’hermine, tandis que sa fille, qui ne devait pas avoir plus de huit ans à l’époque où elle avait posé pour le peintre, s’était fait coudre une réplique de la robe vert émeraude qu’elle avait alors portée. Quel plus bel hommage pour un peintre que de voir réunis tous les modèles de ses toiles en un unique tableau vivant. La courtisane qui avait posé pour le sulfureux Suzanne et les vieillards suscita le scandale en arrivant dans un simple drap écarlate, noué élégamment de façon à s’en faire une toge, et Tullia s’avança dans la tenue qui avait fait sa gloire dans L’Enlèvement d’Europe, tableau auquel avaient participé malgré eux Foscari et le moine Bardi.
Pas un des membres du jury du concours pour le Paradis ne manquait à l’appel. Ils regrettaient à présent d’avoir tant flatté le jeune Bassano au détriment de Véronèse, dont les funérailles révélaient le prestige.
Le cercueil arriva en dernier. La gondole s’arrêta devant le porche de l’église et les sacristains vinrent le chercher pour le déposer au centre de la nef, face à l’autel. Après une messe émouvante célébrée par le père Bernardo, vint le temps des hommages.
Le moine Bardi prit la parole en premier et rappela les circonstances qui avaient mené le peintre à travailler jusqu’à son dernier souffle pour livrer au palais des Doges sa vision du paradis – nulle mention ne fut bien sûr faite des retards du projet. Il se lança ensuite dans une définition de ce jardin des bienheureux que Véronèse venait de rejoindre :
– S’il est vrai que dans la Sainte Écriture nous trouvons un bon nombre d’expressions pour désigner ce paradis, allant du Royaume de Dieu à celui des Cieux parfois, ou encore Cité sainte, nouvelle Jérusalem, maison du Père…, il est évident qu’aucun de ces noms ne suffit à en exprimer la grandeur. Les pinceaux de notre regretté peintre allaient tenter d’en trouver les couleurs, mais un trépas précipité l’en a précocement empêché.
» Aujourd’hui, il est impossible que nous comprenions par le langage la grandeur de ces biens célestes. Il faut pour cela que nous entrions dans la joie du Seigneur. Alors, à l’image de notre cher Véronèse, nous en serons inondés et enveloppés de toutes parts ; alors, tous nos désirs seront satisfaits.
L’assemblée écoutait, émue, la péroraison du moine vantant les mérites du peintre ici-bas, qui retrouverait tous ces bienfaits au Royaume des Cieux.
Giacomo Contarini prit la suite de son collègue et prononça un éloge enlevé du peintre et de ses œuvres, mêlant termes savants et références au concours. Partant du principe que le paradis est un topos, un lieu déterminé, et rappelant, Cantique des cantiques à l’appui, la description du jardin d’Éden dans la Bible, il en vint à le définir comme un utopos, une utopie, un non-lieu imaginaire, sorte d’avenir par-delà la mort ou, plus précisément, par-delà la résurrection.
– Ainsi, affirma-t-il, ce n’est pas le lieu qui fait le paradis, mais le bonheur dont on a joui par la vue de Dieu. À force de penser son Paradis, qui allait devenir le nôtre dans cette magnifique salle du Grand Conseil, notre peintre a décidé de le rejoindre. Un paradis a succédé à un autre et nous espérons désirer avec autant de passion celui que nous perdrons nécessairement le jour de notre mort.
Marcantonio Barabaro prit enfin la parole pour célébrer les talents de son protégé :
– Il avait soixante ans, dont plus de la moitié passés à Venise où il a su s’imposer par sa grâce et sa légèreté, mais aussi par sa remarquable capacité à nous réunir tous autour de sa vision du monde. Dans sa recherche insatiable de la perfection picturale, il n’a pas simplement insufflé la vie à ses personnages fictifs, il l’a rendue éternelle à grand nombre d’entre nous qui, après notre mort, continuerons à vivre par ses œuvres.
» Cet homme a peint de toutes les manières possibles, et il est lui-même devenu toutes sortes de peintres. Aucune époque ne produira un autre Paolo. Une ère s’achève. Il nous reste enfin le visage, ou plutôt les multiples visages de cet artiste qui a si bien su valoriser notre ville. On le reconnaîtra dans le Chasseur de notre chère villa Maser, dans l’un des musiciens des Noces de Cana et dans le témoin à droite du Christ du retable d’Ognissanti. Nous le regretterons. Nous ne l’oublierons pas.
À la fin de cet éloge, l’orgue entama un Te Deum, tandis que l’assemblée quittait l’église pour rejoindre les gondoles.
Quelques jours après l’enterrement, les membres du jury se réunirent pour entériner la décision que tous connaissaient à l’avance : Bassano serait évincé, jugé trop jeune pour accomplir seul une telle œuvre, et Tintoret reprendrait le flambeau du Paradis.
Le plus difficile était maintenant de convaincre le doge Cicogna que ce revirement était la meilleure solution. Foscari insista sur le fait que, quelle que soit la manière dont ils allaient procéder, il faudrait jouer finement : Cicogna avait la particularité de décider seul en prétendant laisser le choix à ses interlocuteurs.
Giacomo Contarini proposa alors de diriger avec le doge la réunion où chacun se répartirait les rôles et les arguments pour aboutir à son ralliement.
L’architecte da Ponte sortit écœuré de ce simulacre de débat. Il s’engagea à prévenir Bassano, tandis que le moine Bardi se chargerait d’aller annoncer la bonne nouvelle à Tintoret.
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