Deux cents chevaux dorés

Georges Bordonove · Chapitre 25 sur 34

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Deux cents chevaux dorés

Livre Quatrième

 

Ne recevant plus de nouvelles de mon ami le centurion, j’ai envoyé Cotus à Narbonne. Le centurion n’habite plus cette ville. On l’a mystérieusement affecté à l’un de nos forts perdus dans le massif montagneux. Cotus s’est offert à reconnaître l’endroit. Je l’en ai dissuadé. Même sous le déguisement d’un marchand, il pourrait être pris, aggravant le cas de mon vieux camarade. J’ignore semblablement si le gouverneur a les ordres de Rome en ce qui me concerne. Désormais cela ne saurait tarder.

En me promenant dans ces collines, j’ai découvert les restes de l’ancienne cité des Volques. Elle occupait une sorte de promontoire découpé dans la falaise par deux

torrents[21]. Mais j’ai vainement cherché, dans les villages environnants, la trace de mes aïeux maternels. Encore une illusion qui s’en va ! Leurs noms mêmes sont oubliés. Nul ne se souvient plus de ce Boïorix dont j’avais emprunté le nom. Partout, maintenant, les meilleurs s’exilent, se font légionnaires.

Mais, comme à Eponiacum les jours qui précédèrent notre départ, les arbres reverdissent, le vent est plein d’odeurs. À l’aube, dans le jardin de Cotus, une rosée tiède brille à la pointe des légumes. Ce matin, un vol d’hirondelles s’est abattu sur le toit. Et, cette nuit, il faisait si doux que la pleine lune a éveillé le coq ; il s’est mis à chanter. C’est, paraît-il, un funeste présage. Pourtant, à midi, j’ai mangé deux pigeons, la moitié d’un fromage de chèvre, une grosse taille de pain, et croqué une coupe de noix. Autant donner à cette sacrée vieille carcasse de quoi s’occuper : je ne lui demande que de se tenir tranquille.

À Maison-Haute, t’en souviens-tu ? les hirondelles bâtissaient leurs nids dans les alvéoles du portique. Ces gros œufs de terre séchée voisinaient avec les crânes des guerriers morts. Parfois l’un de ces oiseaux, repliant ses longues ailes, s’introduisait dans une orbite pour y gober un ver ou un insecte. Selon Diviacus, c’était aussi un présage, mais excellent…