Eldorado

Fanny Laurent · Chapitre 12 sur 23

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Eldorado

Hors de contrôle

 

Gina soupira et regarda sa montre avec impatience, le combiné contre

l’oreille. Lenu piétinait à l’extérieur de la cabine téléphonique et tapotait le

verre de ses ongles vernis : elles allaient être en retard à l’AG. Les

organisations syndicales de Neyrpic s’étaient retournées contre les

étudiants. Certains ouvriers pensaient que l’appui de tous était nécessaire

pour faire flancher le patronat, d’autres reprochaient à un noyau de

gauchistes de se précipiter dès qu’un conflit éclatait ; certains prônaient la

grève limitée dans le temps, d’autres appelaient à un arrêt total et illimité,

car sans les détenteurs de postes clefs la production était stoppée et les

ateliers vidés. Les dissensions ainsi mises en lumière avaient ébranlé,

déséquilibré Gina et ses amis : il convenait de se rassembler et d’en débattre

au plus vite. Mais c’était sans compter la logorrhée de Rita.

Sa mère avait entamé une chanson bien connue de Gina : l’abandon de la

jeune fille éplorée. Elle radotait sans cesse le récit de sa propre vie : il était

une fois une innocente qui tomba éperdument amoureuse d’un soldat, mais

celui-ci, après lui avoir promis monts et merveilles, profita de sa pureté

pour la séduire avant de fuir comme un lâche quand il apprit qu’elle portait

le fruit de leur passion. Rita aimait à se faire plaindre, mais Gina avait

plutôt le sentiment que malgré les manigances de sa mère, le timide Marco

avait réussi à poursuivre ses rêves, sans avoir connaissance de l’état de Rita

– auquel cas, il le lui avait écrit, il n’aurait jamais quitté Casalnuovo. La

jeune fille, exaspérée, acquiesça pourtant : sans le récit de ses malheurs,

qu’aurait eu à raconter Rita ?

Elle appelait sa fille depuis la maison du curé, trouvant sans doute un

certain réconfort dans la compagnie du vieil homme dont le cou avait

presque totalement disparu, englouti sous ses épaules haussées dans une

attitude moralisatrice. En réponse à une remarque acerbe au sujet de sa

bigoterie grandissante, que Gina ne réussit pas à retenir – ne réalisait-elle

pas que l’Église catholique soutenait avec aplomb les néofascistes à

Naples ? –, Rita s’offusqua :

– Et puis, d’où est-ce que voudrais-tu que j’t’appelle, d’abord ? J’vais

tout de même pas quémander l’utilisation du téléphone auprès d’un d’ces gars qui me tournent autour ! Ils pourraient prendre ça comme une

invitation. Tiens, pas plus tard que l’aut’jour, le jeune Rossi…

Commença alors le second couplet préféré de Rita : l’attrait qu’elle

exerçait auprès de jeunes garçons qui auraient pu être ses fils. Gina coupa

court :

– Maman, on m’attend, et il y a la queue pour la cabine téléphonique.

– Hein ? Ouais, bon, t’as jamais d’temps pour ta mère. Après tout c’que

j’ai fait pour toi. Quelle ingrate, merde !

Sans même relever la vulgarité maternelle, Gina raccrocha avec

néanmoins un pincement de culpabilité. Elle consacrait de moins en moins

de temps à sa famille, n’écrivant que sporadiquement, espaçant les appels et

restant évasive quant à ses occupations. Mais elle avait tant à faire ! Pour

que fût acceptée sa rentrée à l’université, elle avait brossé un portrait

flatteur de la capitale des Alpes, qu’elle avait décrite moderne et

dynamique. Et c’était vrai qu’en 1972, le mythe de Grenoble battait son

plein. En quinze ans, la population avait doublé : la classe moyenne

horrifiée par les destructions qu’avait engendrées Mai 68 à Paris courait se

blottir au creux des montagnes, où le bon air et les sports d’hiver étaient

vantés.

En parallèle, l’Italie ne s’était pas dépêtrée de la vague de contestation

qui l’avait cueillie dix ans plus tôt : aux « tee-shirts à rayures » qui s’étaient

soulevés contre les néofascistes aux commandes avaient succédé les jeunes

immigrés du Sud en grève, éprouvés par la dureté des conditions de travail.

La tension était brûlante, le terrorisme florissait dans les villes et même

dans les campagnes, on avait peur de sortir de chez soi le soir. Rita, que la

politique intéressait pourtant fort peu, lui avait semblé craintive au

téléphone. Elle recherchait de plus en plus souvent la compagnie du curé,

désertant la place du bistrot dès la fin du jour. Sa mère avait raconté à une

Gina outrée le meurtre de deux femmes par la police la semaine passée, à la

suite des échauffourées de Battipaglia, alors qu’elles protestaient contre la

fermeture d’une usine de tabac. Gina le sentait au creux de son ventre, ce

sentiment de révolte, d’injustice : partout, les ouvriers étaient méprisés,

violentés, sans que les élites voient leur position et leurs avantages

menacés. Cet état de cause lui paraissait tantôt insurmontable, tantôt

insupportable. Sa mère la morigénait quand elle évoquait les manifestations

et les luttes menées par ses camarades et elle : sa génération n’avait pas connu le fascisme, le vrai, voilà pourquoi elle recherchait le frisson de la

guerre. Quel impact pensait-elle avoir ? Mais Gina n’avait que faire du

jugement maternel : pour elle, ce n’était pas un jeu. Sa détermination avait

atteint son paroxysme. Il n’était plus question de se laisser faire. Il fallait

que les élites et les politiciens véreux comprennent qu’ils étaient en

minorité, et que la formidable masse du peuple les réduirait en miettes.

Elle sortit comme une furie de la cabine, agrippant Lenu au passage, et

les deux filles se hâtèrent vers l’amphithéâtre où déjà leurs camarades

quittaient les lieux. Elles furent interceptées par Manu, un garçon que la

haute taille forçait à se voûter, et qui se baladait, l’air inspiré, avec le Petit

Livre rouge sous le bras.

– Gina, nous te cherchions partout. Michel veut te parler.

Lenu lui jeta un regard admiratif teinté d’envie, tandis que Gina,

interdite, suivit Manu, qui avait aussitôt fait volte-face, juché sur ses

immenses jambes. Courant presque à ses côtés, Gina tenta d’en savoir

davantage, mais Manu fixait l’horizon et ne semblait pas entendre ses

questions. Ils arrivèrent dans un bureau attenant à l’amphithéâtre. Michel se

trouvait là, ses petites lunettes posées au bout de son nez quadrillé de

veinules, penché sur une liasse de documents et ce qui ressemblait à un

plan. Il leva les yeux.

– Gina.

Elle se redressa, presque au garde-à-vous. Elle avait déjà échangé

quelques mots avec Michel auparavant, mais jamais dans un cadre aussi

intime. Manu resta en retrait et tenta sans succès de faire oublier son grand

corps en le collant à la porte.

– J’étais au téléphone avec ma m… avec l’Italie, je n’ai pas pu me libérer

à temps pour l’AG, se justifia-t-elle d’emblée.

– Hum. Tu es au courant de ce qu’il se passe en Italie, alors. Les attentats

et les enlèvements se multiplient, les vols et les demandes de rançon sont

devenus monnaie courante.

Sa voix était plus profonde que lorsqu’il s’exprimait en public, comme

un secret glissé, un serment prononcé, presque un murmure.

– Ma mère me dit que c’est la gauche qui met le feu aux poudres…

Qu’ils encouragent la violence politique par peur du coup d’État.

– Désinformation !

Michel avait tapé du poing sur le bureau de bois clair. Son teint était

devenu cramoisi, mais le ton qu’il employait avait gardé son velours grave.

– L’ultradroite est coupable de ce climat de terreur que tu décris ! Ses

sbires brouillent les pistes et cherchent à faire endosser la responsabilité de

ces actions à leurs adversaires. D’ailleurs, il y a bien eu un coup d’État en

64, n’est-ce pas ? Les fascistes ont même sollicité l’armée pour vaincre la

soi-disant dérive socialiste du pays, non ?

– C’est vrai, admit Gina, désarçonnée par le brusque changement

d’humeur de son interlocuteur.

– Je suis avec attention ce qu’il se passe de l’autre côté des Alpes, figure-

toi, poursuivit Michel en lui jetant un regard derrière une mèche de ses

cheveux châtains. L’Italie représente l’exemple de ce qui nous menace en

France, une violence sociale et politique sans pareille, insidieuse,

pernicieuse. Nos deux pays ont connu des années fastes, Gina, mais

l’opulence ne pouvait pas durer, la redistribution des richesses n’est pas au

programme de ceux qui nous gouvernent, car alors, l’aliénation par le

travail s’estomperait, et à ce moment-là, comment le patronat pourrait

conserver ses privilèges ?

– Pour l’instant, c’est surtout la mafia qui se frotte les mains.

Michel balaya d’un geste dédaigneux sa répartie.

– Mafieux, patrons, gouverneurs, tous ceux-là sont des ennemis du

peuple. Ils veulent garder précieusement la propriété des moyens de

production, c’est-à-dire le pouvoir. Voilà pourquoi ouvriers, paysans et

étudiants doivent s’unir, pour destituer ces ennemis communs et poursuivre

la lutte des classes jusqu’à son accomplissement.

Gina acquiesça, circonspecte, en se demandant si l’étudiant l’avait fait

mander pour lui assener un cours de rattrapage de théorie communiste.

Manu prit alors la parole.

– Gina, on a décidé de passer à la vitesse supérieure, avec Neyrpic. La

CGT croit qu’on est des rigolos, ils nous accusent de faire de la récup, mais

nous on veut leur montrer qu’on est solidaires avec les manutentionnaires.

– D’accord…

– Lenu nous a dit que t’étais une tête en mécanique.

Elle suivait en effet des cours de la filière scientifique, qui couvraient des

disciplines aussi variées que les mathématiques, l’électronique, la physique

ou l’énergie automatique. Les premiers jours avaient été quelque peu embarrassants : les autres étudiants comme les professeurs la dévisageaient,

lui demandaient sans cesse si elle était sûre de se trouver au bon endroit,

s’étonnant qu’une fille, étrangère de surcroît, se fût délibérément inscrite à

une licence intrinsèquement masculine. Mais Gina n’avait pas perdu son

sang-froid, et avait rétorqué avec humour et fermeté : elle avait appris le

français en quelques mois sans l’assistance de personne, et son penchant

pour le bricolage s’était intensifié avec les années et l’aide de Fabio. Ce

n’était pas l’université qui allait l’effrayer ! Elle avait une forte appétence,

en particulier, pour la mécanique appliquée, dans laquelle elle excellait. Son

intérêt pour la résistance des matériaux et la thermodynamique avait

d’ailleurs titillé la curiosité de son chargé de travaux dirigés, qui avait

décidé de prendre sous son aile la seule fille de la classe. Il l’avait aidée à

comprendre le principe de Carnot et la loi de Hooke, jugeant ses progrès

d’un air qu’il voulait sévère, mais qui ne parvenait pas à dissimuler

l’affection et l’admiration que suscitait chez lui l’étudiante italienne.

Mais Gina avait beau se creuser les méninges, elle ne voyait pas le

rapport entre la grève des ouvriers du groupe industriel grenoblois et ses

cours de mécanique.

– Nous sommes nombreux dans ce cursus…

– Eh bien ! en fait… Tu es celle qui nous intéresse. La plupart des

camarades à nos côtés font de la socio, des sciences politiques, de la philo,

et toutes les humanités. Il n’y a pas tant de scientifiques aussi engagés que

toi, glissa Michel de son ton velouté.

– Qu’est-ce que vous attendez de moi exactement ?

Michel et Manu se regardèrent.

– On veut que tu fabriques une bombe.

Ils l’installèrent dans l’une des caves qui étaient auparavant utilisées pour

les répétitions de l’association de théâtre, mais dont plus personne ne se

servait depuis un an – les compagnies d’amateurs ayant décidé d’investir les

espaces publics plutôt que de se cantonner à cet étroit réduit sans fenêtres et

sans âme. Elle avait pour seule source de lumière la lampe-tempête que

Manu lui avait fournie, et pour seul décor des murs mangés de moisissure et

un plafond jauni qu’elle pouvait toucher en levant les bras. Au centre de cet

espace trônait une table en formica avec un tabouret industriel dont la

hauteur était réglable.

Immédiatement après l’entrevue, Lenu avait bondi à ses côtés, avide de

savoir ce que Michel, le charismatique et l’indépendant Michel, lui avait

demandé ; Gina avait improvisé sans grande conviction une histoire de

drague élaborée.

– C’est ça, le problème, avait commenté Lenu avec une moue déçue. Les

mecs veulent nous amadouer en prétendant maîtriser la rhétorique féministe

sans être foutus d’en appliquer les principes. La liberté sexuelle, pour eux,

ça signifie qu’on doit toutes être à leur disposition : jouir égoïstement sans

entraves, et que celles qui refusent de coucher soient mises au pilori !

Elle ne se joignit pas à la manifestation anti-impérialiste à laquelle Sarah

essaya de la traîner le week-end suivant, à Échirolles. L’indignation de son

amante ne portait pas seulement sur l’ingérence colonialiste française :

lorsqu’elles s’étaient rencontrées, Sarah et elle s’étaient insurgées à la

lecture d’un article du Sunday Times appelé « Génocide », qui relayait

l’étendue des crimes commis à l’égard des Autochtones d’Amazonie. Les

yeux fuyants, Gina avait refusé de l’accompagner sans avancer

d’explications, restant insensible au regard de braise de la jeune

Palestinienne. Il lui fallait garder en tête son but unique, ultime ; elle avait

besoin de toute sa concentration pour l’atteindre.

Elle revit mentalement, une énième fois, les différentes étapes de la

fabrication : une charge principale d’explosifs, un détonateur, une source

d’énergie et un mécanisme de commutation. Grâce au chargé de TD qui

l’avait à la bonne, elle avait accès au cagibi où était soigneusement rangé le

matériel scolaire. Pour qui connaissait un peu la chimie, il était possible de

concevoir une arme incendiaire ou explosive à partir de quelques produits

d’utilisation courante ; et le laboratoire de l’université était autrement

mieux fourni qu’un rayon de supermarché. Lors des manifestations, on

lançait déjà des cocktails Molotov, mais Michel avait bien précisé qu’il

souhaitait que la bombe eût une portée plus grande. L’acide nitrique lui

serait d’une aide précieuse ; il lui faudrait le ponctionner avec parcimonie,

le liquide étant assez rare… sans doute devrait-elle le préparer par elle-

même. Elle manipula avec une extrême précaution les cristaux de triiodide

d’ammonium, et récupéra quelques millilitres d’acide chlorhydrique.

Fabriquer du napalm ? Elle s’y était refusée, les horribles images des civils

brûlés au Vietnam et en Algérie lui avaient donné la nausée. Sa bombe

aurait-elle pour but de détruire, ou de distraire ? Au terme de ses réflexions, elle s’était décidée pour une arme impressionnante par sa détonation et sa

visibilité, mais dont la puissance ne soufflerait pas au-delà de quelques

mètres.

Imaginer sa mère se carapater chez elle par peur des activistes italiens la

mettait, malgré leur relation parfois épineuse, hors d’elle. C’était ainsi

qu’ils dressaient les prolétaires les uns contre les autres : en instaurant un

climat de terreur, qui résoudrait par lui-même tous les conflits en les

régulant par la vindicte populaire. C’était brillant et horrifiant. Elle vissa un

boulon avec opiniâtreté, et arrangea ses différents tubes à essai sur leur

support, les yeux plissés sous la concentration. Il convenait de s’intéresser

maintenant au détonateur. Là aussi, une faible quantité de produits explosifs

serait nécessaire pour l’amorçage de la mécanique : acide picrique,

peroxyde d’acétone. Elle avait envoyé Manu lui acheter quelques flacons

d’engrais et de ce liquide décapant vanté par les publicités à destination des

ménagères. Le jeune homme avait paru surpris : on pouvait donc se

procurer les ingrédients d’une bombe en allant simplement faire ses

courses ? Gina savait que les étapes suivantes seraient déterminantes : la

chaleur de l’été grenoblois, l’humidité de la cave, l’électricité statique ou le

frottement constituaient de sérieuses menaces tant que le mélange était

instable.

Par moments, elle s’interrompait dans sa tâche, pétrifiée par l’énormité

de ce qu’elle s’apprêtait à faire. Puis elle pensait à ceux pour lesquels elle se

battait. Elle revoyait ce garçon qui paraissait tellement plus jeune que ses

dix-sept ans boitiller sur sa jambe mutilée par un accident de manutention :

il cumulait deux boulots, l’un de jour et l’autre en soirée, ce qui le menait à

somnoler sur ses machines le matin. Elle revoyait cet homme lessivé par

vingt-sept années de chaîne qui économisait sou après sou pour pouvoir

offrir à sa femme quelques semaines de vacances. Elle revoyait le regard de

cette mère de famille, usée par l’ouvrage, qui peinait à joindre les deux

bouts et qui devrait faire don de ses trois enfants à l’usine dès qu’ils seraient

en âge de travailler, car la maigre augmentation dont elle avait bénéficié

cette année couvrait à peine l’inflation. Elle revoyait ces hommes fiers, ces

femmes courageuses qui vouaient leur existence à une entité sans âme,

abrutissante, écrasante, pour que soient générés des profits dont ils ne

verraient pas la couleur. Elle revoyait ces ouvriers qui s’obstinaient à

consciencieusement voter sans qu’aucun dirigeant les prît au sérieux et sans qu’aucun syndicat se montrât à la hauteur, jamais. Et elle bafouillait,

trépignait de rage, houspillant les outils sur lesquels elle était penchée, ses

doigts crispés par l’indignation agrippant le tournevis.

Contrairement aux engins explosifs conçus par le FLP ou l’IRA, il ne

s’agissait pas ici d’une action-suicide : la bombe devrait se déclencher à

distance, d’où l’importance du commutateur. Il lui fallait garantir

l’autonomie de l’alimentation électrique, le bloc-batterie ne pouvant être

accolé à la bombe. Comment activer l’interrupteur, alors ? Ayant pris soin

de protéger son visage, elle s’arma d’un chalumeau pour souder les derniers

fils. Elle mit ensuite au point un détecteur de mouvement : ce n’était pas

l’idéal, mais elle serait en mesure de l’actionner au moment opportun. Une

vague de panique la submergea de nouveau ; elle la dissipa en convoquant

Al-Fatah et les Brigades rouges. Elle aussi, elle contribuerait à changer le

monde, à en faire un endroit plus juste.

Les bras chargés de victuailles visant à réapprovisionner les grévistes,

Manu tentait d’ouvrir d’une main la porte cabossée de sa rutilante Renault 4

lorsqu’il aperçut Gina, échevelée, se diriger vers lui. Elle avait une lueur

indéfinissable au fond de l’œil, un air à la fois lointain et fanatique.

– C’est prêt, dit-elle simplement.