Eldorado
Interlude
L’inexorable trajectoire de notre bref séjour sur Terre ne semble pas
renfermer la moindre explication. Malgré cela, nous aspirons à conjurer le
destin en recherchant un sens, qui plus nous essayons de le saisir, plus ne
cesse de nous échapper. Une raison, un moteur, un Eldorado : quelque chose
qui nous meut et nous émeut.
Peut-être est-ce la quête de l’indépendance, la prise en main de son
existence, l’écoute de son instinct. Peut-être est-ce consacrer ses forces à de
grands idéaux afin qu’à l’automne de sa vie, on ait la conviction d’avoir
œuvré pour l’amélioration du monde.
Ou bien, la direction que doit emprunter chaque être humain est celle
prévue par notre nature organique : et notre présence sur Terre a pour but
principal de reproduire l’espèce. Si l’on admet ce postulat, il est bien
normal que nous ressentions un tel sentiment de plénitude quand naît un
enfant et qu’ainsi se transmet notre nom et se perpétue notre lignée.
Participer au développement physique et psychique d’un soi miniature
devient alors une aventure, dans laquelle on se plonge intégralement et qui
nous procure d’ultimes émotions.
Mais pourquoi devrait-il y avoir forcément un sens ? Certains acceptent
qu’il n’y ait pas de raison métaphysique à notre existence, pas de principe
premier ni de cause. Ils ne perdent ni leur temps ni leur santé mentale à
décortiquer le pourquoi, le comment. Ils admettent bien volontiers la
pertinence de s’interroger sur notre condition, tout en se vouant à
apprivoiser l’idée d’une mort inéluctable ; malgré cela, ils décident de
simplement savourer chaque instant qui leur a été accordé, avec béatitude et
sérénité. Ce sont certainement les plus sages.