Électrons libres

James Flint · Chapitre 12 sur 25

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Électrons libres

Patrick Belin

 

L’endroit où crèche Patrick Belin n’est pas facile à trouver. Fremont, c’est l’ancien quartier industriel ; bien que ce soit tout près des quais, j’arrive à me planter en sortant de la voie rapide et je me retrouve piégé dans un absurde dédale de sens uniques qu’il me faut quarante minutes pour débrouiller. Quand j’ai trouvé le bon endroit, j’ai l’impression de débarquer sur un décor de Mad Max : un labyrinthe d’entrepôts en ruines et de baraquements dégorgeant de machines-outils. Puis d’un coup, on s’aperçoit qu’il y a une nouvelle couche de goudron sous les pneus, que les panneaux de signalisation sont de nouveau à la verticale, que ce qui fut jadis un quai de chargement a été recyclé en marina et que les entrepôts sont désormais pleins de cafés et d’appartements à loyer excessif. Rénovation. Toujours la même histoire, partout dans le monde.

Tout baignés de soleil derrière une impressionnante paroi de verre, les Ateliers Electroworks pourraient se trouver en bas de chez Miles. À l’intérieur, j’aperçois cinq ou six silhouettes évoluant sur une tourelle d’échafaudage qui sont en train de monter (ou de démonter) une énorme installation artistique, une espèce de robot géant. Je gare la Honda et j’entre pour demander à l’une des techniciennes si elle peut me dire où trouver Patrick Belin.

— Pat ? » Elle me désigne une passerelle métallique qui longe les murs à trois mètres cinquante au-dessus de nos têtes. « Atelier n° 3. » Comme je me dirige vers là, elle me tape sur l’épaule. « Il sait que vous venez le voir ?

— Ça m’étonnerait.

— Alors faites gaffe. »

Sans me dire pourquoi, elle m’adresse un rictus et retourne à sa tâche, qui consiste à arrimer un tronçon du robot à un palan. C’est la seconde fois qu’on me dispense un avertissement mystérieux au sujet d’un ancien ami de Jack et ça commence déjà à me lasser ; du coup, je lance un sourire du style babines retroussées dans le dos de la fille, après quoi je monte cling-clang sur la passerelle.

Tout le bâtiment sent le métal ; malgré les revêtements bien sablés et la remise en état dernier cri de l’intérieur, l’air est toujours saturé de l’odeur infecte des produits chimiques jadis stockés ici par milliers de litres. Il y a bien d’autres odeurs ; celle du café par exemple, et aussi celle du vernis. À moins que ce ne soit de la colle… Tabac ; il y a une très forte odeur de tabac, c’est net. C’est même de plus en plus net au fur et à mesure que j’approche de l’atelier n° 3.

La porte est fermée, mais à hauteur de regard, il y a un petit judas de bois sur lequel les mots “Cette porte doit rester fermée” ont été marqués au feutre noir. Je fais glisser le judas ; derrière, un carreau de verre renforcé permet de voir la salle. En me penchant un peu et en masquant d’une main les reflets occasionnés par l’éclairage du couloir, je jette un œil.

L’atelier n° 3 est beaucoup plus vaste que je n’aurais cru. J’ai l’impression qu’il s’étend en partie jusqu’au bâtiment voisin. Huit ou neuf mètres de plafond, il est de forme parallélépipédique, avec une mezzanine bétonnée et trapue coincée à l’autre bout, accessible par une échelle métallique boulonnée au mur de gauche. À côté de ladite échelle, il y a des étagères murales essentiellement occupées par des boîtes de rangement Curver, disposées par couleur, lesquelles contiennent ce qui ressemble à des composants électriques, encore qu’à cette distance, ce soit difficile à préciser.

Sur les étagères inférieures, il y a des objets plus gros, des oscilloscopes aux écrans aqueux, des masques de circuits intégrés, ce genre de choses. Mais tout ça n’est rien en regard de ce qui se dresse dans l’ombre de la mezzanine.

Au premier coup d’œil, il n’est pas évident de comprendre de quoi il s’agit. Il y en a six ou sept, séparés en deux groupes par un espace vide. Ils sont de tailles diverses, le plus petit fait moins d’un mètre, le plus grand deux mètres et quelques. Avec leurs socles de résine, leurs bobines de cuivre et leurs globes métalliques, ils font penser à de l’Art déco, on dirait des trucs récupérés sur un décor de Flash Gordon. Je dirais que ce sont des transformateurs de Tesla ; ça et des accélérateurs électrostatiques de Van de Graaf. D’après le fort bourdonnement qui émane de la pièce, même avec la porte fermée, je dirais aussi que la plupart d’entre eux sont sous tension.

Allant d’une machine à l’autre, branchant et débranchant des câbles, vérifiant les connexions, déplaçant divers bidules, un homme joufflu tout en cheveux mâchouille un étron de cigare planté au coin de ses lèvres. Au bout d’une minute ou deux, Belin (ce ne peut être que lui) émerge de l’ombre et s’avance vers le milieu de la salle où, et c’est là le plus insolite, une espèce de grande toile a été tendue à l’horizontale au-dessus d’un bassin en aluminium de trois mètres sur deux environ et de dix à quinze centimètres d’épaisseur ; sur l’un des côtés, il y a un escabeau, du genre dont on se sert pour bricoler chez soi.

Ce qu’il fait ensuite, Belin, est tout à fait inattendu. Il grimpe sur l’escabeau et reste là un moment, comme s’il allait plonger dans le bassin en traversant la toile. Il ne plonge pas. Non, au lieu de faire ça, il ouvre sa braguette, sort sa biroute (qui ressemble de façon étonnante à son cigare) et entreprend de pisser. De gauche à droite d’abord, puis de haut en bas, il urine généreusement sur la toile comme un gamin qui écrit son nom dans la neige. Si ça se trouve, c’est ce qu’il fait ; il écrit son nom. De là où je suis, je n’en sais rien.

Quand il a terminé, Belin descend de l’escabeau et redresse la toile en position verticale. Son cadre est équipé de deux pieds à roulettes que je n’avais pas remarqués, ce qui permet à cette peinture à la pisse de rouler jusqu’aux bobines de Tesla pour être insérée entre elles ; Belin la positionne très précisément en se repérant à des marques faites au sol avec du gaffer. Après quoi, il grimpe à la mezzanine et s’installe à une console grise dont les seuls éléments visibles sont de gros interrupteurs, des cadrans et des loupiotes. Il fait basculer les interrupteurs un à un, vérifie quelques cadrans, griffonne des notes sur une planche, puis se précipite au bas de l’échelle pour aller prendre sur les étagères un gros masque de soudure. Sans enlever son moignon de cigare, il enfile le masque puis se tourne vers l’assortiment de transfos et de générateurs. Quelques minutes passent. Quand je m’apprête à laisser tomber l’attente pour frapper à la porte, plusieurs arcs de lumière figée traversent soudain l’air entre les deux groupes de machines et d’un coup, tout devient blanc.

 

Pendant un temps qui me paraît extrêmement long, je n’y vois plus rien. Je suppose que c’est ce dont la fille voulait m’avertir. En attendant que ma vue revienne, l’odeur d’ozone me parvient en s’insinuant sous la porte. Allez savoir pourquoi, je trouve ça vaguement rassurant.

Au bout d’un moment, mes rétines se remettent du choc. Droit devant moi je ne vois qu’un gros disque blanc, mais après force clignements et frottements d’yeux, le disque commence à puiser en vert et violet, puis il rétrécit ; j’en conclus que je ne vais pas rester aveugle. Je découvre que si je tiens ma tête penchée en arrière de 65° et inclinée fortement sur un côté, j’arrive à y voir à peu près normalement.

Je localise la porte et je frappe.

— Quoi ? aboie une voix à l’intérieur.

Je tourne la poignée et j’entre. Le disque m’empêche de distinguer le visage de Belin, mais comme je peux voir son entrejambe, c’est à cette partie-là que je m’adresse. Après tout, je connais déjà son contenu.

— Patrick Belin ?

— Qui le demande ? » Si une barrière électrifiée pouvait parler, elle aurait cette voix-là.

— Vous ne me connaissez pas, mais…

— Cassez-vous, j’suis occupé. » Les jambes font demi-tour et s’éloignent, me montrant une paire de fesses poussiéreuses.

— C’est au sujet de Jack Reever.

— Qu’est-ce qu’il a dit, là ? » Les jambes s’arrêtent, mais ne se retournent pas. Le disque a encore rétréci d’un iota, il flotte, clignote du vert au bleu en passant par le rose. « Jack Reever ?

— Je m’appelle Cooper. Je suis son fils. »

Les chaussures coquées de Belin se dirigent lourdement sur ma droite, où elles s’approchent des roues en étoile d’une chaise à pivot. Tout ce joli monde se fait un doigt de cour puis se sépare violemment, après quoi la chaise roule en tournoyant sur elle-même sur le sol bétonné, se précipitant vers moi. À cause d’un brusque déplacement du disque, désormais foncièrement rouge, je calcule mal la trajectoire de la chaise, dont le siège métallique vient me percuter méchamment, juste en dessous du genou.

— On s’assoit ! »

Je fais ce qu’on me dit de faire. Les images rémanentes ont glissé vers le haut et à droite maintenant, du coup je peux voir le visage de Belin : il porte un bouc complet qui encadre tel un manchon ses lèvres pleines et amphibies, il a les yeux comme des perforations faites par des balles de petit calibre dans du verre securit, et la tignasse de mise chez les bobos qui savent transpirer.

Dans un accès de dépit puissamment théâtral, Belin expédie son mégot de cigare dans une corbeille, extrait un tube d’aluminium intact de sa poche ventrale, en ôte le bouchon de plastique avec ses dents, le crache en direction de la corbeille (la rate), en fait sortir un cigare tout frais, broie le tube d’une main comme un hercule de pacotille tout en arrachant d’un coup de dents curieusement exemptes de taches de nicotine le bout du cigare, qu’il crache vers la corbeille (dans le mille !), le fait suivre du tube écrabouillé, sort enfin un Zippo cuivré de sa poche et s’en sert comme un con pour allumer sa saleté. Non, je dis comme un con parce que même moi qui ne fume pas, n’ai jamais fumé, n’ai aucun désir de me mettre à fumer, vu que c’est une putain de manie de chacal putride, même moi donc, je sais que le fait d’allumer un cigare avec un briquet à essence est un sacrilège, étant donné que l’odeur bien lourde de l’essence imprègne le végétal et le gâche. Il faut utiliser une allumette spéciale tout en longueur ou, dans l’idéal, un briquet à gaz. (Au cas où vous vous poseriez la question, j’ai appris tout ça dans un documentaire sur Cuba que j’ai vu l’autre jour.)

Comme je me doute bien que Belin n’apprécierait guère, j’évite de lui faire part de mes accidentelles connaissances d’aficionado. Mais sachant ce que je sais et le regardant faire ce qu’il fait, mon estime pour lui en prend un sérieux coup dans l’aile, encore qu’elle avait déjà été bien amochée quand je l’ai vu pisser sur la toile. Mais le pire, c’est ce qui lui arrive maintenant (à mon estime pour lui) quand il se penche vers moi, pose ses mains sur le dossier de la chaise et me crache sa fumée au visage.

— Où est le fric, Cooper ? »

Ma vision est bien dégagée maintenant, presque. Je vois très nettement la braise grosse comme une pièce de monnaie qui rougeoie au bout du cigare de mon tortionnaire. Encore que je n’aie pas vraiment besoin de la regarder. Elle est là, suspendue à deux centimètres de mon nez ; même si j’étais devenu aveugle, je serais parfaitement conscient de sa présence.

— Si ça ne vous dérange pas, j’apprécierais que vous ôtiez ce truc de devant mon nez.

— OÙ EST MON PUTAIN DE FRIC ?

— Quel fric ? Je ne sais pas de quoi vous parlez. » Je vous prie instamment de bien vouloir remarquer qu’en la circonstance, je produis de louables efforts pour rester serein.

— LES DIX MILLE DOLLARS QUE TON PÈRE ME DOIT ! OÙ SONT-ILS ? »

Apparemment, mes efforts pour faire preuve de politesse sont assez vains. « Mais de quoi vous… mais j’en sais rien, putain !

— POURQUOI T’EN SAIS RIEN ?

— PARCE QUE MON PUTAIN DE PATERNEL EST MORT, ABRUTI DE MES FESSES ! »

Un temps.

Belin se recule un chouïa et tire une bouffée sur son cigare tout en réfléchissant.

Puis il se met à parler. Ce qu’il dit, c’est :

— Et merde… ça ne m’étonne pas, tiens ! »

Ce qui l’exclut de facto de ma liste d’expéditeurs potentiels des cendres, la réduisant à un zéro pointé.

Nous voici dans le bureau de Belin, un endroit propret qui jouxte son labo électrique et dont les murs sont occupés, non par des étagères, mais par des meubles de rangement Hon assortis. J’ai montré à Belin le catalogue que m’a donné Cox, dans le but de l’amadouer. Ça ressemble à un jeu d’aventures, cette quête que j’ai entreprise. Explorez la ville jusqu’à ce que vous ayez trouvé le sextant, la haussière et le surin, donnez-les au vieux loup de mer qui boit dans un coin du Perroquet titubant, en échange de quoi il vous prendra à son bord comme passager clandestin, seul moyen (à moins de pirater le programme et de vous équiper vous-même d’un hors-bord, chose que nous avons commise Miles et moi lors d’un jeu particulièrement frustrant sur Commodore 64) de traverser la mer jusqu’à l’île où dort la jolie princesse. Etc.

— Et donc, vous connaissiez Jack depuis longtemps ? » Je vais à la pêche, là. « Depuis avant son départ pour l’Europe ?

— Euh… Ouais, on peut dire ça, lâche Belin. Jack et moi, ça remonte à un bail. Il vous a déjà parlé de l’île de Blakely ?

— Bien sûr.

— Bon, eh bien c’est là qu’on s’est rencontrés. Mon paternel était l’un des artistes qui vivaient là-bas. Jack et moi on était tout le temps fourrés ensemble, on apprenait à sculpter. On était comme deux frères, quoi. »

Pas besoin de hausser mes sourcils ; ils le font d’eux-mêmes.

— Vous ne me croyez pas ? dit Belin.

— À la façon dont vous me parliez de lui il y a quelques minutes encore, on a du mal à croire que vous avez été amis.

— Ouais, eh bien ça c’est fini, pas vrai ? C’est fini depuis qu’il m’a laissé en plan. Ce que je n’avais pas compris à ce moment-là, c’est à quel point Jack avait changé.

— Comment ça ?

— S’il faut le dire en un mot, disons qu’il était devenu… maniaque. Il était tout le temps concentré, Jack, toujours absorbé à 100 % dans ce qu’il faisait. Ça m’avait toujours impressionné, ça, surtout quand nous étions de jeunes sculpteurs débutants. » Il est debout à la fenêtre, il regarde la baie, essaie de s’extraire une écharde ou un filet de crasse de sous un ongle. « Mais quand il s’est ramené ici après Graniteburg, il buvait pas mal, ce qu’il n’avait jamais fait à Blakely. Moi j’essayais de monter cette expo et de la faire tourner – ce qui était déjà foutrement pénible en soi – et lui, il se barrait sans rien dire pendant des jours pour aller se piquer la ruche. Pour moi, c’était carrément irresponsable. Peut-être qu’il se punissait lui-même pour un truc. »

Il me semble évident que Belin ne croit pas à ce qu’il vient de dire, qu’il essaie juste de ménager ma susceptibilité. Je n’arrive pas à savoir si j’apprécie son tact ou non. Je préfère le questionner sur le Dr Metzger et les cours que Jack suivait.

— Il ne m’en a jamais parlé. Mais c’est bien possible, oui.

— Et Salt Mountain, il vous en a parlé ?

— Quoi, le site au Nevada ? Pas que je me souvienne. C’est là qu’il est allé ? » Il essaie de dire ça comme si ça ne le touchait pas.

— C’est ce que j’essaie de déterminer.

— Ça paraîtrait logique. Mais bon, comme je vous l’ai déjà dit, Jack s’est tiré sans tambour ni trompette. Je ne sais pas du tout ce qu’il est devenu. Un jour, il était ici, le lendemain il n’y était plus. Si vous voulez mon avis, il me paraît de plus en plus évident que les seuls événements artistiques qu’il ait jamais accomplis pour de bon, c’étaient des évasions en tout genre ; à la Houdini, voyez ? »

Je n’ai aucune raison de me sentir blessé par ce commentaire ; au train où vont les choses, ce qu’il dit est joliment près de la vérité ; n’empêche que je suis bel et bien blessé. Belin le voit aussitôt sur mon visage.

— Je suis désolé, mais vous savez, c’était ça, la vraie personnalité de Jack… son arrogance. C’est vrai quoi, c’est pas normal de traiter les gens de la sorte, non ? J’aurais dû interpréter les signes… cette manière qu’il avait de traînasser partout comme un génie reconnu, toujours à balancer des idées en espérant que nous autres on allait se précipiter pour les réaliser en faisant de notre mieux. Jack et moi on a démarré ensemble, mais devinez qui se tapait tout le boulot en fin de compte ?

— Vous et Jack, vous avez monté cet endroit ?

— Je veux ! Notre matos était trop tordu pour pouvoir être exposé dans les galeries snobinardes du centre-ville, alors on a monté la nôtre. On ne pouvait pas faire autrement. Jack était revenu de sa période de bourlingue farci de grandes idées sur l’art, la science et tout le bastringue, des idées qui résonnaient joliment avec celles que j’avais en tête à l’époque, et au bout de quelques mois à pinailler sur le fait que le paysage artistique local était raide mortibus, on a décidé de se trouver un endroit où on pourrait faire ce qu’on voulait. Alors on s’est mis à chercher.

— Et vous avez trouvé… ici ?

— Ouais. À l’époque, c’était une usine de placage par galvanoplastie et bon, Jack y travaillait, il y faisait un de ces boulots de con à la chaîne qu’on faisait tous pour payer les factures. Il nous racontait tout le temps des histoires à faire dresser les cheveux sur la tête comme quoi c’était vraiment un endroit à la gomme, toujours sur le point d’être fermé, vu qu’aucune réglementation n’y était respectée. Puis un jour, voilà qu’un de ses abrutis de camarades – et laissez-moi vous dire que cet endroit employait de la vraie racaille, des camés, des psychopathes, d’anciens escrocs même, en veux-tu en voilà – bref, un de ces nazes abandonne son poste et va se fumer du crack dans sa bagnole, sur le parking. Vu qu’il était carrément pas dans la moyenne question jugeote, le v’là qui se fait une petite overdose, tombe dans les vapes, laisse tomber la pipe sur ses pantalons, qui s’enflamment. Bon, ’reusement, Jack était le genre de mec pas fichu de rester un quart d’heure sans fumer sa clope ; du coup, il va dehors, voit la fumée qui sort de la bagnole, il y court et il réussit à en extraire le gars juste à temps. Si vous voyez ce que je veux dire, c’était pas tout de suite qu’il rechercherait la compagnie des dames ; m’enfin bon, il était tiré d’affaire. Et il a eu du bol, parce que deux minutes après que Jack l’avait sorti, le feu a atteint une durite et boum.

— Putain.

— Vous l’avez dit. N’importe où ailleurs, ç’aurait été la fin de l’incident et bas ta. Mais pas là. L’explosion avait fait sortir les autres nazes, qui se sont aussi sec mis à avoir les chocottes ; pas parce que leur camarade était en danger de mort, non, mais parce qu’ils devaient tous se grouiller de planquer leur came avant que les flics rappliquent et décident de faire une descente. Les voilà donc qui se mettent à courir dans tous les sens pour planquer leur matos, et vu que personne à l’intérieur ne s’occupait de la sécurité, voilà-t-y pas qu’une cuve de produit se met en surchauffe et commence à éclabousser de partout. Avant que quiconque s’en aperçoive, un autre incendie couvait, un vrai cette fois. Par miracle, ils ont réussi à le contenir avant qu’il ne fasse de gros dégâts, mais comme c’était la troisième fois qu’un incident de ce genre se produisait, les contrôleurs ont tout fait fermer.

» Et puis un soir, quelque temps après ça, Jack et moi on buvait une bière dans un bar et Jack m’a fait un topo sur la situation et il m’a dit : “Hé Pat, je connais les gars qui possèdent cet endroit, ils m’ont à la bonne, et faut bien admettre que ça ferait un sacré atelier et une chouette galerie. Si on leur fait une offre maintenant, ils seront tellement ravis de s’en débarrasser qu’ils tomberont d’accord pour une bouchée de pain. C’est-y pas exactement ce qu’on cherche ?”

» Il avait raison. Nous avons emprunté de l’argent ; ou plutôt, j’ai emprunté pour notre compte à tous les deux, vu que le crédit de Jack ne lui suffisait même pas à se faire avancer un coup à boire. On a acheté la carcasse du bâtiment vide et on l’a nettoyée à fond. Il restait bien la moitié des machines-outils, et une extrémité du bâtiment avait brûlé, mais c’était chouette. Jack était tout jouasse à l’idée de monter son expo dans une vieille usine de galvanoplastie. Les deux choses qui l’intéressaient le plus à cette époque, c’était l’alchimie et le nucléaire. Il trouvait que la galvanisation, ça collait bien avec. “La réorganisation des métaux au niveau moléculaire”, c’était sa devise, en gros. Encore qu’il n’en a jamais réussi une seule, de réorganisation. Enfin, c’était la théorie, quoi.

— C’est là que vous avez monté “Usage Frivole” ?

— Pas tout de suite. On a d’abord tourné là-dedans un petit moment, moi, Jack et trois ou quatre autres artistes qui partageaient la même démarche culturelle et qui avaient besoin de beaucoup d’espace pour bosser. Chacun de nous a investi un des espaces latéraux et en a fait son atelier – celui où je suis aujourd’hui est le même que j’avais à l’origine ; celui de Jack était là en bas, où se trouvent les roboticiennes – et on s’est mis à faire des trucs. Enfin, presque tous. Parce que Jack, son coin à lui ressemblait plutôt à une décharge.

— Décharge de quoi ?

— De tout ce qu’il ramassait à gauche et à droite ; ou plutôt de tout ce qu’on ramassait pour lui, vu qu’il incitait tout le monde à le faire. Absolument tout ce qu’on pouvait dénicher et qui contenait ne serait-ce qu’une trace de radioactivité potentielle, ça finissait ici. Des amas de détecteurs de fumée, des pots de peinture au radium, des drouilles dont vous n’avez même pas idée.

— Du Fiestaware ?

— Bon Dieu, oui. Des tonnes ! Ça plus que toute autre chose. Il aurait pu ouvrir une douzaine de magasins de vaisselle avec tout ce qu’il avait. Il réduisait en morceaux, il recollait… Il faisait de tout et de n’importe quoi avec.

— Vous voulez dire qu’il en faisait effectivement quelque chose ?

— Oh oui, de ça et du reste.

— Mais je croyais que l’expo ne présentait que des esquisses ?

— On s’est servi des esquisses pour le catalogue. S’il n’y avait eu que des esquisses, on n’aurait pas eu de problèmes. Ce sont les sculptures qui ont provoqué tout le bordel. »

Pour le coup, je suis intrigué. « Y en avait-il une en forme de crâne de cheval de deux mètres cinquante de haut, sculptée dans un bloc de granit ? »

Belin se marre. « J’ai bien peur que non. J’aurais bien aimé, remarquez ; ça aurait peut-être valu le coup. Par contre, je vois de quelle pierre vous voulez parler, c’est celle que Jack s’est coltinée depuis Graniteburg, non ? Ouais, ça je m’en souviens très bien, il a fallu que j’aille l’aider à récupérer cette saleté au dépôt quand elle a été livrée. Elle a bien failli péter mon treuil. Non. Il n’a jamais rien fait de cette chose ; il l’a juste laissée traîner là, au mitan. »

Il me paraît étrange que Metzger n’en ait pas parlé ; peut-être qu’il n’était pas au courant. Je me rends compte peu à peu que Jack était vraiment comme ça. Il n’y a pas que Stasie et moi qu’il a traités à part ; ce type cloisonnait tous les aspects de sa vie. Chacun de ses amis a été maintenu dans une sphère à part, sans être averti de l’existence des autres. Comme s’il restait toujours en retrait par rapport à eux, pour les observer, pour leur soutirer quelque chose tout en ayant l’air de leur offrir son amitié en retour, alors qu’en réalité il ne s’est jamais impliqué sur le plan émotionnel. C’est vraiment un comportement de cinglé. Est-ce qu’il le faisait exprès ou est-ce que ça faisait partie d’une stratégie globale ? Est-ce qu’il se nourrissait de l’illusion qu’il était une espèce de génie existentiel que le monde ne devait point souiller ? Est-ce que c’était involontaire, est-ce que c’était juste sa manière d’être ? Un genre d’autisme, en gros ?

C’est impossible à dire.

Tout en parlant, Belin s’est approché de ses classeurs de rangement, a farfouillé dans le tiroir PQR, en a extrait le dossier “Reever, Jack” ; il le pose sur le bureau et le compulse. Je commence à me dire que c’est ça que les gens laissent derrière eux : des bouts de papier aléatoires dans des tiroirs et des cartons à moitié oubliés. Du moins pour la génération de Jack. Parce que tout ce que ma génération à moi laissera, ce sont des motifs évanescents constitués d’électrons, sur les réseaux. Des fantômes électriques. Ce qui paraît cohérent si vous cherchez une analogie ou une métaphore de l’âme. C’est le taux de rotation des données qui va plus vite, c’est tout. Plus vite, plus simple, beaucoup plus efficace. Peut-être que c’est ce qu’elle aime, ma génération.

— Voici l’une des sculptures qui faisaient partie de l’expo », me dit Belin en sortant une photo du paquet, qu’il me tend. Elle représente un gros aquarium plein de débris de vaisselle orangée, empli d’eau et monté sur un chariot d’aluminium. Un gyrophare jaune est rivé au couvercle métallique, à côté d’une sorte de pompe. Sur l’un des petits côtés, un robinet de plastique passe à travers la paroi de verre ; il se déverse dans la trémie d’une cafetière placée en dessous, sur une petite étagère spéciale. Le chariot est orné d’un ruban en plastique jaune et noir qui porte l’inscription répétée : ATTENTION : RADIATIONS ! Dans l’aquarium, plusieurs poissons aux couleurs gaies nagent, rigolards, dans les tunnels et les cavernes que forment les bouts de Fiestaware.

— Qu’est-ce que c’est que ce truc ?

— Je crois que c’était censé être une espèce de générateur atomique, modèle familial.

— Comment ça marche ?

— J’en sais trop rien. Encore un truc délirant à la Reever. Il y a des indications de l’autre côté, vous n’avez qu’à regarder. »

Je retourne la photo pour parcourir les indications qui figurent derrière. Le machin s’appelait le Réacteur d’Atelier modèle IV ; l’idée c’est qu’on peut le brancher sur une prise murale normale. Ce qui entraîne l’ébullition de l’eau par les éléments contenus dans le fond, l’eau s’évapore, la vapeur se condense sous le couvercle et retombe dans l’aquarium. Ce faisant, l’eau dégage de l’hydrogène qui est évacué du système par la pompe. Du fait qu’on la sépare de son 0 , l’eau se transforme en eau lourde, très concentrée 2

en deutérium et, à un moment donné (en gros dans deux mille ans, on ne va pas chipoter) il y aura assez de deutérium pour réagir avec l’uranium contenu dans la vaisselle et ainsi provoquer (dans les rêves de Jack) une fission nucléaire de calibre modeste. Le tout finirait par atteindre sa masse critique, le flux de neutrons engendré allumerait le gyrophare, ce qui vous indiquerait que l’événement tant attendu est enfin arrivé : le robinet s’ouvre et libère un filet d’eau surchauffée dans la cafetière. “Chaleur, lumière et café”, conclut le texte, “tout ce qu’il faut pour un atelier d’artiste”. Je vois, ouais.

Je reviens à l’image en m’efforçant d’établir un lien entre cet objet absurde et le baba-cool sculpteur sur bois dont je me souviens. Ça ne marche pas. Ce Jack-là n’a pas pu faire ce bidule. Disons qu’il n’aurait pas su. C’est vraiment toi, ce machin, Jack ? Ou bien les conneries hippies, c’était rien que du flan ? Une expérience ratée ? C’est pour ça que tu nous as laissé tomber ? Parce que quelque chose t’a fait comprendre que tu n’étais pas ce que tu souhaitais ? Que tu n’étais pas ce que tu aurais dû être ? Et qu’est-ce qui t’a fait comprendre ça ? Stasie ? La communauté ? Tout le groupe ? Autre chose ?

J’aperçois alors, à peine visible dans un coin de l’aquarium, un signe que je connais, gravé dans le verre. Petit, mais indéniable. Le symbole.

Je le montre à Belin, lui demandant de quoi il s’agit, mais il n’en sait rien. « C’était son truc, à Jack ; les runes magiques, ce genre de choses. Jamais compris à quoi ça rimait. »

À court de questions face à la complète étrangeté du Réacteur d’Atelier, je sors l’objet magique n° 2 de mon sac à dos Cisco Systems : l’article de journal intitulé “Émeutes à Fremont”.

Belin soupire, va vers une fontaine à eau où il fait couler un peu de liquide dans un gobelet conique. « D’une manière ou d’une autre, le lobby antinucléaire du coin a entendu dire que Jack travaillait avec des matériaux radioactifs, dit-il. Ces imbéciles se foutaient complètement de savoir que le matos utilisé par Jack avait été acheté dans des vide-greniers ou des brocantes ; Fremont était une zone sans nucléaire, point-barre. Ils ont tout fait pour nous empêcher de continuer. Ils ont fait un sit-in juste là, dans la rue, pendant deux jours ; ils ont injecté de la colle dans les serrures pour nous empêcher d’entrer. Ils sont même allés jusqu’à distribuer des tartes à la crème aux manifestants pour les lancer sur les gens qui se montreraient assez bêtes pour venir voir l’expo.

— Jack devait être furax.

— Furax ? Jack ? Il était aux anges, oui ! Il raffolait de tous les conflits ; ça le mettait en vedette. La presse l’a harcelé à ce sujet. Il est même passé à la radio ; pas seulement une fois, comme le dit votre article, mais un bon paquet de fois. Même la chaîne câblée locale est venue lui baver dessus.

— Alors en fin de compte, ça a bien tourné ?

— Non. Pas du tout. On aurait pu le croire, toute publicité étant bonne à prendre et tout ça, mais ça nous a causé du tort, et un max. Pour commencer, on n’est pas arrivé à faire bouger les manifestants qui faisaient le piquet. On a même essayé par la voie légale, mais ils ne nous ont laissé aucune chance ; ils ont contre-attaqué sans répit. Même s’ils n’avaient pas été là, de toute façon personne ne serait venu voir l’expo, vu que quelqu’un avait révélé à tous les journaux que les visiteurs venaient à leurs risques et périls, à cause des radiations, rien qu’en franchissant la porte d’entrée. Votre article, là, c’est qu’un exemple ; les gens y croyaient dur comme fer. Et donc, non ; financièrement parlant ç’a été une catastrophe. On n’a eu aucun public, on n’a pas fait une vente.

— C’est pour ça qu’il vous doit de l’argent ?

— Non.

— Alors pourquoi ? Il ne vous a jamais remboursé sa part sur l’emprunt pour l’atelier, c’est ça ?

— Non plus ; c’est pas ça l’important, puisque ça voulait dire que c’était moi tout seul le proprio. D’ailleurs au final, j’ai récupéré mes billes.

— Alors quoi ?

— Six mois après l’expo, on a reçu un coup de fil du Bureau de contrôle des radiations de l’État, disant qu’ils menaient une enquête concernant des allégations selon lesquelles nous détenions du matériel radioactif non déclaré au sein de nos locaux. Quelques mecs se sont pointés, ont jeté un coup d’œil dans l’atelier de Jack et nous ont fait évacuer aussi sec. Ils ont posté des gardes, collé des rubans jaunes un peu partout et ils ont convoqué la Brigade des matériaux à risques, ceux qui sont habillés comme des michetons, là, voyez ? Ils ont emballé tout le matos de Jack, toutes ses sculptures, et ils ont tout embarqué pour “analyses”. On savait bien qu’on ne reverrait jamais rien. Jack n’a pas cessé un instant de leur gueuler dessus, parlant de ses droits de l’homme, les traitant de porcs fascistes, disant qu’il avait pris toutes les précautions nécessaires et qu’il n’y avait aucun risque de contamination.

— Il y en avait ?

— Apparemment non. Au début, ils ont dit qu’ils seraient peut-être obligés de raser tout le bâtiment. Mais quoi que Jack ait pu fabriquer là-dedans, il avait dû être raisonnablement prudent, parce que, au bout d’une semaine, ils ont décrété que le site était décontaminé et ils ont disparu, nous laissant comme des cons, les œuvres de Jack en moins, avec en bonus une facture pour l’opération de décontamination.

— Dix mille dollars, donc ?

— Neuf mille cent quarante-trois dollars et vingt-sept cents, si ma mémoire est bonne », dit Belin en récitant les chiffres d’un air blessé. Il est évident que cette information est gravée dans son cortex.

— Ce que vous devez bien comprendre, dit-il en feuilletant de nouveau le dossier Reever et en me tendant une liasse de documents relatifs à la décontamination, c’est qu’il se comportait comme un sale gosse. Un gosse doué, d’accord. Il me détestait si j’émettais ne fût-ce qu’une suggestion pour essayer de trouver un moyen de rassembler la somme. Il était hors de question, disait-il, de payer ces connards pour lui avoir dérobé ses œuvres d’art ; ç’aurait été le comble. C’était plutôt à nous de les poursuivre en justice ; c’était comme ça qu’il voyait les choses. Quant à savoir comment on pourrait se payer un avocat vu qu’on était toujours endettés suite au bras de fer avec les manifestants antinucléaires, là-dessus, il n’avait pas trop de suggestions. Il a traîné encore une semaine ou deux, à se saouler la gueule et à râler après le gouvernement, les autorités nucléaires, les antinucléaires, et surtout contre moi, jusqu’à ce que j’en ai ras le bol et que je lui dise d’aller se faire foutre. »

Je reste immobile, je ne bouge pas un muscle. « Et c’est ce qu’il a fait ?

— Faut croire. Vu que c’est à ce moment-là qu’il a disparu. Il a pris son précieux bloc de granit avec lui, encore que je ne saurai jamais comment il a fait pour le sortir d’ici sans que je m’en aperçoive. Écoutez, Cooper, je sais bien que c’était votre père et tout, mais selon moi, il m’a incité à lui parler comme ça pour se donner ensuite l’excuse de me laisser tomber, au lieu de rester solidaire pour m’aider à trouver le fric. Il n’arrêtait pas de déblatérer. Il voulait absolument qu’on fasse valoir nos droits, qu’on aille en prison s’il le fallait. Alors quand je lui ai dit que je ne souhaitais pas sacrifier ma liberté pour ses principes à lui, il m’a dit que je devais revendre les Ateliers Electroworks, payer la facture et tout laisser tomber. Que ça au moins, il pourrait le respecter.

— Ce n’est pas non plus ce que vous vouliez faire ?

— Pourquoi diable ? Comme je vous l’ai dit, c’est moi qui ai investi du fric et de la sueur dans cet endroit, c’est moi qui me suis engagé. J’ai construit quelque chose. Je n’avais pas l’intention de tout foutre en l’air pour un stupide principe.

— Parce que c’était stupide, selon vous ?

— À vous de juger. En tout cas, Jack n’a pas traîné assez longtemps dans le coin pour aller en taule. Et à mon avis… » Mais il s’interrompt et, sans achever la phrase, remue la tête comme pour dire à quoi bon. Il y a un petit quelque chose de Miles dans ce geste et, en un éclair, je vois Jack fuyant Belin et sa version pertes et profits de Fart, sauf que ce n’est pas Jack et Belin, c’est moi qui fuis Miles et son offre de boulot. Les situations sont différentes et pourtant très proches, je sais qu’elles se ressemblent, je ne sais pas à quel niveau exactement, mais je le vois. Et, d’un coup, je comprends ce qui s’est passé ici. Je vois tout. D’un côté, je compatis avec Belin ; il est évident que Jack s’est comporté comme un sagouin. Mais d’un autre côté, à quoi bon monter une galerie en dehors des sentiers battus si, une fois au pied du mur, on ne la sacrifie pas aux besoins de la cause ? Belin peut raconter ce qu’il veut, le fait est qu’il s’est vendu. Et ça, c’est un truc que mon père n’aurait jamais pardonné à quiconque.

J’ai les factures pour la décontamination à la main ; il y a le chiffre dessus, tel que l’a cité Belin au cent près. Je le soupèse mentalement, je m’efforce d’en concevoir de l’inquiétude, mais rien à faire. Belin secoue la tête maintenant, regardez-le branler du chef ; mais la vérité c’est que je me sens comme le jour où Jack a tenu tête à Miss Banner. Lui et moi, tout seuls contre le monde entier ; dignes. Sentiment captivant. Puissant. C’est ce qu’on doit ressentir quand on a un père sur qui on peut compter.

Et puis aussi vite qu’il est venu, le sentiment s’évanouit ; Jack repart dans le flou, je reviens au présent, à la silhouette de Belin debout à sa fenêtre, qui regarde un bateau en train de manœuvrer lentement sur les quais, je m’aperçois qu’il fait chaud ici dedans, j’ai envie d’un café, faut que je bouge.

 

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