Électrons libres
Situation normale : complètement foutue
Situation normale :
complètement foutue
L’ami à qui je vais rendre visite est mon vieil ami Miles. Miles est riche. Contrairement à Stasie, qui vit dans un quartier de la ville qui était bien, mais qui ne l’est plus, Miles vit dans un quartier qui n’était pas bien, mais qui l’est devenu. Il habite en plein centre, dans l’ancien quartier où se trouvaient les fabriques de dentelle. Quand j’étais à l’école, tout ce coin-là regorgeait d’entrepôts moisis, de gens accros à l’héroïne, de fenêtres cassées par rangées entières, de squats. Et puis un jour, les murs couverts de la merde de tout un siècle d’industrie ont été décapés à la sableuse, l’épiderme d’asphalte qui étouffait les pavés a été arraché, et les entrepôts ont été convertis en lofts et en ateliers. De nos jours, on voit des bagnoles de riches gracieusement garées sur des places de parking toutes pimpantes de peinture fraîche trônant comme des lionnes de pierre de part et d’autre de leur parvis XVIIIe, les vitres brisées ont été remplacées par des pavés de verre, la cocaïne est devenue la drogue de prédilection et les rues ont l’air de sortir d’un catalogue pour salles de bains.
J’ai connu Miles à l’école et nous sommes allés à la fac ensemble ; nous avons pris Informatique à Warwick. Après la fac, nous sommes restés dans notre foyer d’étudiants à Coventry et nous avons démarré une petite société de conception de jeux vidéo. On n’était que tous les deux, à encoder des jeux de baston pour Amiga et Atari. On commençait tout juste à voir le bout du tunnel financièrement parlant quand nous avons été contactés par l’ARED. L’ARED, c’est l’Agence de Recherches et d’Évaluation pour la Défense (enfin, c’était ; elle a récemment changé de nom pour quelque chose d’encore plus inoffensif) – En gros, c’est la branche recherches & développement du ministère de la Défense. Ils cherchaient des programmeurs pour participer à l’encodage d’un simulateur de char d’assaut, en RV et réseau fermé, un truc dont le but était de fournir à des équipages de servants de char un moyen de s’entraîner aux tactiques de combat en simulant de vastes batailles transatlantiques en ligne. C’était un projet passionnant. Des moyens énormes ; bien plus que n’importe qui d’autre dans le secteur privé à l’époque, en tout cas bien plus que quiconque au Royaume-Uni. Sécurité de l’emploi, mutuelle, pension de retraite et tout. Je ne gagnais pas beaucoup d’argent avec Miles, et je n’appréciais guère la précarité de la situation, enfin bref j’acceptai le boulot. Miles continua à travailler sur notre moteur 3D. Je déménageai à Farnborough et commençai le job. C’était il y a six ans.
Trois ans plus tard, juste après mon déménagement de Farnborough à Featherbrooks, Miles vendit le moteur 3D à Acclaim pour trois millions de livres sterling. Maintenant, il a sa propre compagnie. Il dit toujours qu’un boulot m’y attend si j’en ai envie, mais je n’en ai jamais envie. Je crois que je suis méchamment empêtré dans mon boulot. C’est ça ou alors je ne peux pas me faire à l’idée de travailler pour Miles. Pas maintenant qu’il est monté bien plus haut que moi. Quelle que soit la manière dont on regarde les choses, il serait toujours le patron et je serais toujours le subalterne. Et bon, j’ai ma fierté, quoi.
J’ai parlé des cendres à Miles, au téléphone. Je lui ai dit aussi, sans trop savoir pourquoi, qu’on m’avait retiré mon accréditation de sécurité, ce qui avait entraîné ma mise à pied provisoire. Je dis sans trop savoir pourquoi, parce que je parle rarement de mon boulot avec Miles. La raison la plus évidente est que je ne suis pas autorisé à le faire, mais c’est seulement une bonne excuse. Même si je pouvais, je ne le ferais pas ; comparée à son existence exaltante à la tête d’une société de jeux en pleine expansion, ma vie est trop monotone.
Par bonheur, Miles tient absolument à attribuer un petit côté James Bond charmeur au léger voile de mystère derrière lequel se déroule ma vie, et je n’essaie jamais de le convaincre qu’il se fourvoie complètement. Ces dernières années, j’ai bien senti qu’il me fallait quelque chose de spécial pour m’assurer qu’il reste mon ami. Même quand on travaillait ensemble, j’avais fini par avoir la sensation que notre amitié lui pesait comme un boulet. Ça m’avait tarabusté à l’époque et ça me tarabuste aujourd’hui. Heureusement, le fait que je fabrique des codes pour des satellites top secret a suffi à le maintenir en contact. Je dis heureusement parce que, à part Liz, Miles est mon seul ami.
Miles vit derrière une porte blindée, au sommet d’un ascenseur en aluminium savamment plissé, au bout d’un couloir d’érable. Il est propriétaire de la moitié du dernier étage de cet immeuble construit en 1873, dont les Monuments historiques ont décrété qu’on pouvait aménager l’intérieur, mais pas-touche à la façade. Sa compagne, Kristrún, m’accueille à l’entrée ; elle dit que Miles prend son bain dans le jacuzzi et qu’il nous rejoindra dans une minute.
Kristrún me conduit dans la cuisine et me propose un Coca. La cuisine, c’est du pur mobilier Smeg. Kristrún est purement belle. Elle est blonde, islandaise, artiste, je veux coucher avec elle à un point terrifiant. Les photos d’elle n’arrangent rien ; il y en a plusieurs sur les murs, des portraits. Nus, les portraits. Qui suffiraient largement à faire chialer tout homme adulte.
Je parviens à refouler mes larmes, mais pour y arriver, je ne peux me permettre de la regarder dans les yeux ; j’aurais trop peur qu’elle n’y voit le désir défiler dans mes pupilles comme un mini-film porno bien saccageur.
— Viens, allons discuter dans le séjour », me dit-elle avant de m’emmener à l’endroit où elle est occupée à monter un luxueux meuble en kit qu’elle a commandé par Internet, chez Heals. Un peu partout sur le sol, il y a des carrés de verre fumé et des rectangles de teck.
— Une fois monté, ce sera un buffet bas », m’assure-t-elle. Elle me tend un numéro récent du magazine Wallpaper, ouvert à une page montrant l’objet fini. « Je l’ai choisi parce qu’il ressemble à celui qu’il y avait dans les pubs Bang & Olufsen dans les années 70, tu te rappelles ? »
Elle s’exprime sur une ravissante cadence mélodieuse légèrement d’outre-monde, parfaitement assortie aux parois de verre coulissantes qui donnent sur le balcon. Ledit balcon est pavé de dalles gris cendré posées sur des mini-pilotis d’acier, avec une couche de gravier d’aquarium en dessous, le tout conçu pour absorber la pluie et la drainer. La pluie n’a aucune chance. Les humains s’améliorent à ce jeu-là.
Je lui demande si elle a besoin d’aide.
— Non ça ira, merci. J’ai tout bien en main. Reste assis et fais-moi la conversation. »
D’accord, mais je préférerais l’aider. Parler, ça me fait peur ; je préfère m’occuper les mains. Si je dis un truc de travers ? Si je dis une connerie, si je me ridiculise ? Si je fais ça, elle ne voudra jamais coucher avec moi. Mais quel con ! Elle est mariée avec Miles. Et en plus, elle est sa cadette de plusieurs années (et donc la mienne, par la même occasion). Bon, mais alors, pourquoi elle m’intimide à ce point ?
— Tu as déjà vu le film Tron ? » C’est la seule idée qui ait réussi à me traverser l’esprit. Je suis lamentable.
— Oh oui, répond-elle sans conviction en regardant attentivement une espèce de grosse vis carrée bizarroïde.
— Je l’ai revu l’autre jour en vidéo. Vraiment chouette.
— Ah oui ?
— Tu sais ce que j’ai trouvé de vraiment chouette ? C’est de voir à quel point ce film a prophétisé le destin de l’industrie informatique des années 90.
— Ah bon ?
— Ouais. Non, mais regarde : tu te rappelles, Jeff Bridges joue le rôle du gamin-prodige à cheveux longs, fondu de jeux d’arcade, et Bruce Boxleitner joue son joli pote le super-crétinoïde, et alors ils se retrouvent coincés tous les deux dans le cyberespace de l’Unité Centrale où ils doivent affronter le Maître Contrôle Principal au milieu de tous ces graphismes vectorisés qui laissent pantois ? Et alors ils réussissent à le vaincre et ils prennent le contrôle de la société, c’est-à-dire que c’est eux qui deviennent la nouvelle hégémonie informatique. Franchement, tu ne trouves pas que c’est exactement ce qui s’est passé avec Steve Job pour Apple et Bill Gates pour Microsoft, qui se sont associés pour faire basculer la culture IBM de l’ordinateur centralisé vers celle de l’ordinateur individuel, après quoi ils se sont partagé les bénéfices du nouveau marché ? Ça ressemble trop à ce que font les personnages du film. C’est dingue !
— Ah bon.
— Ouais, ça va vachement loin ; y compris quand Bruce Boxleitner laisse Jeff Bridges mener l’assaut pendant que lui reste en arrière à fignoler ses logiciels super pointus, ceux qu’il lancera plus tard quand les choses seront calmées, pour empocher le vrai gros paquet. C’est exactement ce que Gates a fait avec Apple, il les a laissés se mettre à découvert en construisant du vrai hardware, faire tout ce ramdam culturel super-visible – comme la pub “fracasse-le-système-1984” où on voit la fille balancer un marteau dans un écran géant – et pendant tout ce temps, lui il était tapi dans l’ombre, à rédiger des systèmes d’exploitation et des packagings de traitements de texte conçus pour faire du fric, quel que soit le fabricant de bécanes qui gagnerait la bataille. C’est exactement ce que Tron raconte – la façon dont, bien qu’ils aient l’air de deux rebelles super-cool prêts à fracasser le système, Jeff et Bruce sont en réalité des agents du système, des mecs dont les actes finissent par aider le système à perdurer. Bon, même si c’est sous une forme relativement mutée, bien sûr. »
Je m’arrête parce que je viens de comprendre que je déblatère, là. Non que Kristrún fasse très attention à moi, remarquez ; elle s’efforce surtout de monter correctement son buffet, avec sur le visage l’expression des gosses qui travaillent sur leur première maquette. Pourtant ça n’a pas l’air bien compliqué ; de là où je suis, même sans regarder la notice, je sais quelle partie s’assemble avec quelle autre et comment. C’est vraiment pour les débiles profonds. Mais comme ce serait m’immiscer que d’intervenir… Au moins, je peux mater les mouvements de son corps sans qu’elle me regarde faire.
— Miles m’a dit que ton père était mort, dit-elle.
Ah. Oui. J’avais oublié, tiens.
— Je suis désolée.
— Pas la peine. »
Elle reprend une expression adulte pour me regarder. Je m’aperçois que je viens de déraper, que je suis allé trop loin en faisant le mec relax et qu’en fait, j’ai seulement l’air d’un mariole. Pire encore, ayant compris ça, je perds complètement pied. « Non… Ce n’est pas ce que je voulais dire. Je veux dire… Je le connaissais à peine. » Qu’est-ce que je raconte ? Est-ce que quelqu’un, n’importe qui, s’il vous plaît, peut me dire ce que je suis censé faire, là ?
Heureusement, Kristrún saisit la balle au bond.
— C’est parce que tes parents ont divorcé quand tu étais jeune ?
— Quelque chose comme ça.
— Oh là là ! Les miens aussi. Merde, c’est vraiment sans espoir, pas vrai ? Ma mère a flanqué mon père dehors quand j’avais huit ans et je ne l’ai pas revu pendant près de dix ans. Mais maintenant, on s’entend bien. »
Et juste comme je me pose la question de savoir s’il ne s’agirait pas d’une subtile méthode pour me demander la nature de mon problème exact, Miles fait son entrée, l’air divin.
— Salut Coops, dit-il. Comment va ? »
Je me lève pour lui serrer la main et ce faisant, je renverse mon Coca que j’avais posé par terre à côté de mon gros pied inutile. Des traînées sombres s’étendent sur le plancher couleur miel vers un épais tapis immaculé tel un glacier. Aussitôt, Kristrún bondit vers la cuisine.
— C’est bon, je m’en charge. »
Trois secondes plus tard, elle est de retour, munie d’une grosse boule de papier absorbant. Miles mentionne en passant le fait que je suis toujours le même gros maladroit et j’acquiesce comme un couillon.
— Kristrún a l’air très sympa, dis-je quand elle a fini d’éponger et qu’elle est repartie à la cuisine pour jeter les serviettes imbibées.
— Ouais, dit Miles en reniflant. Elle devient casanière. J’ai lu dans un journal que c’était une attitude assez répandue depuis le 11 Septembre. » Il a l’air méchamment blasé. Si j’avais quelqu’un comme elle à aimer, je gueulerais merci au ciel à chaque fois que je ne serais pas en train de me prosterner à ses pieds. Ce qui, quelque part, doit expliquer pourquoi je n’ai pas quelqu’un comme ça.
— Alors, qu’est-ce que tu penses des nouveaux aménagements ? me demande-t-il. Ce n’était pas fini, il me semble, la dernière fois que tu es venu ?
— Non, je ne crois pas. C’est chouette.
— Chouette ?
— Ouais. Tu sais bien. Chouette. Je suis jaloux.
— Je sais bien que tu es jaloux, hé pomme ! » Il me sourit. Kristrún revient avec des boissons fraîches pour nous et s’éclipse diplomatiquement. « C’est bon de te revoir, Coops, dit Miles quand elle est partie. Tu vas bien ?
— Ouais. Je sais pas trop. Je suis un peu largué dans cette histoire, je dirais. »
Il opine du chef et nous restons silencieux une minute. Puis :
— Tu sais quoi… ? entame-t-il, comme s’il préparait un truc plus important.
— Non, quoi ?
— Eh bien, ça m’ennuie de te le dire, mais ton vieux et toi, on ne peut quand même pas dire que vous étiez proches. C’est vrai quoi, tu ne l’as pas vu depuis que tu avais onze ans, c’est bien ça ? Et tu n’en as pratiquement jamais parlé.
— Va chier ! dis-je, aussi surpris que Miles par la violence de ma réaction. Ce n’est pas parce que je ne t’en parlais pas que je n’y pensais pas ! Tu es aussi mesquin que Stasie, sans déconner ! Elle non plus, elle ne veut pas que je fasse mon deuil. Elle dit que je ferais mieux de jeter les cendres à la poubelle ! »
Fin de l’éruption. Miles reste assis, en attente, se préparant à affronter le gros de la tempête. Quand il comprend que l’orage est passé, il sirote son verre et pouffe légèrement de rire. Mais le Coca en profite pour lui remonter dans les sinus, et il se met à éternuer et à tousser ; bien fait pour lui.
— Ne ris pas, enfoiré ! lui dis-je.
— Admets quand même que c’est tordu.
— Pas pour moi.
— Oh allez quoi, Cooper !
— Allez, mes couilles oui ! On parle de mon père, d’accord ? Est-ce que le tien est mort ? Non, il n’est pas mort. Eh bien, le mien vient de mourir, et même si je ne l’ai pas vu depuis dix-huit ans, il me semble que je suis en droit d’éprouver quelque chose.
— Bon. Alors qu’est-ce que tu éprouves ? »
Je change de posture, je tripote le tapis du bout de ma chaussure. « C’est justement ça le problème, lui dis-je sereinement. Je n’arrive pas à savoir ce que j’éprouve. Je n’éprouve pas rien, attention. C’est juste que…
— Tu cherches un moyen d’évacuer ? »
En pensant que Miles reprend la mouche, j’examine son expression. Apparemment non, pas cette fois. Cette fois, il a l’air sincère. Mais “évacuer”, quand même ! C’est le genre de jargon psycho-gnangnan que les Amerloques de Featherbrooks aiment bien dégoiser. Qu’est-ce qui lui prend ? Il a entendu ça à la télé ?
— Un truc dans le genre oui », lui dis-je en réponse.
Miles acquiesce. « Alors on va au pub », dit-il.
À la bonne heure.
Huit minutes plus tard, me voilà en train d’attendre derrière la mairie de Nottingham en plein centre-ville, pendant que Miles va s’acheter des clopes au bureau de tabac du Vieux Monde, qui est là depuis une éternité. Quand il les a, on fait le tour du bâtiment en passant à côté des fontaines où on glandait quand on était ados. Les bassins ont été asséchés ; Miles m’explique que c’est parce que des lycéens y ont déversé de la lessive une fois de plus, ce qui les a fait déborder de mousse, un gag qui était déjà éculé de mon temps. Ça me déprime de voir que les gens font toujours des trucs aussi puérils alors que tant d’autres choses ont changé dans le coin. Depuis la dernière fois où j’ai mis les pieds ici, il y a six mois, beaucoup de magasins et d’endroits nouveaux ont ouvert, et le quartier commence un peu à perdre l’aspect lamentable qu’il avait… eh bien, qu’il avait depuis que je le connais, en fait. Un bon nombre des immeubles les plus merdiques ont été abattus, des façades de béton crasseux ont été remplacées par du verre et de l’acier, les quelques bâtiments historiques sont en ravalement. Il y a un magasin Waterstones, un Gap, un Coffee Republic. Du cappuccino à Nottingham ! Qui l’eût cru ?
Nous nous dirigeons vers l’établissement qui fait l’angle de King et de Queen Streets ; avant, ça s’appelait La Couronne, c’était un pub de motards qui foutait les jetons ; aujourd’hui, ça s’appelle La Limace & La Laitue. Les sombres fenêtres à meneaux maculées de bière et d’haleine chargée contre lesquelles j’avais l’habitude de me tasser avec ma pinte de bière ont été remplacées par d’énormes baies vitrées. Les murs ont été décapés de leurs couches morveuses de peinture au plomb et sont maintenant lisses, sans la moindre aspérité ; on a même exécuté à l’aérographe un délicat relief parcheminé qui a pour but de suggérer des traînées de nicotine, sans pour autant aller jusqu’à être vraies. La moquette poisseuse a été arrachée, les planchers vernis et polis jusqu’à briller comme des miroirs.
J’aime bien. C’est chouette. Ça doit être le même décorateur qui a conçu l’intérieur de Miles. C’est plus que probable, d’ailleurs. On s’avance vers le bar, en lorgnant les casiers à vin, les menus écrits à la craie, toute une débauche de cuivre et de pin brut. On commande deux Stellas et on va s’asseoir.
— Kristrún n’apprécie pas trop que je fume dans l’appart’, dit Miles tout en allumant une dope et en donnant un coup de tête derrière lui, dans la direction d’où l’on est venu.
— Ah bon ?
— Les femmes. Elles ont à peine coincé un pied dans la porte qu’elles jouent déjà au propriétaire.
— Tu sais, moi j’y connais rien, réponds-je assez lamentable.
Miles me jette un drôle d’air.
— Tu ne t’es toujours pas dégoté une nana, Cooper ? »
Je hausse les épaules, en donnant une pichenette à quelques noisettes paumées pour essayer de les flanquer dans le cendrier.
— Tu en es où avec cette… Comment déjà ? Liz ? Je croyais que tu avais bien avancé. »
Je fais osciller ma tête de gauche à droite, histoire de ne pas trop m’impliquer.
— Allez, c’est quoi le problème ?
— Comment dire ? C’est ma patronne, quand même. Enfin, elle l’était, jusqu’à ce que les cendres débarquent.
— Alors, tu en es là ? Mais bon sang : à quelque chose, malheur… Regarde : tu as perdu ton boulot ; du coup, il n’y a plus la pression, maintenant. Tu n’as plus qu’à foncer et la fille est à toi.
— Miles, tu as raison ; mon statut a effectivement changé. Je ne suis plus son subalterne, c’est vrai ; je suis désormais le type bien sympa, mais un peu tordu qui s’est fait virer de la base à cause des idées à la mords-moi-le-nœud de son taré de paternel en matière de crémation. Très sexy ! »
Miles sirote sa bière en réfléchissant.
— Vu sous cet angle…
— Elle m’a fait un cadeau, l’autre jour », dis-je, conscient que si je n’arrête pas d’être totalement négatif, Miles n’aura plus la moindre possibilité de m’encourager comme j’en ai besoin ; or c’est quand même pour ça que je suis venu.
— Ah ouais ?
— Ouais.
— Quel cadeau, exactement ?
— Un vieux bouquin sur l’histoire des rites funéraires. Elle pensait que ça m’aiderait à y voir clair dans cette histoire, avec elles. Les cendres.
— Et ça t’a aidé ?
— Sais pas. Je ne l’ai pas encore lu. Mais à mon avis, ça veut dire qu’elle m’aime bien.
— Alors, qu’est-ce que tu attends ? »
Je continue à dodeliner.
— Écoute, si tu ne fais rien très vite, tu vas laisser passer ta chance. Tu ne vas pas rester à Whitby s’ils ne te rendent pas ton boulot, pas vrai ? Donc, tôt ou tard, tu vas déménager, et ce sera fini. Vous ne vous reverrez plus jamais, même si vous vous faites des tas de promesses ; et ce type, là, Andrews, il l’aura pour lui tout seul. Dans un mois, elle t’aura oublié. “Cooper ? Oh oui, je crois que je me souviens de lui… Un type très calme, un peu renfermé sur lui-même, mais assez mignon. En fait, j’avais un petit faible pour lui, vous savez, mais il était trop timide pour faire le premier pas. Ce n’est pas à une fille de faire ces choses-là, n’est-ce pas ?” »
C’est exactement ce dont j’avais besoin : que Miles me présente les choses sous cet angle-là. Il semblerait que moi je n’ai pas le tempérament qu’il faut pour analyser les situations sexuelles comme ça. « Donc d’après toi, je n’ai qu’à foncer ?
— Qu’est-ce que tu as à perdre ? Embrasse-la. Si elle ne recule pas, tu es fixé. Et si elle ne veut pas, tant pis pour elle, pas vrai ? Tu te casses. Libre comme l’air. Aucun regret. Tu changes d’horizon. »
Miles finit sa bière.
— Bon. C’est ta tournée, je crois. Je prendrai la même chose. Et je vais pisser. »
Pendant son absence, je commande à boire et je réfléchis à ce qu’il m’a dit ; à son retour, je change de sujet en lui racontant tout ce qui s’est passé, l’alerte et tout ça. Je lui dis tout, sauf mon angoisse ; je fais comme si toute cette histoire était un canular dont je dois me dépatouiller. J’ajoute des petits détails, en sachant qu’ils feront plaisir à Miles, même si ça doit me faire passer pour un crétin. Évidemment, il gobe tout, et le petit rictus qu’il arborait depuis qu’on parle de mort et de deuil commence doucement à s’évanouir.
— Ce qui me prend la tête », je m’entends lui dire pour ce qui sera, j’espère, ma dernière intervention sur le sujet, « c’est de voir le bordel qui m’est tombé dessus à cause des cendres de mon paternel, alors que ces putains de Ricains se font livrer des pizzas Domino sans problème !
— Tu charries ?
— Non ; on est sur une base genre protection maximale, tu vois, et au moins une fois par jour, il y a quelqu’un qui se fait livrer des trucs de l’extérieur, et t’as un gonze qui se pointe sur sa meule, avec sur le porte-bagages une boîte ignifugée assez grosse pour contenir une tête nucléaire.
— Mais les mecs de la sécurité vérifient, quand même ?!
— Justement non ! dis-je en m’échauffant un peu. Ils lui jettent un coup d’œil à travers le portail et ils lui font signe de passer. Une fois, j’ai demandé comment on pouvait autoriser un truc pareil, et ils m’ont répondu que c’était le bureau du directeur qui commandait des pizzas, et qu’il aimait bien faire comme ça parce qu’il en avait pris l’habitude à Cheyenne Mountain.
— C’est quoi, Cheyenne Mountain ?
— C’est le… tu sais, le bunket qui abrite le centre de contrôle de la défense aérospatiale US ; c’est là qu’ils suivent à la trace tout ce qui est en orbite autour de la Terre. C’est un endroit qui peut survivre à un impact nucléaire direct, vivre en autarcie complète, en énergie ils ont de quoi alimenter une petite ville pendant un mois. C’est l’endroit le mieux protégé de tout le territoire US. Et ils se font livrer des pizzas ! »
Je branle du chef. Regardez comme je branle du chef.
— Ça, ça n’arriverait pas, à l’Agence de recherches et d’évaluation de la Défense, je te le dis comme je le pense. »
Et voilà, c’est parti. On a appuyé sur le bouton grosse-technologie, et du coup, pendant les deux heures qui suivent, on ne parle plus de mort, on échange plutôt des histoires d’arcanes technologiques ; plus c’est ésotérique, plus ça va trop loin, plus c’est polluant, absurde et dangereux... meilleur c’est. Exactement le genre de dialogue sur lequel, après tout, repose notre amitié. Aucun de nous deux n’a envie de parler de nos paternels ni de mort en général, pas vraiment. Aucun de nous deux n’a envie de parler de filles, le terrain est miné aussi. On préfère parler de systèmes d’exploitation et de leur principe SNCF. Ce qu’on veut, c’est se bourrer la gueule et tituber dans les rues en essayant de se rappeler tous les dialogues de La Guerre des étoiles, en parlant Elfique et en récitant les principes fondateurs du Dissensionisme. Et en bons garçons désespérés que nous sommes, c’est exactement ce que nous finissons par faire :
Histoire du principe SNCF
(Situation Normale : Complètement Foutue)
telle qu’elle fut déclamée (en état d’ébriété avancée)
par Cooper James et Miles Clayton
Au commencement était le Projet
puis vint le Cahier des Charges
Et le Projet n’avait point de forme
et le Cahier des Charges était vide.
Puis les ténèbres assombrirent le visage des exécutants
et ils s’adressèrent à leur chef en ces termes :
« Voici un pot de chambre plein de merde
et qui sent l’égout. »
Et leur chef en conçut de la pitié
et il prit à part le chef de projet pour lui
dire en ces termes :
« Voici un pot empli d’excréments
et nul ne supporte l’odeur qu’il dégage. »
Et le chef de projet eut foi en ces paroles
et il dit en ces termes à son chef de section :
« Voici un récipient plein de déjections qui
sentent très fort, au point que nul ne peut y résister. »
Et le chef de section se rua chez son directeur
commercial et lui porta la nouvelle en ces termes :
« Voici un vase plein d’engrais
d’une force sans égale. »
Et le directeur commercial porta ces bonnes paroles
à son directeur général, les lui répétant ainsi :
« Voici de quoi faire pousser les plantes
avec une vigueur renouvelée. »
Et le directeur général fut saisi d’une grande joie
et porta la nouvelle au vice-président :
« Voici de quoi faciliter la croissance
et augmenter la puissance. »
Alors le vice-président s’envola, joyeux,
vers son président, et lui dit :
« Voyez ce nouveau logiciel d’une grande efficacité ;
grâce à lui, notre société s’étendra
et nous serons couverts d’indicibles richesses. »
Ainsi le président regarda le Produit
Et il vit que cela était bon.
Hélas, toutes ces simagrées me semblent désormais vides de sens, et j’ai l’impression que Miles cherche à me ménager, ou qu’il participe machinalement, juste pour me faire plaisir. Après que lui et Kristrún sont allés se coucher, me laissant sur leur divan emmitouflé dans un duvet hors de prix, la tête bousillée par plus de bière que je n’en ai jamais bu, je ne peux m’empêcher de penser que tout ça est encore un jeu, un de plus, un jeu dont, pour une raison ou une autre, j’ai encore oublié d’apprendre les règles.
En poussant ma porte d’entrée, je suis assailli par la douce odeur d’une maison qui est restée vide pendant deux jours. Sur le buffet de la cuisine, le répondeur clignote. Six messages. Les quatre premiers, je les connais ; anciens, de Liz, laissés avant que je parte, du temps où j’étais là, tout seul, à ne rien faire, sans sortir ni répondre au téléphone, à écouter Radiohead à foison, Arvo Part ou encore ma grande collection de minimalistes allemands et d’électro japonaise, le tout super-fort pour m’aider à faire semblant de transcender mon corps, mes sentiments, ma famille, mon boulot et tous ces trucs bassement matérialistes, comme si j’habitais désormais sur un autre plan de l’existence plus haut et plus pur. Forcément, ça n’avait pas marché ; en fin de compte, mon estomac m’avait forcé à aller au supermarché, et une fois dehors j’avais compris qu’il fallait que j’aille à Nottingham. Mais pendant un moment, rester enfermé pour toujours m’avait semblé le meilleur choix.
Le premier des nouveaux messages est de Liz. « J’ai eu ton message, ça dit. Et… oui, tu as raison, c’était incroyablement petit et mesquin de ta part. Il n’existe aucune manière de justifier tes sentiments envers Lune, ce pauvre garçon. Il est certain que ce n’était pas de sa faute. Appelle-moi demain au travail. Je vais de nouveau parler à Andrews, pour voir ce qu’il peut faire. Pas de panique. Ça va s’arranger. Promis. »
Super. Tu parles. Qu’est-ce qu’elle va faire ? Lui promettre de rester toute une journée à genoux sous son bureau s’il me réintègre ? Tu parles ! Tu es peut-être ma supérieure, Lizette, toi et Andrews vous pouvez baiser comme des lapins si ça vous chante, mais j’en connais assez sur Featherbrooks pour savoir qu’en l’occurrence, vous n’avez aucun pouvoir, aucun. Ni l’un ni l’autre. À la base, Andrews n’est rien d’autre qu’un putain de loufiat, au même titre que toi ou moi. Un subalterne de plus, promu au rang de directeur précisément grâce à son absence totale d’initiative et à sa merveilleuse faculté à ne pas avoir d’idées personnelles. Il suffit qu’il ait un titre et un bureau à lui, et voilà, tu crois que c’est Quelqu’un. Mais pas du tout. Il ne fait que ce qu’on lui dit de faire. Si je veux résoudre ce problème, si je veux m’en sortir, la première étape, la plus urgente, c’est de le court-circuiter une bonne fois pour toutes. Faire une dérivation pour contourner Andrews. Avec lui en guise d’intermédiaire entre moi et Daniels, autant que je laisse tomber tout de suite. C’est foutu d’avance.
J’aimerais bien continuer à me vautrer comme ça dans mes pensées pendant une heure et demie, à m’apitoyer sur mon sort et tout, mais le deuxième message s’enclenche. Et le deuxième message, c’est la vraie surprise. Vu que le deuxième message, il est de Stasie.
Sa voix est un peu étouffée ; elle doit être en train de manger un caramel. « Oui, euh… Cooper ? dit-elle. Désolée si je t’ai semblé peau de vache hier, mais il y a des blessures qui ne guérissent jamais. N’empêche que malgré les apparences, je comprends très bien qu’il s’agit de ton père, et que si tu veux savoir, eh bien, c’est ton droit. » Elle avale le truc qui lui encombrait la bouche, allume une cigarette puis tire une bouffée en claquant des lèvres. « Ce qui se passe, c’est que, en fait, tu vois… Bon, je t’ai un peu menti, quoi, quand je t’ai dit qu’il ne nous avait jamais écrit de lettres. Il en a envoyé une ou deux, enfin quelques-unes, je ne me rappelle pas combien exactement, mais comme elles venaient du Vermont et que c’est là qu’elle était, elle, je les ai presque toutes brûlées sans les lire. Une de celles que j’ai vaguement parcourues disait qu’il s’était installé quelque part près de Woodstock, dans un endroit qui s’appelle Granitetown ou Graniteburg. Woodstock… tu sais bien, c’est là où il y a eu le concert, je parle du premier, hein ? Pas de la resucée ridicule avec laquelle les grosses boîtes de prod’ ont commencé à s’en mettre plein les poches. Il apprenait à tailler des pierres tombales ou je ne sais plus quoi d’aussi débile. Remarque, il a toujours été débile ; ça, il ne faut pas que tu le perdes de vue : ton père était un débile. »
La machine cliquette une dernière fois et la LED s’arrête de clignoter. Donc. Il a bel et bien écrit, hein ? Et elle ne me l’a jamais dit. Non, mais quelle connasse.
« Merde », dis-je, mais ça sonne à vide. « MERDE ! » je hurle, en projetant le mot contre les murs. Toujours pas le moindre rapport avec ce que je ressens. « MEEERRR-DEEE !!! » je beugle, et puis je chope le répondeur, je le balance par terre et je saute dessus à pieds joints, après quoi je sors de la cuisine en claquant la porte et je me mets à arpenter mon séjour en décrivant des 8 pour essayer de me calmer.
Ce qu’on ne vous dit jamais à propos de l’ultra-violence impulsive dirigée par instinct : ça soulage un max.
Plus tard. Tard. Je viens de comprendre que je ne sais rien. Seul Thomas Browne savait tout. Et il fut le dernier homme à tout savoir. À part Miles. Lui aussi, il sait tout. En tout cas, il fait très bien semblant.
Je l’appelle sur son portable.
— Salut, dit-il. Quoi de neuf ?
— Euh…, dis-je.
— Quoi ?
— Je…
— Cooper, ça va ?
— Non, rien. Je veux dire : oui. Oui, je vais bien.
— Alors pourquoi tu m’appelles ?
— Hum, c’est-à-dire que… je pensais m’acheter un Palm, tu vois, pour remplacer le Psion que j’ai, là.
— Bonne idée. Psion c’est de la merde. Les Palms, ça assure.
— Oui, euh… Et je me demandais si tu avais un… Tu sais bien, un… Euh…
— Logiciel de conversion.
— Voilà, c’est ça.
— Tu me téléphones pour ça ? » Miles n’a pas l’air convaincu. « Pourquoi tu n’en télécharges pas un sur le Net ?
— Non, écoute, je ne t’appelle pas vraiment pour ça, c’est clair… Je t’appelle pour te dire que… Euh… Je crois que je vais me prendre des vacances. » Ça y est, je l’ai dit, ou tout au moins une partie.
— Ah ouais ? dit-il. Tu vas dans un coin sympa ?
Quand je lui réponds « En Amérique », les mots sonnent un peu comme une question, sans le faire exprès.
— Tu veux savoir ce qui est arrivé à ton paternel ? » dit-il.
Pourquoi, quand c’est Miles qui le dit, ça sonne parfaitement évident, comme si c’était la chose la plus normale du monde, alors que quand c’est moi qui le formule, ça a l’air aussi impossible que ridicule ? Pourquoi, quand Miles a une idée, ne lui paraît-elle pas bizarre ou tordue ou égocentrique ou perverse, mais bien au contraire : utile ou pas utile, amusante ou pas amusante, faisable ou pas faisable ? Lui se contente de prendre une décision en fonction des données disponibles. Il ne reste pas coincé par les terrifiantes possibilités infinies de la chose, par ce-qui-pourrait-se-passer-si et ce-qui-aurait-pu-se-passer-si. Il ne part pas à la poursuite de chaque conséquence, de chaque ramification, dans le dédale des ruelles sombres de son imagination. Il reste sur les boulevards. Ouais, c’est ça : les boulevards. C’est toute la différence entre Miles et moi. Il reste sur la route pendant que moi je rôde dans les ruelles.
— Quelque chose dans ce goût-là.
— Tu pars quand ?
— Je sais pas encore. Dans pas longtemps.
— Bien. Je considère que c’est une bonne idée. »
Un temps passe. Je devine que Miles se demande si j’ai bien dit tout ce que je voulais dire.
— Euh… Miles ?
— Ouais ?
— …
— Quoi ? » Il commence à manifester de l’impatience.
— Rien. C’est rien. Ne t’inquiète pas. On se voit bientôt.
— Ça marche. Tu enverras une carte postale, hein ?
— J’exécute. »
Je ne dors pas de la nuit. Je me mets au lit, peut-être plus fatigué que jamais, mais je n’approche pas d’un poil de la perte de conscience. Je reste couché, éveillé, jusqu’à ce qu’enfin, un peu avant l’aube, je n’y tienne plus et que je me lève, tourne un peu dans la baraque, avant d’aller faire un tour dehors.
Ma maison se situe sur une colline ; je grimpe au sommet puis redescends de l’autre côté. Bien que le soleil ne soit pas encore levé, le ciel est déjà clair, assez pour voir que Dieu s’est levé avant moi, qu’il est allé faire un tour avec son 4x4 et qu’il a creusé des sillons de cumulo-stratus violets avec ses pneus, sur un ciel plutôt terreux. Disséminées, sept ou huit étoiles clignotent encore paresseusement. Des étoiles ou des planètes. L’une d’elles est Vénus, c’est sûr, je sais au moins ça. Pour les autres, il y en a deux qui se déplacent, donc ce sont des satellites. Peut-être militaires. Peut-être qu’ils sont en train d’expédier des trains de données à la base de Featherbrooks, ce qui fait gazouiller les balles de golf. C’est probable.
J’ai pris une décision. Dans vingt-quatre heures, je serai à bord d’un 747 pour Boston. J’y vais sans rien dire à quiconque du boulot. J’y vais sans rien dire à Stasie. J’y vais sans rien dire à Liz. Je n’ai pas envie qu’elle remplisse un PS-6 et qu’Andrews sache où je vais. Et si Daniels me surveille, qu’est-ce que je peux y faire ? Mais quand même, je ne veux pas qu’Andrews le sache. Et vous savez quoi ? Je ne veux pas non plus que Liz le sache. Je veux l’étonner, lui montrer que je peux régler mon problème tout seul. Je vais aller aux États-Unis, trouver qui a envoyé les cendres, dire à Daniels que tout ça est une affreuse méprise et l’obliger à me rendre mon boulot. J’en ai marre d’être le névrosé de service, toujours à la merci de tous les abrutis qui peuplent mon existence. Je prends la situation en main. C’est exactement ce que je vais faire.
Prendre ma situation en main.
Non, mais.
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