Électrons libres
Note de l’auteur
Ce livre est tiré d’une histoire vraie.
Si ce livre était un film, c’est sans doute la phrase que le studio ferait figurer à peu près maintenant (ou peut-être plus tôt, pendant le court intervalle de temps qui suit la fin du générique et précède la première réplique du dialogue). Et je serais donc là, moi l’auteur maussade, assis au milieu du public de la première (n’ayant pas été invité à visionner les prises ni à assister aux séances préliminaires), pestant en silence (puis plus tard, pestant à haute voix, certainement ivre, lors de la petite fête consécutive, après mon cinquième verre de vin) parce que « ce n’est pas ça du tout », ce n’est pas « tiré de », mais « inspiré par », et puis ce n’est pas « de l’histoire », mais « de la vie et de l’œuvre ». Après quoi, une âme charitable me taperait gentiment sur l’omoplate, me pousserait dans un taxi et m’expédierait dans les bras de Morphée… ou toute autre destination où je ne pourrais commettre plus de ravages que je n’en aurais déjà causés.
Mais cela n’est pas en train de se produire, en tout cas pas maintenant. Maintenant, c’est lundi matin, je suis rigoureusement sobre, je n’ai même pas encore bu ma première tasse de café, je maîtrise le cours de mon existence autant que faire se peut, et j’entends profiter de cette opportunité tant qu’elle est à ma portée. Donc. « Ce roman est inspiré de la vie et de l’œuvre d’un artiste. » L’artiste ? James L. Acord, sculpteur, dont j’ai entendu parler pour la première fois lorsqu’il est venu donner une conférence à la London’s Royal Institution en février 1998. Une grande leçon, déclarèrent certains, voire un événement déterminant et fondateur, et que pourtant, bien que j’y fusse invité et tout à fait déterminé à y assister, j’ai réussi à manquer, ayant mal noté la date dans mon agenda. Par bonheur, je parvins à combler cette lacune en négociant (en resquillant) une entrevue avec ce singulier Américain, en me saoulant avec lui puis en passant le plus clair des deux journées suivantes dans des bars d’hôtels et divers pubs, les mains pleines de boissons variées, proche de l’émerveillement, frôlant parfois l’incrédulité, à l’écouter de toutes mes oreilles me noyer sous un torrent d’histoires plus extraordinaires les unes que les autres, me racontant ses quinze années de quête dans le but de faire de l’art avec des déchets nucléaires.
Je fus captivé et je l’étais encore à la fin de la semaine ; j’avais même ta certitude que je le resterais, aussi je demandai à Acord ce que ça lui ferait si j’utilisais certaines de ses histoires pour servir de toile de fond à mon prochain livre. Il a dû penser que je ne me remuerai jamais suffisamment le popotin pour y arriver, puisqu’il me répondit « Bien sûr, pourquoi pas ? Tu fais comme tu le sens… » ou quelque chose d’équivalent.
Toutefois, il stipula une condition, une seule. Je pouvais l’interroger autant de fois que je le jugeais nécessaire, je pouvais m’abreuver à sa source pour les faits, les contacts, les conseils, je pouvais même intégrer ses œuvres d’art à mon texte si je le désirais (ce que j’ai fait ; oui, je l’ai fait… et les illustrations qui figurent en tête des trois parties sont aussi de lui, encore qu’il les ait dessinées exprès pour le livre), mais je ne devais jamais, au grand jamais, pour quelque raison que ce soit, lui demander de lire le résultat final, de peur qu’il ne regrette sa générosité et la foi qu’il avait placée en moi. Ce pourquoi je ne le ferai pas. Ce que je ferai tout de même, Jim, c’est te demander de lire cette page-ci, afin que tu saches quel plaisir, quel honneur et quel apprentissage ç’a été de travailler avec toi en tant qu’artiste et de te connaître en tant qu’être humain.
Car bien sûr, en me prêtant sa vie, James Acord m’a aussi prêté ses amis, ses relations et ses collègues, que j’ai fini par connaître au fil des dernières années et qui, tous sans exception, m’ont accueilli avec toute la franchise et la confiance dont peut rêver un auteur. En particulier, je tiens à remercier Carey Young pour avoir émis l’hypothèse vérifiée que James Acord, c’était « dans mes cordes » ; tous les gens à l’Arts Catalyst pour avoir fait venir Jim à Londres ; Bill Happel pour m’avoir prêté sa cabane dans le Vermont ; Jed Brignal et ses amis pour leur hospitalité et les peintures d’aura ; Simon Franklin pour m’avoir tuyauté sur le fonctionnement d’un réacteur nucléaire ; Wanda Munn, Gerry Woodcock, John Stang, Bob Schenter, Russell Jim, Jerry Williams, Norm Ackley, Frank Gaylord, Tom Bailie et Greg et Debora Greger pour leurs aperçus non frelatés de la vie sur un site nucléaire US ; Philip Schuyler pour avoir creusé l’histoire de la vie réelle de Jim ; et Tom Putnam, Brian Freer, Arthur Aubry, Linley Storm et surtout Philip, Judy, Alex et Julia Munger, sans l’hospitalité, la générosité et la confiance desquels ce livre n’aurait jamais été terminé, ni même commencé.
D’autres remerciements s’adressent à : Drew Heinz et tout le personnel de la Hawthornden House pour m’avoir donné le temps et l’espace dont j’avais besoin pour sortir le livre d’une ornière particulièrement tenace où il s’était fourvoyé ; Marion Mazauric et tous les gens de La Laune pour m’avoir plus tard rendu le même service ; Jonny Geller et tous les gens de chez Curtis Brown pour avoir joué le jeu jusqu’au bout ; Leo Hollis, Mary Mount et tous ceux de chez Viking pour avoir misé leurs jetons sur moi ; Amit Gupta pour son conseil propice au sujet du titre ; Jann Turner pour avoir erré dans les collines avec moi, accompagnant les divagations de ma version bêta ; Dave Wark, Lise Autogena, Liz Bailey, Armin Medosch, Jon Bradshaw, Peter Carty et Ian, Indira et Steve pour diverses recherches –, ainsi que ma famille et les amis trop nombreux pour les citer tous, qui m’ont rendu trop de services et accordé trop de faveurs pour que je puisse en donner la liste complète. Même si ce n’est pas toujours l’impression que cela donne, écrire un roman est une activité de groupe, et si l’auteur finit par se jeter du haut de la falaise, c’est seulement parce que derrière lui, une brochette de gens généreux ont répondu présent et tiennent solidement la corde (non sans dodeliner du chef en silence devant le spectacle hautement imprudent qui se déroule sous leurs yeux). Rôle qui ne doit pas toujours être
facile à assumer, j’en suis conscient. Merci{6}, donc.
En conclusion, je voudrais dire (si la chose n’est pas assez claire) que Jack D. Reever ne constitue pas une tentative de personnification de l’artiste James L. Acord, et que les diverses interprétations des œuvres de Reever qui émaillent ce roman ne constituent aucunement des commentaires des œuvres de Jim Acord (même lors des rares fois où les deux se rejoignent). Jim Acord m’a permis d’emprunter sa vie et son travail pour en faire le cadre où inscrire ma propre œuvre de fiction, et c’est ce que je me suis efforcé de respecter.
Puissiez-vous y trouver quelque chose qui en vaille la chandelle.
James Flint, 2003
OceanofPDF.com
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