Friends - tome 1 (French Edition)

Marie-Charlotte François · Chapitre 10 sur 73

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Friends - tome 1 (French Edition)

Chapitre 9

 

« Tu veux quoi comme parfum ? »

Je réajuste mon kimono fleuri autour de ma taille tandis que j’étudie sa question. Louis examine les bacs à glaces, le nez collé contre la vitrine. La jeune serveuse attend patiemment que nous nous décidions, elle resserre son tablier autour de sa taille tout en laissant ses yeux se balader sur le torse nu de mon ami.

« Cookie », je réponds enfin.

Il dicte notre commande à la jeune femme qui se munit alors d’une cuillère à glace et commence à creuser les bacs de sorte à former des boules. Je remarque que la glace caramel beurre salé de Louis est largement plus garnie que la mienne et vu le sourire que la brune lui lance, ce n’est pas anodin.

Je souris. Voilà un autre point qui me m’amuse chez lui. Combien de filles le désirent ?

Je pose doucement mes lèvres sur la glace froide et la laisse fondre sur ma langue tandis que Louis règle.

Il me rejoint peu après, abandonnant derrière lui sa prétendante.

« Alors tu invites souvent des filles comme ça ? » je le taquine.

Il rit tandis qu’il passe sa langue le long du cornet pour rattraper la glace qui fond. On dirait un petit garçon. C’est mignon.

« Oui quand ma sœur ne les tue pas. »

Il ricane devant mon sourcil levé. Sa sœur fait-elle vraiment fuir toutes ses copines ? Ça ne m’étonnerait pas !

« Non, je ne suis pas du genre à collectionner les filles. Je ne m’appelle pas Cameron après tout.

— Ah Cameron ! Cette montagne d’hormones.

— C’est exactement ça ! »

Il mord dans son cornet tandis que j’ajoute, alors que nous longeons les petits commerces :

« Remarque, ils se sont bien trouvés avec Lucie », j’insiste sur ce dernier mot en lui lançant un clin d’œil.

Il hoche lentement la tête, pensif. Quant à moi je ne peux m’empêcher de revoir la scène de ce matin et une moue de dégoût s’empare de mes lèvres. Beurk !

« C’est vraiment un beau couple, dans leur genre », insiste Louis.

Je retiens un petit rire.

« Et toi ? Tu as un petit ami à ton ancien chez-toi ? »

Son langage ajoute un côté mignon à sa personnalité, et ça m’amuse. Mais tout ça est vite remplacé par un pincement au cœur. Je secoue la tête.

« Non », je murmure.

Il m’interroge du regard, je préfère alors ironiser que de m’attarder sur ce passé sentimental douloureux.

« Je crois que la vie en couple ne m’aime pas autant que moi je l’aime ! »

Un petit sourire se forme sur ses lèvres.

« Je crois que je n’aurais pas dit mieux pour moi. Je suppose que c’est ça d’avoir un meilleur ami mannequin. »

Hein ?

Il comprend vite mon interrogation rien qu’en me fixant et complète :

« Cameron. Il est mannequin. Tu ne savais pas ? »

Je ne sais même pas pourquoi ça m’étonne. Je lâche un vague « ah ? ».

Il hausse les épaules tout en jetant la serviette en papier qui entourait sa glace. Il pointe la mienne du regard que je n’ai toujours pas finie.

« Ça coule. »

Je baisse les yeux sur la serviette toute tachée et poisseuse. Louis se moque de moi alors que je la froisse et la balance dans la poubelle la plus proche.

« Je peux goûter ? » demande Louis.

Je lui tends la glace à moitié fondue. Il en prend un peu avant que sa bouche se torde en une grimace.

« Et ils osent appeler ça du cookie !?

— Mais c’est trop bon ! »

Il ouvre de grands yeux ébahis.

« C’est ignoble ! Bah. »

Je lui donne une tape sur l’épaule. Il n’a vraiment pas de goût. Je ne me gêne pas pour le lui faire remarquer ce à quoi il répond simplement.

« Et moi qui te trouvais terriblement mignonne. »

Il laisse un sourire flotter sur ses lèvres tandis que prise de court je ne sais quoi dire.

Je fronce les sourcils alors qu’il détourne le regard, sans doute attend-il une réponse de ma part. Je me sens terriblement gênée et en profite pour finir ma glace. Sa froideur achève de me nouer la gorge. La tension est palpable, je ricane tentant de détendre l’atmosphère.

« C’est bien ce que j’ai dit, tu n’as pas de goût. »

Je lui tire la langue et il déclare penaud :

« Apparemment. »

Ses traits sont moins tirés désormais.

Tout en continuant nos balades à travers les nombreux étals, j’en profite pour jeter des coups d’œil par-ci par-là. Je repère aussitôt sur un présentoir à lunettes de soleil une paire des plus originales ayant deux ananas aux deux yeux. C’est assez rigolo alors je m’en empare et la place sur le nez de Louis qui est dans l’incompréhension la plus totale. J’observe son visage orné de ces lunettes qui lui mangent presque tout le visage. Une de ses mèches blondes lui retombe sur le nez. Ça le rend niais. Il s’observe dans le petit miroir accroché au présentoir en faisant des grimaces.

Je farfouille dans mon fourre-tout, alias mon sac, à la recherche de mon téléphone portable. Quand je l’attrape, je m’empresse de le déverrouiller et d’ouvrir l’appareil photo.

« Louis », j’appelle.

Il se retourne.

Clic.

C’est dans la boîte ! Je détaille la photo désormais enregistrée dans ma galerie. Il a l’air ahuri sur la photo. Sa bouche est légèrement arrondie de surprise. Ses cheveux rebelles en pagaille.

« Fais voir ! »

Il m’arrache l’appareil des mains et observe à son tour le cliché. Il rit en me tendant les lunettes.

« À toi ! »

Je les mets volontiers et prends une pose ridicule, bouche en cul de poule et doigts en V. Il prend plusieurs clichés. Pendant qu’il les regarde, je fouille les différents présentoirs et trouve une autre paire vraiment ridicule et avec un « tadam ! » je la lui montre.

C’est une grosse paire avec à la place des ananas, deux gros dollars dorés. Il l’enfile en tirant la langue et je reprends mon smartphone. Je tends le bras et fixe l’objectif vers nous. Le grand écran laisse apparaître nos visages d’enfants émerveillés sous différentes formes. D’abord en tirant la langue puis en duckface.

Alors que le flash illumine nos têtes, Louis en profite pour plaquer ses lèvres sur ma joue au moment où j’appuie sur le rond pour prendre la photo. Je ne proteste pas mais je suis légèrement troublée.

Après tout mon cœur est vide depuis bien trop longtemps…

Je lui souris lorsqu’il m’examine dans l’attente d’une remarque de ma part. J’ouvre la bouche pour parler mais je suis interrompue.

« S’il vous plaît ! Soit vous achetez, soit vous reposez ! »

Une dame à l’air sévère nous toise de haut en bas. Il est vrai que nous faisons un peu tache avec nos lunettes. Moi avec mon kimono qui essaie tant bien que mal de cacher la peau que ne recouvre pas mon bikini et Louis torse nu, en bermuda de plage.

« Désolés », lui lance mon compagnon avec un sourire éclatant.

Les poings sur les hanches, elle attend notre décision. Louis retire alors les lunettes de mon nez et les repose maladroitement sur le portique. Avant de retourner à la vendeuse, un faux sourire des plus désolés. Je secoue la tête, amusée.

« Ah les jeunes d’aujourd’hui ! Ils ne respectent plus rien », ricane Louis avec une voix faussement vieillie, alors que nous nous éloignons marchant coude à coude avec les passants.

Je passe un bras autour du sien avant de déclarer :

« Oui mais nous au moins on s’amuse !

— Exactement, my Lady. Tu m’enverras les photos ? »

Je penche la tête sur le côté.

« Je n’ai même pas ton numéro.

— Raison de plus pour que je te le donne. »

Il me lance un clin d’œil tandis que je lui donne un coup de hanche. Je crée rapidement un nouveau contact avant de rentrer les numéros qu’il me dicte. Quel beau parleur !

Il désigne l’écran du doigt et ajoute :

« Ah oui et n’oublie pas de mettre un smiley cœur à coté de mon prénom. »

Je fronce les sourcils en secouant la tête avec un sourire en coin.

« Tu peux rêver ! »

Pour justifier ma réplique, j’ajoute non pas un cœur rouge mais plutôt un beau smiley caca.

« Mais quel humour ! se moque-t-il. Bon allez, rentre chez toi, tu m’agaces. »

Justement nous sommes arrivés au bout de l’allée commerçante, je peux déjà apercevoir le toit de ma maison, et un coup d’œil à mon téléphone m’annonce que l’heure est venue.

« Je pars parce que TU m’agaces. »

Je pointe un doigt moqueur dans sa direction et il balaye l’air de sa main avec un air faussement amusé.

« Salut, mauvais temps. »

Je lui adresse un petit signe de la main en m’éloignant de lui, il me le rend avec un sourire dévoilant sa dentition ultra blanche.

Je me retourne enfin pour éviter de bousculer quelqu’un et me dirige vers la maison, guidée par le toit noir.

Je ne sais pas si Cameron est rentré. J’abaisse la poignée qui ne m’offre aucune résistance. Cameron est donc rentré. J’examine au passage la cuisine et le salon, mais il n’y est pas.

Pitié, faites qu’il ne soit pas avec sa pouf en train de copuler…

« J’ai cru que tu ne rentrerais jamais ! »

Je l’observe apparaître par la baie vitrée donnant sur la piscine, il tient une cannette de soda à la main et est torse nu. Une fine couche de sueur recouvre celui-ci. Sans doute revient-il d’une séance de bronzette.

Je dépose mon sac sur le canapé en dain noir, ainsi que mon chapeau et préfère ignorer son ton glacial.

« Tiens, on croirait une réplique de mon père, fais gaffe il détient des droits d’auteur. »

Je le nargue. Pour qui se prend-il ?

« Ça ne me fait pas rire. Vous étiez où ? »

Je ris. Elle est bonne celle-là.

« Attends mais je rêve. Tu te prends pour qui ? »

Je le toise de haut en bas. Peu préoccupé par la situation, il porte la cannette à ses lèvres pour boire une gorgée. Après quoi il déclare :

« Le maître de ces lieux en l’absence de nos pères, pourquoi ? »

Je viens planter mes poings sur mes hanches.

« T’es drôle dis donc.

— Il te plaît ? »

Étouffement littéral. Je ne sais pas quoi répondre de un, et de deux qu’est-ce que ça peut lui faire. Je préfère encore le Cameron qui m’ignore plutôt que cette version de papa autoritaire.

« Je surveille les relations de mon meilleur ami.

— Bien sûr. (Je hoche la tête.) Rassure-toi. Il se trouve que je suis une meilleure fréquentation que toi. »

Il ricane légèrement avant de lâcher froidement :

« Arrête de le voir. »

Je fais claquer mes mains sur mes cuisses en m’emportant :

« C’est la meilleure celle-là ! Tu m’ignores, m’insultes et ensuite tu te ramènes comme une fleur pour m’interdire de voir qui je veux ? Mais qui es-tu pour me dire ça ? »

C’est une fausse question et apparemment il ne compte pas me donner de réponse, il m’observe… Amusé ? Il joue avec la languette de son soda.

« Tu n’es pas mon père, ni mon frère, ni mon petit ami et encore moins mon ami ! Alors arrête de te la jouer et fous-moi la paix comme tu sais si bien le faire d’ordinaire. »

Un gros choc se fait entendre. En effet, Cameron vient de balancer violemment la cannette dans un coin du salon qui forme bientôt une grosse tache marronnasse sur le tapis gris. Je n’ose pas bouger. Son regard est fermé, ne laissant filtrer aucune émotion, mais je ne sais pas de quoi il est capable alors je ne bouge pas et le regarde s’approcher de moi dangereusement, ses muscles crispés et saillants. D’un geste, il pourrait me briser.

Il me surplombe de bien une tête et demie, il est tellement près que je sens son souffle se répercuter sur mon visage. Mes sourcils sont froncés, sa mâchoire se crispe. Il me terrifie mais je ne le lui montrerai pas.

« Pourquoi tu te donnes cette image de bad boy toute pourrie ? Tu ne me fais pas peur alors fous-moi la paix parce que j’ai autant ma place ici que toi ! On t’a jamais dit qu’il faut se méfier de l’eau qui… »

Je n’ai pas le temps de finir ma phrase qu’une paire de lèvres s’est plaquée contre les miennes. Aucun membre de mon corps n’est capable de bouger, mes yeux sont grands ouverts. Sa main se place sur ma nuque augmentant la pression de sa bouche sur la mienne, son baiser est plein de colère. Ses lèvres glissent sur les miennes, les goûtent, les testent. Mon cerveau pédale dans la semoule, mon cœur menace de s’échapper de ma poitrine et mes jambes de se dérober à tout moment. Je ne contrôle plus rien, je le laisse faire.

Mais quand sa bouche s’entrouvre pour pousser cette marque d’affection plus loin, mon cerveau se reconnecte et j’ai un mouvement de recul. Je me détache rapidement. Son visage ne trahit aucune émotion, ses yeux sont fidèles à eux-mêmes, glacés et hostiles. J’ai du mal à réaliser ce qu’il vient de se passer. Seules ses lèvres rougies peuvent témoigner de cet écart. Sa poitrine se soulève et s’abaisse dans un rythme lent. Dans un souffle, je lâche :

« À quoi tu joues, Cameron Kent ? »

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