Friends - tome 1 (French Edition)

Marie-Charlotte François · Chapitre 4 sur 73

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Friends - tome 1 (French Edition)

Chapitre 3

 

J’aperçois Pierrick en premier, grand, la quarantaine, les cheveux poivre et sel, et très élégant dans son costume. Papa m’a dit qu’il est banquier, cela explique sa tenue. Ses yeux bleus me fixent, un sourire étire ses lèvres.

« C’est donc toi la fameuse Jade. »

Sa voix est rauque, elle ferait presque peur à un enfant. Je lui souris en retour en murmurant un « oui ».

Il claque deux bises sur mes joues et m’observe à bout de bras.

« Tu es encore plus belle que sur les photos.

— Merci. »

Il regarde mon père en riant.

« Elle est toute timide. Toi qui me disais qu’elle n’a pas sa langue dans sa poche. »

Mon père hausse un sourcil.

« Attends qu’elle se soit habituée. »

Je lui lance un regard noir de reproches. Je déteste que l’on parle de moi comme si je n’étais pas là.

Pierrick retire sa veste de costume et lance :

« Ça ira mieux quand elle rencontrera Cameron. Ils vont bien s’entendre. »

Ah oui Cameron tiens. Je l’avais oublié lui. Je fouille la pièce du regard.

« Il est parti acheter du pain, m’informe Pierrick. Bon sinon, vous avez fait bon voyage ? »

Et mon père et lui partent discuter dans le salon, sur le grand canapé en cuir brun. Moi, je reste plantée là un instant, les yeux rivés sur la porte comme si l’arrivée de Cameron était la solution à tous mes problèmes.

Je décide finalement de les rejoindre, et très vite je redeviens le sujet de la conversation.

« Alors Jade, les études comment ça se passe ?

— Bien. Je vais passer mon bac S cette année, ensuite je ne sais pas trop quelle voie prendre. »

Je hausse les épaules, mon père frotte ses mains, un tic nerveux chez lui.

« Ah les jeunes de nos jours ! Ils ne savent plus où aller. Cameron par exemple a obtenu son bac ES avec mention bien ! Et il a décidé de prendre une année sabbatique. Quelle erreur… »

Bizarrement, Pierrick m’exaspère et je ressens le besoin de défendre Cameron même si je ne le connais pas.

J’aimerais lui dire qu’il a sans doute oublié la pression de tous ses examens, mais aussi que nous passons la plupart de notre vie à faire des études pour devenir des gens que la plupart du temps nous ne voulons pas être. J’aimerais lui dire qu’on nous force à trouver une voie dès le collège alors que nous ne sommes même pas capable de choisir entre deux tee-shirts. J’ai l’impression que les adultes perdent la mémoire des fois.

Pourtant, je ne dis rien parce que mon père, me connaissant, pointe un regard d’avertissement sur moi. Alors je me tais et écoute leur conversation, qui est interrompue quelque temps après par la porte d’entrée qui s’ouvre.

Nous nous tournons tous pour apercevoir un jeune homme, qui entre la tête baissée, mais dont la silhouette m’est familière. Ses larges épaules, sa touffe brune, son corps parfaitement taillé et ses mollets d’acier… Je le connais, c’est sûr.

Quand il relève la tête en posant le pain sur le comptoir de la cuisine, mon cœur accélère et la colère me gagne. C’est un des gars de la plage. Celui qui m’a accusée d’avoir un balai dans le cul.

Mon regard se noircit tandis que lui me dévisage de ses yeux bleu glacé en rigolant. Il m’a reconnue.

Nos pères nous contemplent dans la plus totale des incompréhensions.

« Alors c’est toi la fameuse Jade ? »

J’aimerais effacer son sourire narquois de son visage. Un rictus de dégoût s’empare de mes lèvres. Je ne prends pas la peine de répondre.

« Vous vous connaissez ? demande mon père.

— Ouais on s’est vaguement aperçus à la plage. »

Son sourire s’élargit, je regarde mes ongles et une seconde j’hésite à lui sauter dessus pour défigurer sa belle gueule.

« Bon m’en voulez pas mais je dois aller me préparer. »

Il commence à gravir le grand escalier de verre, mais son père le stoppe.

« Cameron ? Pourquoi n’emmènerais-tu pas Jade à ta petite fête ? C’est l’occasion pour elle de se faire des amis ici, non ? Qu’en penses-tu, Josh ? »

Mon père hoche la tête et bizarrement je le hais très fort de ne pas refuser, lui qui est d’habitude super protecteur.

Cameron semble s’étrangler et bredouille.

« Mais… ‘fin… »

Son père plonge ses yeux dans les siens, et Cameron plisse le nez.

« OK, crache-t-il. T’as vingt minutes pour te préparer. »

Il disparaît sans plus attendre.

Je jette un coup d’œil paniqué à mon père. Lui me sourit, il ne se rend pas compte de mon malaise et à quel point je ne veux pas être avec Cameron.

Mon père se reconcentre sur Pierrick et en le maudissant je pars me préparer. La panique m’emporte quand je suis devant mon dressing. Il y aura tout plein de monde.

Bravo, Jade ! C’est le principe d’une fête, d’y avoir du monde.

Et si ce sont des amis de Cameron, ils seront tous plus âgés. D’ordinaire je n’ai pas de mal à me faire des amis, seulement là j’ai un blocage. J’espère qu’ils n’ont pas tous la même mentalité que Cameron, sinon ça promet.

Bon OK, calme-toi. Et arrête de te ronger les ongles !

Je choisis une petite robe noire bustier et patineuse plutôt que ma rouge moulante. Les mains moites, je l’enfile. Je me débats avec la fermeture au dos et manque de la casser. Mes cheveux sont une vraie catastrophe, ils bouclent dans tous les sens. Alors au lieu de passer trois plombes à les lisser, je décide de les boucler. Après un coup de mascara et une touche de rouge sur les lèvres, me voilà prête. Il ne me manque plus qu’à choisir une paire d’escarpins.

Vingt minutes ?

Normalement je suis dans les temps. Oh et puis merde qu’est-ce que j’en ai à faire de lui obéir.

Je contemple mon reflet dans le miroir du dressing. Je me demande comment Pauline est habillée.

Je secoue la tête pour mettre fin à mes rêveries et regagne le salon.

Pierrick et papa n’ont pas bougé et commencent même à prendre racine dans le cuir épais du canapé. Je remarque aussi Cameron, appuyé contre le mur, il joue nerveusement avec ses clés de voiture. Quand le son de mes talons contre le verre retentit, tout le monde lève la tête. La bouche de Pierrick s’entrouvre légèrement tandis que mon père a un sourire fier sur le visage.

Regarde comme ta fille a grandi, papa.

Cameron roule des yeux et je pars embrasser mon père.

« On peut y aller ? » s’impatiente Cameron.

Je l’ignore et adresse un signe d’au revoir à Pierrick. Peut-être que son fils est mal élevé mais pas moi.

Finalement, je suis Cameron dehors sous le ciel orangé. On se dirige vers sa voiture où un A devrait normalement être collé à l’arrière selon les restrictions françaises.

« Pourquoi tu n’as pas collé ton A ? Tu viens d’avoir ton permis, non ?

— Si on te demande, tu diras que t’en sais rien. »

Euh OK. Excuse-moi d’avoir ouvert la bouche. Abruti.

Je prends place à l’avant et il claque la portière pour se glisser derrière le volant. Un instant, personne ne bouge, et un silence s’installe. Silence qui est rompu momentanément par un gargouillis en provenance de mon ventre.

J’espère qu’il y aura à manger là-bas, sinon je suis foutue.

Ce petit bruit semble ramener Cameron à la réalité parce que lorsque je tends la main pour allumer le poste radio, il la saisit et m’oblige à le regarder dans ses yeux. Ses yeux clairs et froids comme de la glace. Les icebergs ont de quoi être jaloux !

Il marmonne entre ses dents :

« Écoute-moi bien, ne prends pas cette soirée comme un cadeau de bienvenue. Nous ne serons jamais amis toi et moi. Jamais. Je n’ai pas aimé la façon dont tu m’as parlé cet après-midi et sache que je suis très rancunier. »

Il s’enfonce dans son siège avant d’allumer la radio qu’il monte à fond.

Je croise les bras sur ma poitrine. Je veux lui répondre, ma langue me démange de me défendre. Mais je ne fais rien parce que, après tout, il m’emmène je ne sais où avec je ne sais qui et je n’ai pas envie de mettre le feu aux poudres alors qu’il sera sans doute le seul visage connu.

Je tourne mon regard vers la ville qui s’endort peu à peu. Cette soirée promet d’être explosive !

 

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