Friends - tome 1 (French Edition)

Marie-Charlotte François · Chapitre 25 sur 73

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Friends - tome 1 (French Edition)

Chapitre 24

 

C’est au pas de course que je traverse la rue commerçante déjà bondée en ce début d’après-midi. Les gens flânent le long des commerces, traînent de boutique en boutique. Certains sont attablés dans les restos du coin. C’est sympathique, c’est vivant. Mais je n’ai pas le temps de m’attarder sur tel plat que l’un a choisi ou sur telle paire de lunettes qu’un autre essaie.

Tiens, je passe justement devant le présentoir de lunettes rigolotes que nous avions essayées avec Louis. Les nôtres n’y sont plus, sans doute remplacées ou vendues. Tant pis.

Je presse encore plus le pas, je trottine presque. Je n’ose pas jeter un coup d’œil à l’horloge de mon téléphone. Le temps est mon ennemi aujourd’hui. C’est pour cela que je suis enfin soulagée d’arriver au terme de cette allée. C’est donc avec minutie que je cherche Le Cathy’s.

Facile, une grosse enseigne le désigne, et de la musique forte se dégage de grosses enceintes situées à l’entrée.

Bar and Co.

La devanture est très accueillante. Je pousse donc la porte en plexiglas de l’entrée. L’intérieur est beaucoup plus calme que l’extérieur. C’est bondé aussi et très grand. À ma droite s’étend un grand bar tout en bois avec, derrière, un serveur qui astique de grands verres à bière et ne me prête pas attention. C’est une jeune femme qui vient vers moi.

Elle a de longues jambes élégantes, les cheveux longs teints en rouge foncé et a un style très rock qui contraste vraiment avec le tablier blanc qu’elle porte autour de la taille.

« Vous êtes toute seule ? »

Ça se voit, non ?

« Quelqu’un m’attend ici… »

Elle hausse un sourcil, une main sur sa hanche comme pour me dire : « Vu le monde qu’il y a, cocotte, je ne suis pas censée savoir avec qui tu as rendez-vous. »

Et c’est vrai, alors je tente une description.

« Grand, blond, yeux bleus, un style sportswear…

— Louis ? » me coupe-t-elle.

Je hoche la tête, surprise. C’est un habitué ? Après tout je ne sais rien de lui. Il pourrait très bien avoir déjà couché avec elle. Ou alors je suis très forte en description, et elle a tout de suite déduit son prénom ?

Mais qu’est-ce que je raconte ! Serais-je nerveuse ? C’est possible…

« La table au fond. »

Je la remercie et me faufile entre les tables des clients qui pour la plupart sont déjà éméchés. Je repère vite Louis, il pianote sur la table de bois tandis que de l’autre main il joue avec un verre vide.

« Louis ! »

Il lève immédiatement la tête à ma voix et sourit. Je m’assois en face de lui.

« Tu veux boire quelque chose ? » me demande-t-il, toujours très galant.

Je secoue la tête :

« Non. Ça ira merci. »

Le silence s’installe mais je le comble très rapidement :

« De quoi tu voulais parler ? »

Il lève la main pour faire un signe derrière moi. Je me retourne tandis que la serveuse aux cheveux de feu se rapproche.

« Tu me remets un mojito, Élea, s’te plaît.

— Pas de soucis. »

Elle récupère son verre et tourne les talons.

« Tu viens souvent ici ? je le questionne.

— Assez oui, c’est un peu notre QG avec les gars. »

Je comprends alors.

« T’es en retard au fait. »

Il dit ça sur le ton de la plaisanterie, mais je comprends très rapidement qu’il cherche à savoir pourquoi.

« En effet, j’ai dû demander à Cameron où se trouvait ce “QG”. (Je reprends ses mots en mimant des guillemets dans l’air.) Et puis, tu le connais, enquiquineur comme il est, il m’a retardée.

— On dirait que ça va mieux entre vous. »

Je passe l’épisode de ce matin où mon père l’a désigné « garde du corps » ; d’ailleurs cela m’étonne que Cameron n’ait pas trouvé le moyen de venir quand même. C’est peut-être lui là-bas dans la plante à l’entrée ah ah !

Je passe aussi l’après-midi piscine. Je ne suis pas là pour raconter ma vie après tout.

« On apprend à cohabiter, je dirais. »

Il hésite un instant, il semble gêné, si bien qu’il détourne le regard et me demande :

« Il te plaît ? »

Je manque de m’étouffer.

Si Cameron me plaît ?! D’accord il est amusant (quand il veut), terriblement sexy, il a un regard à faire tomber une nonne par terre et est magnifiquement beau mais… Non ! Cameron ne me plaît pas ! Sans façon !

Ladite Éléa revient pile au bon moment avec le verre de Louis. Il ne me regarde toujours pas dans les yeux. Il saisit son verre, la remercie d’un sourire et boit une gorgée. Une longue gorgée.

J’arrive à mettre de l’ordre dans mes idées et comme je ne tiens pas à ce qu’il interprète mon silence pour un « oui », je réponds calmement :

« Cameron ne me plaît en aucun cas. Il est odieux, grossier, ingrat, et j’en passe. »

Louis sourit un peu et ses yeux pétillent à nouveau. Attendez ? Il est jaloux de Cameron ?

Je cligne plusieurs fois des yeux et une question me trotte dans la tête. Question que je ne perds pas de temps à poser :

« De quoi tu voulais me parler Louis ? »

Et hop ! le Louis gêné et fuyant revient. Mais qu’est-ce qui se passe ?

Il se gratte la nuque et bégaie presque.

« Tu sais ça m’a beaucoup plu hier soir et même ce matin et… »

Il s’arrête. Je suis suspendue à ses lèvres pour savoir la suite et mon cœur risque de ne pas supporter longtemps ce suspense. Je le presse :

« Et … ?

— Et… Je voulais savoir comment tu nous considères ? Toi et moi ? »

Pause. Erreur. Arrêt sur image. Bug du système. Finalement j’aurais pas dû insister. Mon cerveau pédale dans la semoule et je cherche une idée cohérente à prononcer.

Amis. C’est le mot qui me vient. Seulement je n’ose pas le prononcer. J’ai l’impression d’avoir son cœur entre mes mains et d’avoir le pouvoir de le sauver ou de le détruire, mais je ne peux pas lui mentir. Je ne suis pas prête à me mettre avec quelqu’un. Je ne veux plus de ça.

Ce ça justement que lui recherche désespérément on dirait.

Je me sens coupable de nos moments passés. Suis-je un monstre pour lui avoir donné tous ces espoirs ? Peut-être bien. Peut-être que cette ville fait de moi une nouvelle version de moi. Une nouvelle Jade plus insouciante et libre. Plus réparée qu’avant.

Je ne sais pas.

« Euh Jade ? Je dois prendre ce silence pour quoi ? »

Il joue avec son verre entre ses doigts. Je tends une main pour l’attraper et le porte à mes lèvres rapidement.

Sauver ou détruire ?

Espoir ou réalité ?

Le liquide froid, mélange de rhum et de menthe, descend le long de mon œsophage. Lentement et douloureusement. La morsure de l’alcool plane, comme pour me punir d’avance de ce que je m’apprête à dire.

Je ne peux pas lui mentir, alors je choisis la réalité et me lance avec le peu de courage que j’ai :

« Louis, je ne sais pas comment te dire ça. Tu es quelqu’un que j’apprécie énormément et je te suis reconnaissante pour les jolis moments qu’on a partagés mais…

— Mais… ? »

Cette fois c’est à lui de me presser.

« Ça n’a rien à voir avec toi, c’est juste que… Je ne me sens pas prête à débuter une histoire d’amour avec quelqu’un et… »

Il se redresse vivement, les sourcils froncés et le regard dur, si dur qu’il me transperce et me blesse. Cette rancœur que j’y vois me fait mal mais je ne peux rien dire : j’en suis la cause. C’est moi qui l’ai titillé.

Son regard est si dur que je tremble lorsqu’il me lance.

« Ne te fatigue pas, j’ai compris ! »

Je ferme les yeux un instant et inspire fort.

« Louis, ne le prends pas comme ça, je…

— Tu quoi ? T’es désolée ? Je m’en fous. Tu ne me laisses même pas une chance, tu me ranges avec les autres, c’est horrible. Et le pire ?! (Il se met à rire.) Le pire c’est que tu t’es servi de moi. Ah pour m’embrasser, tu étais là, hein ! »

Il paraît essoufflé et très en colère. Sa voix forte fait se retourner deux trois personnes vers nous. J’ai honte. Je baisse la tête. Je ne sais pas quoi dire alors je lâche :

« Désolée, je n’ai jamais voulu te blesser… »

Il rit jaune avant de se lever brusquement.

« C’est déjà fait ! »

Je n’ai pas le temps de répliquer que déjà sa grande silhouette s’éloigne vers le comptoir où il balance de la monnaie au barman.

Mon cœur bat vite, et mes joues doivent être rouges. Ma respiration n’est plus du tout régulière. J’étouffe. J’ai chaud. Le verre presque fini sur la table me fait de l’œil, alors je l’attrape et en penchant la tête, je le termine d’une traite.

Journée de merde.

 

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