Friends - tome 1 (French Edition)

Marie-Charlotte François · Chapitre 43 sur 73

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Friends - tome 1 (French Edition)

Chapitre 42

 

Je n’ai plus connu ça depuis Evan.

Cette phrase me terrifie autant qu’elle attise le feu en moi. J’aime et déteste cette sensation porteuse de bien-être comme de peine. Cameron et moi ne sommes pas compatibles, je ne dois pas m’attacher à lui. Mais n’est-ce pas déjà le cas ? Pourquoi suis-je incapable de stopper ce baiser ? Ce serait pourtant si simple.

Non, mes lèvres continuent d’explorer les siennes. Mes yeux sont clos, et je suis dans ma bulle. J’ai l’impression que nous sommes hors du temps. Deux êtres en symbiose, deux êtres intemporels. Ou alors peut-être que je m’emballe un peu.

Cela devient une habitude, ces baisers, à tel point que j’en viens à connaître par cœur les mouvements sensuels de sa bouche.

Tout est silencieux autour de nous, ce qui renforce mon sentiment de solitude. J’ai des frissons dans tout le corps et notamment aux endroits en contact avec sa peau. Je suis sûre que, s’il ne me maintenait pas, mes jambes se seraient dérobées sous mon poids. Je suis une poupée de chiffon dans ses bras, une poupée guidée par les battements rapides du cœur de son partenaire. J’ai peur que tout cela s’arrête, que la réalité me frappe : rien n’est vrai, tout est pour la beauté du shooting. J’ai atrocement peur. Aussi, lorsque Guiseppe décide de casser notre moment, je n’ai plus qu’une boule de stress dans l’estomac, énorme et râpeuse. Une boule que je ne devrais pas ressentir.

Je ne suis pas amoureuse de Cameron. C’est juste le temps d’une séance photo.

Je me conditionne en vain.

« La photo du siècle ! » beugle le photographe en fixant son appareil photo.

Cameron m’aide à me redresser en fuyant mon regard.

Dure réalité. La chute est amère.

Je serre les dents, j’encaisse.

Il se détache de mon corps, plus aucun picotement, seulement des espaces froids. Je fixe mes pieds et me tord les doigts alors que tout le monde paraît joyeux autour de nous.

« Couple goal ! s’exclame ma meilleure amie. Je suis presque jalouse ! »

Jalouse de moi ? La bonne blague. Je tente de lui sourire pour la remercier. Ça sonne faux.

« Ouais c’était pas mal. »

Je lève la tête à cette remarque, quelque peu hautaine. C’est la jolie rousse, elle ne me regarde pas, elle a la tête haute et les yeux dans le vague. J’ai du mal à croire qu’elle m’a adressé un compliment. Sa bouche maquillée de rouge s’agite à nouveau.

« Enfin bon, c’est un peu de la triche lorsque l’on fricote de base avec le mannequin. »

Elle ajoute un haussement de sourcils et tourne les talons sans nous adresser plus de considération.

Je ne vois pas très bien où elle veut en venir.

« Elle croit vraiment que vous êtes ensemble ? Toi et monsieur muscle. »

J’entends à peine la remarque de Pauline et cherche justement ledit monsieur muscle, des yeux.

Introuvable, il semble avoir disparu, mais Céline qui se trouve devant les cabines me donne à penser qu’il a filé se changer.

Louis, lui, regarde les photos par-dessus l’épaule de Guiseppe.

Ma meilleure amie me fixe.

« Bah alors, t’en fais une tête pour une future star ! »

Elle me considère avec gravité, mon visage ne peut pas lui mentir à elle.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » me murmure-t-elle.

Je secoue la tête. Trop de choses se bousculent dans ma caboche. Le nom de Cameron tourne en boucle, comme un vieux disque rayé. Je ne sais pas ce que je veux, je ne sais pas quoi penser, je ne sais pas comment interpréter les signaux que mon corps m’envoie. Je ne sais pas.

« Pas maintenant s’il te plaît. »

Je lui offre un sourire qui tire plus vers le rictus qu’autre chose mais je m’applique pour ne pas l’inquiéter. Elle me considère de haut en bas avant de prononcer sa sentence.

« Tu n’y échappera pas. »

Je sais qu’elle aurait continué si Guiseppe n’était pas intervenu tout guilleret.

« Regarde Amore. Celle-ci est parfaite. »

Il me tend l’appareil que je m’empresse d’examiner. Une photo immortalise la scène qui a fait chavirer mon cœur. Elle nous représente, lui et moi, on pourrait presque croire en effet que nous nous fréquentons intimement en dehors de ce shooting.

Je suis tellement émerveillée que j’en oublie presque que mon short est beaucoup trop court sur la photo.

Je m’en fous pas mal. Mes yeux sont juste fixés sur le point de contact de nos bouches. Je peux encore, en fermant les yeux, ressentir la douceur de ses lèvres sur les miennes. Encore.

« Oui elle est plutôt bien. »

Je sursaute à cette voix derrière moi et à ce souffle sur mon épaule.

Cameron regarde lui aussi la photo par-dessus mon épaule, il s’est changé et porte de nouveau son jean et son marcel.

« Elle va faire le buzz sur le blog ! »

Guiseppe semble aux anges, c’est incroyable. J’aimerais me réjouir autant que lui mais mes pensées restent perdues au loin. Dans des contrées où mes idylles seraient réelles.

J’ai tellement la tête ailleurs que je pense rêver lorsque des doigts caressent ma paume droite tandis que Guiseppe fait défiler les photos. Je cligne plusieurs fois des yeux et baisse le regard.

C’est sa main, la main qui me maintenait quelques minutes plus tôt, cette main à la fois forte et délicate. Ses doigts longs et malicieux. Ils m’effleurent en traçant de petits cercles lents.

Mes yeux remontent vers son visage, il ne me regarde pas, ne sourit pas, il écoute simplement les louanges du photographe en approuvant parfois la tête. J’en viens à me demander s’il a vraiment conscience de son geste ? Et probablement que je ne le saurai jamais vu que Guiseppe s’en mêle :

« Allez ! Fichez le camp, je dois envoyer ces photos et je vous appellerai pour vous donner l’avis de la créatrice. Oust, du balai. Pronto ! »

À ces mots, je sens deux mains agripper mes épaules et me tirer en arrière.

Je suis d’abord assez surprise, mais le visage de l’habilleuse qui m’apparaît me déride.

Elle m’embarque et me pousse en cabine immédiatement.

Je me change le plus vite possible pour ne pas la faire attendre et je sors avec les habits qui m’ont fait, le temps d’un instant, rayonner.

Je sens le regard de Céline qui me scrute :

« Pas besoin de te démaquiller, ça va bien avec ta tenue. »

Elle m’offre un sourire chaleureux et me débarrasse avant de tourner les talons. Des clés teintent à mon oreille et la voix de Louis m’annonce :

« En voiture la populace, on rentre à la maison ! »

Pauline le suit déjà, tout comme Cameron, les yeux sur son téléphone. Je suis le petit cortège et nous nous installons en voiture.

 

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