Friends - tome 1 (French Edition)
Chapitre 68
Je remue faiblement, je ne me suis pas vraiment reposée. Non, impossible, trop de pensées se bousculent, trop de flash-back.
Je m’en veux aussi. Terriblement.
Je m’en veux d’avoir gâché ce moment entre Cameron et moi. Il aurait pu être parfait et tellement romantique. Mais, par ma faute, tout est fichu. Je suis une copine toute cassée. Pourtant je lui en veux à lui aussi, je lui en veux d’être parti, rien de tout cela ne serait arrivé sinon. Je lui en veux de ne pas m’avoir serrée fort contre lui après cette crise d’angoisse et d’être resté à mes côtés. Le pire, c’est que je sais que je n’ai pas le droit d’être en colère contre lui.
Je ne me suis pas reposée, trop torturée. J’ai plutôt écouté chacun de ses mouvements pendant quelque temps, quelques minutes, quelques heures peut-être.
Je pose mes deux mains sur mon front avec un soupir de désespoir.
« Ça va ? » me parvient une voix grave.
Je le sens se rapprocher et je sens le matelas s’affaisser lorsqu’il vient à mes côtés. J’ouvre lentement mes yeux, il paraît inquiet, ses yeux bleus sont aussi agités que l’océan. Il ne sait pas trop où se mettre, c’est flagrant.
« Je crois… » je souffle.
Il ne paraît pas convaincu, tout comme moi. Ça sonne assez faux.
Je me redresse et m’adosse au mur de bois. Un silence assourdissant s’est imposé et je décide de le rompre tant je le trouve insupportable :
« Je suis désolée. »
Je baisse automatiquement la tête mais deux doigts me relèvent le menton. Cameron m’oblige à le fixer et c’est presque insoutenable.
« De quoi ? questionne-t-il.
— D’avoir tout gâché. »
Je me sens honteuse alors je dégage mon menton pour tourner la tête le plus loin possible de lui. Il saisit ma main comme s’il avait ce besoin de me toucher :
« Jade, commence-t-il, tu as vécu un traumatisme. C’est grave ce qu’il t’est arrivé, OK ? »
Je ne réagis pas, qu’est-ce que je pourrais dire de toute façon ?
« On a toute la vie pour baiser. Tu n’as rien gâché, princesse. C’est normal et j’attendrai l’éternité pour que tu te rétablisses s’il le faut. Crois-moi je suis bien placé pour savoir qu’une blessure ne se guérit pas en un claquement de doigts. »
Il laisse sa phrase en suspens et je ressens la douleur qu’il cherche à cacher. Une chose est sûre, lui n’est pas guéri.
Il renifle un instant et j’ose le scruter. Dis-moi, Cameron, parle-moi de ta blessure. Je n’ose pas le questionner de peur qu’il se renferme, d’autant plus lorsque, comme pour passer à autre chose, il dit en tapant sur ses genoux :
« Maintenant, tu viens manger un bout. »
Il s’éloigne alors vers la table basse où notre repas nous attend.
Je le fixe un instant ne sachant quoi dire. Une phrase me trotte dans la tête. Je l’ai sur le bout des lèvres, elle me pique la langue, elle tourne en boucle dans mon cerveau comme la douce mélodie d’une boîte à musique. Elle paraît être une évidence mais j’ai peur de la laisser s’échapper. J’ai peur, mais je la libère, me libérant par ailleurs.
« Je t’aime, Cameron. »
Je ressens comme un coup au cœur. Cette phrase me heurte et m’étourdit.
Comme une onde de choc, je la regrette instantanément et la panique me gagne. Est-il prêt à entendre ça ? Étais-je prête à le dire ? J’aimerais la remballer, la replonger au plus profond de mon cœur. Elle a dû choquer Cameron aussi, vu que celui-ci est immobile au milieu de la pièce, dos à moi. Il ne bouge pas, ne dit rien. Je vois seulement ses épaules se soulever lentement au rythme de sa respiration et ses muscles se contracter.
L’absence de réponse me blesse comme une lame acérée, alors je bafouille :
« Excuse-moi, c’était idiot, je… »
Il se tourne lentement et je vois pour la première fois ses yeux pétiller d’une façon que je ne leur connais pas. Serait-ce de l’espoir ? Ils sont tellement beaux, si vivants.
« Je t’aime aussi. »
Sa voix n’est pas très assurée, elle n’est que doutes mais il l’a dit. Et je le reçois en plein cœur. Comme une flèche que Cupidon m’aurait lancée. Alors je me sens plus légère.
Un élan d’amour me gagne et je me précipite dans ses bras au risque de le faire trébucher. Dur comme un roc, il n’en fait rien, il me réceptionne juste avant de me serrer très fort. Je savoure la chaleur de ses bras et leur réconfort. Ciel si je pouvais choisir ma façon de mourir ce serait de cette manière. Nous restons là, un instant, corps contre corps, cœur contre cœur, blessure contre blessure.
Et j’aimerais que le temps s’arrête. J’aimerais briser la pendule de nos vies ou au moins stopper les aiguilles.
Mais nous sommes maudits. Tous nos moments semblent être maudits, un gargouillis provenant de mon ventre se manifeste, cassant l’ambiance.
Cameron rigole contre mon crâne.
« J’en connais un qui souhaite de l’attention. »
Il me tient à bout de bras avant de déposer un baiser sur mon front. Je me sens vaciller un moment. Mon cœur est entre ses mains, je ne peux plus le nier. Je fonds en sa présence.
Il m’attire finalement vers la table, m’arrachant à mes pensées. Je ne me fais pas prier et je me permets de regarder l’heure sur mon téléphone. Je remarque alors qu’il est midi passé et que mon ventre a le droit de me disputer sachant que je n’ai rien mangé ce matin.
On commence donc notre repas sous le regard des héros Marvel, figés dans le papier glacé des posters.
« Hum, un régal », s’extasie Cameron en fermant les yeux.
C’est vrai que la cuisine chinoise est difficilement égalable.
« Ça fait du bien surtout. »
Si j’avais peur qu’un malaise plane entre nous, il n’en est rien. Cameron ne s’empêche pas de blaguer et je ne m’empêche pas de rire bêtement.
Un petit son s’élève de mon téléphone et je constate rapidement que c’est un message de Pauline.
« C’est qui ? demande-t-il.
— Pauline, elle s’ennuie. »
Je réponds vaguement tandis que Cameron décide de ne pas ménager ma meilleure amie.
« Tant mieux, s’ennuyer rend intelligent, elle en a bien besoin. »
Il retourne à ses nouilles tandis que je m’offusque.
« Cameron ! »
Il rigole visiblement fier de lui.
Mon écran s’allume de nouveau et je roule des yeux en prenant mon mobile. Si Pauline s’embête, ce n’est pas une raison pour me harceler.
Mais je remarque alors que le téléphone de Cameron s’allume aussi. La notification m’indique que le compte people de Cameron m’a identifiée dans une publication.
« Toi aussi ? » je lui demande en lui montrant l’écran.
Il secoue affirmativement la tête et tous les deux nous allons scruter la nouvelle sur lui.
« Qu’est-ce qui se passe encore… »
Je me dirige vers l’application en mâchant un bout de rouleau de printemps et j’atterris sur la photo d’un petit garçon blond aux cheveux courts assis sur un hamac.
La photo semble vieille et le garçonnet ressemble étrangement à l’homme que j’ai en face de moi.
Je lui jette un regard plein de questions et je vois que, lui, est tout aussi perdu que moi.
Alors pour m’éclairer je lis le long texte qui accompagne la photo.
« Si notre beau Cameron Kent commence à briller dans le mannequinat et qu’il suscite de plus en plus de convoitises, l’histoire de ce personnage intrigue : en effet il est assez mystérieux et nous ne savons que très peu de choses sur lui, si ce n’est qu’il vit avec son père. Une question reste alors, mais où est maman Cameron ? Une question particulièrement agaçante par son manque de réponse. Eh bien, mes chers lecteurs, aujourd’hui en exclusivité nous savons ! Nous savons enfin grâce à une source sûre qui s’est confiée. Enfin ! Si le jeune homme semble avoir un avenir resplendissant, il n’en reste pas moins qu’il cache un lourd passé.
Un passé horrible que nous vous révélons. Alors que notre Apollon préféré n’avait que quatre ans, sa mère, en monstrueuse génitrice, a tenté machiavéliquement de le supprimer en le noyant durant le bain de notre petit chou. La cause ? Une vengeance et un amour passionné pour le père de Cameron qui quelque temps avant avait réclamé le divorce. Quelle tragédie et quelle honte ! Cameron si tu passes par là, nous te soutenons ! »
Le sang bat dans mes oreilles, je suis abasourdie et sonnée. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Ce ne peut pas être vrai ! Ça doit être encore une bêtise qu’ils ont écrite pour attirer du monde.
Je porte mon regard sur Cameron pour qu’il me rassure, je m’attends à le voir rigoler à pleines dents face à cette absurdité, mais il n’en fait rien. Au contraire son visage me glace le sang.
Son visage est extrêmement pâle et des yeux expriment tellement de fureur que ce n’est pas humain.
Alors je comprends que tout est vrai.
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