Friends - tome 1 (French Edition)
Chapitre 53
J’ai eu tort de risquer mon cœur, et maintenant je m’en mords les doigts. Mes poings se serrent et mes ongles s’enfoncent dans la chair de ma paume, si fort…
On toussote derrière moi et je me retourne. Pauline se tient là en plein milieu du couloir, hésitante en se tordant les doigts.
« Ça va ? » murmure-t-elle.
Quelle question ! Elle n’a pas besoin de réponse, car à ma tête cela doit bien se remarquer. Elle s’approche de moi et passe un bras autour de mes épaules.
« Certaines relations sont vouées à l’échec.
— J’ai pas envie d’en parler », je la coupe sèchement.
Et si la matinée avait bien commencé, là, je me sens d’une humeur massacrante.
Pauline a un léger mouvement de recul, surprise, et j’éprouve tout de même un peu de remords. Elle hésite un peu avant de me tendre un objet : mon téléphone :
« Il était sur la table en bas et… il arrêtait pas de vibrer. »
Elle hausse les épaules tandis que je jette un coup d’œil à l’écran où les notifications Instagram et Snapchat s’affolent. J’ai donc plusieurs demandes d’abonnements qui décorent mon écran de verrouillage.
« On dirait que votre photo fait un carton », ajoute Pauline.
Toujours mon smartphone en main, je me dirige vers ma chambre, Pauline sur les talons. Je cherche le fameux blog avant de rapidement tomber sur la photo qui suscite déjà de nombreuses réactions avec différents commentaires.
« Waouh couple goal !
— Mais il était pas en couple avec une blonde lui ?
— Putain je suis jalouse là…
— What ?! Mais elle a archi rien d’exceptionnel cette fille ! »
Ça va du plus sympathique au plus désagréable.
Je verrouille rapidement mon téléphone et le jette sur mon matelas. Je veux me sortir de la tête cette photo, cette preuve du semblant d’affection qu’on avait l’un pour l’autre. Cette photo ne traduit que d’innombrables promesses en l’air et de vaines tentatives d’union de nos cœurs. Que des foutaises… Rien de plus.
« OK, tu veux pas en parler, s’incruste Pauline, mais tu n’as pas le droit de pas me laisser t’aider. »
Elle me prend la main et m’offre un sourire chaleureux.
« Cette petite tête toute triste… Aller hop on va se changer les idées ! »
Je tente de protester mais elle me pousse déjà vers la sortie de ma chambre.
« Tu m’oublies ce mec. On va se faire un peu de shopping avant midi. »
Du shopping ? Je ne suis pas comme elle à vénérer ça comme si c’était le remède à tout, mais après tout je n’ai rien de mieux à faire. Alors bon, je la suis.
Quelques heures et quelques achats plus tard, nous rentrons. Une grosse voiture que je connais est garée dans l’allée. C’est donc sans surprise que je découvre les deux papas en train de discuter dans le salon.
« Les filles ! s’exclame mon père. Pauline, comment vas-tu ?
— Bien merci, et vous ? »
Mon père roule des yeux en rigolant puis en s’adressant à Pierrick :
« Je l’ai vue grandir, et elle continue à me vouvoyer.
— Que veux-tu, les mauvaises habitudes ont la peau dure, rigole son acolyte avant de se présenter à mon amie. Pierrick, enchanté. »
Il lui claque la bise et elle répond :
« De même !
— C’était bien votre petit week-end ? » je questionne.
Mon papa se laisse glisser sur le canapé en cuir et s’exclame :
« Super bien ! C’était sympa de voir que je ne suis pas le seul à avoir pris des rides depuis la fac. »
Je dépose les sacs à mes pieds et vais l’embrasser sur la joue.
« Ne dis pas n’importe quoi ! On dirait un jeune homme de vingt ans !
— Sur un malentendu ça peut passer, se moque Pierrick. Et vous ? Vous avez pas trop fait de bêtises. »
Pauline grimace.
« Hormis la maison qui a failli prendre feu, les amendes pour la voiture… Non, rien de particulier ! » ironise-elle.
Et un cœur en miettes, je complète dans ma tête.
« La routine quoi ! ricane mon père.
— Où est mon fils ? »
Pierrick tend le cou vers l’escalier, et Pauline le renseigne :
« Dans sa chambre, du moins il y était quand nous sommes parties. »
Le paternel de Cameron hoche la tête sans plus s’en préoccuper, il est sans doute le mieux placé pour connaître son fils.
Je prends place à côté de mon père et pose ma tête sur son épaule. Sa présence me réconforte inconsciemment et j’aurais finalement préféré qu’il reste ici pour préserver mon cœur à ma place.
« Au fait ! annonce Pauline alors que tous les regards se tournent vers elle. Votre fille va devenir une star !
— Pauline, je soupire.
— Tiens donc, s’étonne mon père.
— Ouais, enfin… Pas vraiment. »
Mon père et Pierrick me regardent et ce dernier fait tourner légèrement son whisky dans son verre en attendant mon explication.
« Cameron a été contacté pour être l’égérie d’une nouvelle création et du coup on l’a accompagné à son shooting et… on m’a proposé de poser aussi. »
Mon père semble avoir perdu ses mots et il cligne plusieurs fois des yeux.
« Je… Je ne savais pas que Cameron jouait au mannequin. (Il jette un coup d’œil à Pierrick.) C’est pas un peu… risqué, toute cette exposition ? »
Pierrick hausse les épaules et ajoute :
« Je ne pouvais pas l’empêcher de vivre non plus. »
Les deux pères ne se lâchent pas du regard, et un échange muet a lieu entre eux. Avec Pauline, on est un peu larguées.
« La popularité n’est pas nécessairement dangereuse », défend Pauline.
Mon père a du mal à détourner le regard de son vieil ami, et c’est Pierrick qui rompt leur échange.
« Et si vous nous montriez cette photo ? »
Pauline acquiesce mais moi je suis plutôt réticente, car je sais pertinemment que mon père va grincer des dents. Mon amie dégaine son téléphone puisque j’ai laissé le mien dans ma chambre. Elle bidouille deux trois trucs et montre fièrement la photo aux deux pères, en commençant par Pierrick. Il l’examine un instant puis me lance un regard, et je me sens presque rougir. Vient le tour de mon père, et je m’attends au pire.
« Waouh… Euh, bredouille-t-il. Et tout le monde peut voir cette photo ? »
Il n’a pas l’air en colère, disons plutôt mal à l’aise. Je hoche la tête sans trop le regarder.
« Mais Cameron n’avait pas une copine ? » questionne mon paternel.
Son ami hausse les épaules en buvant une gorgée :
« Oh tu sais, Cameron et Lucie, je n’ai jamais eu l’intention de les marier. En revanche, je ne savais pas qu’il y avait quelque chose entre toi et lui. »
Mon père fronce les sourcils en me détaillant.
« Oh non ! je m’empresse de m’écrier. Il n’y a rien. Il n’y a jamais rien eu. »
Je tente un sourire crispé en repensant à tous les baisers que nous avons échangés.
« Tant mieux alors ! Je ne suis pas très fier de sa réputation de bourreau des cœurs », grimace Pierrick.
On redonne le téléphone à ma meilleure amie, et Pierrick déclare :
« Bon et si nous mangions ? Je meurs de fin !
— Moi aussi, approuve mon père. Après nous irons t’inscrire à ton nouveau lycée, Jade. »
Ah oui… Le lycée. Une autre épreuve qui va s’offrir à moi et j’appréhende déjà.
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