Friends - tome 1 (French Edition)

Marie-Charlotte François · Chapitre 17 sur 73

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Friends - tome 1 (French Edition)

Chapitre 16

 

Je pose ma tête contre le verre de la vitre, glaciale malgré l’été. Dehors les lampadaires éclairent la rue si bien qu’on ne distingue presque plus les étoiles. Je balaye du regard la cour qui s’étend sous ma fenêtre : rien. Je continue vers la rue qui s’étire devant la maison et là je remarque une grosse voiture garée sur le trottoir. Même si les lampes font du bon boulot, je n’arrive tout de même pas à distinguer la silhouette à l’intérieur, derrière les vitres. Je me tords presque le cou quand mon téléphone que j’ai gardé à la main se met à vibrer. L’écran m’indique que c’est un appel entrant de Louis.

« Louis ? Qu’est-ce que tu fais devant ma maison ?

— Euh… (Il y a un petit blanc, puis il se met à rire.) Je sais pas trop, en fait, j’me suis juste dit que ce serait cool de discuter, non ? »

Je hoche la tête, même s’il ne peut pas me voir.

« Et pourquoi ne pas attendre demain matin ? je propose.

— Parce que la nuit est très persuasive, madame, et que les confessions sont beaucoup plus faciles au clair de lune. Elles disparaissent au petit matin.

— Louis, tu as bu ? »

Il rit.

« Non, même pas. »

Je mets au point un petit test.

« OK, sors de la voiture, mets-toi sur une jambe et répète : anticonstitutionnellement.

— Quoi ? »

Cela le fait plus rire qu’autre chose et moi aussi d’ailleurs.

« Allez, sale ivrogne.

— T’es une grande malade », lâche-t-il entre deux gloussements.

Je distingue la portière s’ouvrir et une silhouette descendre de la voiture. Louis m’adresse un coucou de la main avant de me lancer au téléphone :

« OK, alors observe bien la scène la plus ridicule de toute ma vie. »

Je lui réponds par un rire tandis qu’il se met en équilibre sur une jambe et répète le mot : anticonstitutionnellement.

Il réussit, ce dont je n’ai jamais douté depuis le depuis mais je dois avouer que je me suis bien marrée avec toute cette histoire. Je le vois lever la tête et sa voix résonne dans le haut-parleur du téléphone.

« Tu peux sortir maintenant ?

— Quoi ?

— Tu crois quand même pas que je suis venu jusqu’ici juste pour discuter au téléphone. T’es un peu bête quand même.

— Je ne te permets pas !

— Aurais-tu peur ?

— Moi ? Peur de quoi ? D’un psychopathe qui se met à cloche-pied pour réciter un mot ?

— Touché, rit-il.

— Laisse-moi cinq minutes et j’arrive. »

Je raccroche sans attendre son accord.

À vrai dire je ne sais même pas si j’ai le droit ou non de quitter la maison en pleine nuit comme ça. Je suppose que dans le code des parents, ce n’est pas correct, surtout sans prévenir. Mais tant pis, je ne vais quand même pas laisser Louis me traiter de poule mouillée sans rien faire. Et puis pour une fois que je fais un petit écart. Cameron le fait bien, lui. En plus, personne ne remarquera rien puisque je serai revenue avant l’aube.

Je ne sais pas pourquoi je me dis tout ça, peut-être pour essayer de me persuader que ce n’est pas grave et que tous les jeunes de dix-sept ans font cela.

Je retire mon bas de pyjama pour enfiler un short de sport et j’enfile ensuite un pull. Même en été, les nuits sont fraîches.

J’attrape mon téléphone et éteins la lumière. J’hésite un peu. Et si mon père se lève dans la nuit et vient vérifier ma chambre ? Je devrais peut-être laisser un mot ? Je secoue la tête : vraiment Jade, aucun parent ne se lève en pleine nuit pour vérifier la chambre de son enfant… de dix-sept ans.

Je me glisse donc dans le couloir, à pas de loup, telle une ombre. Tout est silencieux, j’entends seulement de légers ronflements provenant de la chambre de mon père. En face de la mienne, je remarque que Cameron ne dort pas, de la lumière entoure l’embrasure de la porte.

Je me dépêche donc de filer avant de faire trop de bruit et d’attirer son attention. Je descends rapidement les marches à l’aveuglette en priant pour ne pas me briser le cou en tombant. Rapidement je traverse le salon avant d’enfiler devant la porte une paire de baskets.

Je constate avec soulagement que la porte d’entrée n’est pas verrouillée, alors j’appuie sur la poignée et rejoins l’obscurité jaunâtre de dehors en prenant soin de ne pas faire de bruit en refermant la porte derrière moi. Mission accomplie. Je me sens bizarrement très légère et heureuse. Ridicule.

Je traverse la cour, ouvre le portail et gagne la grosse voiture dans laquelle Louis s’est déjà installé.

Je fais le tour et grimpe sur le siège passager. Une question me trotte dans la tête : croit-il que nous sommes ensemble ? S’attend-il à ce que je l’embrasse ?

Toutes ces questions sont vite balayées quand il annonce :

« Dix minutes et seize secondes.

— Tu chronomètres mes actions maintenant, je le taquine.

— J’ai horreur des gens en retard. »

Il effectue une grimace et je lui donne une tape sur l’épaule.

« Pauvre chou ! »

Il tire la langue.

« Je suis là, alors te plains pas, Roméo. »

Il hoche la tête.

« Tu fais souvent ça : venir chercher les filles sous leur fenêtre ?

— Ça m’arrive », rigole-t-il.

Il y a un petit blanc que je ne tarde pas à combler.

« Bon tu voulais parler, parlons. »

Il secoue la tête.

« Pas ici. »

Je hausse un sourcil.

« Où alors ? Je dois rentrer avant… »

Il pose un doigt sur mes lèvres.

« Surprise. »

Je fronce les sourcils tandis qu’il met le contact et démarre.

Je suppose qu’une touche de piquant dans ma vie ne me fera pas de mal. Alors je me tais et m’installe confortablement dans le siège en cuir. L’important est de rentrer avant le lever du jour, et tout se passera bien. Personne ne sera au courant de cette petite escapade.

 

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