Friends - tome 1 (French Edition)
Chapitre 59
« Merde, tu penses que tu peux faire en sorte de paraître bien ? »
Il me questionne avec insistance et j’approuve d’un mouvement de tête.
Je peux au moins essayer ça.
« OK », souffle-t-il.
Il fait tout de même le tour de la voiture pour m’ouvrir la portière et m’aider à descendre. Je le remercie d’un son rauque.
Il ne me soutient pas et je tente de mettre un pied devant l’autre le plus naturellement possible malgré mes jambes tremblotantes et mon horrible sentiment de fatigue extrême.
Cameron reste à mes côtés et veille à ce que nous arrivions correctement à la porte d’entrée.
Il me questionne du regard avant de pousser la porte tandis que je plaque un grand sourire sur mon visage.
Tout semble calme à l’intérieur si bien que nous nous demandons presque s’ils ne sont pas partis faire un tour.
Nos traits commencent à se dérider mais seulement pour un temps car finalement des sons étouffés nous parviennent de la terrasse. Mon cœur s’accélère. Si mon père apprend toute la vérité, je suis finie.
Cameron tend le cou, je fais de même et je les découvre bavardant sur la terrasse avec un couple inconnu au bataillon. J’interroge d’ailleurs Cameron du regard mais il me fait comprendre qu’il ne les connaît pas non plus.
Qu’importe, voici une belle diversion !
Cameron me prend par la main et me tire le plus discrètement possible vers l’escalier, nos pas se font légers et aussi silencieux que des fourmis, mais cela ne suffit pas.
« Cameron ? »
On fait volte-face dans un même mouvement vers le père de Cameron qui nous observe avec attention. Ses petits yeux sont plissés et il me fait penser à son fils ainsi.
« Je vois que tu as écourté ton séjour chez ton ami. »
Le ton de son père est étrangement froid et sévère. Cameron se crispe à mes côtés et ses traits sont glacés. J’avais presque oublié que Cameron était parti comme ça du jour au lendemain.
Par ma faute…
Je balaye cette idée de ma tête, ce n’est pas le moment.
Il faut croire que finalement le fils a prévenu le père.
« Ouais, répond Cam. Ça craignait là-bas. »
Pierrick croise les bras sur sa poitrine.
« Surtout très imprudent de ta part… »
Cameron grogne et serre ma main plus fort avant de me tirer pour gagner l’étage, mais Pierrick n’en a pas fini avec nous.
« Où allez-vous ? Jade, ça va ? Tu as l’air… ailleurs. »
Il emploie ce mot seulement pour ne pas me vexer car je sais pertinemment que mon attitude est plus que bizarre. Malgré mes efforts, je ressemble seulement à une marionnette désarticulée.
J’agrandis alors mon sourire et lui réponds piteusement :
« Tout va très bien. »
J’espère qu’ainsi il nous laissera partir et que son absence n’attirera pas mon paternel.
Il me scrute et cela semble interminable, si bien que son fils s’impatiente et lui jette un mensonge à se mettre sous la dent.
« Ils ont fait la fête hier chez Louis et elle a un peu trop bu. Elle expérimente la gueule de bois, que veux-tu. »
Il hausse les épaules, et son père soupire :
« Ces jeunes… »
S’il savait qu’en réalité que je me suis fait droguer, il ferait moins le fanfaron.
Mais pas le temps de s’attarder.
« Je vais bien, Cameron exagère ; pas la peine d’inquiéter mon père ! »
Je tente de le convaincre et il hausse les sourcils, Cameron s’impatiente et me pousse vers l’escalier.
Je manque de me casser les dents sur une marche, il me rattrape de peu et j’espère que cette scène est restée entre nous, sinon ça risque de décrédibiliser toute notre petite histoire.
« Doucement Cam. J’ai pas les mêmes aptitudes que toi, là. »
Il bredouille quelque chose et je lui indique :
« J’aimerais prendre un bain. »
Je me libère de son emprise et me dirige vers la salle de bains. Ma tête tourne atrocement, si bien que je me rattrape à la poignée et ferme les yeux pour calmer les tourbillons qui s’emparent de mon corps.
« Saloperie, grogne Cameron. Ça va ? »
Je tente d’approuver toujours les yeux fermés.
« Viens. »
Il me reprend la main et c’est lui qui m’aide à m’introduire dans la salle de bains tandis que je retrouve mes esprits.
Il me fait asseoir sur un petit tabouret qui traîne là et s’agenouille devant la baignoire. Il tripote les robinets et le son de l’eau claquant contre la paroi s’élève très vite.
« Quelle température ?
— Très chaud », je réponds en me massant les tempes.
Une petite pause s’installe entre nous, comblée seulement par le brouhaha apaisant de l’eau. Je remarque aussi que Cameron attrape un gel douche avant d’en verser dans l’eau. Très vite de la mousse se forme et des effluves de vapeur tournoient au-dessus du bain. Le grand miroir commence même à se couvrir d’une fine couche de buée.
J’observe Cameron, une main dans l’eau pour tester la température. J’observe sa nuque et je suis touchée par ses attentions. Le Cameron du départ n’aurait jamais fait tout cela. Il se serait moqué de mon état et ne serait probablement même pas revenu. Mais il est là, et je me surprends à penser que sa présence me fait du bien.
Perdue dans mes pensées, je n’ai pas immédiatement remarqué que le brouhaha de l’eau s’est arrêté, je le distingue seulement lorsque Cameron se place en face de moi et annonce :
« C’est tout bon. »
Il me regarde avec gravité, et je tends la main et me maintiens à son bras pour m’aider à me relever. Il ne bouge pas.
« Merci. »
Il reste pourtant planté là et semble embarrassé.
« Tu as besoin d’aide pour… Enfin … Pour…
— Me déshabiller ? Ça ira. »
Il a l’air gêné et je trouve cela mignon, mais c’est Cameron, et son naturel revient vite au galop :
« Chez les Kent on loupe pas une occasion de mater ! »
Il me lance un clin d’œil et je suis tiraillée entre l’amusement et un affreux pincement au cœur. C’est Cameron, il est libre comme l’air.
« Si t’as besoin d’un truc, tu cries », m’indique-t-il.
Je le remercie encore une fois et il s’efface de la pièce.
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