Friends - tome 1 (French Edition)

Marie-Charlotte François · Chapitre 46 sur 73

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Friends - tome 1 (French Edition)

Chapitre 45

 

« Quand tu seras devenue célèbre, tu pourras m’acheter une Ferrari ? »

Pauline m’offre une bouille de bébé dans le miroir.

Celle-ci s’est mis en tête que notre photo allait faire le buzz et qu’en un claquement de doigts, je deviendrais célèbre. Elle est marrante mais aussi légèrement agaçante, car depuis que nous avons rejoint la salle de bains pour retirer nos maillots tout dégoulinants, elle n’arrête pas de sauter partout.

« Oui, Pauline, avec une grande villa même. »

Je rentre dans son jeu tandis qu’elle me tire la langue, boudeuse.

Elle arrange sa coiffure pendant que j’agrafe mon soutien-gorge.

« Pour fêter ça, ce soir c’est pizza ! » s’enthousiasme ma meilleure amie, un tube de rouge à lèvres en main.

À la mention de ce soir, l’imminence de la discussion avec Cameron me frappe.

Me prélasser au soleil et batailler dans l’eau avec mon amie m’a littéralement fait oublier cette perspective.

Je suis légèrement stressée mais vu le comportement agréable de Cameron cette après-midi, je me détends un peu. Après tout, aujourd’hui a l’air d’être une bonne journée. Pourquoi tout finirait mal ?

« Au fait, tu devais pas me parler ? »

Mon amie marmonne en tapissant ses lèvres de maquillage. Elle dit cela comme si elle avait lu dans mes pensées ou comme si mon calme et mon attitude pensive soudaine m’avaient trahie.

« Si si », je murmure en enfilant ma petite robe blanche.

Lorsque le tissu recouvre bien mon corps, je jette un coup d’œil dans le miroir où je découvre Pauline les mains sur les hanches attendant mes explications.

« Cameron m’a demandé si on pouvait avoir une discussion ce soir. »

Elle plisse le nez et je l’interroge du regard.

« C’est une bonne chose, je pense.

— Tu crois ? » je la questionne un peu brusquement.

Elle roule des yeux :

« Oui, vous êtes chiants à jouer au chat et à la souris. »

Je ne comprends pas très bien, alors je reste muette et elle continue :

« Il te kiffe, ce mec ! »

Un fou rire me prend.

« Cameron, me kiffer ? »

J’en aurais presque les larmes aux yeux.

Elle me regarde, perplexe et légèrement agacée.

« Déjà, il te mate clairement, ensuite il est jaloux.

— Jaloux ?

— Bah oui, au resto avec le serveur. »

Je murmure un « ah » me remémorant cette partie de la journée.

« Ensuite il t’a embrassée.

— C’était professionnel, Pauline.

— C’était professionnel », m’imite-t-elle avec une grimace avant de soupirer.

Voilà pourquoi cette fille si différente de moi est ma meilleure amie, parce qu’elle sait me bousculer.

« Vu comment il te bouffait des yeux avant et après, crois-moi, c’était pas que professionnel. »

Je saisis ma brosse à cheveux et démêle mes mèches encore humides :

« J’en sais rien, Pauline », je soupire.

Elle semble réfléchir un moment, les deux mains à plat sur le marbre du lavabo. Elle m’observe avec, je le sens, une question au bord des lèvres. Une question, pour connaître ma meilleure amie par cœur, que je devine déjà. Une question que j’aimerais qu’elle ne prononce pas :

« Et toi ? Vis-à-vis de lui, tu ressens quoi ? »

Je prends le temps de réfléchir aux bons mots à employer. Comment répondre quand moi-même je n’en sais rien ?

Je hausse les épaules simplement, désirant clôturer cette conversation au plus vite. Ce n’est cependant pas le cas de tout le monde.

« Allez parle-moi. »

Je lâche un énorme soupir en fronçant les sourcils.

« J’en sais rien, Pau, je déteste son caractère mais en même temps il peut être méga gentil. »

Je hausse les épaules en me rappelant la scène d’hier soir – ou plutôt de ce matin –, je le revoie en larmes, effondré dans mes bras. Cette montagne de muscles tout tremblante.

Je n’arrive pas à le comprendre. Un coup c’est blanc, un coup c’est noir.

J’ai l’impression de me promener sur une pièce avec pile : un caractère d’acier et un esprit buté, et face : un caractère tout à fait différent, compréhensif, agréable. J’aime cette face. Je me souviens du soir où nous avons brûlé la photo d’Evan. Ce soir-là, nous avions pris aussi un nouveau départ. Le moins que l’on puisse dire c’est que cela n’a pas été très fructueux.

« Tu rêves, meuf. »

Je marmonne un « hum », elle met alors ses mains autour de sa bouche en porte-voix et proclame :

« Allô, allô, est-ce que ma meilleure amie pourrait développer ses pensées ? (Je ris rapidement.) Nan, sérieusement, ça a l’air de bloquer à ce sujet. Développe avec moi, je suis là pour ça hein. »

Je lui offre un pâle sourire et continue :

« Je sais pas quoi te dire. Il est incroyablement sexy, on va pas se mentir mais… Des côtés de sa personnalité gâchent un peu tout alors qu’il peut être parfois si doux ? Je te jure, des fois il est vraiment très attachant et… »

Pauline renifle un peu fort et je la dévisage.

« T’es amoureuse, ma pauvre fille.

— Dis pas n’importe quoi ! je m’exclame. Je ne suis pas amoureuse de lui. »

Elle hoche la tête, peu convaincue.

« Je te promets ! Je ressens pas du tout les mêmes choses qu’avec Evan ! J’étais éperdument amoureuse et je peux te dire que je ne ressens aucun truc comme avec Evan. »

Et c’est vrai, mis à part le dernier baiser qui a fait un peu trop battre mon cœur et enflammer mes lèvres.

« Tu sais, reprend Pauline, chaque amour est différent, car chaque personne est unique. Tu penses que tu n’aimeras plus jamais aussi fort qu’avec Evan, mais c’est faux, tu peux aimer tout autant même plus et tu ne t’en rendras peut-être pas compte parce que ce sera différent. (Je l’écoute sagement, touchée par la profondeur de ses paroles.) Arrête de prendre pour repère Evan, c’est après la douleur que vient le vrai bonheur », proclame-t-elle avec philosophie.

Je lui souris et elle m’offre un haussement de sourcils, fière de sa tirade. Mais comme c’est le genre de fille à prononcer toujours la phrase de trop, elle ricane :

« Dommage que ton bonheur soit le roi des cons. »

Je ricane avec elle, tandis que je cherche à associer le mot bonheur avec Cameron.

Tout se bouscule dans ma tête et tout me paraît compliqué. Envisager une histoire avec lui me paraît brouillon, voire chaotique. Pouvons-nous seulement nous entendre ?

Je n’ai pas envie de me prendre la tête, ça viendra plus tard dans la soirée alors je tente de dévier la conversation pendant que j’applique un léger parfum de vanille dans mon cou.

« Et toi ? Avec Louis ? »

Elle me lance un sourire malicieux.

« Je vais là où le vent me porte. »

Elle retouche une dernière fois ses cheveux.

« Tu sais que tu n’es là que pour les vacances et que Louis va aller à la fac ici ? »

Elle lève les yeux au ciel.

« Pourquoi faut-il que tu compliques toujours tout ? Je viens à peine d’arriver, je laisse les choses se faire. Nous n’avons pas tous une vie digne d’une série, ma chère. »

Elle m’adresse un clin d’œil et mon cœur se serre. Peut-être devrais-je lui rappeler que j’ai déjà brisé son cœur et que j’ai mal pour lui à l’idée qu’elle décolle le peu de scotch qu’elle a mis sur son cœur.

« Bon, on va les commander, ces pizzas ? »

J’acquiesce en me promettant de garder un œil sur lui.

 

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