Friends - tome 1 (French Edition)

Marie-Charlotte François · Chapitre 62 sur 73

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Friends - tome 1 (French Edition)

Chapitre 61

 

« Deux amoureux paumés », répète-t-il.

Je sonde son regard lorsque j’y aperçois une petite flamme danser. Une petite flamme d’espoir. Je bouge, créant de petits bruits d’eau et murmure :

« Je crois que je vais sortir de là parce que la situation est gênante, je ricane.

— Je ne suis pas comme tout le monde, renchérit-il en riant. J’aime faire mes déclarations dans des lieux insolites. »

Ses yeux pétillent tandis qu’il rit.

Ça c’est sûr oui, il n’est pas comme tout le monde, il défie toutes les normes possibles et imaginables.

« Et t’en fais beaucoup des déclarations ? » je le taquine.

Il hausse les épaules.

« Ouais dès qu’il y a une fille mignonne dans les parages. Je lui prends bien la tête d’abord et puis hop ! c’est dans la poche. »

Il m’offre son plus beau sourire et je lui donne une tape sur ses pectoraux, laissant une trace d’eau sur son tee-shirt.

« Hé ! Mon tee-shirt ! » se plaint-il.

— T’es un psychopathe, j’ajoute. Allez sors d’ici. »

Il me considère un instant. Déjà que mes joues étaient légèrement rougies par l’eau chaude, là je suis cramée.

« Allez Cameron ! » j’insiste.

Il se relève sans faire d’histoires, époussette son pantalon aux genoux et me lance en tournant les talons :

« Je t’attends dans ta chambre. »

Et la porte se referme sur lui.

Quand je me retrouve seule, je prends le temps de réfléchir à ce qu’il vient de se passer, et si son odeur ne flottait pas dans la pièce, je jurerais avoir rêvé. Mais ce n’est pas le cas et je dois me rendre à l’évidence. Je suis désormais « la petite amie » de Cameron et ça, c’est extrêmement flippant. Je crains le pire.

Je passe ma paume sur la surface de l’eau, pensive. J’observe mes doigts tout fripés, signe que je dois sortir de cette baignoire. L’eau se vide dans un petit gargouillis et j’enroule une serviette autour de mon corps.

Je considère mes vêtements de la veille qui me répugnent. Ils sentent l’alcool, la fumée et une odeur non identifiable. Ils me rappellent aussi que des mains étrangères les ont touchés. Des frissons hérissent les poils de mes bras. Il faut que j’oublie ça. Mais est-ce seulement possible ? La même scène se rejoue dans mon esprit et se termine par la même chose : une masse blonde. Ça pourrait être n’importe qui…

N’importe qui m’a touchée.

Je secoue la tête pour refouler un sanglot rebelle.

Je m’observe dans le grand miroir, ma peau est rougie, mes cheveux relevés en chignon s’échappent de partout et j’ai une mine fatiguée. Je fais peur à voir. Et pourtant Cameron Kent m’a fait une déclaration.

Je jette mes affaires sales dans le panier à linge et en tenant la serviette je me dirige vers ma chambre. Quand je traverse le couloir, je tourne la tête vers le bas de l’escalier et je distingue mon père les yeux plissés. Il ne dit rien quand je l’interroge du regard et fait demi-tour.

J’espère qu’il n’a pas vu Cameron sortir de cette salle de bains. Sinon il doit se faire des films à coup sûr. Je ne me laisse pas déstabiliser et lorsque je pousse la porte de ma chambre, une grosse masse est affalée sur mon lit parlant fort au téléphone.

« Oui, elle va mieux… Et Louis ? »

Il écoute ce que son interlocuteur raconte et je parie que c’est Pauline.

Tandis qu’il ne me prête aucune attention, j’attrape des affaires propres et les enfile, cachée bien comme il faut derrière la porte de l’armoire.

Mission commando effectuée ! Appelez-moi pour le prochain Mission impossible.

« D’accord, prends soin de lui et on se retrouve cette aprèm. Il prend sa voiture ? OK, ça marche, à plus. »

Sur ce, il raccroche.

« Eh ben, tout le monde est déboussolé. C’était Pauline. Louis s’est endormi à l’instant et elle a organisé une petite sortie shopping. Ça te va ? »

Oh que oui ! On dit souvent que le shopping rend les femmes heureuses et je suis complètement d’accord avec ça. J’approuve et lui souris.

Il pose son téléphone et m’observe d’un regard profond. Je me sens extrêmement mal à l’aise alors j’évite son regard.

« Viens là s’il te plaît », m’appelle-t-il.

Il s’est assis au bord du lit, là où nous étions y a quelque temps à parler d’Evan. Il me semble que c’était il y a une éternité.

J’obéis et me retrouve devant lui. Il prend une de mes mains, la caresse un instant et tire dessus. Rapidement deux gros bras encerclent ma taille nous collant l’un à l’autre. Il pose sa tête sur mon ventre, et je ne sais plus où me mettre. Cet élan de tendresse de sa part me déstabilise. Je n’ai pas l’habitude de cette facette de se personnalité. Alors je pose mes mains dans ses cheveux que je caresse, ils sont si doux. Il reste un instant comme ça et je pourrais presque penser qu’il dort mais non son habituel sarcasme revient.

« Jolie culotte noire au fait. »

J’ouvre de grands yeux et mes mains s’immobilisent. Je le sens rire contre mon ventre et je réfléchis à toute allure. Il m’a regardée, depuis le début ?

« J’aurais aimé voir plus », me taquine-t-il.

Ouf je suis soulagée. Ne mettons pas la charrue avant les bœufs dans cette relation.

« T’es incorrigible », je ris.

Je le sens hausser les épaules.

« Je sais. »

Et c’est tant mieux, parce que s’il n’était pas comme ça, je pense que je ne l’aimerais pas autant.

Je caresse ses cheveux et je l’entends me questionner :

« Tu crois qu’on peut faire du beau avec du moche ? »

Euh… ?

« Qu’est-ce que tu veux dire par là ? »

Il bouge un peu pour me regarder dans les yeux, ses bras toujours autour de ma taille.

« Est-ce que tu penses qu’avec un connard comme moi, on peut avoir une jolie histoire ? »

La colle. Je n’en sais rien, c’est pour cela que j’ai si peur de me jeter complètement dans cette histoire.

« Je ne sais pas, Cameron. »

Il soupire.

« Je veux que tu me promettes une chose. »

Je lève un sourcil, intriguée.

« Oui ?

— Si je te fais souffrir, quitte-moi. »

Je cligne des yeux. Cameron reste Cameron et il me fera toujours mal. Je ne peux pas lui promettre ça. Je suis une battante et quitte à perdre des ailes je me battrai.

« Non », je souffle.

Il me dévisage.

« Pardonne-moi pour tout le mal que je t’ai fait et pour celui que je vais te faire.

— Ce n’est pas obligé, rien ne dit que tu es contraint de me blesser.

— Je ne sais pas si tu es hyper folle ou hyper amoureuse », me coupe-t-il.

Je hausse les épaules.

« On va dire que je suis folle et que je t’apprécie pas mal. »

Je l’aime même. Mais je ne me sens pas prête à lui dire ces mots « je t’aime ». Ils ont encore une signification que j’assimile à Evan et j’attends qu’ils prennent complètement sens pour Cameron.

Il ricane nerveusement. Nous ne pouvons pas nier l’attirance qui s’est créée, à nous maintenant de la chouchouter et de ne pas la laisser mourir et ça, ça me fait clairement peur. Tout s’est fait rapidement, trop rapidement peut-être.

Je ressens une sensation étrange, brute en émotions et forte en rebondissements. Je suis terrifiée par cet amour que je n’arrive pas à contrôler. Mon esprit s’est imprégné de lui ; Cameron s’est glissé sous ma peau délogeant Evan. Mon cœur porte son nom, en lettres majuscules rouges.

Il soupire.

« Quand on y pense, ta vie aurait été tellement plus simple si on ne s’était jamais rencontrés. »

Je me suis souvent dit ça quand dans des moments de colère j’avais envie de l’étriper, quand je cherchais déjà une cachette où planquer son corps pantelant.

Quand je niais qu’il me rendait folle justement parce que je suis folle de lui.

Je pose une main sur sa joue.

« Ma vie était bien monotone avant toi. »

Je lui souris pour le rassurer.

« Tu es vraiment folle, Jade, se moque-t-il.

— Je crois bien finalement. »

Ses yeux sont tellement vivants que ça fait plaisir à voir.

Mon pouce caresse sa joue.

« J’y connais rien à l’amour et…

— Je vais te réparer, ne t’en fais pas. »

Je préfère le couper car ce qu’il allait me dire paraissait bien trop douloureux pour sortir de sa bouche maintenant.

Il n’a pas confiance en lui et je ne sais pas si Lucie est la seule responsable de cette peur de l’amour que je vois dans ses yeux.

Il me regarde fixement et ses beaux yeux bleus sont calmes et sereins.

« Embrasse-moi. »

Il murmure ça avant que sa bouche vienne s’écraser sur la mienne dans un soupir et que ses mains se perdent dans mes cheveux, m’attirant toujours plus près de lui, me suppliant de ne pas partir.

 

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