Friends - tome 1 (French Edition)

Marie-Charlotte François · Chapitre 56 sur 73

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Friends - tome 1 (French Edition)

Chapitre 55

 

« Vous avez des nouvelles de Cameron ? »

C’est la première chose que nous demande Pierrick, à peine avons-nous franchi le seuil de la maison. Mon père secoue la tête et je réponds pour nous deux :

« Non. »

Je vois les narines de M. Kent se dilater et il se tord les mains. Il semble tendu en ce moment mais, encore une fois, je ne comprends pas pourquoi, donc je n’y porte pas plus attention. Cameron est comme ça et ça ne m’étonne pas vraiment, de plus son père semble être sur le point de mettre une équipe du GIGN sur le coup alors que son fils est sorti depuis la fin de la matinée seulement.

Je cherche Pauline des yeux dans le salon, mais personne à l’horizon.

« J’aimerais te parler », sonne la voix de Pierrick qui s’adresse à mon père.

J’observe les deux hommes et je remarque que le père de Cameron me fixe, et mon père aussi.

Ils veulent que je parte.

« OK, OK, j’ai compris. »

Je tourne les talons pour gravir l’escalier et me réfugier dans ma chambre. En poussant la porte, je trouve Pauline en pleine conversation téléphonique, affalée en étoile sur mon lit. Elle tourne la tête vers moi lorsqu’elle m’entend et abrège la discussion :

« Ouais, je te rappelle plus tard ! »

Elle raccroche et laisse tomber son téléphone sur la table de chevet.

« C’était Léa », me précise-t-elle.

Je hoche la tête en me rappelant notre copine de classe. Du genre très timide, elle complétait parfaitement notre duo. Après mon déménagement je n’ai malheureusement pas trop eu de nouvelles.

« Evan a rompu avec Molly. »

Je ne savais même pas qu’ils étaient ensemble et ce n’est pas ce qui me frappe le plus, non, ce qui me frappe c’est que je n’ai plus ce petit pincement au cœur à la mention de son nom. Je suis nostalgique certes mais bien moins meurtrie qu’avant.

Comme si ma douleur s’était portée sur quelqu’un d’autre désormais : Cameron.

« Que veux-tu que ça me fasse ? je réplique.

— Je sais pas », marmonne mon amie.

Je m’empare de mon téléphone et fouille à la recherche d’un numéro. Quand je le trouve, mes doigts tapent sur le clavier.

« Alors ton nouveau bahut ?

— Il est cool, je chuchote.

— Mais encore ?

— Hum hum. »

Je n’écoute plus vraiment ce qu’elle raconte, je suis bien trop concentrée par ma tâche :

« Tu m’écoutes, oui ? »

Je ne réponds toujours pas car mon doigt vient de cliquer sur « envoyé ».

« Jade ! »

Je lève vivement la tête :

« Oui ?

— Tu fais quoi ? » me demande-t-elle, suspicieuse.

Je lui montre l’écran de mon téléphone :

« J’ai envoyé un message à Cameron pour savoir où il a encore été fourrer son nez.

— Je croyais que vous ne vous parliez plus.

— Faut croire que le destin joue avec mes nerfs », je bredouille.

Elle me prend le téléphone des mains et lit à voix haute.

« Coucou, j’opère une trêve momentanée pour te demander où tu es passé ? Ton père s’inquiète un peu pour rien, alors si tu pouvais me répondre pour apaiser la maison, ce serait gentil. Merci. »

Elle hausse un sourcil :

« Maman Jade ?

— N’importe quoi ! »

Elle rigole avant de prendre à nouveau un air grave.

« C’est vrai que son père est un peu beaucoup parano là non ? »

J’approuve.

« C’est vrai quoi, son fils de dix-huit ans est parti depuis une demi-journée seulement, ça va, y a pas mort d’homme !

— Écoute c’est pas nos histoires. Peut-être que son père ne lui fait pas confiance. »

Elle fait mine de réfléchir :

« Très probable.

— Eh oui ! »

Elle claque des doigts et affiche un large sourire.

« J’ai passé l’après-midi à éplucher les commentaires de réaction sur la photo et figure-toi que c’est super positif !

— Ah bon ? »

Réellement je ne pensais pas que tout ça prendrait une telle ampleur. Je dois avouer que ce sont surtout les autres photos de Cameron illustrant sa beauté qui suscitent tout cet émoi, pas seulement une simple photo de « couple » comme on en trouve des centaines.

« Oui ! Y a même un compte fan de vous deux sur Instagram ! C’est fou !

— Waouh… Euh.

— La nouvelle Kendall Jenner !

— Bien sûr, Pauline, bien sûr ! »

Elle se moque de moi mais au fond je sais qu’elle est fière. Petite, j’avais du mal à assumer mon corps plutôt en formes, mais avec la puberté il s’est affiné et je dois dire que je me plais maintenant.

« Tu signeras bientôt des autographes dans la rue. »

Je la pousse sur le lit et elle roule en rigolant.

« N’empêche c’est fou comment en un rien de temps tout se sait sur les réseaux sociaux. Hier, personne ne te connaissait et aujourd’hui des inconnus fantasment sur ton corps. C’est dingue !

— Ça s’appelle le progrès !

— On est vieilles, se languit-elle.

— Parle pour toi ! » je ricane en faisant référence aux deux mois d’écart que nous avons.

Elle me jette un oreiller à la tête et je ris de plus belle.

« Au fait ! Louis nous a invitées chez lui en début de soirée, ça te dit ? »

Je réfléchis un instant, et un panneau « Lucie ! » clignote dans mon cerveau. Ses menaces de ce matin me restent en tête, et je suis assez intelligente pour ne pas jouer avec le feu.

« Je ne crois pas que…

— Lucie ne sera pas là, me coupe-t-elle, il me l’a juré. »

Je reconsidère alors la proposition et la trouve loin d’être désagréable.

« Pourquoi pas, je réponds.

— Cool, je le préviens ! »

 

Quelques heures plus tard, nous sommes devant la porte d’entrée de chez lui. Mon père a accepté de m’y conduire même s’il a toujours des a priori sur Louis. Nous avons négocié de passer la nuit chez lui, ce qui n’est possible que parce que Pauline pourra nous « surveiller ». Je crois qu’il n’a pas compris que c’est moi qui vais devoir surveiller des gens ce soir.

« Hey », nous salue Louis après quelques coups frappés à sa porte.

Il doit être 19 heures quand il nous invite à entrer. Je me repère vite dans sa maison même si la première fois que je suis venue c’était tout noir.

Même Cookie son chat vient se frotter à moi.

Une légère musique s’élève du salon, et Louis nous indique :

« Y a mes parents, venez. »

Il nous présente un couple en pleine préparation du souper.

« Papa, maman, voici Jade et Pauline, des amies. »

Sa mère, une jolie blonde, nous offre un grand sourire en essuyant ses mains sur son tablier. Je fixe son père, quand il se retourne : Louis et Lucie sont son portrait craché ! Des cheveux jusqu’aux yeux.

« Enchanté, les filles, dit-il d’une voix grave. Vous nous faites le plaisir de dîner ici ?

— Si cela ne dérange pas, bien sûr, je réponds.

— Vous rigolez ! Louis nous a beaucoup parlé de vous. Je suis Kara et mon mari s’appelle Frédérick. »

Je suis ravie que Lucie n’ait pas parlé de nous aussi car sinon les parents auraient deux avis différents :

« On va monter

— Je vous appelle quand c’est prêt ! »

On suit notre ami jusqu’à sa chambre :

« Sympas tes parents ! s’exclame Pauline.

— Merci », chuchote-t-il.

Il tente d’attirer Pauline à lui pour l’embrasser mais celle-ci le repousse en rigolant.

« Ah non ! Je ne suis qu’une amie ! »

Elle lui lance un clin d’œil tandis que moi je me sens un peu mal à l’aise, alors pendant qu’il s’embrasse je consulte mon téléphone.

Pas de message de Cameron. C’est vraiment le roi des cons.

« Ça vous dit d’aller en soirée après ? propose Louis. Inauguration d’un nouveau bar en ville. »

Je grimace tandis que Pauline semble tout excitée :

« Je ne sais pas trop », je réplique.

Pauline fait une moue déçue alors que Louis s’adresse à moi.

« Réfléchis-y », me sourit-il.

Je lui rends son sourire et une question me vient en tête :

« Au fait, Cameron ne t’aurait pas dit où est-ce qu’il s’est terré par hasard ?

— Si. »

Il se gratte la nuque visiblement mal à l’aise. J’attends sa réponse qui tarde à venir.

« Son père est en train de péter un plomb.

— Il est parti une semaine chez un pote à nous à quelques heures d’ici. »

J’en reste bouche bée. Il n’est pas parti qu’une demi-journée, non, il part pour une semaine.

« C’est une blague ! Sans prévenir personne ! peste Pauline.

— Pourquoi ? » je demande fermement.

Louis me fixe avec un sourire triste et le regard compatissant. Il semble chercher ses mots.

« Il m’a dit… avoir besoin de s’éloigner de cette ville. »

S’éloigner de cette ville ? Il ne cherche pas à s’éloigner de ce lieu, non, il cherche à s’éloigner de moi. Et ça, ça me blesse profondément.

Nos éclats de voix me reviennent en tête ainsi que toutes les choses que je lui ai lancées. Je m’en veux mais j’ai trop d’ego alors je préfère le haïr lui.

Cameron est vraiment le roi des cons.

« J’accepte la sortie de ce soir », je décrète.

J’ai besoin de me vider la tête et d’oublier cette crinière et ses yeux si bleus.

 

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