Friends - tome 1 (French Edition)
Chapitre 1
Quelques heures plus tard, le paysage de bitume d’autoroute laisse place à une ville que nous traversons. La voiture s’arrête au final devant une sorte de grande maison, qui s’apparente à la villa à façade blanche, très cliché.
Vous savez, ces villas qu’on ne voit que dans les films ? En plein cœur de la ville, la maison est orientée plein sud permettant ainsi au soleil de donner de jolis reflets au cerisier dans la cour. Armée de mon sac, je descends. De l’autre côté du trottoir, le camion de déménagement est déjà garé et les ouvriers attendent les consignes. La bouche ouverte, je contemple la façade aux multiples fenêtres qui laissent entrapercevoir un nombre affolant de pièces.
« Elle te plaît ? »
Mon père passe un bras autour de mes épaules.
« C’est plutôt sympa ! »
Il me lance un clin d’œil et ajoute.
« Commence à visiter, les Kent ne sont pas encore là et les clés sont sous le paillasson. »
Mes pas crissent sur le gravillon tandis qu’une boule d’excitation se forme au creux de mon ventre. Mon sac à main contre moi, je me baisse pour farfouiller sous le tapis touffu où est marqué : Welcome. Mes doigts rencontrent quelque chose de froid, je m’en empare. Trois petites clés sont accrochées ensemble.
J’en rentre une dans la serrure, ça bloque.
J’essaie la deuxième, et un clic s’élève.
Je pousse la porte. Il n’y a pas à dire, l’intérieur est tout à l’image de l’extérieur. L’entrée donne sur un petit hall, très sophistiqué mais aussi très sobre. Je remarque des chaussures alignées sous un portemanteau, alors je fais de même et retire les miennes. Je continue donc mon exploration en chaussettes et je débouche sur un immense salon aux murs passant du blanc au gris pâle. Un canapé trône au milieu de la pièce face à un écran plat accroché au mur.
Une baie vitrée attire mon attention, elle donne sur la terrasse et l’énorme piscine à l’eau turquoise. On se perdrait presque dans ce salon. Au fond, je remarque qu’il y a la cuisine, grande et toute équipée, ouverte sur le salon.
C’est magnifique, pourtant une pointe de tristesse trône dans mon cœur.
C’est si différent de notre ancienne maison.
Cette villa, bien qu’elle soit très belle paraît triste, sans âme. Aucun enfant n’a ri ici ? Ou pleuré ? On la croirait presque dénuée de tout souvenir. Je me sens mal à l’aise. Je serre mon sac plus fort contre moi, comme pour me rassurer, et vogue dans le salon admirant chaque détail.
Au même moment une courte vibration se fait ressentir dans la poche arrière de mon jean, je dégaine mon téléphone.
> De : Pauline :
Alors cette nouvelle maison ? ;-p
J’espère qu’elle vaut le coup de m’abandonner !
Je souris en voyant ce message de ma meilleure amie.
> Oh que oui tu n’as pas idée !
Je me perds un peu dans cette copie d’Ikea
maiiis être loin de toi me fera le plus grand bien ! Ouf !
Sa réponse ne se fait pas attendre.
> Salope !
Je ris bêtement. Elle m’a redonné du courage, il me reste quand même un repère malgré tout : elle.
J’arpente un grand escalier menant au premier étage, enfin, je suppose. Je traverse un long couloir décoré de nombreux cadres photo. Sur l’un d’eux, je peux voir un petit garçon tout sourire avec les deux dents de devant manquantes : Cameron.
Ses courts cheveux châtains lui donnent un air angélique. Je me demande comment il est aujourd’hui. Je n’ai pas osé chercher sa tête sur Facebook. Je voulais garder la surprise.
Je continue ma promenade.
« Jade » indique un petit bout de papier scotché sur la première porte. Sans doute ma chambre. Le cœur palpitant, j’entre dans la pièce.
Wouah.
La joie m’emporte à la vue de cette chambre paradisiaque. Je saute sur l’énorme lit à baldaquin rempli de coussins qui trône au milieu de la pièce. Ma nouvelle chambre est toute blanche dans le style Tumblr tant convoité par certaines filles. Si Pauline voyait ça ! Dans le couloir, les déménageurs commencent à descendre les cartons. Je leur fais signe d’apporter ceux marqués « Jade » dans ma chambre. Je sors de mon sac mon petit cutter.
Oui, j’ai un cutter dans mon sac, allez savoir pourquoi ! Simple mesure de précaution, m’avait dit mon père.
Je le fais glisser le long du scotch et je commence à déballer mes affaires, les rangeant avec soin.
Une fois ma tâche accomplie, satisfaite du résultat, je m’empresse d’effectuer une bonne dizaine de photos que j’envoie à ma meilleure amie.
> De : Pauline :
Je peux m’incruster !
T’as trop de chance, bouh…
Un sourire sadique se dessine sur mon visage.
« On est tout près de la mer, c’est formidable ! »
Mon père, tout content, me fait sursauter et je manque de laisser tomber mon téléphone sur le parquet. Je pose une main sur mon cœur tandis qu’il rigole de m’avoir fait peur. Quel enfant !
Il s’assoit sur mon lit et me montre un plan de la ville, il suit de son doigt les routes, chemins et avenues.
« Tu vois, on est ici. »
Sur le petit plan, notre maison se distingue des autres. Elle est représentée par un gros carré blanc et en effet la grande étendue d’eau n’est vraiment pas loin.
« On pourrait y aller ? » je propose, les yeux pétillants.
Mon père affiche une moue.
« Je suis un peu fatigué… Mais toi vas-y ! » se rattrape-t-il en voyant ma mine déçue.
Je pèse le pour et le contre et, franchement, après quatre heures de voiture, un bon bain de soleil n’est pas de refus. Je hoche la tête.
« Bien, alors en sortant de la maison il te faudra suivre une grande rue commerçante et normalement au bout tu trouveras la plage. »
Je farfouille dans mes affaires à la recherche de mon maillot de bain. Mais c’est pas vrai, où est-il ? Je l’ai vu tout à l’heure…
Bingo, j’ai enfin mis la main sur l’étoffe noire. Je pars maintenant à la recherche d’une salle de bains. J’ouvre toutes les portes pour la trouver. Mais combien y-a-t-il de pièces ? À chaque fois que j’en ouvre une ce n’est jamais la bonne.
À mon nouvel essai, je tombe sur une chambre en désordre, une forte odeur de déo s’en dégage, des habits jonchent le sol par-ci par-là. Vu l’ambiance, ça doit être la chambre d’un ado, donc par conséquent : Cameron. Je m’attarde un peu et je me permets même d’entrer. Un cadre photo traîne parmi le bordel de sa table de chevet. C’est vraiment l’emballage d’une capote près de la lampe ? Dans le cadre, une jeune fille sourit, elle est blonde et plutôt jolie dans le style poupée Barbie. Je m’éclipse.
Finalement, la dernière porte que j’ouvre est la salle de bains. Très spacieuse et lumineuse, elle pourrait contenir une équipe de rugbymen. Je me sens légèrement petite. J’enfile rapidement mon bikini et après avoir attrapé une serviette et mon sac, je dis au revoir à mon père.
Le soleil tape fort dehors et je suis obligé de mettre ma main en visière devant mes yeux pour pouvoir lire le nom de la rue. Normalement je dois tourner à droite. La grande rue bordée de boutiques est vraiment sympathique, il y a de tout : des magasins de fringues en passant par des snacks pour finir par des boutiques de bibelots. Je me promets d’y faire un tour plus tard.
Et enfin, la voilà : la mer. Elle s’offre à moi tel un cadeau, et comme une enfant, je me précipite.
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