Jeanne d’Arc - La vérité sur un faux procès
L’enquête préalable de moralité
Les assesseurs qui pour l’essentiel ont été choisis par Pierre Cauchon et pour quelques uns par les Anglais viennent d’horizons variés : « chanoines de Rouen, avocats en cour d’Église, religieux (Carmes, Bénédictins, Frères
Prêcheurs et Frères Mineurs 40). Il y a des maîtres en théologie, des docteurs, des licenciés, des bacheliers en droit civil et en droit canonique,
des docteurs ou licenciés en médecine, des ecclésiastiques anglais 41 ». Six docteurs délégués par l’université de Paris participeront également au procès. Aucun tribunal ecclésiastique n’avait affiché au Moyen Âge un nombre aussi important de hautes personnalités : sept évêques, onze abbés, vingt-cinq théologiens dont dix-huit docteurs, cinq anciens recteurs de l’université de Paris. Le “beau procès” voulu par Pierre Cauchon était placé sous l’égide d’un beau tribunal.
L’évêque affiche, au moins en apparence, une volonté de concertation et un souci des procédures qui ne se démentira pas au long du procès. Il veut « délibérer gravement et mûrement avec des hommes lettrés et experts en droit divin et humain, dont grâce à Dieu, le nombre était considérable en
cette cité de Rouen 42 ».
L’enquête préalable de moralité 43
Lors de la première séance les assesseurs expriment leur souhait de disposer de toutes les « informations sur ce qui a été répandu dans le public au sujet des faits et dires de cette femme ». Depuis plusieurs mois, Pierre Cauchon avait mis en branle ses réseaux et dépêché des émissaires pour faire rechercher à travers le royaume et plus particulièrement au pays de Jeanne, des éléments permettant d’alimenter les charges. Les enquêteurs de l’évêque recueillirent une importante batterie d’informations d’une qualité inégale, voire douteuse. Il apparaît clairement que certaines informations avaient été fournies par le camp armagnac, voire par des personnages qui furent proches de Jeanne. L’enquête porte ainsi témoignage qu’il n’y avait pas de vraies frontières géographiques ou sociétales entre les deux camps qui s’affrontaient, Anglo-Bourguignons d’un côté, Armagnacs de l’autre. Si le terme trahison est sans doute excessif, l’enquête confirme que Jeanne ne comptait pas que des amis à l’intérieur de son camp.