Jeanne d’Arc - La vérité sur un faux procès
21 février – Première séance publique : Jeanne fait face
Cette apostrophe vigoureuse n’ébranla guère Jean Graverent, inquisiteur de France depuis 1422, qui comptait pourtant parmi les partisans affirmés du duc de Bourgogne. Finalement l’inquisition ne se joindra au procès que le 13 mars.
Les procès ecclésiastiques commençaient en ces temps par de interrogatoires préliminaires sur la vie et les mœurs de l’accusé. Le procès de Jeanne va respecter cette procédure.
21 février – Première séance publique : Jeanne fait face
La première séance publique est ouverte est ouverte à 8 heures dans la chapelle royale du château. Plus de quarante assesseurs assistent l’évêque et le promoteur de la cause : Gilles, abbé de la Sainte-Trinité de Fécamp, Pierre, prieur de Longueville-Giffard, Jean de Châtillon, Jean Beaupère, Jacques de Touraine, Nicolas Midi, Jean de Nibat, Jacques Guesdon, Jean Le Fèvre, Maurice du Quesney, Guillaume Le Boucher, Pierre Houdenc, Pierre Maurice, Richard Praty et Gérard Feuillet, docteurs en théologie, les abbés Nicolas de Jumièges, Guillaume de Sainte-Catherine, Guillaume de Cormeilles, Jean Guérin, docteurs en théologie ; Raoul Roussel, docteur en l’un et l’autre droit, Guillaume Haiton, Nicolas Couppequesne, Jean Le Maistre, Richard de Grouchet, Pierre Minier, Jean Pigache, Raoul Le Sauvage, bacheliers en théologie, Robert Le Barbier, Denis Gastinel, Jean Le Doux, Nicolas de Venderès, Jean Basset, Jean de La Fontaine, Jean Bruillot, Aubert Morel, Jean Colombel, Laurent du Busc, Raoul Angy, licenciés en décrets, André Marguerie, Jean Alespée, Geoffroi du Crotay, Gilles Deschamps.
Il est d’abord donné la lecture des pièces qui servent de base au procès : lettres relatives à la reddition et à la restitution de Jeanne, lettre du chapitre de Rouen sur le prêt de territoire, exposé de Jean d’Estivet des assignations délivrées à Jeanne au nom de l’évêque. Jean Massieu rapporte le mandement qu’il a délivré à Jeanne au nom de l’évêque. La Pucelle lui a répondu qu’elle comparaîtrait volontiers et répondrait la vérité sur les questions qui lui seraient posées. Mais elle avance deux requêtes : – que soient convoqués autant d’ecclésiastiques représentant la France qu’il y en a pour l’Angleterre ;
– elle supplie humblement qu’avant de comparaître, elle puisse entendre la messe.
Cauchon explique au tribunal « qu’il a pensé que, vu les crimes dont ladite femme était diffamée et la honte de l’habit dont elle persévère à se revêtir, il fallait surseoir à lui permettre d’entendre la messe et d’assister aux offices divins ». Il n’aborde pas la question de la constitution du tribunal. Le promoteur demande qu’elle soit citée à comparaître et interrogée sur certains articles de foi.
Jeanne est introduite ; elle a été libérée de ses chaînes et est vêtue de son habit d’homme. Dès cet instant commence le long face à face entre Jeanne et ses juges, qui ne se terminera que sur le bûcher de la place du Vieux Marché. La partie est inégale. Jeanne est seule face à la multitude des juges. Pourtant, elle ne paraît pas impressionnée par la majesté du cadre et par les personnages imposants devant lesquels elle comparaît. Elle affiche en ce premier jour du procès la même assurance que celle qu’elle avait presque deux ans auparavant quand elle rencontrait pour la première fois le roi et sa cour au château de Chinon. Cauchon expose que cette femme a été capturée dans les frontières de son diocèse et que « la voix publique répandue dans presque tous les royaumes chrétiens rapportait d’elle de nombreux actes blessant la foi orthodoxe commis en de nombreuses régions ».
Tout au long du procès l’évêque Pierre Cauchon alternera fermeté et attitudes doucereuses qui constituent des techniques pour prendre en défaut la prisonnière. Et que La Pucelle saura souvent déjouer. Il exhorte “charitablement” Jeanne qui est assise devant lui que « pour l’accélération de la présente affaire et la décharge de sa propre conscience, elle dise la vérité sur ce sur quoi on l’interrogerait en matière de foi, en ne cherchant ni subterfuges ni ruses qui l’écarteraient de la confession de la vérité même ». La querelle du serment
Jeanne est requise de prêter serment en forme due, c’est-à-dire en touchants les Saints Évangiles. La réponse est vive : « Je ne sais sur quoi vous voulez m’interroger. Peut-être pourrez vous me demander des choses que je ne vous dirais pas ». Elle précise qu’en ce qui concerne son père, sa mère, ce qu’elle avait fait depuis qu’elle est venue en France, elle répondra volontiers. « Mais pour les révélations qui lui ont été faites de par Dieu, elle ne les avait jamais dites ni révélées à personne, si ce n’est à son roi Charles et qu’elle ne les révélerait même pas si on devait lui couper la tête. Toutefois dans les huit prochains jours elle saurait ce qu’elle devait révéler. »
L’évêque demande à plusieurs reprises à Jeanne de prêter serment de dire la vérité sur les points touchant la foi ; elle finit par jurer à genoux, les deux mains sur un missel, sans mentionner la réserve qu’elle avait exprimée initialement mais sans que l’évêque lui demande si ce serment était véritablement sans réserve.
Les premiers interrogatoires portent sur son nom, sur sa famille, ses parrains, ses marraines, le prêtre qui la baptisa. Elle précise que « sa mère lui apprit le Pater Noster, l’Ave et le Credo et qu’elle n’apprit sa croyance de personne que de sa mère ». Cauchon lui demande dire le Pater, elle lui répond qu’elle le dirait volontiers s’il veut bien l’entendre en confession. Cette question était un piège. Une fille vouée au diable est dans l’incapacité de dire le Pater. Plus simplement, l’évêque pense peut-être que cette paysanne inculte commettra des fautes en récitant le texte latin du Pater. Mais Jeanne trouve la parade en demandant à être d’abord entendue en confession car elle ne peut être jugée par celui qui reçoit la confession. Cauchon renouvelle à plusieurs reprises sa question et Jeanne persiste dans sa réponse. Finalement Cauchon propose de désigner « un ou deux notables personnages de langue française » auquel elle dirait le Pater. Jeanne maintient sa réponse : elle ne le dirait, que s’ils l’entendaient en confession.