Jeanne d’Arc - La vérité sur un faux procès

Alain Bournazel · Chapitre 28 sur 41

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Jeanne d’Arc - La vérité sur un faux procès

Samedi 24 février – Troisième séance : Chambre de parement. Encore la voix

Soixante-deux docteurs et maîtres sont présents. À nouveau la querelle du serment. Par trois fois l’évêque l’exhorte de jurer simplement et absolument de dire la vérité sur ce qu’on lui demanderait « sans qu’elle ajoute aucune condition à ce serment ». Jeanne réplique : « Par ma foi vous pourriez me demander telles choses que je ne vous dirais pas. Il se peut que sur beaucoup de choses que vous pourriez me demander, je ne vous dise pas la vérité, sur ce qui touche les révélations ». Elle ajoute, à nouveau menaçante : « Je vous le dis : prenez bien garde à ce que vous vous dites monjuge, parce que vous assumez une lourde charge et vous me chargez trop. » L’évêque insiste et lui demande de jurer simplement et absolument. Réplique de Jeanne : « Vous pouvez bien faire la trêve. J’ai assez juré par deux fois. »

L’évêque lui suggère qu’elle prenne conseil des assistants pour savoir si elle devait jurer ou non. Elle répond que sur sa venue elle dirait volontiers la vérité mais que pour le reste, il ne faut plus lui en parler. Cauchon lui dit qu’elle se rend suspecte en ne voulant pas jurer de dire la vérité. Elle maintient ses réponses précédentes. Cauchon la requiert de nouveau de jurer sans condition et absolument. Jeanne réplique qu’elle est venue de par Dieu et qu’elle n’a que faire ici et demande qu’on la renvoie à Dieu de qui elle était venue. Cauchon l’admoneste et la requiert une fois encore de jurer : « sous peine d’être reconnue coupable de ce qu’on lui imputait ». Réponse, encore une fois : « Passez outre ». Pour la troisième fois, Cauchon la demande de jurer et l’exhorte de dire la vérité sur ce qui touche le procès, lui disant « qu’elle s’exposerait à un grand danger par un tel refus » sur quoi elle répond : « Je suis prête à jurer de dire la vérité sur ce que je saurai touchant le procès ». Et elle ajoute : « Mais je ne dirai point tout ce que je sais ». À nouveau, elle jure sans que l’on cherche à savoir si c’est avec ou sans les restrictions qu’elle a évoquées.

Jean Beaupère prend la suite de l’interrogatoire. Depuis quand a-t-elle mangé ou bu pour la dernière fois ? Depuis quand a-t-elle entendu la voix ? Jeanne répond qu’elle l’a entendue hier et aujourd’hui. Il demande si la voix l’a touchée, si elle remercia la voix, si elle s’agenouilla. Elle répond qu’étant assise dans son lit, elle joignit les mains. Elle demanda conseil à la voix et celle-ci lui dit : « qu’elle réponde hardiment et que Dieu l’aiderait ». Se tournant vers l’évêque, elle l’apostrophe sans ménagement : « Vous dites que vous êtes mon juge ; prenez garde à ce que vous faites, parce que en vérité je suis envoyée par Dieu et vous vous mettrez vous-même en grand danger. »

Beaupère lui demande si la voix lui a interdit de rien dire de ce qu’on lui demanderait, et elle répond : « Je ne vous répondrai pas la dessus ». Interrogée si la voix lui a interdit de divulguer ses révélations : « Je n’ai pas de conseil là-dessus. Donnez-moi un délai de quinze jours et je vous répondrai. » Interrogée si la voix vient d’un saint ou de Dieu, elle dit que la voix vient de Dieu.

Puis, un dialogue surréaliste s’engage. On demande à Jeanne s’il déplait à Dieu qu’on dise la vérité ? Si la voix ne pourrait pas porter un message à son roi ? Pourquoi la voix ne parle pas directement à son roi ? Si la voix a la vue et des yeux ? Jeanne évoque un dicton de petits enfants selon lequel : « Quelquefois des gens sont pendus pour avoir dit la vérité ». Sait-elle enfin si elle est dans la grâce de Dieu ? Sa célèbre réponse cingle, majestueuse : « Si je n’y suis, Dieu m’y mette, et si j’y suis, Dieu m’y maintienne ». L’enfance

Interrogée sur son enfance à Domremy, sur un arbre qui se trouve près du village, elle répond qu’il y avait effectivement un arbre appelé “arbres des dames” ou “arbre des fées” auprès duquel se trouve une source à laquelle les malades de fièvre viennent boire pour retrouver la santé. Elle n’a jamais vu les fées mais il lui est arrivé, comme d’autres filles, de mettre des guirlandes aux branches et elle a dansé et chanté près de l’arbre. Lorsqu’elle sut qu’elle devait venir en France, elle a pris peu de part à ces jeux.

Jeanne évoque aussi le Bois-Chenu (bois de chênes) que l’on voit à une demi-lieue de la porte de son père. Elle n’a jamais entendu que les fées y aient demeuré. Mais elle rapporte que, lorsqu’elle est venue en France, certains lui demandaient s’il n’y avait pas dans son pays un bois chenu car il y avait des prophéties que des alentours de ce bois devait venir une pucelle qui ferait des choses admirables. « Mais ladite Jeanne dit qu’elle n’y ajouta point foi. » Sur ce point, par prudence sans doute, Jeanne ne dit pas entièrement la vérité. En effet, son cousin, Durand Laxart qui lui était venu en aide pour préparer sa venue à la cour rapportera lors du procès de réhabilitation que Jeanne avait évoqué la prophétie : « La France désolée par une femme serait sauvée par une vierge ».