Jeanne d’Arc - La vérité sur un faux procès
La volonté des Anglais
Répondant à la demande des assesseurs, Pierre Cauchon explique que certaines informations ont déjà été recueillies et que d’autres sont en cours. Mais ce que l’évêque n’indique pas et qui sera dévoilé par le procès de réhabilitation, c’est que l’enquête préalable se révélait dans l’ensemble nettement favorable à Jeanne. Ainsi l’évêque avait chargé un noble lorrain d’aller enquêter sur la moralité de Jeanne à Domremy et dans les paroisses
alentours. Le bailli de Chaumont lui avait adjoint un tabellion44, nommé Nicolas Bailly et un autre homme, Gérard Petit. Les témoignages furent élogieux mais Pierre Cauchon les escamota. Et les enquêteurs furent qualifiés de traitres armagnacs. Finalement, l’acte d’accusation sera essentiellement construit à partir des actions et des témoignages qui pouvaient être portés à charge et des interrogatoires de l’accusée, menés à Rouen. Quand à la virginité de Jeanne, reconnue par un examen conduit sous l’autorité de la duchesse de Bedford, femme du régent, elle ne sera pas mentionnée lors du procès.
La volonté des Anglais
Pierre Cauchon procède ensuite à la récapitulation méthodique des lettres officielles, échangées depuis la capture de Jeanne, qui permettent de retracer l’historique de l’affaire : lettres de l’université de Paris, du vicaire général de l’inquisiteur ou de lui-même, au duc de Bourgogne ou à Jean de Luxembourg pour la livraison de Jeanne “soupçonnée véhémentement de plusieurs crimes sentant l’hérésie”. La lettre l’université de Paris au roi de France et d’Angleterre, écrite le 21 novembre 1430 lors de l’assemblée générale solennelle au couvent des Mathurins demande : « que cette femme soit mise sous peu aux mains de la justice de l’Église, c’est-à-dire de révérend père en Dieu, notre honoré seigneur l’évêque et comte de Beauvais et aussi de l’inquisiteur ordonné en France ». L’université plaide également pour que le procès ait lieu à Paris pour être fait “de façon digne et sûre” car « les maîtres, docteurs et autres notables personnes étant par-deçà en grand nombre, l’examen de cette femme aurait plus grand renom qu’en un autre lieu. »
Le régent ne donna pas suite à cette demande car il se méfiait de Paris où subsistait encore, malgré une répression féroce, un fort parti armagnac. La
lettre royale du 3 janvier 1431 45 dont Pierre Cauchon donna connaissance aux assesseurs précisait en revanche que Jeanne sera remise autant de fois que nécessaire au révérend père Cauchon pour l’instruction du procès. Elle stipulait également : « Toutefois c’est notre intention de ravoir et de reprendre cette Jeanne s’il arrivait qu’elle ne fut convaincue et atteintes des cas susdits, ou de certains d’entre eux ou d’autres touchant ou regardant notre foi. »