Jeanne d’Arc - La vérité sur un faux procès

Alain Bournazel · Chapitre 38 sur 41

Pages du PDF

Jeanne d’Arc - La vérité sur un faux procès

Samedi 17 mars – Dans la prison de Jeanne. L’Église triomphante et l’Église militante

Quand les voix viennent à elle, leur fait-elle la révérence comme à un saint ou à une sainte ? Elle répond oui. Interrogée si elle a fait offrande de chandelles, si elle met des chandelles devant l’image de sainte Catherine ou les met elle en l’honneur de celle qui lui apparaît ? Réponse : « Oui », et elle ne fait point de différence entre celle qui lui apparaît et celle qui est au ciel. Fit-elle jamais quelque chose contre la volonté et le commandement des voix ? Elle répondit que ce qu’elle a pu et su faire, elle l’a accompli selon son pouvoir. Quant au saut de la tour de Beaurevoir, elle le fit contre leur commandement mais qu’elle ne pouvait s’en retenir ; les voix protégèrent sa vie en l’empêchant de se tuer. Quoiqu’elle ait fait en ses grandes affaires, les voix l’ont toujours secourue et « c’est signe que ce sont de bons esprits ».

Les juges demandent si le diable se mettait en forme ou figure de bon ange, comment connaîtrait-elle « que ce serait bon ange ou mauvais » ? Jeanne affirme qu’elle reconnaîtrait bien. La première fois elle a eu des doutes et elle a eu peur, elle le vit maintes fois avant de savoir que c’était saint Michel mais vu son enseignement elle sut que c’était saint Michel. Il lui avait dit qu’elle fût bonne enfant et que Dieu l’aiderait, il lui raconta le malheur sur le royaume de France et il lui dit de venir au secours du roi de France. Interrogée sur la taille et la stature de l’ange, elle diffère sa réponse sur ce point à samedi prochain ainsi que sur sa soumission à l’Église.

Interrogée sur des propos qu’elle a tenus : « Pour dire la vérité quelquefois on est pendu »… Sait-elle quelque crime ou quelque faute pour lequel ou laquelle on put ou dut mourir si on le confessait ? Elle répondit que non.

Samedi 17 mars – Dans la prison de Jeanne. L’Église triomphante et l’Église militante

Jean de La Fontaine, Jean Le Maistre, Nicolas Midi, Gérard Feuillet, Isambard de La Pierre, Jean Massieu assistent Pierre Cauchon. Jeanne prête le serment requis par l’évêque.

Q : En quelle forme, grandeur, apparence et en quel habit saint Michel vint-il à elle ?

R : Il était en la forme d’un très vrai prud’homme. Et de l’habit et des autres choses, elle ne dira rien de plus. Quant aux anges, elle les a vus et n’en dit rien. Elle dit qu’elle croit fermement les dits et faits de saint Michel et qu’elle croit que Notre Seigneur Jésus-Christ souffrit mort et passion pour nous.

Q : Veut-elle se mettre en la détermination de notre sainte mère l’Église pour tous ses faits, que ce soit en bien ou en mal ?

R : Quant à l’Église, elle l’aime et voudrait la soutenir de tout son pouvoir. Et ce n’est pas elle que l’on doive empêcher d’aller à l’Église ou d’entendre la messe. Elle s’en rapporte au Roi du Ciel qui l’a envoyée, à Charles, fils de Charles, roi de France. Et vous verrez, dit-elle, que les Français gagneront bientôt une grande affaire que Dieu enverra aux Français.

Interrogée si elle se rapporte de ses dits, de ses faits à la détermination de l’Église ?

R : « Je m’en rapporte à Dieu qui m’a envoyée, à Notre Dame et à tous les saints et saintes du paradis. Et il me paraît que c’est tout un de Dieu et de l’Église et qu’on n’en doit pas faire tant de difficulté. Pourquoi faites-vous difficulté de cela ? »

 

OceanofPDF.com

OceanofPDF.com

Les juges lui expliquent qu’il y a l’Église triomphante où sont Dieu, les saints, les anges et les âmes sauvées, mais il y a aussi l’Église militante dans laquelle est le pape, vicaire de Dieu sur terre, les cardinaux, les prélats de l’Église, le clergé et tous les bons chrétiens et catholiques ? Cette dernière Église bien assemblée ne peut errer car elle est gouvernée par le Saint-Esprit. C’est pourquoi on lui demande si elle veut se rapporter à l’Église militante, celle qui est sur terre.

R : Elle est venue au roi de France de par Dieu, de par la bienheureuse Vierge Marie et tous les saints et saintes du paradis et de par l’Église victorieuse de là-haut, et sur leur commandement ; et à cette Église-là, elle a soumis tous ses bons faits et tout ce qu’elle a fait ou fera. Et de répondre si elle se soumettra à l’Église militante, elle dit qu’elle ne répondra pour maintenant pas autre chose.

Interrogée sur ce qu’elle a dit de l’habit de femme qu’on lui offre pour qu’elle puisse entendre la messe.

R : Elle ne le prendra pas encore, tant qu’il plaira à Dieu.

Q : Sa marraine qui a vu les Dames Fées est-elle réputée femme sage ?

R : Elle n’est pas une devineresse ou une sorcière.

Q : Puisqu’elle a dit qu’elle prendrait habit de femme si on lui permettait de s’en aller, est-ce que cela plairait à Dieu ?

R : Si on lui donnait permission de s’en aller en habit de femme, elle reprendrait aussitôt l’habit d’homme et ferait ce qui lui est commandé par le Seigneur.

Elle élude ou balaye les questions sur l’âge et les vêtements des saintes Catherine et Marguerite, et si les Dames Fées étaient des mauvais esprits.

Interrogée si elle sait que les saintes Catherine et Marguerite haïssent les Anglais, elle répond : « Elles aiment ce que Dieu aime et haïssent ce que Dieu hait ».

Q : Dieu hait-il les Anglais ?

R : De l’amour ou de la haine que Dieu a pour les Anglais ou ce qu’il leur fera quant à leurs âmes, elle ne sait rien, mais elle sait bien qu’ils seront chassés de France, exceptés ceux qui y resteront et mourront, et Dieu enverra victoire aux Français contre les Anglais.

Interrogée si Dieu était pour les Anglais quand ils étaient en prospérité en France ?

R : Elle ne sait si Dieu haïssait les Français, mais elle croit qu’il voulait permettre qu’ils fussent battus pour leurs péchés s’ils étaient dans le péché.

Q : Quel garant et quel secours attend-elle du Seigneur pour porter un habit d’homme ?

R : Elle n’attend d’autres récompenses que le salut de son âme.

Elle est interrogée sur les armes qu’elle déposa à Saint-Denis.

R : Son blanc harnois entier (sans armoiries) avec une épée qu’elle gagna devant Paris.

Q : À quelle fin offrit-elle ces armes ?

R : Par dévotion, comme il est accoutumé chez les gens d’armes quant ils sont blessés et elle fut blessée devant Paris. Elle offrit ces armes à saint Denis parce que c’est le cri de France.

Q : A-t-elle fait ce dépôt pour qu’on adore ses armes ?

R : Non.

Interrogée sur l’épée, elle répond qu’elle ignore à quoi servaient les cinq croix qui étaient sur l’épée de Sainte-Catherine de Fierbois.

Q : Pourquoi fit-elle peindre des anges avec bras, pieds, jambes et vêtements sur son étendard ?

R : Elle les fit peindre comme ils sont dans les églises. L’après-midi – la traque des sortilèges

Présents : L’évêque et le vicaire de l’inquisiteur, Jean Le Maistre, Jean Beaupère, Jacques de Touraine, Nicolas Midi, Pierre Maurice, Gérard Feuillet, Thomas de Courcelles, Jean de La Fontaine, Isambard de La Pierre et John Grey.

Manifestement, la symbolique utilisée sur l’étendard et sur les lettres retient l’attention du tribunal.

Q : Les deux anges représentent-ils saint Michel et saint Gabriel ?

R : Elle ne fit faire cette représentation qu’en l’honneur de Dieu qui y était figuré tenant le monde.

Q : Pourquoi ces anges n’était-ils pas plus nombreux ?

R : Tout l’étendard était commandé par Dieu, par les voix des saintes Catherine et Marguerite. Elle fit tout par le commandement de Dieu.

Q : A-elle demandé aux deux saintes si avec cet étendard elle gagnerait toutes les batailles ?

R : Elles lui dirent qu’elle le prît hardiment et que Dieu l’aiderait.

Q : La victoire était-elle fondée en elle-même, ou en l’étendard ?

R : Elle était fondée en le Seigneur et non un autre.

Q : À quoi sert le signe “Jésus Marie” qu’elle met sur ses lettres ?

R : Les clercs qui écrivaient ses lettres mettaient ce signe.

R : Son roi fit-il bien de tuer monseigneur le duc de Bourgogne ?

R : Ce fut grand dommage pour le royaume, et quoiqu’il y eût entre les deux princes, Dieu l’a envoyée au secours du roi de France.

Cauchon lui fait observer qu’elle ne répond pas à toutes les questions. Répondrait-elle plus complètement devant le pape ? Elle requiert d’être menée devant notre seigneur le pape « et ensuite elle répondra devant lui tout ce qu’elle doit répondre ».

On l’interroge sur l’un de ses anneaux sur lequel est inscrit Jésus Marie. Pourquoi le regardait-elle quand elle allait à quelques faits de guerre ?

R : C’était par plaisance pour l’honneur de ses père et mère, et elle, ayant l’anneau à sa main et à son doigt, toucha sainte Catherine, lui apparaissant sous forme visible.

Q : En quelle partie de sainte Catherine la toucha-t-elle ?

R : Vous n’en saurez pas autre chose.

Q : A-t-elle jamais baisé ou embrassé saintes Catherine et Marguerite ?

R : Elle les a embrassée toutes les deux.

Q : Ont-elles bonne odeur ?

R : Il est bon à savoir qu’elles avaient bonnes odeurs.

Q : En les embrassant, sentait-elle chaleur ou quelque chose d’autre ?

R : Elle ne pouvait les embrasser sans les sentir et les toucher.

Q : Sur quelle partie du corps les embrassait-elle ? Est-ce par en haut ou par en bas ?

R : Il est plus convenable de les embrasser par en bas que par en haut.

Q : A-elle donné aux saintes quelques guirlandes ou chapeaux de fleurs ?

R : Elle a donné ces guirlandes dans les Églises mais pas à celles qui lui apparaissent.

Q : Faisait-elle la révérence en s’agenouillant ou en s’inclinant ?

R : Oui, elle faisait la révérence car elle sait bien qu’elles sont au paradis.

On l’interroge sur les fées : elle n’y croit pas et croit que ce n’est que sorcellerie.