Jeanne d’Arc - La vérité sur un faux procès

Alain Bournazel · Chapitre 33 sur 41

Pages du PDF

Jeanne d’Arc - La vérité sur un faux procès

Lundi 12 mars – dans la maison de l’évêque. L’inquisiteur donne délégation à son vicaire

Le signe

L’interrogatoire est de nouveau centré sur le signe qu’elle donna à son roi. Réponse : « Il est bon et honorable et bien croyable et le plus riche qui soit au monde ». Les juges lui demandent pourquoi elle ne veut pas dire et montrer ce signe alors qu’elle a voulu voir le signe de Catherine de la Rochelle. Elle répond que si le signe de Catherine lui avait été aussi bien montré, devant de notables gens d’Église, comme l’archevêque de Reims et d’autres dont elle ne sait les noms, comme ce fut le cas pour son signe à elle, Jeanne, où étaient également Charles de Bourbon, monseigneur de la Trémouille, le duc d’Alençon et plusieurs autres chevaliers qui virent et entendirent… elle n’aurait pas demandé à connaître le signe de Catherine. Toutefois, elle savait par les saintes Catherine et Marguerite qu’en ce qui concernait Catherine de la Rochelle, « c’était entièrement néant ».

Interrogée si le signe de Jeanne dure encore : « C’est bon à savoir qu’il durera jusqu’à mille ans de plus ». Elle ajoute que le signe est dans le trésor du roi. Nouvelle question pour savoir si c’est de l’or, de l’argent, une pierre précieuse ou une couronne, réponse : « Je ne vous dirai autre chose et un homme ne saurait décrire une chose aussi riche que le signe ». On lui demande quand le signe vint à son roi, quelle révérence elle lui fit et s’il lui vint de par Dieu. Sa réponse est qu’elle rendit grâce à Dieu de ce qu’il l’avait délivrée de la peine que lui faisaient les clercs qui arguaient contre elle… Elle dit qu’un ange donna le signe à son roi et de cela elle remercia Dieu nombre de fois. Elle dit aussi que les clercs cessèrent de l’interroger quand ils eurent le signe.

Lundi 12 mars – dans la maison de l’évêque. L’inquisiteur donne délégation à son vicaire

Jean Le Maistre, les seigneurs et maîtres Thomas Fiefvet et Pasquier de Vaux, docteurs en décrets, Nicolas de Hubent, secrétaire des lettres apostoliques et frère Isambard de La Pierre, de l’ordre des Frères prêcheurs.

Le Maistre donne connaissance de la lettre que lui a adressée Jean Graverent, inquisiteur de la perversion hérétique au royaume de France. Ce dernier prend prétexte qu’il est retenu à Coutances pour ne pas intervenir à Rouen et donne pleine délégation à son vicaire : « Comme légitimement empêché, nous ne pouvons aisément nous rendre maintenant à Rouen, confiant dans votre zèle et votre discrétion en ce qui concerne notre office, nous vous avons en conséquence commis et nous vous commettons par la teneur des présentes le fait ou l’affaire de cette dite femme jusqu’à la sentence définitive inclusivement. » Donné à Coutances, le 4 mars 1431. Dans la prison de Jeanne…

Pierre Cauchon se rend dans la prison de Jeanne avec la même suite que le matin mais sans Jean Le Maistre.

Le rituel pour le serment se renouvelle comme à l’habitude. Jean de La Fontaine introduit l’interrogatoire en posant des questions sur l’ange et le signe. L’ange qui apporta le signe fut-il le même que celui qui s’était manifesté à Jeanne la première fois ? A-t-il parlé au roi ? Jeanne répond que oui, et qu’il conseilla au roi que l’on mît Jeanne à l’ouvrage et que “le pays serait bientôt allégé”. Diverses questions sur l’ange, les voix – viennent-elles sans que Jeanne les appelle ? Sa promesse de rester vierge fut-elle donnée à Dieu ou aux saintes ? On lui demande si saint Denis n’est jamais apparu à elle. Sa réponse est non. Depuis que l’abbaye de Saint-Denis est aux mains des Anglo-Bourguignons, ce saint se révèle sans doute moins en capacité d’assurer la protection du royaume…

… les juges cherchent à fouiller son passé

Les enquêteurs de Cauchon ont très bien fait leur travail dans tous les lieux où Jeanne a vécu. Ce qui permet de l’interroger sur des points précis de son passé. Ainsi on lui demanda pourquoi elle avait assigné un homme à

l’officialité56 de Toul pour une promesse de mariage. Jeanne rectifia : « Je ne le fis pas citer, c’est lui qui me fit citer ». Cet homme (dont l’histoire ignore le nom) effectivement assigna Jeanne pour une promesse de mariage qu’elle lui aurait faite mais qu’elle n’aurait pas honorée. Finalement, Jeanne eut gain de cause dans ce procès en plaidant qu’elle n’avait fait aucune promesse. Elle ajoute que depuis qu’elle a entendu ses voix, elle s’est vouée à la virginité « tant qu’il plaira à Dieu ».

On lui demande si elle a parlé de ses visions à son curé ou à un homme d’église. Elle répond qu’elle en avait parlé seulement à son roi et à Robert de Baudricourt, craignant que les Bourguignons ou son père ne l’empêchassent de partir. Fit-elle bien de partir sans la permission de ses parents, alors que l’on doit honorer son père et sa mère ? Jeanne campe sur une certitude : « Puisque Dieu le commandait, il fallait le faire ». Si elle avait eu cent pères et mères et qu’elle fût fille de roi, elle serait partie.

Les juges s’intéressent à nouveau à son attitude face à saint Michel et aux anges. Fait-elle la révérence quand elle les voit ? Elle répond oui, et précise qu’elle baise la terre après leur départ et leur fait la révérence. Jeanne ajoute que les anges viennent souvent entre les chrétiens mais qu’on ne les voit pas. En revanche, elle, elle les voit. Cette affirmation confirme que Jeanne se sent en permanence enveloppée par un environnement céleste. Interrogée si elle a eu des lettres de saint Michel ou des voix, Jeanne esquive : « Je n’ai paspermission de vous le dire ; et d’ici huit jours je vous répondrai volontiers ce que je saurai ». Les voix l’ont-elles appelée fille de Dieu, fille de l’Église ? Elle répond que les voix l’appellent souvent : “Jeanne la Pucelle, fille de Dieu”. Les juges en profitent pour lui demander pourquoi elle ne récitait pas le Pater Noster, alors qu’elle se disait fille de Dieu. Imperturbable, Jeanne renouvelle la réponse qu’elle avait déjà faite, elle le dirait volontiers si on veut bien l’entendre en confession.

L’interrogatoire se poursuit l’après-midi dans la prison de Jeanne. Sont présents : Jean de La Fontaine, commis par l’évêque, Nicolas Midi et Gérard Feuillet, Thomas Fiefvet et Pasquier de Vaux et Nicolas de Hubent, secrétaire des lettres apostoliques.